Un Intrus a déjà résolu ma dernière devinette devinette. Félicitations !
L’énoncé en était le suivant :
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine formé sur le modèle décrit dans l’article et signifiant qu’on y arnaquait des gens pas très malins.
Le saint éponyme de la commune où se trouve ce lieu-dit devrait nom à ses premiers bredouillis. Le déterminant du nom de cette commune fait référence au statut particulier de la commune avec laquelle elle fusionna et qui a été vu dans un billet spécialisé de ce blog.
Le nom du bureau centralisateur du canton est dû à celui des étrangers qui s’y étaient établis. Ce nom avait été signalé dans un des premiers articles de ce blog.
Le nom du chef-lieu d’arrondissement, issu de celui d’un homme latin, a été expliqué à plusieurs reprises sur ce blog, dont deux fois à propos d’une réponse à une devinette.
On a vu dans le précédent article des locutions verbales ayant servi à nommer un vol ou un voleur, qui sont devenues patronymes puis toponymes. D’autres locutions verbales sur le même modèle « verbe plus complément » ont été faites pour désigner non pas un vol mais une tromperie. C’est aux toponymes forgés sur le verbe tromper, à l’indicatif ou à l’impératif, suivi d’un complément, que je m’intéresse aujourd’hui.
Celle qui a été le plus souvent trompée — et de loin ! j’ai relevé 110 toponymes la concernant — est la souris qu’on retrouve dans des lieux-dits Trompe Souris, Trompe-Souris ou Trompesouris répartis dans les Pays-de-la-Loire (May., M.-et-L. et Sarthe), le Centre-Val-de-Loire (Cher, E.-et-L., Indre, I.-et-V., L.-et-C.), en Bretagne (C.-d’A., I.-et-V.) et en Normandie (Calv., Manche, Orne) auxquels s’ajoutent un exemple en Côte-d’Or et un autre en Nouvelle-Aquitaine. Selon Auguste Longnon (Les Noms de lieux de la France, 1920), ces « noms désignaient de manière facétieuse des moulins probablement mal achalandés, où les souris, si friandes de farine, étaient déçues dans leur espoir de bien vivre ». Cette explication a été reprise par la suite par tous les spécialistes. Je me demande pour ma part si certains de ces moulins n’auraient pas pu être appelés ainsi parce qu’ils étaient si bien tenus que pas un grain ne traînait par terre et que pas un sac de farine n’y était accessible aux souris. C’est sans doute mon côté optimiste …
La souris n’était pas la seule à se trouver fort dépourvue dans un moulin : on trouve ainsi deux Trompe-Rat (Rosnay, Indre et Thuré, Vienne) et un Tromperat (Daubbèze, Gir.). Toujours dans les animaux sauvages, on notera deux lieux-dits Trompe Ageasse à Aigondigné et à Vouillé dans les Deux-Sèvres, où c’est la pie (agasse, agace, ageasse …) qui ne trouve rien à picorer.
D’autres animaux se sont trouvés floués. Le loup est ainsi mentionné à onze reprises dans des lieux-dits Trompe Loup, dont un Bois Trompe Loup à Saint-Aubais-la-Chapelle (Char.) et un lieu-dit Trompeloup à Pauillac (Gir.), dont une légende explique le nom. Ils sont tous situés en Nouvelle-Aquitaine sauf le Pré du Trompe Loups situé à Brix, dans la Manche. Pour certains de ces endroits, il pourrait s’agir d’une allusion à une chasse au loup. Le chien a pu lui aussi être trompé par une maigre gamelle, symbolisant un terroir de peu de rapport qui ne suffisait pas même à nourrir un chien, à moins qu’il ne s’agisse d’un appel à la chasse à coups de trompe : on trouve ainsi six Trompe Chien et un Trompechien, tous en Centre-Val-de-Loire ou en Pays-de-la-Loire. Pourquoi trompait-on les loups ici et les chiens là ? Mystère.
Parmi les animaux de la ferme, la chèvre apparait à Trompe-Chèvre (Saint-Félicien, Ardc.), qui semble être un passage suffisamment abrupt pour faire tomber les chèvres, et à La Fosse Trompe-Chèvre (Thilouze, I.-et-L.). À Boissy-le-Cutté (Ess.), la platière nommée Trompe-Vache doit peut-être son nom au brome stérile, une mauvaise herbe aussi appelée perce-sac, pique-sac, crève-sac et … trompe-vache. Les animaux de basse-cour sont représentés par un Trompe-Canard, sans doute une mare fort peu profonde à Fressines (D.-Sèv.) et par un Trompe-Jau au Petit-Pressigny (I.-et-L.), avec jau, « coq ».
Pour en finir avec les animaux, je rappelle l’énigmatique Les Trompes-Chattes (Alligny-Cosne, Nièvre), déjà signalé dans un article consacré aux chattes mais pour lequel je n’ai pas trouvé d’explication satisfaisante.
Les terres pauvres, dont les récoltes ne suffisent pas à remplir le grenier de la ferme sont appelées Trompe Grenier en Maine-et-Loire (Chemillé-en-Anjou et Valanjou) et dans les Deux-Sèvres (Sainte-Blandine, Thorigné et Algondigné). On leur ajoutera les Trompe Charette de la Sarthe (Écorpain, Montaillé et Sainte-Cérotte), les Trompe Panier de Theuville (Val-d’Oise), de Montfaucon-d’Argonne (Meuse) et Hénonville (Oise) plus le Fief de Trompe Panier à Foussais-Payré (Vendée) et enfin le Trompe-Sac de la Réorthe (Vendée). Une terre dont on ne tirait aucun bénéfice tout au long de l’année a été appelée Trompe-tout-l’An à Fuveau (B.-du-R.)
