Après avoir vu dans l’article précédent le nom occitan drulhe de l’alisier blanc, je m’intéresse aujourd’hui comme promis à sa variante drouille. De même étymologie (gaulois dervo, « chêne » et suffixe diminutif –ullia), ce terme a également désigné l’alisier blanc mais a aussi désigné, probablement dès l’origine, une plantation de chênes pédonculés. On parle encore de drouille dans la Creuse et l’Indre pour désigner une chênaie ancienne et de druille ou drouil en Charente pour désigner le chêne noir.
Une complication supplémentaire apparait quand on constate qu’un homonyme drouille, issu d’un gaulois *drullia, peut avoir dans les parlers régionaux et en vieux français toute une série de sens ayant en commun le peu de valeur, aussi bien marchande que morale, l’idée de déchet, de rebut : soldat vagabond (d’où le drille), femme de mauvaise vie, chiffon, guenille, mauvaise marchandise, copeau, débris, rognures, rétribution insignifiante … Dans les parlers du Nord, le néerlandais drollen, « diarrhée », est à l’origine lui aussi d’un terme drouille de même sens mais désignant aussi la boue liquide. Tous ces sens, notamment celui de « boue » et d’autres utilisés comme patronymes, peuvent expliquer certains des toponymes dérivés de drouille ; seule l’histoire locale pourrait permettre de les dénicher.
Drouille
Comme je l’ai dit plus haut, on rencontre ce terme et ses dérivés dans la Creuse, l’Indre et, plus généralement dans le Centre-Ouest, où il a généralement le sens de chênaie.
On rencontre ainsi de nombreux lieux-dits (La ou Les) Drouille(s) en Nouvelle-Aquitaine (Creuse, Dordogne, Haute-Vienne …), Centre-Val-de-Loire (Indre, Loir-et-Cher, Loiret …), Pays de la Loire (L.-A., Sarthe …) etc. On mentionnera un Bois de la Drouille à Clairavaux (Cr.) et à Charensat (P.-de-D.) et une Forêt de Drouille à Dontreix (Cr.), qui sont des redondances. Si le nom du Château de Drouille, à Saint-Éloi (Cr.), ne fait pas de difficulté puisqu’il est situé au lieu-dit Drouille, que dire du lieu-dit Chez la Drouille, à Issoudun-Létrieix (Cr.) : qui était cette Drouille et quel métier faisait-elle ?
La Drouille Blanche (de Drulha Alba en 1474) et La Drouille Noire, deux anciens prieurés de religieuses situés en bordure du Bois de la Drouille à Bonnac-la-Côte (H.-Vienne), doivent leur nom à l’habit blanc des religieuses de Grandmont et noir des bénédictines (TGF*).
Ailleurs, on l’a vu, outre le sens de chênaie, drouille a pu avoir le sens spécialisé d’alisier, notamment en pays de langue d’oc, comme aux lieux-dits Drouille de Sembas (L.-et-G.), Vieussan (Hér.), Peyrilles (lot) etc. ou Les Drouilles de Challes-les-Eaux (Sav.) etc.
Quant à la Drouille, à Bournonville (P.-de-C.), située dans les Marais d’Opale, traversée par la Liane dans laquelle se jette le ruisseau de Lamy et quelques rus de moindre importance, elle doit vraisemblablement son nom à la boue plutôt qu’au chêne.
La forme occitane drouilla, « chêne rouvre », se retrouve dans les noms de Drouilla (Puynormand, Gir. ; Toujouse, Gers etc.), de Drouillas (Vigeville, Cr. ; Bujaleuf, H.-V. etc.), de Drouillat (Peyrelevade, Corr. etc.) et de Drouillac (Saint-André-de-Double, Dord., signalé comme taillis de chênes dans le Dictionnaire topographique).
Les dérivés suffixés sont également fort nombreux. On trouve ainsi une soixantaine de lieux-dits (Le ou Les) Drouillet(s), à valeur collective plutôt que diminutive, principalement en Nouvelle-Aquitaine et Pays de la Loire, mais également en Occitanie (p. ex. dans le Gers à Montréal), en Bourgogne-Franche-Comté (p. ex. à Perreux, Yonne), etc. On notera le féminin Drouillette au Donzeil et à Lépinas, dans la Creuse, et Les Drouillettes à Cubjac-Auvézère-Val d’Ans, en Dordogne. Et on ajoutera Les Drouillèdes à Peyremale (Gard), un dérivé collectif (occitan –eda sur le latin –eta). Plus rare, la forme drouiller se rencontre au Puy Drouiller à Marc-la-Tour (Corr.) et le féminin dans une quinzaine de Drouillère des Pays-de-la-Loire, mais aussi jusqu’en Bretagne et dans les Hauts-de-France où il a dû désigner la propriété d’un individu nommé Drouille ou Drouiller. On rattachera à ces noms ceux de plusieurs lieux-dits Drouillais du pays nantais (Savenay, Soudan etc. en Loire-Atlantique) et du Drouillay (Sucé-sur-Erdre, du même département) qui ont pu avoir le sens de chênaie ou de petit chêne.
Le Pégorier (GTD*) mentionne le drouillard, nom du chêne rouvre dans le Bas-Maine et l’Anjou. On compte près d’une centaine de lieux-dits (Le ou Les) Drouillards, en Charente, Charente-Maritime, Maine-et-Loire, etc. ainsi qu’en Gironde et Ille-et-Vilaine. Le nom est passé patronyme, comme en attestent la dizaine de Chez Drouillard relevés en Charente et Charente-Maritime, la Drouillardière de Saint-Julien-de-Concelles (L.-A.) et la Drouillarderie de Saint-Bris-des-Bois (Ch.-M.).
La commune de Drouilly (Marne) qui était Druliacum vers 987-96, Drulleium au XIè siècle et Druilli vers 1240, semble devoir elle aussi son nom au gaulois *dervo-illia, accompagné du suffixe -acum passé ici normalement à -i (TGF*) mais on peut aussi penser à un nom nom d’homme gaulois *Drulio, équivalent de notre Duchêne, accompagné du même suffixe (NLCEA*). Les lieux-dits Drouilly (Les Marches, Sav. ; Lescherolles, S.-et-M. etc.) sont de même étymologie.
La commune de Dreuil-lès-Amiens (Somme), qui était Droilum en 1120 doit son nom à l’équivalent picard de l’oïl drouil, drouille, « chêne noir à l’écorce rugueuse, à la végétation tardive (TT*, TGF*, NLCEA*). Une origine selon le nom d’homme gaulois *Durios accompagné de ialo, « clairière », a aussi été proposée (DENLF*, NLP*)
La commune de Droux (H.-Vienne) qui était Droi vers 1175 et de Drolio en 1275 devrait son nom à l’occitan droulh, drouil, « chêne noir », du gaulois *der–ullia (TGF*, NLCEA*).

