Le Puig et le Rec de les Redoleres à Banyuls-sur-Mer (P.-O.) : les répàladev

Un Intrus et LGF sont les seuls à m’avoir donné la solution à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le Puig et le Rec de les Redoleres à Banyuls-sur-Mer, dans le canton d’Argelès-sur-Mer de l’arrondissement de Cérét, dans le Vallespir des Pyrénées-Orientales.

■ Banyuls-sur-Mer, ici :

■ Le Puig et le Rec de les Dolores, là :

Les toponymes

Puig et Rec de les Redoleres : c’est ainsi que sont nommés sur la carte IGN (cf. ci-dessus) un puy (latin podium, forme régionale puig) et un ruisseau (forme régionale rec) avec le déterminant Redoleres désignant des pentes raides ou des éboulis de roches.

Le fichier FANTOIR de la commune mentionne le Bach (c’est-à-dire l’ubac) et le Soula (soulan, versant ensoleillé, adret) de Las Roudouleres (avec –ou– censé reproduire la prononciation locale, je suppose). Il y ajoute un ensemble immobilier nommé Villa Las Roudouleres.

Banyuls-sur-Mer : attesté Bagnules en 934 et Balneola en 981, du locatif pluriel latin balneolis, soit « au petit établissement de bains ». Contrairement à ce qui est écrit sur la page wiki, balnoleum ne signifie pas « lagune » mais « petit bain ». Il y avait là des établissements de bains romains. La ville est dite Bannils de Maritimo  dès 1074.

Argelès-sur-Mer : attesté Argilers en 1298, du latin argilla, « argile », et suffixe collectif arium. Le 23 mai 1840 a été rajouté le déterminant –sur-Mer pour faire la distinction d’avec Argelès-Gazost.

Une fausse étymologie a rapproché le nom d’Argelès de l’occitan argelac, « ajonc épineux », à l’origine des armes parlantes de la ville : « d’argent à un argelac de sinople fleuri de sept pièces d’or, accompagné de trois fleurs de lys d’azur, deux aux flancs et une en pointe, à la champagne aussi de sinople ». 

Ce dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

Céret : dans un article consacré au cerisier, j’écrivais :

Céret (P.-O.) est attesté Sirisidum avant 814. Les attestations suivantes du  IXè au XIIè siècle ramènent au latin ceraseum accompagné du suffixe collectif –etum. Dans le groupe consonantique rs, le s a été assimilé par la consonne précédente : c’est ainsi qu’on passe de Cersed (1103) à Ceret (1143). Selon P.-H. Billy (DNLF*), contrairement aux affirmations de Dauzat & Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*), le nom de Céret ne peut pas venir et ne vient pas du nom du peuple Cerretani, d’autant que la capitale romaine en était Llivia et que Céret se trouve dans le bas Vallespir.

Je me suis permis de rajouter ce paragraphe à la rubrique « toponymie » de la page wikipedia consacrée à Ceret et j’ai ajouté : 

Le nom de ce peuple est mentionné Κερρητανοὶ par Strabon en 7 av. J.-C. par Strabon, Ceretani en 77 par pline l’Ancien, et Ceretes par le poète Avienus au milieu du IVè siècle : aucune de ces formes ne peut être à l’origine de Sirisidum attesté en 814.

Vallespir : pour tout savoir sur cette région, je vous renvoie au billet qui lui est consacré.

Les indices

Le temps des cerises (vidéo) devait orienter les recherches vers le cerisier, donc vers Céret.

■ l’ajonc épineux (Ulex europeaus), dont un des noms vernaculaire est argelac ou argelat est à l’origine de la fausse étymologie d’Argelès-sur-Mer et de ses armes parlantes.

gravure de Gustave Doré montrant l’hippogriffe monté par le chevalier Ruggiero. « Selon une tradition rapportée par l’historien catalan Vidal, l’hippogriffe, animal fabuleux, était censé vivre, au Moyen Âge, près de Céret, dans le Comté de Roussillon. On trouverait les traces de ses serres sur un rocher près du mas Carol » (wiki).

Dans un commentaire aux indices du mardi, LGF écrit : « De l’avis d’Ambrose Bierce, la gravure ne vaut que deux dollars et demi ». Il s’agit d’une référence à l’œuvre satirique d’Ambrose Bierce, The Devil’s Dictionary (1911), dans laquelle il décrit l’hippogriffe comme « un animal (aujourd’hui disparu), qui était moitié cheval et moitié griffon. Le griffon étant lui-même moitié lion et moitié aigle, l’hippogriffe est en fait un quart d’aigle, ce qui équivaut à deux dollars et cinquante cents en or. L’étude de la zoologie est pleine de surprises ». Les pièces d’or $10 « Eagles » ont été frappées de 1795 à 1933. (Et on sait que les serres d’un aigle sont à Céret).