Lorsque les vignes ne produisaient rien ou presque, on les appelait des Trompe-Baril (Jalognes, cher ; Châteauroux et Villedieu-sur-Indre, Indre) ou Trompes-Barils (Verdigny, Cher). Elles pouvaient n’être que des Trompe Tonneau (Bellevigne-en-Layon, Terranjou, Tancoigné et Lys-Haut-Layon, M.-et-L.) … qui ne concernent que des vins de la Loire (« je dis ça, je dis rien », comme on dit dans les séries tv). Des Trompe Bouteille paraissent encore en Centre-Val-de-Loire (Luzillé, I.-et-L. ; Monthou-sur-Cher, L.-et-C. ; Nancray-sur-Rimarde et Charmont-en-Beauce, Loiret) mais on trouve également un Trompe Bouteille à Senargent-Mignafens (H.-Saône) et un Bout de Trompe Bouteille à Sommerance (Ardennes).
Le Trompe-Sol de Journet (Vienne), mentionné dans le fichier FANTOIR mais absent des cartes IGN, semble être une mauvaise graphie pour le Trompe-Sel, décrit comme un « étang desséché » dans le Dictionnaire topographique de la Vienne (L. Redet, 1881). Il existe un lieu-dit La Trompe-Sol à Belâbre (Indre) dont je suis pas parvenu à éclaircir la signification.
Et les êtres humains ? Eh bien ! Ils ont pu être floués eux aussi comme le montrent par exemple les lieux-dits Trompe Pauvre de Châteauneuf-sur-Isère (Is.), de Béziers (Hér.) et de Mazerolles-du-Razès (Aude), le Trompepauvres de Béziers (Hér. – connu comme Troumpo-Paurès par les Bitterois et par F. Mistral) et les Trompes Pauvres de Cessenon-sur-Orb (Hér.) dont les terres appauvrissaient plus quelles n’enrichissaient ceux qui les travaillaient. On rapprochera de ces noms les Trompe Gueux de Rochefort-du-Gard (Gard) et d’Arles (B.-du-R.) et les Trompe Coquin de Sainte-Maure-de-Touraine et Trogues (I.-et-L.), où les mendiants et les nécessiteux restaient sur leur faim (coquin, comme gredin, a d’abord désigné le pauvre, le mendiant, mais comme la misère a toujours tort aux yeux de certains, ces mots ont fini par désigner des personnes sans aveu).
Avec une désignation plus précise de la personne trompée, on trouve Trompe Guillaume à Vocance (Ardèche), Trompe Nigaude aux Lèves-et-Thoumeyragues (Gir.),Trompe-Fille à Authes (Ardennes), Trompe Valet à Courcelles (Nièvre), Trompe Moine à Saint-Viaud (L.-A.) et Trompevieux à Lailly-en-Val (Loiret). On n’oubliera pas le Banc de Trompe-Sot à Saint-Trojan-les-Bains (Ch.-M.), un haut-fond marin du coureau d’Oléron que je mentionnais dans un article consacré au banc.
On trouve également des noms à valeur métaphorique comme Trompecieux (Les Vallois, Vosges), Trompe Dieu (Vennecy, Loiret – écrit Trombebieu sur la carte d’état-major du XIXè siècle, ce qui accroît le mystère), Trompe la Mort (Blancs-Coteaux, Marne) et La Mort-qui-Trompe à Langesse (Loiret), sans oublier le joli Ancien moulin de Trompe-l’Amour dont il ne reste que des ruines à Jonzac (Ch.-M).
Il me reste cinq noms mystérieux que je ne suis pas parvenu à expliquer : la Rousse Trompe Layot (Priziac, Mor. – une « rousse », du breton rouzenn, est une basse, un banc de roche s’approchant très près de la surface de la mer mais qui ne se découvre jamais ; Layot, le patronyme d’un marin qui se serait échoué là ?), Trompe-Barry (Jalognes, Cher – patronyme ou mauvaise graphie pour « baril » ?), Trompelarie (Chazey-Bons, Ain – qui n’a peut-être rien à faire ici), LeTrompe-Puits à Saint-Senoux (I.et-V.) et Trompe-Scile à Nouart (Ardennes). (Si vous avez des idées … je suis preneur !).
La devinette
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine formé sur le modèle décrit dans l’article et signifiant qu’on y arnaquait des gens pas très malins.
Le saint éponyme de la commune où se trouve ce lieu-dit devrait son nom à ses premiers bredouillis. Le déterminant du nom de cette commune fait référence au statut particulier de la commune avec laquelle elle fusionna et qui a été exploré dans un billet de ce blog.
Le nom du bureau centralisateur du canton est dû à celui des étrangers qui s’y étaient établis. Ce nom avait été signalé dans un des premiers articles de ce blog.
Le nom du chef-lieu d’arrondissement, issu de celui d’un homme latin, a été expliqué à plusieurs reprises sur ce blog, dont deux fois à propos d’une réponse à une devinette.
Un Intrus et LGF sont restés les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Félicitations !
Il fallait trouver le lieu-dit Pelevisot à Marmande dans le Lot-et-Garonne.
Marmande, ici :
Pelevisot, dans le cercle rouge ; pour le centre-ville de Marmande, suivez la flèche :
Les toponymes
■ Pelevisot : il s’agit d’une francisation de l’occitan Pelabisòc, nom formé de pelar, « peler, dépouiller de ses biens » et busòc, nom gascon de la buse ou busard, ici employé comme surnom d’un individu crédule, niais. C’est le même nom que Pellebuzan (Ciron, Indre – Pelabuzan en 1220), Pellebuzoc (Bourdalat, Landes) et Pelebizoc (Birac-sur-Trec, L.-et-G.) vus dans le billet.