Druille
Moins fréquent que le précédent, ce terme se retrouve néanmoins une cinquantaine de noms comme (Le ou Les) Druille(s), là aussi principalement en Nouvelle Aquitaine, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire etc.
Les dérivés suffixés sont notamment représentés par celui que les bédéphiles connaissent bien, Druillet, un collectif au sens de bois de chênes présent à près de trente exemplaires au singulier et à sept au pluriel, dans les Pays de la Loire, en Auvergne Rhône Alpes, en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine.

Les lieux-dits Le Druiller, dont le nom a valeur collective, se rencontrent en Ille-et-Vilaine (Argentré-du-Plessis) et dans la Sarthe (Écomoy) tandis que le féminin Les Grandes et Les Petites Druillères se retrouvent en Loire-Atlantique (Saint-Mars-de-Coutais). On rencontre également des lieux-dits Druillais en Loire-Atlantique (Sucé-sur-Erdre, Pannecé) et Druyai en Maine-et-Loire (Loiré, Segré-en-Anjou-Bleu, etc.)
Sans doute de même étymologique que le drouillard vu plus haut, on rencontre une quinzaine de Le ou Les Druillard(s), tous en Pays de la Loire, sauf un en Bretagne à Rannée (I.-et-V.).
La commune Druillat (Ain) qui était Durlies vers 1250, de Durlia vers 1314 et de Drulia vers 1350, est sans doute de même étymologie, avec ici le suffixe collectif –eta, pour « ensemble de chênes », et attraction des finales en –at. (TGF*).
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette
Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour.
La commune qui l’abrite doit son nom à la région d’origine de ceux qui s’y sont installés.
Le canton tire son nom de celui d’un ancien comté, lequel doit le sien à un homme de confiance gallo-romain. Le même nom sert de complément à celui du bureau centralisateur, qui n’était qu’un simple village.
Le chef-lieu d’arrondissement … ah! non, rien ne doit filtrer !
Un indice ?

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr



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■ cette image du film 

L’alisier blanc, 




■ les murs de pierres séparant des champs : pour une des étymologies possibles de Mornant.
■ Le Fifre, de Manet, devait faire penser aux fifres présents sur le blason de Mornant qui rappellent que ses habitants s’illustrèrent le 6 avril 1362 à la 
■ ces ruines sont celles de l’aqueduc du Gier qui devaient orienter les recherches vers le pays de Jarez.
■ je pensais vous montrer des soucis dans une jarre (ben oui, Soucieu-en-Jarrest …) mais, ayant cherché des images de marigolds, que je pensais être le nom des soucis en anglais, je vous ai montré, sans m’en douter, des œillets d’Inde (ou « soucis français »). Merci à LGF qui m’a expliqué tout ça : « Oui, le souci est bien traduit par Marigold, sauf que la plante en photo est une tagète dont la fleur ne ressemble pas vraiment : le Botanica (gros dictionnaire de plantes) et Plantnet (identification de plantes) renvoient à l’œillet d’Inde, qui s’appelle French Marigold dans la langue d’outre-Manche. La recherche avec le souci français renvoie au calendula. En fait, Marigold est porté par pas mal de fleurs, en raison de leur couleur jaune-orangé, voir la liste sur le 









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■ il fallait ici reconnaître un troupeau de moutons … de race Lacaune.
■ il s’agit ici de Pérail, un fromage au lait entier de brebis de race Lacaune.
■ Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron (ici, 