Les indices du mardi 21 octobre 2025

Un Intrus er LGF ont déjà trouvé la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour [redoulès]. Il sert de déterminant aux noms d’un relief et d’un cours d’eau dans la même commune.

Celle-ci doit son nom à ses eaux mais, curieusement, elle est connue pour son vin. Pour la différencier d’un homonyme, on a complété son nom par un déterminant indiquant sa proximité avec une étendue d’eau.

Le bureau centralisateur du canton doit son nom à la roche qu’on y trouve abondamment et qu’on y exploitait. Pour le différencier de quelques homonymes, on a complété son nom par le même déterminant que celui de la commune.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à un végétal.

Le nom de la région fait référence à son aspect plutôt pierreux et sauvage.

https://www.youtube.com/watch?v=PA4HoHhL0XI

Les indices du mardi

■ Comme déjà dit, le nom à chercher apparait sur la carte IGN pour désigner un relief et un cours d’eau. Mais il apparait avec une orthographe différente pour désigner trois lieux dans le fichier FANTOIR concernant la même commune. Deux de ces trois noms concernent les versants opposés du relief et le troisième est un odonyme. Comme il se doit, le nom du cours d’eau ne figure pas dans ledit fichier.

■ pour une étymologie traditionnelle du nom du bureau centralisateur du canton :

■ pour le chef-lieu d’arrondissement :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Redoulès

Le verbe occitan redolar, « rouler, dégringoler » et, dans une acception topographique, « descendre dans la plaine », est à l’origine du dérivé redolado, « chute faite en roulant, dégringolade » d’où « raidillon, pente raide ». C’est bien ce dernier sens qui est représenté par le nom du col de Redoulade entre Auriac et Soulatgé, dans la partie ouest des Corbières dans l’Aude.

Le déverbal redola désigne la butte à pente raide et la rude montée. Seuls deux lieux-dits en ont gardé la forme non suffixée : La Redole à La Louvière-Lauragias (Aude) et la Combe de Redoles à Tour-de-Faure (Lot). On trouve en revanche plusieurs lieux-dits nommés Redoulès, dérivés en –ès évoquant le caractère pentu ou escarpé du lieu : Redoulès, à Laguiole (Av.), à Francoulès et à Saint-Martin-Labouval (Lot) sont sur une butte ; le Puech Redoulès à Montsalès (Av.) doit son nom au diminutif puech du latin podium et le Pla de las Redoulès désigne un espace plat au bas d’un versant en pente raide à Mosset (P.-O.). Cependant, le lieu-dit Redoulés de La Cavalerie (Av.) ne présente pas d’élévation de terrain susceptible d’en expliquer le nom de la même façon. Il s’agit probablement là d’un nom de famille ou d’un dérivé de l’occitan ròdol, « étendue circulaire ; endroit où sont rassemblés certains animaux ; clairière en forêt … ». On ajoutera le nom de l’Étang de Redouleix à Sermur (Cr.), orthographié Roudeleix sur la carte IGN mais bien (Moulin de) Redouleix chez Cassini (f. 13, Aubusson, 1763), avec la graphie –eix du pluriel –ès propre à l’Auvergne.

Le Trésor du Félibrige (TDF*), repris par le Pégorier (GTD*), mentionne également redoulié, « lieu où on roule, pente raide, raidillon », d’où les lieux-dits Le Redoulié à Salvagnac-Cajarc et à Saujac (Av.) et à La Bastide-du-Haut-Mont (Lot) ainsi que  Le Redoulier à Bessonnies (Lot), La Redoulière à Fontjoncouse (Aude), Monestiès (Tarn) etc. et Les Redoulières à Saint-André-d’Allas (Dord.) avec le suffixe –ier/ière marquant un collectif ou, plus sûrement, la propriété d’un nommé Redoulié. Une autre forme collective apparait dans le nom de la Redoulariée à Saint-Privat-de-Vallorgue (Loz.).

D’autres dérivés apparaissent enfin avec les diminutifs Le Redoulet à Saint-Pompon (Dord.), Le Redoulou à Domme (id.), Aux Redouloux (Saint-Martial-de-Gimel, Corr.) ou encore La Côte de Redouline à Coux-et-Bigaroque (Dord.). Sur le masculin redolin a été formé le patronyme Redouly  qu’on retrouve dans le nom du Redouly à Saint-Amand-du-Pech (T.-et-G.).