Le nom est écrit Pelebizot sur la carte de Cassini :
■ Marmande : le nom de cette ville avait été expliqué lors de la devinette concernant Lajoualette à Lagupie (L.-et-G.) :
la ville est attestée Marmanda en 1208. ce nom appartient à une grande famille toponymique : on trouve de nombreux Marmande et de rares Mirmande en France, de nombreux Milmande en Espagne et quelques autres variantes graphiques. Les nombreuses tentatives étymologiques (pré-indo-européen, composés latins, noms de personne etc.) n’ont guère apporté de solution convaincante. L’hypothèse la plus crédible est celle d’Alain Sourtou ( Nouvelle revue d’onomastique, 1994, n° 23-24, pp. 139-146, à lire en ligne) qui propose un composé occitan médiéval (aucune attestation toponymique n’est antérieure à l’an mil) formé de mira, « regarde » et manda, « commande », c’est-à-dire « le lieu d’où l’on regarde et commande ». Le nom est très tôt devenu un appellatif désignant une (petite) fortification : à Marmande est construit au Xè siècle un premier château, en bois ; au milieu du XIè siècle, un château en partie en pierre. On trouve en 1262 la forme pedagio de la Mirmande, l’article étant la preuve que le nom était conçu comme étant d’origine appellative. Du point de vue graphique, alors que Marmande n’a pas cessé d’être utilisé depuis 1208, Mirmande apparait en 1255 et disparait avec Mermande en 1552.
Les indices
■ le fruit d’outre-atlantique mentionné dans l’énoncé est la tomate, dont la variété dite « tomate Marmande » est bien connue. (Merci à Jacques C. pour m’avoir rappelé d’en parler !)
■ il fallait reconnaitre un busard, bien sûr, comme celui qui était « pelé » à Pelevisot.
■ cette image extraite du film Master and Commander montrait un capitaine de navire regardant à la longue vue : il regarde et commande, comme à Marmande.
■ le nom Marmande est aussi celui de plusieurs lieux-dits (Allier, Cher, Eure, H.-G., Gir., I.-et-V., Landes, L.-et-G., M.-et-L., P.-A., Vendée et Vienne) et sert de déterminant à Marigny-Marmande (I.-et-L.). On trouve, dans la Drôme, la commune de Mirmande dont le nom est plus proche de l’étymologie mira -manda.
■ triste épisode de la croisade des Albigeois, le siège de Marmande en 1219 s’est achevé par le massacre de ses cinq mille habitants.
Un Intrus et LGF (qui a dit « comme d’habitude » ?) ont déjà trouvé la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous deux !
Rappel de l’énoncé :
Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu trouver sa place dans le billet ci-dessus.
Il est situé dans une sous-préfecture dont le nom a déjà été expliqué à propos de devinettes récentes. On y surveillait et dirigeait toute la région. On y a créé une variété d’un fruit venu d’outre-Atlantique qui en porte le nom.
■ un indice pour le toponyme :
■ un indice pour la commune :
Les indices du mardi
■ Le nom de la commune était un appellatif utilisé au Moyen Âge pour désigner un bâtiment particulier, d’où sa présence comme déterminant du nom d’une commune d’Indre-et-Loire ainsi que dans le nom de nombreux lieux-dits. Sous une forme plus proche de l’étymologie, on le retrouve dans le nom d’une commune de la Drôme.
■ La ville a subi un siège qui s’est achevé par le massacre de ses habitants.
En répondant à un lecteur belge qui m’interrogeait sur les toponymes du type Plumecoq, j’ai découvert qu’un des sens du patronyme éponyme pouvait être, outre celui de marchand de volailles, celui de voleur de poules. Cela m’a donné envie de chercher d’autres noms donnés aux voleurs – exclusivement composés d’un verbe et de son complément – qui seraient à leur tour devenus des toponymes. J’en ai trouvé quelques uns.
Curieusement, le verbe « voler », au sens de s’emparer des biens d’autrui, ne semble jamais avoir été utilisé de cette façon.
Le verbe « peler » au sens figuré de « ruiner, dépouiller de ses biens » a été utilisé pour nommer l’usurier mais aussi le voisin de ferme prêt à tout pour s’approprier des biens ou l’individu rapace peu scrupuleux. La commune de Pellevoisin (Indre – Pellavezin en 1235 et Pelavesin en 1240), comme plusieurs lieux-dits homonymes à Saint-Lin, Cerzeau et Chef-Boutonne dans les Deux-Sèvres ; à Saint-Pierre-d’Exideuil, dans la Vienne ; à Mainsat dans la Creuse (attesté Palevezi en 1281) et à Colombiers dans le Cher, portent un nom faisant référence à un personnage qui « ruine son ou ses voisins ». Sur ce même patronyme ont été formés les noms de lieux Appel Voisin (à Cerizay, Peillevezin en 1287 et Saint-Paul-en-Gâtine, dans les Deux-Sèvres) quand la préposition À, ajoutée tardivement, a provoqué l’attraction de l’oïl appel. La commune de Pellafol (Isère – Pelafol au XIIè siècle) et le Château de Pelafol (Barbières, Drôme) doivent leur nom à un personnage surnommé en occitan pèla fòl, soit « ruine le fou … qui l’écoute ». Dans le même ordre d’idée, Pellebuzan (Ciron, Indre – Pelabuzan en 1220), Pellebuzoc (Bourdalat, Landes et Pelebizoc (Birac-sur-Trec, L.-et-G.) correspondent au patronyme Pellebuson, avec buson, « buse », au sens de niais, crédule – et vous aurez remarqué qu’on a un triplé. Pellevillain, nom d’un hameau passé à un ruisseau à Néhou (Manche), était le sobriquet d’un homme qui dépouillait le vilain : à l’époque de la formation des noms de famille, le vilain pouvait être un paysan riche par opposition au travailleur urbain. On notera également la Fosse Pellemoine à Notre-Dame-d’Oé (I.-et-L.) où c’est un moine qui s’était fait duper.