La plupart de ces toponymes ont pu être orthographiés (dans un souci de retranscrire la prononciation occitane ?) avec une première syllabe rou-. On citera par exemple Au Roudouladou (Saint-Bazile-de-Meyssac, Corr.), La Roudoule (La Croix-sur-Roudoule, A.-M.– la Roudoule est un cours d’eau qui collecte les eaux de plusieurs torrents de montagne et qui a aussi donné son nom à une forêt domaniale – l’ensemble vaut le détour, parfois un peu sportif ), Les Roudoulets (Puget, Vauc.), Les Roudoulières (Montamel, Lot), En Roudouly (Appelle, Tarn) etc. On notera toutefois qu’E. Nègre (TGF*) explique le nom du Roudoulou, affluent du Passé à Grazac (Tarn), qui était lo rieu do Rodolo en 1441, par la racine indo-européenne *rod, « couler, humidité » accompagnée du double suffixe roman -ul-one. On est en droit de douter quand on constate que ce même nom de Roudoulou a été donné à des lieux-dits à l’écart de tout cours d’eau comme à Albiac (H.-G.) et  à Brens (Tarn) ou, au pluriel, à Sauvagnas (L.-et-G.)

Le même sens de « pente raide » est donné par un dérivé à double suffixe –arès de rede, « raide, abrupt, escarpé », redarès.  On le retrouve dans le nom de la Serre de Redarès à Loubaresse (Ardc.), du col de Rédarès entre Lasalle et Monoblet (Gard) et des féminins La Redaresse à Rousson (Gard) et à Eyguières (B.-du-R.).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour. Il sert de déterminant aux noms d’un relief et d’un cours d’eau dans la même commune.

Celle-ci doit son nom à ses eaux mais, curieusement, elle est connue pour son vin. Pour la différencier d’un homonyme, on a complété son nom par un déterminant indiquant sa proximité avec une étendue d’eau.

Le bureau centralisateur du canton doit son nom à la roche qu’on y trouve abondamment et qu’on y exploitait. Pour le différencier de quelques homonymes, on a complété son nom par le même déterminant que celui de la commune.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à un végétal.

Le nom de la région fait référence à son aspect plutôt pierreux et sauvage.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La soluce du 18 octobre 2025

TRS, Un Intrus et LGF ont résolu ma dernière grille de mots-croisés. Bravo à tous les trois !

1 — Femme de tête. (Prima donna : littéralement « première dame »)

2 — Femmes de dos.

3 — Femmes de marque. Étampeuse : en technologie, celle qui étampe, qui imprime une marque sur une pièce, une surface, à l’aide d’un outil ou d’une matrice (in Encyclopedia Universalis) 

4 — Mis en liberté.

5 — Maîtres en somme  (Les ânes sont des bêtes de somme, les âniers en sont les maîtres)– Début magique.

6 — Sèche ou liquide – Bien élevé

7 — Fait pitié.

8 — Entrée de gamme – Quart mondaine (Chez Zola, Nana est une demi-mondaine, donc Na est une quart-mondaine) – Vieilles règles (Mois : Vx. Menstrues. Synon. usuel règles.)

9 — Secours.

10 — Nature. (adjectif invariable : Ils sont nature, spontanés, francs. in Le Robert)

— * — *  — * —

I — Potentiels hommes de l’ombre. Les prédateurs peuvent parfois lâcher la proie pour l’ombre.

II — Scotché ou collé – Que d’énergie ! TEP : Tonne Équivalent Pétrole

III — Type d’Émilie ou gars de Florence  (d’Émilie-Romagne ou de Florence, en Italie)– Marque l’ensemble.

IV — Vieux en bandes – Dans les pas des premiers du 5 ?

V — Dans les temps. (dans les temps anciens)

VI — Bien élever -Note.

VII — A-t-elle la force de son dernier mot ? (ONU : l’union fait la force, dit-on)– Vieux balai  (Ramon : balai fait de rameaux d’arbres, pour nettoyer les allées d’un jardin. in Le Littré).

VIII — Nous le fûmes tous un jour.- Réduit.

IX — C’est une fille ! – Roche d’aire. (On appelle « pierre d’aigle » l’aétite, parce que quelquefois on la trouve dans les nids des aigles).

X — Cités – (Assignés en justice).

Les mots croisés du 12 octobre 2025

Attaqué sournoisement et vaincu par surprise par un rhube de cerbeau, je suis incapable de finir et de vous présenter le billet prévu pour ce dimanche.

En attendant, pour vous faire patienter, je vous propose cette grille de mots croisées piochée dans un de mes tiroirs.

Deux précisions :

  1. ne cherchez pas plus de toponymie dans cette grille que dans n’importe quelle grille ordinaire.
  2. les définitions, écrites il y a longtemps, n’ont été ni revues ni réécrites. Ne m’en veuillez pas (trop) si elles sont un peu bancales.

Ceci dit, amusez-vous bien !

Grille rectifiée grâce à la relecture attentive d’Un Intrus. Définition du X vertical ajoutée.et correction du deuxième 8 horizontal en 9).

Grille résolue attendue chez leveto@sfr.fr

Très Girard à Morey-Saint-Denis (Côte-d’Or) : la répàladev

Un Intrus est le seul à m’avoir donné par mail la réponse à ma dernière devinette. Si j’en crois le commentaire de TRS aux indices du mardi, il l’a trouvée lui aussi. Bravo à tous les deux, donc !

Il fallait trouver Très Girard, un lieu-dit de Morey-Saint-Denis dans le canton de Longvic de l’arrondissement de Beaune en Côte-d’Or.

Morey-Saint-Denis

Très Girard :

( lien pour la source de la carte )

Les toponymes

Très Girard : le nom de ce lieu-dit est noté, en 1255, dans une donation à l’abbaye de Cîteaux : Treuil Girard. Ce treuil, un pressoir à raisins à vis ou à corde, était la propriété d’un dénommé Girard. Un certain Girard Portait de Vougeot est évoqué dans cette donation.

Pour le reste, je recopie ce que j’écrivais à propos des Monts Luisants, un autre lieu-dit de la même commune :

Morey-Saint-Denis :   attesté Mirriacus en 1120, Moreius en 1187, Mirriaca au XIIè siècle, Marré en 1187 et Morré en 1231. Dauzat & Rostaing proposaient un « nom d’homme obscur, probablement germanique Maur » (DENLF*) tandis que Nègre donne le nom d’homme roman Murrius ou Murius (TGF*). Dans les deux cas, le nom est complété par le suffixe –acum.

J’ajoute (comme je l’ai fait dans la rubrique wiki) : une autre hypothèse fait dériver Mirriacus du latin vulgaire murrum, « museau, tertre » (d’un pré-latin *murr, « tertre »), là encore accompagné du suffixe –acum, en référence au monticule arrondi dans les Hauts de Morey (Climats et lieux-dits des grands vignobles de Bourgogne, M.-H. Landrieu-Lusigny et S. Pitiot, Monza & Meurger, 2012)

En 1927, le nom est complété par celui du cru Saint-Denis comme c’était la mode à l’époque et pour établir une distinction d’avec Morey (S.-et-L.), Belleau (M.-et-M., ex Morey) et La Roche-Morey (H.-Saône, ex Morey).

Longvic : attesté Longovicus en 630, soit le « long village » et non pas la « longue voie » comme il est dit sur la page wiki. Si les premières maisons étaient bien installées au bord de la voie romaine, c’est leur succession en ligne tout au long de celle-ci qui est à l’origine du toponyme.

Beaune : attesté Beleno cas(tro) sur une monnaie  mérovingienne de la fin du VIè siècle puis Belna en 1184, du nom de dieu Gaulois Belenos féminisé en –a, sous-entendu « ferme, terre ».  Les Romains considéraient ce dieu comme l’Apollon gaulois, le dieu du soleil. Ce nom est formé sur le radical celtique Bel ou Belo qui exprime la même idée de clarté, d’éclat lumineux, de lumière vive que la racine indo-européenne *bhel « brillant, blanc » dont il est issu. C’était un dieu solaire dont le nom signifie « Le Clair », « Le Resplendissant ». Les Gaulois associaient son pouvoir aux eaux blanches, claires et bienfaisantes des rivières et des sources. En 1098 est mentionnée une aqua que dicitur Belina, « l’eau de Bélénos » : il s’agit de l’Aigue qui coule au pied des remparts de la ville et dans laquelle on a trouvé en 1851 une tête de Diane, sœur de l’Apollon gréco-romain. Au XIIIè siècle, est mentionnée une Fons de Belenein, « source de Bélénos », qui alimentait l’autre rivière de Beaune, la Bouzaize, dans laquelle se jette l’Aigue. Les Gaulois avaient donc placé leur ville et les eaux qui y prennent leur source sous la protection d’un de leurs plus grands dieux, le dieu Bélénos.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices

■ « La grande ville la plus proche doit (son nom) à la rivière qui la traverse, laquelle était clairement divinisée », écrivais-je dans l’énoncé. Le mot important était « clairement », une allusion au dieu Bélénos, Le Clair, donc à Beaune. Pour les gens de Morey-Saint-Denis (621 hab. en 2022), Beaune (20233 hab. en 20222) est sans aucun doute une « grande ville ».