Il ne faut sans doute pas suivre A. Longnon (Les noms de lieux de la France, 1920) quand il voit dans tous les composés avec le verbe « plumer » suivi d’un complément un nom donné à un voleur devenu toponyme. Pour les Plumecoq (Chouilly, Marne), Plume-Coq (Nesle le Repons, Marne et St Mars en Brie, S.-et.-M), Plumejals (Puichéric, Aude), Plume-Jau (La Roche-Chalais, Dord), Plumejau (Montendre (Ch- M.), Plumejeau (Chigné et Noyant-Villages, M.-et-L.) Plumegal (Creysse, Lot), Plume la Poule (Talence, Gir.), Plume Poussin (Flagy, S.-et-L.), Plume Geline (Dohis, Aisne) etc. il peut aussi bien s’agir de voleurs de volailles que d’éleveurs ou de marchands. Par contre, le doute ne semble pas permis pour Plumoison (P.-de-C. – Plume Oyson en 1321) qui était bien le surnom de celui qui « plume l’oison », c’est-à-dire un faiseur de dupes, pas plus que pour Plume-Buse (Sauvetat-du-Dropt, L.-et-G.), avec « buse » au sens de niais, crédule. Dans un sens voisin, Plume-Souris (Mouzon, Ardennes) était le nom d’un moulin si bien tenu que les souris n’y trouvaient rien à se mettre sous la dent, nom à comparer aux nombreux moulins Moque-Souris.
Le verbe « happer » a lui aussi servi à former des noms de voleurs. On trouve ainsi les lieux-dits Happegarbe à Azincourt (P.-de-C.) et Happegarbes à Landrecies (Nord) avec garbe pour « gerbes » : on y volait la récolte. On trouve également le lieu-dit Happeglène à Ignaucourt (Somme) qui peut être formé sur le patois glène ou gleigne, « poule » (latin galina) ou bien de glana ou glena, ce qui est glané. Il est clair que c’est la maraude exercée sur les poules ou sur les champs de blé qui a valu aux habitants de ces endroits ces qualificatifs peu élogieux. Mais que dire alors des lieux-dits Happe-Tout à Chaudrey (Aude) et Happetout à Malaunay (S.-M.) ? Signalons également, mais dans un registre différent, le joli nom du Happe la Lune à Preutin-Higny (M.-et-M.), surnom donné à un rêveur, un songe-creux.
Et, oui, puisque vous me le demandez, il existe bien des dérivés du verbe « râper » au sens de grappiller, recueillir de manière souvent illicite. On trouve ainsi, formés sur le gascon rapa tòt, surnom de celui qui ramasse tout, de l’individu particulièrement avide, le nom de famille Rapetout passé à trois lieux-dits des Landes (Labatut, Rodières et Renung) et à un quatrième dans le Lot-et-Garonne (Fauillet) ainsi que le nom de famille Rappetout passé à un autre lieu-dit du Lot-et-Garonne (Estillac).
Le verbe « prendre » ? On pourrait penser qu’il n’était pas très malin de se promener à Saint-Ouen-Prend-en-Bourse quartier de Bertreville-Saint-Ouen, S.-Mar.) au risque de se voir voler son argent. En fait, il n’en est rien : la forme ancienne du déterminant de Sancto Audoeno de Brenenborse ou In ecclesia Sancti Audoeni de Bren en borsa (1206) montre qu’il s’agit d’un sobriquet collectif non pas de personnes malhonnêtes, mais de pauvres gens n’ayant dans la bourse que du « bren », la partie grossière du son, sans valeur. C’est en 1246 qu’apparait une tentative maladroite d’améliorer ce surnom qui deviendra Pren in bursa. Dans les Côtes-d’Armor, à Lamballe, c’est un vieux Pont Prenn ou « pont de bois », devenu dangereux à passer à cause de son mauvais état, qui est devenu, par dérision, un Pont-Prend-Tout.
Le verbe « vider» ? Plusieurs lieux dits portent le nom peu engageant de Vide Bourse à Vauchoux (H. Saône), Marville (Meuse), Vernantois (Jura), Verneuil (Marne) et à Bonvillet (Vosges – où le nom de Vide-Bourse a remplacé celui de Bois d’Armont au XIVè siècle, sans doute à cause de quelque mésaventure) ainsi que Videbourse à Pruillé-le-Chétif (Sarthe). Et on n’oubliera pas les rues Vide-Gousset (Paris, IIè ; Belbeuf, S.-M. ; Épeugney, Doubs ; Clamart, H.-de-S.) où il ne faisait pas bon s’attarder à la nuit tombée. Par « plaisanterie », la rue parisienne de Vide-Gousset fut re-baptisée vers 1770 rue Terray, du nom du ministre des Finances d’alors, l’abbé Terray, qui venait d’augmenter sévèrement les impôts. Nul n’aurait bien sûr aujourd’hui l’idée d’opérer un tel rapprochement …
Enfin, le verbe « tirer », à l’origine du vol à la tire, a produit peu de toponymes. On ne suivra pas, là non plus, A. Longnon (op. cit.) quand il donne à (presque) tous les composés en tire– le sens de vole-, alors que la plupart ont le sens d’amener vers soi, de traîner derrière soi etc. (cf. Tire Bique, Tire Vache, Tire Cabre … souvent des noms de pentes difficiles à faire gravir aux bêtes). On notera toutefois le Tiremanteau à Rontalon (Rh.) et l’ancienne rue Tiremanteau de Clermont-Montferrand (P-de-D.) devenue le 20 novembre 1880 rue du Cardinal Giraud, où il ne faisait sans doute pas très bon de se promener…
La devinette
Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui aurait pu trouver sa place dans le billet ci-dessus.
Il est situé dans une sous-préfecture dont le nom a déjà été expliqué à propos de devinettes récentes. On y surveillait et dirigeait toute la région. On y a créé une variété d’un fruit venu d’outre-Atlantique qui en porte le nom.
Un Intrus et LGF sont restés les seuls « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !
Il fallait trouver le Crêt de Beauplomb à Saint-Jean-Bonnefonds, dans le pays de Jarez, dans le département de la Loire.