■ ces trois lanciers d’une tribu germanique du VIIè siècle devaient faire penser au patronyme Girard composé de ger/gir, « lance » et hard « dur, fort ». Et le nombre de « trois » devait évoquer le Très mis pour « treuil ».

 ■ une bouteille de vin de Bourgogne

Les indices du mardi 07 octobre 2025

Un Intrus m’a déjà donné la solution de ma dernière devinette. Félicitations !

L’énoncé ? le voici :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont la première partie du nom est liée aux mots du jour. La seconde partie est un patronyme, sans doute celui du premier propriétaire.

La commune qui l’abrite doit son nom à celui d’un homme gallo-romain ou roman ou peut-être à un relief particulier qu’on y trouve. Ce nom a été complété par un hagionyme.

La grande ville la plus proche doit le sien à la rivière qui la traverse, laquelle était clairement divinisée.

Un indice, pour le lieu à trouver lui-même :

Les indices du mardi

■ Le nom du saint a été rajouté à celui de la commune pour éviter la confusion avec des homonymes et aussi (surtout ?) pour des raisons commerciales.

■ un indice général :

■ le chef-lieu du canton doit son nom à l’alignement de ses bâtiments le long d’une voie romaine.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le treuil, trouilh et les autres

Merci à échogradient73

qui m’a soufflé l’idée de ce billet.

L’ancien français troil, attesté en 1282, désignait le pressoir et, par métonymie, l’endroit où se trouvait le pressoir. Il est issu du latin torc(u)lum, « pressoir », (dérivé du latin médiéval torcular, de torquere, « tordre », ) devenu *troclum dans la langue vulgaire par métathèse de r (cf.le latin médiéval truellum). L’italien a conservé les noms sans métathèse torcolo et torchio, tandis que l’espagnol dit trillo et le catalan trull.

Au XIVè siècle apparait la forme treuil qui a pris le sens de « pressoir à raisins, à olives ou à noix », en même temps qu’apparaissait l’ancien provençal trolh ou truelh. Le sens moderne d’appareil de levage par enroulement d’un câble sur un cylindre, apparu dès le XIVè siècle, est venu d’une analogie entre la poutre horizontale d’un type de pressoir à corde et celle du treuil.

Si on consulte les dictionnaires, on voit que ce terme a existé sous de très nombreuses formes. Le Godefroy (en ligne) donne dix formes : « troil, troill, truil, truiel, troiel, treuil, treul, treil, truel, trul », le Trésor du Félibrige (en ligne) en compte douze : « truei, true (Var), tré (dauphinois), trui (marseillais), tru (dauphinois), truelh (dialecte des Alpes), truel (Rouergue), trèl (limousin), triol (languedocien), trolh (béarnais), trulh (bordelais), troulh (gascon) » mais le Pégorier (GTD*) ne connait que le treuil (pressoir en Anjou), le treur (pressoir à huile en Dordogne), le troil (pressoir en ancien français), le trouilh (pressoir dans le Gers), le troulh (marécage, bourbier ; pressoir en Gascogne) et enfin le truei (pressoir en Dordogne). Le Godefroy ajoute les féminins troille et truille, synonymes de troil, « pressoir », et les diminutifs troillet et trulliet, « petit pressoir ».

Le pressoir et le baquet à fouler le raisin

Nombre de noms de lieux (et noms de familles) relèvent de ces appellatifs ou du verbe ancien français troiller, en occitan trolhar, au sens de pressurer les noix, les olives ou les raisins. Souvent, au Moyen Âge, le treuil constituait, avec le four et le moulin, un des trois bâtiments remarquables d’un village. Par glissement de sens, le français treuil comme l’occitan truèlh, truòlh, trèlh ou triòl ont pu désigner le réservoir recevant le jus de raisin et, par analogie de fonction, le grand baquet à fouler la vendange. Dans ce dernier cas, le sens toponymique doit sans doute être compris en tant que lieu important de collecte du produit des vendanges, c’est-à-dire comme un équivalent de « cave à vin ».

Je termine cette longue introduction avec un proverbe languedocien cité par F. Mistral :

Quau a vigna e noun a truei

De soun vin noun fague ourguei

c’est-à-dire

Qui a vigne mais pas de treuil

De son vin ne tire pas orgueil

Les toponymes signalant l’ancienne présence d’un pressoir, à vin ou à huile, ou d’un lieu où l’on foulait la vendange sont très nombreux et répartis sur quasiment tout le territoire (on se souvient que la vigne se cultivait partout où il y avait des messes à célébrer et des religieux à abreuver, c’est-à-dire … partout).

C’est bien entendu la forme simple treuil qui est la plus représentée : on compte près de trois cent vingt lieux-dits portant le nom (Le ou Les) Treuil(s). Le nom est parfois accompagné d’un complément, souvent le nom du propriétaire comme pour le Treuil au Roy (Saint-Christophe, Ch.-M.), le Treuil au Gros (Saint-Pierre-de-Juilliers, id.), le Treuil Baron (Genouillé, id.), le Treuil Moulinier (Puilboneau, id.) etc. Il est parfois accompagné d’un adjectif comme le Treuil Secret (Sainte-Soule, Ch.-M.), le Grand Treuil (Saint-Christophe-des-Bardes, Gir.), le Petit Treuil (Saint-Coulant-le-Grand, Ch.-M.), les Petits Treuils (Saint-Ouen, Ch.-M.) etc. C’est parfois le treuil qui sert de complément comme pour des Bois du Treuil (La Faye, Char. etc.), Fief du Treuil (Beaugeay, Ch.-M. etc.), Moulin du Treuil (Vitrac, Dord. etc.), Villa du Treuil (Saint-Symphorien, D.-S.), Fontaine du Treuil (Valence, Dr. etc.), Ruisseau du Treuil (Cabanac, Gir.etc.) etc. Le même Treuil a pu devenir patronyme, soit pour nommer celui qui habitait près du pressoir soit celui qui en était chargé, et a pu être réutilisé comme toponyme même en l’absence de pressoir, d’où également des noms comme Dutreuil (Aurec-sur-Loire, H.-L. …).

  Plus rare, la forme féminine, attestée elle-aussi au sens de « pressoir » mais aussi comme patronyme, se rencontre à une trentaine d’exemplaires du type La Treuille (Cuzac, Lot etc.) et Les Treuilles (Jonzac, Ch.-M. etc.) auxquels on ajoutera l’Allée de Madame Treuille à Oyré (Vienne), la Treuillère (Beaupréau, M.-et-L. etc.) et les Treuillères (Clussais-la-Pommeraie, D.-S.), ces deux derniers étant la propriété d’un nommé Treuiller, dont le nom apparait seul à Treuiller (Vérac, Gir.).

Plus rares encore, on rencontre des diminutifs comme Treuillet (Calmont, H.-G.) ou les Treuillets (Rilly-sur-Vienne, I.-et-L.) ou du comme Treuillaut (Villiers-les-Ormes, Indre), l’Étang de Treuillault (Sainte-Fauste, id.) ou encore Treuillot (Val-Fouzon, id.), Treuillons (Chermignac, Ch.-M.). Un pluriel inhabituel se rencontre avec Les Treux (Flagey-Echézeaux, Saffres, etc. C.-d’Or).

Beaucoup plus rare encore, la forme treuilh, dans laquelle le –lh final est la graphie occitane pour les –ll– mouillés, se rencontre dans quelques Treuilh en Dordogne, Gironde et dans les Landes et dans le diminutif Treuilhol à Anglès (Tarn).

Et nous voici donc rendus en pays de langue d’oc où, s’il n’y avait pas plus de vignes qu’en pays d’oïl, il y avait en tout cas plus d’olives et de noix, d’où le nombre important de toponymes faisant référence à un pressoir ou à un baquet servant à fouler le raisin ou à récolter le jus ou l’huile. 

Les formes les plus répandues semblent être trouilh et son diminutif trouillet, qui comme en pays d’oïl, sont aussi des noms de familles. On rencontre ainsi plus de vingt lieux-dits Trouilh (Landes, P.-A., Gers) et autant de Trouillet (mêmes départements plus Isère, Ain, Savoie, Tarn Aveyron, Dordogne et Ardèche). Un dérivé augmentatif apparait dans le nom Trouillas d’une commune des Pyrénées-Orientales et de plusieurs lieux-dits du Gard, du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, de Lozère, des Alpes-de-Haute-Provence et d’Ardèche. On notera la malencontreuse francisation en Les Trouillasses (Malarce-sur-la-Thines, Ardc.) d’un ancien mas de Trolhas (1464).