Saint-Jean-Bonnefonds, ici :
Le Crêt de Beauplomb, là :
Les toponymes
■ Crêt de Beauplomb : Crêt est un doublet masculin pour crête (montagneuse). Le déterminant Beauplomb, qu’on trouve à l’identique en 1826 sur le cadastre napoléonien mais qui n’apparait pas chez Cassini (feuille 88, saint-Marcellin, 1767), n’est expliqué nulle part …
Le Dictionnaire topographique de la Loire (J.-E. Dufour, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2006) mentionne un écart tout simplement appelé Le Crêt, à Saint-Jean-Bonnefonds, qui était mentionné en cret Boysson, juxta terram Mathei Boysson en 1388.
Se pourrait-il que ce Crêt Boysson ait simplement changé de nom ou bien que son nom ait été transformé en quelque chose de plus compréhensible une fois ce Mathieu Boysson oublié ?
■ Saint-Jean-Bonnefonds : un acte de donation daté de 868 mentionne l’ ecclesiam in honore Sancti Johannis et on trouve le nom Sanctus Joannes Bonorum Fontium en 984. Bonnefonds sont donc des « bonnes sources ».
■ pays de Jarez : ce pays est formé pour l’essentiel par la vallée du Gier qui sépare le Forez du Vivarais. Jarez est attesté in Garensi dans l’acte de 868 cité ci-dessus, du nom de la rivière Jarem suivi du suffixe d’appartenance latin –ense. La rivière elle-même est attestée Jarem fluvium dans la Vie de saint Ferréol rédigée avant 475 ; son nom vient de la variante *garra du pré-indo-européen *carra, « pierre » avec désinence -is de la troisième déclinaison latine d’où la forme franco-provençale Jareis en 1213. La forme française Jarez apparaît en 1651.
La rivière Gier marquait la limite entre les territoires des deux peuples gaulois suivants :
■ Ségusiaves : « Le nom des Ségusiaves est formé sur le radical celtique seg(o), « puissant, valeureux, victorieux » ». C’est ce que j’écrivais déjà iciet là.
■ Allobroges : « le nom des Allobroges est composé du gaulois *allo-, « autre », et *brogi-, « pays », soit : (le peuple) venu d’autres pays. Dès le IVe siècle av. J.-C. , un scholiaste de Juvénal (VIII, 234) expliquait : dicti quia ex alio loco fuerant translati, soit « ils ont été appelés Allobroges parce qu’ils avaient été déplacés d’un autre lieu », écrivais-je déjà ici.
Les indices
■ la boite de graisse pour cycles et armes … de la Manufacture française d’armes et cycles de Saint-Étienne ?
■ il fallait reconnaitre une poule Ayam cemani qui a la particularité d’être noire , crête comprise. De la crête au crêt et du noir au beau plomb …
■ La Tête de saint Jean-Baptiste peinte par Andrea Solario, dit Andrea di Bartolo, en 1507 : pour Saint-Jean-Bonnefonds.
Un Intrus et LGF n’ont pas mis longtemps à me donner la solution de ma dernière devinette. Bravo à eux !
L’énoncé en était le suivant :
À vous de trouver un toponyme de France métropolitaine composé d’un terme générique d’un type de relief accompagné d’un nom lié au mot du jour [plomb]. Ce toponyme se retrouve dans le nom d’une rue de la commune où il se situe.
Le nom de cette dernière est un hagiotoponyme complété par la qualité de ses eaux.
Elle est située dans un pays qui doit son nom à la rivière qui le baigne, laquelle était remarquable par son lit pierreux si on en croit son nom.
Cette rivière servait de limite entre le territoire de deux peuples gaulois, les uns venus d’ailleurs et les autres, de courageux guerriers.
Un de mes lecteurs, qui signe échogradient73, m’interrogeait récemment à propos du lieu-dit Pomblière de Saint-Marcel en Savoie. Je lui répondais alors : « A. Gros (Dictionnaire étymologique des noms de lieux de la Savoie, 1935) déplore que » depuis quelques années, on s’est mis à écrire Pomblières, graphie contraire à l’étymologie « , puisque le hameau s’appelait bien Plombière à l’origine. On trouve en effet écrit La Plombière sur la carte d’état-major (1820-66) ». Et j’ajoutais qu’ « il y a d’autres Plombières en C.-d’Or, H-L. et Vosges qui, tous, semblent attester d’anciennes mines ou fonderies de plomb ». J’ai eu envie de creuser (ahah) le sujet.
Plombière(s)
Deux communes portent le nom de Plombières, l’une en Côte-d’Or, l’autre dans les Vosges.
Plombières-lès-Dijon (C.-d’Or) est attestée Plumberiae en 584 et Plombières dès 1276. L’étymologie « évidente » selon le latin plumbus, « plomb » et suffixe –aria, d’où « mines de plomb », adoptée par Dauzat & Rostaing (DENLF*) et E. Nègre (TGF*) est mise en doute par G. Taverdet (NLBo*) qui constate l’absence de minerai de plomb dans le sous-sol de la région et qui émet l’hypothèse d’un palumbaria, « pigeonnier ». Mais pourquoi ne pourrait-on pas imaginer pour plombière le sens de « plomberie, atelier où on travaille le plomb » comme une verrière pouvait désigner une verrerie ?
Plombières-les-Bains (Vosges) est attesté Plommières en 1289 et Plombières en 1439. L’histoire de la ville nous montre qu’elle était connue dès l’Antiquité pour ses eaux ferrugineuses, d’où sans doute son nom issu du pluriel du latin aqua plumbaria, « eau contenant du plomb ». Le déterminant -les-Bains, rencontré dès 1602, ne sera officialisé qu’en 1891.
Une quarantaine de lieux-dits portent un nom identique, faisant pour la plupart référence à une mine de plomb. C’est par exemple le cas du quartier Plombières de Marseille (B.-du-R.) qui est attesté in Plomberas en 1040, du lieu-dit Plombières à Saugues (H.-L.) qui était Plumbeyras en 1279 et de Plombières à Uchaud (Gard) qui portait déjà ce nom en 1548. Beaucoup plus rare, le singulier se retrouve néanmoins avec La Plombière à Genilac (Loire) et avec Plombière à Châtenay (Is.). Et on n’oubliera pas le Pomblière savoyard vu en introduction.