Les dérivés en –er ou –ier évoquent le fabricant de pressoirs ou l’activité saisonnière des pressureurs, en fait des chefs de cave ou des maîtres de moulins à huile, et se retrouvent comme noms de familles et noms de lieux : Trouiller (Montélier, Dr. …), Maison Trouiller (Loriol-sur-drôme, Dr.), Les Trouillères (L’Isle-Jourdain, Gers …), La Trouillière (Gupy, Nièvre) etc. Une difficulté peut survenir dans l’interprétation de certains des toponymes dérivés de trouih/trouille avec leurs homonymes désignant un marécage ou un bourbier notamment en Gascogne.

Les verbes d’ancien français troillier , « broyer » et troiller, « presser les raisins », sont à l’origine de trouiller, « lâcher des pets », d’où le qualificatif de « trouillard » donné au peureux, au pétochard. Les toponymes Trouillard (Ajou, Eure …), Trouillarderie (Saint-Michel-Chef-Chef, L.-A. …) ou Trouillardière (Saint-Viaud, id. …) qui en sont issus n’ont plus rien à voir avec le treuil que  leur étymologie.

Vieux pressoir bourguignon – Musée de Beaune (Côte-d’Or)

La forme truel est elle aussi présente à une vingtaine d’exemplaires dont la commune Le Truel en Aveyron et des lieux-dits (Le) Truel principalement en Aveyron et dans le Tarn. On rencontre également la graphie Le Trueil (Embrun, A.-M. ; Lunac, Av. ; Miscon, Dr.), Lou Trueil (Sainte-Eulalie, Loz.) et le féminin Prat de la Trueille (Monts-de-Randon, Loz.).

La variante triòl est fréquemment représentée sous la forme Le Triol dans la plaine héraultaise (Viols-le-Fort, Marsillargues, Tourbes et Vieussan), dans le Tarn (Cadalen, Cambon etc.) ou encore dans la Loire (Luriecq …). On trouve également Les Triols (Montaulieu, Dr. …), Lous Triols (Les Plans, Hér.) ou encore Lous Triolas (Barjac, Loz.). Les diminutifs triolet ou triollet, qui ont pu devenir noms de familles, se retrouvent également dans des noms de lieux-dits  (Le) Triolet (Visan, Vauc. ; Sète, Hér. etc) ou Le Triollet (Saint-Pierre-les-Bois, Cher). On rpeut rattacher à cette série les noms Le Trolliet (Sainte-Julie, Ain), le Mollard Troillet (Mongibert, Sav.) et le diminutif Les Troillettes (SaintMartin-de-Bavel, Ain)

Enfin, on rattache à ce même treuil diverses formes à l’origine de noms de lieux moins communs. Dans les parlers alpins, apparait le terme trua d’où des noms de lieux-dits Truaz (Arthaz-Pont-Notre-Dame, H.-Sav.) et Le Tru (Queige, Sav.). Le nom de Trieux (Lhuis, Ain) qui était Truiel et De Trolio en 1272, semble bien être lui aussi une variante de treuil, mais il n’en va pas de même pour d’autres Trieux qui peuvent être issus du moyen néerlandais driesch, « jachère », dans les régions du nord, ou d’origine pré-celtique en Bretagne.

Dans l’Aude, on trouve au moins six Truilhas (Sallèles-d’Aude etc.) desquels on rapprochera Le Truillat à Varilhe en Ariège.

On ajoutera à cette déjà longue liste des noms comme Trouilly (Saint-Clément-sur-Valsonne, Rh.), Trouillac (Tourliac, L.-et-G.), Trouillaud (Ansac-sur-Vienne, Char. etc.), Trouillaux (Boisné-La Tude, Id. etc.) qui pourraient être des dérivés (patronymiques ?) de troil, « pressoir » ou de trouille, « peur ». 

Et j’en termine avec le lieu-dit La Croix-Trouilloux (Aveize, Rh.), dont le nom Troulieu attesté au XVIIIè siècle peut faire penser lui aussi à un dérivé de troil, « pressoir ».

PS : le « pressoir », quoi que ce soit qu’il ait eu à presser, a porté d’autres noms, selon les régions et les parlers locaux. Peut être feront-ils l’objet d’u autre billet. Mais ne soyons pas pressés (ahah).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont la première partie du nom est liée aux mots du jour. La seconde partie est un patronyme, sans doute celui du premier propriétaire.