On pourra s’étonner du peu d’occurrences des plombières dans nos toponymes. Cela est sans doute dû au fait que ces mines contenaient surtout du plomb argentifère et étaient exploitées avant tout pour le métal précieux et donc plutôt nommées (l’)argentière (plus de cent cinquante occurrences …).
D’autres suffixes ont servi à former des toponymes à partir de plomb, mais ils sont beaucoup plus rares. Curieusement, la forme « plomberie » n’apparait que dans le nom très récent de La Plomberie à Feux (Cher). On rappellera cependant l’ancien fief dit La Plomberie à Chaunay (E.-et-L.), déjà mentionné en 1207, qui tenait son nom d’un certain Raoul le Plombier. La forme plombard (un lieu riche en minerai de plomb ou un patronyme désignant un plombier) se retrouve par exemple avec Plombard, lieu-dit à Condeissiat (Ain), mentionné comme nom d’un étang sur la carte de Cassini (feuille 117, Bourg-en-Bresse, 1764) et dans la Topographie historique du département de l’Ain (Marie-Claude Guigue, 1873) ; Plombard, une montagne culminant à 917 m à Saint-Férréol-Trente-Pas (Dr.) ; Plombard, un lieu-dit de Saint-Hilaire-les-Places (H.-Vienne) déjà présent sur la carte d’état-major (1820-66) ; Champ Plombard, un vaste coteau à Laval-d’Aix (Dr.), etc.
Plomb – le minerai
En tant que minerai d’exploitation minière, le terme « plomb » n’a été que rarement employé comme toponyme. C’est par exemple le cas de la Carrière Plomb (Goudelancourt-lès-Pierrepont, Aisne), de la Mine à Plomb (Crossac, L.-A.) et des Mines de Plomb (Sainte-Marie-aux-Mines, H.-R.). D’autres noms sont plus difficiles à interpréter, tant le terme « plomb » peut avoir de sens différents selon son origine comme nous le verrons.
On peut néanmoins attribuer avec certitude au minerai de plomb des toponymes comme la Grotte de Plomb (Tenay, Ain) qui doit son nom à la couleur plombée de ses parois ; le sommet de la Roche Plombée (Bouvante, Drôme) qui doit son nom à un rocher servant de borne marqué d’un X au centre duquel se trouve un vieux boulon scellé au plomb (J.-P. Maschio, Histoires de bornes..., 2006 – page 42, bien sûr) ; les Champs Plombés de Saint-Clément-sur-Guye (S.-et-L.) qui « font penser à une ancienne exploitation de minerai de plomb, à ciel ouvert comme il se doit » (J.-P. Valabrègue, La mémoire des lieux-dits, vol. I, 1995) ; l’Étang du Plomb à Alloue (Char.) et le Ruisseau du Plomb à Sciez (H.-Sav.) qui doivent probablement leur nom à l’eau ferrugineuse qui leur donne une couleur particulière ; la Croix du Plomb, à Voulon, Vienne, qui doit son nom à La Croix de Plomb, une ferme ainsi appelée dans le Dictionnaire topographique de la Vienne (Louis Redet, 1881) située à un carrefour marqué d’une telle croix.
Plommaz, un hameau de Faucigny (H.-Sav.), devrait son nom à plommas, « morceau de plomb », de plumbum avec assimilation de mb en mm (cf. le nom de Plommières en 1289 pour Plomblières-les-Bains des Vosges).
Plomb a pu également être utilisé comme patronyme et se retrouve ainsi dans des noms de lieux comme Plomb et le Bois de Plomb à Baron (S-et-L.) ; Plomb à Argis (Ain) qui était le fief de Hugo de Plombis en 1196, à rapprocher de l’ancien fief de Plomb encore mentionné en 1707 à Livry (Calv.) ; le Mas Plomb à Saint-Éloi (id.) ; la ferme Le Plomb à Châteauneuf-de-Galaure (Gard) etc. On rajoutera la plaisante Fosse du Cul de Plomb à Saint-Martin-la-Campagne (Eure), avec le sobriquet du propriétaire, qui voisine la Fosse Benoit, la Fosse Hermier, la Fosse Frémont et d’autres.
Toujours parmi les patronymes, on trouve Plombat qui a dû désigner « celui qui marquait d’un sceau de plomb une étoffe » (M.-T. Morlet, Dictionnaire étymologique des noms de famille, 1997), d’où le Bois de Plombat à Saint-Geniez-d’Olt (Av.). La chapelle Saint Pierre des Plombat, à La Cresse (Av.) fut fondée par Pierre Plombat, curé de Saint Martin de Pinet, et ses ayants-droits (testament du 15 juin 1509). Enfin, c’est le patronyme Plombis (cf. Hugo de Plombis vu plus haut) qui est à l’origine du nom du château de Plombis à Castelsagrat (T.-et-G.).
Plomb du Cantal et les autres
C’est en 1268 qu’apparait l’appellation Pom de Cantal pour désigner le point culminant du massif du Cantal (1855 m). On trouve ensuite le nom Pont de Cantal sous la plume de Guilhem Anelier dans son Histoire de la Guerre de Navarre, après 1277 donc, puis le nom Pomo vocato de Cantal en 1282. C’est en 1651 qu’apparait la forme Plomb de Cantal et en 1706, la forme Plomb du Cantal encore en usage aujourd’hui. La très grande majorité des spécialistes (le premier semblant être Antoine Thomas suivi par Ch. Rostaing, E. Nègre, P.-H. Billy, B. et J.-J. Fénié etc.), voient dans le premier nom du mont l’appellatif ancien occitan pom, « pommeau (d’épée) », issu du latin pommus, « pomme », employé dans un sens métaphorique pour décrire la pointe dont le sommet est fortement émoussé.
Les moutons dans les estives au sommet du Plomb du Cantal
L’appellation Pont de Cantal est sans nul doute une erreur de copiste tandis que la forme Plomb de Cantal serait issue d’une attraction paronymique du français « plomb ».
Ce nom de « plomb » semble alors être passé dans le langage courant pour désigner un relief au sommet plus ou moins plat, comme c’est le cas pour le Plomb de Joux (Châteauneuf, Loire) qui était Plan de Joux sur la carte de Cassini (feuille 87, Lyon, 1761) et vraisemblablement pour le Plomb à Brié-et-Argonnes (Is.) qui est une appellation récente (absente des cartes avant celle de l’IGN actuelle) d’une butte à sommet plat.
Cependant, nombre de hauteurs et de hameaux sur des replats ou des plateaux sont également appelés plomb : le Plomb à Verdille (Char.), à Tarentaise (Loire), à Vérin (id. – même nom déjà chez Cassini – feuille 88, Saint-Marcellin, 1767) sont de modestes hauteurs plates ; le Mont Plomb à Lentilly (Rh.) est lui aussi une hauteur arrondie (384 m) dans les Monts du Lyonnais etc. Roger Brunet (TT*), constatant que, dans la plupart des cas, il s’agit de sommets plats ou de replats, fait le parallèle avec d’autres reliefs similaires qui sont nommés plot, comme le Plot du Lac et le Plot des Ayres à Cubière (Loz.), le Plot de l’Aygue à Bleymard (id.), le Mont Plo à Pelouse (id.), le Plo d’Arques et le Plo de Bayle à Caunes-Minervois … dans lesquels il voit un terme descriptif de relief à sommet plat, issu de l’occitan et franco provençal plot, « billot », là où il est sans doute plus pertinent de voir une variante de l’occitan plan, « plateau ; plaine » avec fermeture du a en ò devant le n final, comme l’explique Paul Fabre (NLCev*) à propos de Plo (Courry, Mars et Saint-Jean-du-Gard, Gard ; Saint-Jean-du-Bruel, Av.), du Plot (Malarce-sur-la-Thines, Ardc. – simplement le Plo au XVIIIè siècle), des Plots (Gravières, Ardc. – Les Plos au XVIIIè siècle) etc. F. Mistral donne effectivement plo dans le Limousin et le Vivarais et plon en Dauphiné comme des variantes de plan et le Pégorier (GTD*) définit plot comme un « endroit plat » en occitan.
Personne ne semble en outre avoir relevé que le Puech de Chantal à Saint-Martin-Cantalès (Cant.) était décrit comme une « montagne à vacherie » dans le Dictionnaire topographique du Cantal (Émile Amé, 1897) qui en donne le nom Plon du Chantal en 1636. Le même dictionnaire signale également Le Plo, « montagne à burons », aujourd’hui écrit Le Plô, sur la commune de La Trinitat.
Je signale en outre le lieu-dit Mauplom à Clairac (L.-et-G.) qui était Mauplon sur la carte d’état-major (1820-66), soit un « mauvais plateau », dont la graphie semble avoir été attirée par le plomb sans aller jusqu’au bout.
De là à penser que tous les Plombs désignant des hauteurs à sommet arrondi ou aplati soient d’anciens plos ou plons qui auraient subi l’attraction paronymique du français « plomb » … Et que donc le Plomb du Cantal ne serait qu’un ancien Plon qui aurait subi l’attraction paronymique d’abord de pom puis de plomb …
Reste le mystère du nom d’une ancienne commune de la Manche qui s’appelait Plomb, intégrée depuis 2016 dans la nouvelle commune dite Le Parc. Dauzat & Rostaing, qui ne disposaient pas de formes anciennes du nom, émettaient en 1963 (DENLF*) l’hypothèse du latin plumbum, « plomb », employé absolument pour désigner une mine de plomb. Les formes anciennes mises au jour depuis, à savoir de Plumbo en 1162, Plun vers 1223 et de nouveau Plumbo en 1259 font rejeter cette hypothèse par F. de Beaurepaire (Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, 1986) qui pense que ces différentes formes sont des « fantaisies graphiques influencées par le mot « plomb » » mais qui ne propose rien à la place. Je trouve dans les Annales de Normandie de 1979 (vol. 29 à 30, page 235) la forme Plom datée de 1060-66, soit bien avant la première attestation connue en 1121-34 de plum pour le « plomb ». Aucun des autres auteurs dont je dispose des ouvrages ne semble s’être intéressé à ce toponyme. Je constate pour ma part que la carte de Cassini (feuille 95, Avranches, 1768) montre une Rivière Plomb qui traverse la ville de Plomb, mais je n’ai pas pu établir laquelle donne son nom à l’autre …
PS de dernière minute qui explique la publication tardive de ce billet.
J’aurais bien aimé vous proposer une devinette à propos d’un lieu-dit Bleigrub (de l’allemand blei, « plomb » et grube, « fosse ; mine ») à Sainte-Marie-aux-Mines (H.-Rhin) la bien nommée. Ce lieu-dit est mentionné dans le Dictionnaire topographique du Haut-Rhin (G. Stoffel, 1868)
mais il n’existe plus aujourd’hui, remplacé par un anodin Mine de plomb …
Je me suis alors dit que j’allais vous faire chercher un lieu-dit de Saint-Martin-d’Uriage (Is.) nommé Beauplomb sur la carte IGN comme sur la carte d’état-major (1820-66)…. Hélas ! Si j’en crois le fichier FANTOIR, ce lieu-dit n’existe plus aujourd’hui mais on trouve un Beauplan qui pourrait être une corruption du nom d’origine et qui montrerait la facilité avec laquelle on passe de plon/plomb à plan …
Et que dire de ce Villeplomb à Parcé-sur-Sarthe (Sarthe), écrit Vilplomb dans le Dictionnaire topographique de la Sarthe (Eugène Vallée et Robert Latouche, 1950), dont je n’ai pas pu trouver l’étymologie – peut-être un vil plan, « mauvais terrain plat » ?
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.
La devinette
Ben oui, il y en a une quand même …
À vous de trouver un toponyme de France métropolitaine composé d’un terme générique d’un type de relief accompagné d’un nom lié au mot du jour. Ce toponyme se retrouve dans le nom d’une rue de la commune où il se situe.
Le nom de cette dernière est un hagiotoponyme complété par la qualité de ses eaux.
Elle est située dans un pays qui doit son nom à la rivière qui le baigne, laquelle était remarquable par son lit pierreux si on en croit son nom.
Cette rivière servait de limite entre le territoire de deux peuples gaulois, les uns venus d’ailleurs et les autres, de courageux guerriers.
Personne n’a rejoint Un Intrus sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à lui tout seul, donc !
Il fallait trouver le lieu-dit Fontaudin, à Artigues-près-Bordeaux dans le canton de Lormont, en Gironde et Ametzlépo, un col à 688 m aux Aldudes, dans le canton de la Montagne Basque (bureau centralisateur Mauléon-Licharre) dans les Pyrénées-Atlantiques.
La toponymie
■ Fontaudin : on n’a aucun mal à décomposer ce mot en fon(t), « source », et taudin, variante bordelaise du nom du chêne tauzin.
■ Artigues-près-Bordeaux ( Las Artigas en 1160) était citée dans un article concernant l’artigue, un défrichement « non seulement par le feu mais aussi par simple abattage des bois, généralement sur une pente pour l’affecter à la pâture ou la culture. Le mot équivaut donc d’une certaine manière à l’essart de la France septentrionale ».
■ Lormont : cette commune, qui doit son nom au latin laurus, « laurier » et mons « mont » était citée dans un article consacré au … laurier.
■ Ametzlépo : étymologie sans problème (pour qui connait un peu le basque), de ametz, « chêne tauzin » et lepo, « col ». L’orthographe Ametzlépo est l’orthographe « officielle » depuis 2004, mais on avait vu apparaitre en 1840 l’orthographe Amezlepho, reprise en 2005 et encore présente sur la carte IGN actuelle
■ Aldudes : dans un article consacré au bide basque j’écrivais que ce « nom d’une commune et d’une montagne, est un composé de aldu, « hauteur, mont » et bide, « chemin », comme le laisse voir la forme Alduide attestée en 1193 dérivée de*aldu(b)ide (le pluriel, tardif, date de l’accord au pluriel en langue romane avec l’expression les monts) ».
■ Mauléon-Licharre : ce canton avait été exploré lors d’une répàladev concernant Pellusegagne à Larrau (P.-A.) :
♦ Mauléon : attesté Mauleon en 1150, Malleon en 1276 et Malus Leo en 1277, allusion à des « mauvais » ou « méchants » lions destinés à inspirer la terreur à d’éventuels assaillants. Il s’agissait à l’origine du nom de la forteresse créée ou plutôt restaurée au début du XIIe siècle sous ce nom typiquement féodal.
♦ Licharre : attesté Lecharre en 1327, Lexarre en 1337, Lesarre en 1338, lo noguer de Licharre en 1385, sent Johan de Lixare en 1470 et Lixarre en 1490. Pour plusieurs raisons (passage de les– des formes anciennes au lix– des formes modernes, contradiction entre le –ch– de la forme moderne et le –xt– du nom basque Lextarre etc.) ce nom est d’interprétation difficile. On pense généralement à un composé de lats, « cours d’eau », et de -aurr, « devant, situé au-devant » (avec réduction de la diphtongue aur à ar), suivi de l’article défini –a (passé à –e en voyelle finale atone). Le nom signifierait simplement que Licharre est « le devant du cours d’eau », c’est-à-dire du Saison. (J.-B. Orpustan, Nouvelle toponymie basque, 2010).
Les indices
■ le col de la Source (dans la Sarthe) : le col pour Ametzlepo et la source pour Fontaudin, bien sûr …
■ le buste de Brigitte Bardot en Marianne a été sculpté en 1968 par Aslan, pseudonyme d’Alain Aslan Gourdon qui est né à Lormont le 23 mai 1930 selon la page wiki de la commune (ou qui n’aurait fait qu’y habiter enfant selon la page wiki qui lui est consacrée, constatè-je tardivement).
■ « pour éviter que ma devinette concernant C2 ne fasse un bide, je vous donne cet indice. Voilà. » L’indice était le mot « bide », qui participe à l’étymologie des Aldudes.
Félicitations à Un Intrus qui m’a déjà donné les deux bonnes réponses à mes dernières devinettes !
Les énoncés en étaient les suivants :
N’ayant pas pu me décider à choisir entre eux, il vous faudra trouver deux noms de lieux liés aux mots du jour [les noms duchênetauzin].
Le toponyme T1 est un nom composé faisant appel à un cours d’eau.
La commune C1 qui l’abrite a été citée sur ce blog à propos des défrichements qui lui ont donné son nom, lequel est accompagné de celui de la grande ville la plus proche.
Le bureau centralisateur BC1 a été expliqué sur ce blog à propos d’un végétal aux vertus gastronomiques et médicinales.
Le toponyme T2 est un nom composé faisant appel à un relief.
La commune C2 qui l’abrite a été citée sur ce blog à propos d’une voie qui lui a donné son nom.
Le nom du bureau centralisateur BC2 a été lui aussi expliqué sur ce blog. Il est formé de celui de deux communes réunies, l’une d’elles ayant un nom censé tenir les éventuels assaillants à distance. Cette dernière a été également citée sur ce blog à propos du pays dont elle était la ville principale et qui doit son nom à son couvert forestier.
L’ensemble des communes ci-dessus ayant été déjà citées sur ce blog et, pour certaines d’entre elles lors de devinettes, il m’est difficile de trouver des indices qui n’auraient pas été déjà utilisés …
Alors, peut-être cette photo pourra-t-elle vous aider, pour les deux toponymes à trouver :
Les indices
■ pour BC1 :
■ et pour éviter que ma devinette concernant C2 ne fasse un bide, je vous donne cet indice.