La commune qui l’abrite doit son nom à celui d’un homme gallo-romain ou roman ou peut-être à un relief particulier qu’on y trouve. Ce nom a été complété par un hagionyme.

La grande ville la plus proche doit le sien à la rivière qui la traverse, laquelle était clairement divinisée.

Un indice, pour le lieu à trouver lui-même :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Au Drouilh à Bascous (Gers) : la répàladev

Un Intrus, TRS et LGF forment le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Félicitations à tous les trois !

Il fallait trouver le lieu-dit Au Drouilh à Bascous, du canton de Fezensac dans l’arrondissement de Condom dans le  Gers.

Bascous 

Au Drouilh, écrit ici Le Drouil

Toponymie

Au Drouilh : c’est sous ce nom que le lieu-dit est référencé dans le fichier FANTOIR, en même temps qu’une Route du Drouilh. La carte IGN actuelle mentionne Le Drouil, tandis qu’on trouve écrit Drouil sur celle de 1950 comme sur la carte d’état-major. Cassini (feuille 73, Agen, 1784) écrivait le Drouil. Quoiqu’il en soit, on reconnait facilement dans ce nom un dérivé du celtique derullia, « chêne ».

Bascous :  il y a une douzaine d’années, dans un article consacré aux « autres migrants », j’écrivais :

Les Vascons ont envahi l’Aquitaine à partir du VIè siècle. Leur nom latin, Vascones, accompagné du suffixe -ia , a donné son nom à la Gascogne : Vasconiae saltus au IVè siècle, Wasconia en 602, Vasconia en 845 et Gasconia en 1204, évolution normale du w de la langue  germanique des Francs  en g  de la  langue romane et accentuation sur la deuxième syllabe. La déportation de prisonniers de guerre dans le Nord par Pépin le Bref  a fourni  Gascogne, village détruit près de Broussy-le-Grand (Marne), Gâcogne ( Nièvre), Vacognes-Neuilly (Calv.) et Vaucogne (Aube). Le même nom de peuple, accentué sur la première syllabe, a donné son nom au Pays Basque ainsi qu’à Bascons ( Landes) et à Bascous ( Gers).

Vic-Fezensac :

Vic : du latin vicus, « village ».

Fezensac : ce nom est à l’origine celui d’un comté carolingien, attesté comitatus Fedentiacus en 843, in agro Fidenciaco en 869, comitatus Ffezenciaci au XIIè siècle, la conté de Faiençac en 1259 et comiti Fezenciaci en 1279, du nom d’homme gallo-romain Fidancius et suffixe –acum. Le nom Fidancius est  une variante de Fidentius, formé sur le participe fidens, « qui se fie, qui a confiance ; assuré, confiant ».

Condom : il y a quatre ans, déjà dans une répàladev,  j’écrivais :

Condom était Condomum en 615, nom dans lequel on peut reconnaitre avec Nègre (TGF*) un dérivé du gaulois *condat-o-magos, le « marché du confluent » (entre la Baïse et la Gèle)  ou préférer avec Dauzat & Rostaing (DENLF*) un *Cond-o-magos, le « marché de Condus ».

Comme chacun sait, « condom » désigne aussi un préservatif, d’où la remarque « ah ! non, rien ne doit filtrer ! » à propos d’un éventuel indice concernant la ville (ahah).

Les indices

 ■ Les Trois mousquetaire et d’Artagnan devaient faire penser à la Gascogne et à Condom où on peut voir une statue les représentant.

 ■ Superdupont : pour le béret basque, bien sûr, mais aussi pour le dessinateur Jean Solé né le 2 août 1948 à Vic-Fezensac.

■ « et toujours pas d’indice pour le chef-lieu d’arrondissement, Dieu m’en préserve ! »  : pour Condom encore …

Les indices du mardi 30 septembre 2025

Un Intrus et TRS m’ont déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour [drouille]

La commune qui l’abrite doit son nom à la région d’origine de ceux qui s’y sont installés.

Le canton tire son nom de celui d’un ancien comté, lequel doit le sien à un homme de confiance gallo-romain. Le même nom sert de complément à celui du bureau centralisateur, qui n’était qu’un simple village.

Le chef-lieu d’arrondissement … ah! non, rien ne doit filtrer !

Un indice ?

Les indices du mardi

■ pour la région (mais vous la connaissez sans doute déjà) et le bureau centralisateur du canton :

■ et toujours pas d’indice pour le chef-lieu d’arrondissement, Dieu m’en préserve !

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr