Cros et croze

Le fichier IGN qui recense les noms de lieux-dits, habités ou non, de cours d’eau, de reliefs et de voies qui apparaissent sur les cartes de France au 1: 25 000, contient plus de mille Cros et autant de Croze, très majoritairement en régions de langue d’oc, notamment dans le Massif Central.

La traduction en français de l’occitan cròs est « creux, le creux », du gaulois croso, de même sens, lui même d’une base pré-celtique *krotton. Mais qu’est-ce exactement que ce « creux » ?

En général, il s’agit du point le plus bas d’une zone déterminée comme une vallée ou du bas d’un versant, le Cros s’opposant par exemple au Puech.

Près du Caylar, la commune héraultaise Le Cros (Beate Marie de Croso en 1230) est ainsi située dans une dépression fermée au nord par les gorges de la Virenque, à l’est par le Pic de la Buissonnade (833 m) et le Pioch des Mounios (796 m), au sud par le Puech Fulcrand (850 m) et la Guynée (795 m) et à l’ouest par Le Mont Estremal (768m), le Serre de Limounesque (808 m) et le Pic de l’Aramount (879 m). Au nord-ouest de Saint-Hippolyte-du-Fort, la commune gardoise Cros (de Crosos en 1314) porte le nom de la vallée creusée par le Vidourle. Les communes Cros (P.-de-D.), Cros-de-Géorand (Ardc., Crosos en 937 et Croso Guirandi en 1275, du nom du hameau d’où est originaire le seigneur), Cros-de-Montvert (Cant., Crosum Montisviridi au XIVè siècle) et Cros-de-Ronesque (id, Cros en 1289 ; Ronesque : Ronesca au XIVè siècle, ancienne commune jointe à Cros-de-Montamat en 1846) sont toutes également situées dans une dépression.

Les noms de lieux-dits sont, on l’a vu, bien plus nombreux, que cros y soit employé comme nom ou adjectif ou qu’il soit déterminé ou déterminant. Selon les cas, cros a pu désigner un creux du relief, un vallon ou une simple dépression. En dialecte bourguignon, le cros désigne une mare dans un point bas du relief. Parfois, le cours d’eau prenant le nom de la vallée, on a ainsi, dans l’Hérault,  le Cros, affluent du Jaur et en Ariège, le Cros un ruisseau de Castex. Par endroit, le cros, vu sa situation favorable, prend le sens de « bonne terre labourable ». Il n’est bien sûr pas question de donner ici tous ces Cros.

On citera le Cros de Cagnes, un creux dans la côte devenu nom d’un quartier de Cagnes-sur-Mer (A.-M.), le Cros Blanc, un hameau de Beaumontois-en-Périgord (Dord.), qui doit son nom à une petite mare, le Cros Nègre, à Cubjac-Auvézère-Val d’Ans (id.) et le Cros Rouge à La Dornac (id.) qui doivent leur nom à je ne sais quoi, le Cros Chaud à Chanac (Loz.) et le Cros Ardent à Florac (id.) etc. Et je n’oublie pas, dans le Var, l’île de Port-Cros, qui était « la Messé, l’île du milieu [des îles d’Hyères], pour les  marins venant de Marseille. Elle doit son nom actuel à la forme en creux (cros en occitan) de son port » (Claude Gantet, Dictionnaire étymologique des îles françaises, éditions désiris, 2023).

Le port en creux de Port-Cros

Dans les causses au relief karstique, cròs a pu prendre un autre sens : celui d’aven, de trou dans le causse.  Sur le plateau de Villeneuve, au sud-ouest du département de l’Aveyron, on trouve ainsi plusieurs Cros répondant à ce sens. Plus au sud, dans la commune de Martiel, le ruisseau du Cros et le hameau le Cros doivent leur nom au trou dans lequel le ruisseau s’engouffre pour se perdre.

C’est toujours avec ce sens de trou ou grotte qu’on trouve la forme simple cro à l’origine du nom du célèbre Abri du Cro-Magnon aux Eyzies (Dord.) – récemment cité par Jacques C. dans un commentaire qui m’a incité à écrire ce billet – mais aussi dans le Cro du Juge et le Cro de l’Homme (Thenon, id.) ou encore dans la Grotte de Cro-Bique (Beynac-et-Cazenac (id.). La grotte de Rouffignac (Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, id.) est aussi appelée Cro de Grandville. On connait également le Cro de Laligné à Gavaudun (L.-et.-G.), le Crô du Puy à Arzembouy (Nièvre), le Carrefour du Crô Blanc à Champlémy (id.) et le Crô de la Charbonnière, une simple mare à La Chapelle-Saint-André (id.). Signalons également le Trou du Cro à Chalagnac (Dord.) connu des spéléologues comme le Trou du cul, le Cro de Bichou à Valeuil (id.) et le Cro de Jovis à Château-Chevis (H.-V.), une petite grotte dans le gneiss.

Mais, dans ce même sens, c’est le féminin cròsa qui est le plus souvent utilisé. C’est par exemple le cas de La Croze, près du gouffre de Bannac à Marroule, de la grotte de La Croze à Séverac-d’Aveyron ou encore de La Croze de Tire-Mouton, une cavité semble-t-il artificielle à Montsalès, toutes dans l’Aveyron, et aussi de La Croze d’Enfer à Veyrines-de-Domme  (Dord.), de La Croze Trintinière à Gignac (Lot), un gouffre de 18 m de profondeur, de la grotte de la Croze à Saint-Martin-du-Mont (Ain), un abri préhistorique etc.

Ce féminin apparait dans plus de mille autres noms de lieux, en commençant par la commune de Croze (Cr.), qui doit son nom à la rivière qui l’arrose, la Creuse, dont le nom Crosa du IVè siècle fait référence à son lit encaissé à travers le massif granitique et qui a donné également son nom à Crozant (Cr., Crosenc en 1019, avec suffixe adjectival –enc). Mentionnons également les communes de Marcillac-la-Croze (Corr.) où la Croze désigne un de ses hameaux (la Crose chez Cassini, feuille 35, Sarlat, 1783) et de Crozes-Hermitage (Drôme) qui était parrochia de Crosis en 1120 avant d’obtenir son nouveau nom en 1920. Et je n’oublie pas la varoise Villecroze qui avait fait l’objet d’une devinette à propos de son blason parlant et qui doit son nom à une cavité naturelle intégrée dans une forteresse troglodytique.

Remarquable avec des œufs brouillés à la truffe

Les noms des lieux-dits peuvent avoir plusieurs sens, selon les régions : dans les Causses, en
Languedoc, en Périgord, on l’a vu, c’est soit une grotte, soit une anfractuosité, soit une doline ; dans le Dauphinois, il peut s’agir d’un ravin ou d’une cavité ; en Provence, d’un trou ou d’une grotte, voire d’une fosse ou même d’un tombeau ; en Lozère, d’une tanière ; en Gascogne, d’une fosse profonde creusée dans la terre dans lesquelles on descendait par des échelles pour y entreposer le blé etc. Chacun des lieux-dits devrait être étudié séparément pour savoir ce que cache exactement son nom …

En tant qu’épithète, cròs, cròsa a servi de déterminant pour des noms de vallée : on compte ainsi une quinzaine de Combecrose ou Combecroze et près de cinquante Valcrose ou Valcroze. Le hameau Croze Marie de Collat (H.-L.) qui était Cros Marie au XIVè siècle, le « vallon de Marie , a donné le nom de famille Crozemarie. Plus rares sont les noms qui ont vu l’agglutination de l’article : à peine une dizaine de Lacrose ou Lacroze. On ajoutera à ces derniers le nom de la commune d’Ascros (A.-M.) qui était de Crocis en 1066 et qui doit son nom à l’occitan als, « aux » et cròs, « creux ».

Mise à jour du 24 janvier 2025 :

On trouve bien sûr des diminutifs en Croset/ette et Crozet/ette, qui apparaissent dans les noms de très nombreux lieux-dits et des communes de Crozet (Ain) et des Crozets (Jura). Le nom du Crozet (Loire) est semble-t-il lié à un croisement de voies antiques (pour ce sens de « croix, croisement », cf. l’article suivant)

Je n’ai pas pris en compte, dans ce premier billet, toutes les formes qui sont issues du gaulois crosa, complété ou non par un suffixe. La tâche aurait été quasi impossible tant ces formes sont nombreuses. H. Sutter, auteur du remarquable site concernant les toponymes de Suisse romande, Savoie et environs, en compte soixante-quatre ! : Crâ, Crau, Crausa, Crausaz, Crause, Crauses, Craux, Creusa, Creusaine, Creusats, Creusaz, Creuse, Creuses, Creuset, Creusettes, Creusiers, Creusis, Creuson, Creusot, Creux, Creuze, Croisets, Croisette, Croisettes, Cros, Crosa, Crosaillon, Crosat, Crosats, Crosattaz, Crosayes, Crosaz, Crose, Crosé, Croses, Croset, Crosets, Crosetta, Crosette, Crosettes, Crosex, Croson, Crosses, Crossettes, Crou, Croue, Crouet, Crouey, Crouja, Crous, Crousa, Crousaz, Croux, Croz, Crozat, Crozats, Crozattes, Croze, Crozes, Crozet, Crozette, Crozot, Crua, Crusaz. Excusez du peu !

On verra en tout cas, dans un prochain billet, les noms en Crouze, les diminutifs Crouzet et Crouzette, et les problèmes que pose leur interprétation. Il y aura peut-être un troisième billet pour faire un rapide tour des plus intéressants parmi les autres.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour. Son nom est aussi celui d’un ruisseau, d’un ravin et d’un chemin.

La commune qui abrite ce lieu-dit porte un nom relatif à sa topographie associé au nom d’un de ses hameaux qui n’est autre que son diminutif, les deux reliés par un mot de liaison — comme si on avait Machine-x-Machinette.

Cette commune est aussi le chef-lieu du canton.

Le pays historique porte un nom issu de celui de sa ville principale, ancienne capitale d’un peuple gaulois que vous allez finir par bien connaître, à force.

Le chef-lieu d’arrondissement tient son nom de celui d’un homme germanique « dur comme la glace ».

Un  indice pour le chef-lieu d’arrondissement :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Maltraoucat à Gaudiès (Ariège) : la répàladev

Un Intrus, LGF, Jacques C. et TRS ont trouvé la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les quatre !

Il fallait trouver le lieu-dit Maltraoucat de Gaudiès dans le canton des Portes de l’Ariège (chef-lieu Saverdun) de l’arrondissement de Pamiers, en Ariège.

Gaudiès, c’est là :

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Et Maltraoucat ou Maltraucat, ici :

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La toponymie

Maltraoucat ou Maltraucat : écrit Maltraucat sur la carte de Cassini (feuille 39, Saint-Lizier, 1776), sur la carte d’état-major (fin XIXè siècle) et sur la carte IGN actuelle, ce nom est écrit Maltraoucat dans le fichier FANTOIR. Il est en revanche absent de la Nomenclature des hameaux et écarts de l’Ariège, publiée en décembre 1953 (cf. page 81) et de la liste des rues publiée par la mairie. Ce toponyme est sans mystère : il signifie « mal troué » ou « mal percé », mais, malgré mes recherches, je ne suis pas parvenu à savoir ce qui est ainsi défini :  un puits ? un chemin ? Aucune carte ne donne d’indice (seules les cartes de Cassini et d’état-major montrent une ferme à cet endroit-là, aujourd’hui disparue) et la photo aérienne montre un terrain parfaitement plat … Quant à une utilisation métaphorique pour un « mauvais trou paumé », elle ne semble pas convenir à cet emplacement qui n’a pas l’air d’être un trou plus mauvais qu’un autre. Et j’ose à peine penser à un surnom donné à l’habitant de la ferme …

Gaudiès : la rubrique toponymie de la page wikipedia, dont je suis l’auteur, explique :

Le nom de Gaudiès apparaît pour la première fois en 1125 sous la forme Galderio puis passera à Gaudiers et enfin à Gaudiès. Il s’agit d’un nom d’homme germanique composé de wald-, à valeur guerrière (cf. le vieux haut allemand waldan, « gouverner ») et de hari, « armée ». C’est cette même composition wald-hari qui est à l’origine des patronymes Gauthier, Gautier, Galtier etc. avec assourdissement du d en t. Pour Gaudiès, le nom s’est figé avant que cet assourdissement ne se produise.

■ canton des Portes de l’Ariège : situé en basse Ariège, au nord du département, ce canton en constitue l’entrée pour qui vient du bassin de la Garonne.

Dans une rectification de la rubrique « étymologie » de la page wikipedia consacrée à la rivière Ariège, j’ai écrit :

En 849, on trouve le nom de fluvium Arega qui deviendra Aregia en 968. Dès le XVè siècle, on trouve dans la rivière des sables aurifères qui provoqueront une « ruée vers l’or » qui sera règlementée dès 1470 et qui entrainera une modification du nom de la rivière qui passera en latin Aurigera en 1540 et en français Oriege en 1565. Le géographe Coulon écrira même en 1644 : l’Auriege prend son nom des sables d’or. En réalité, le premier nom Arega est issu d’une racine indo-européenne *ar(e)-g, « brillant, blanchâtre », munie du suffixe -ia, pour qualifier la couleur de l’eau qui charrie, depuis sa source, des débris brillants de granites, schistes et quartz. La première attestation de la forme occitane actuelle date de 1445 : lo fluvi la Ariege.

Saverdun

En 2024, dans un billet consacré au gaulois *savartos, « terre inculte, friche », j’écrivais : « c’est également en Ariège qu’on trouve la commune de Saverdun, attestée Savardu en 1034, soit le même gaulois *savartos accompagné de dunum, « forteresse » ».

En 2020, à propos du gaulois dunum, « colline ; forteresse », j’écrivais qu’avec le gaulois *savartos, restitué d’après l’oïl savart, « terre inculte, friche », on obtenait le nom de Saverdun (Ariège).

Balouard : nom occitan du boulevard

Pamiers : en 2011, dans un billet consacré aux toponymes importés d’Orient, j’écrivais [oui, j’écris beaucoup] :

Le nom de Pamiers (Ariège), aussi surprenant que cela paraisse, fut lui aussi importé d’Orient après la première croisade. D’abord castrum Appamiae en 1111 et castro Appamiarum en 1129, le nom est devenu Pamias au XIVè siècle. C’est de la phrygienne Apameia Cibotos (aujourd’hui Kelainai, à ne pas confondre avec les autres Apamée)  que Roger II, comte de Foix, rapporta les reliques de Caius et Alexandre qui y avaient été martyrisés en 171, pour les confier à l’abbaye de Frédelas qui devint le noyau de la future ville. Le -A- initial a été compris comme la préposition à et est naturellement  tombé. La francisation à marche forcée a eu raison de la finale -mias devenue -miers, défigurant ainsi le nom de la ville.

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Les indices

■ « Le nom de ce même chef-lieu de canton a servi à nommer ce qui deviendra un quartier d’une grande ville … sur un autre continent. »  Cf. ce document :

Le nom Verdun désigne un arrondissement de la nouvelle ville de Montréal créée le 1er janvier 2002. Le territoire de cet arrondissement correspond à celui de l’ancienne ville de Verdun. Cette appellation apparut en 1662, rappelle Saverdun, une petite localité de France, située à 15 km au nord de Pamiers dans l’Ariège, d’où Zacharie Dupuy (1608 ou 1610-1676), parfois appelé sieur de Verdun, est originaire. Cet argoulet, qui deviendra major de Montréal en 1662, reçoit, en 1671, un terrain de 320 arpents au pied des rapides de Lachine et qu’il baptise comme le camp ou le fief de Verdun, version abrégée du nom de sa patrie.

indice a 12 01 2025■ cette enluminure (1474-75) montrant le camp des croisés faisant le siège de Jérusalem lors de la première croisade devait faire penser à un toponyme importé d’Orient par un croisé … comme Pamiers.

 ■ le drapeau du Québec devait permettre de chercher dans cette province canadienne le « quartier d’une grande ville » dont le nom est issu de celui du chef-lieu de canton : il s’agit du quartier Verdun de Montréal, qui doit son nom à Saverdun (cf. ci-dessus).

 ■ l’affiche de The gold rush, « La ruée vers l’or », devait orienter les recherches vers l’Ariège (cf. ci-dessus)

Les indices du mardi 14 janvier 2025

Personne n’a encore résolu ma dernière devinette.

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour [trauc]

Il est situé dans une commune dont le nom est issu de celui d’un homme germanique.

Le nom du canton le situe dans son département qui porte le nom de sa rivière principale, lequel qualifie la couleur de son eau.

Le nom du chef-lieu associe deux termes d’une langue ancienne, le premier qualifiant la terre, le deuxième, le relief. Cette commune a donc été citée dans les deux articles de ce blog concernant chacun de ces termes.

Le nom de ce même chef-lieu de canton a servi à nommer ce qui deviendra un quartier d’une grande ville … sur un autre continent.

Et l’arrondissement ? Un indice :

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Les indices du mardi

■ pour le chef-lieu du canton :

indice a 14 01 2025-

■ pour la rivière :

indice b 14 01 2025

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le trou d’oc

Quoi de plus naturel, après le billet de la semaine dernière, que de s’intéresser aujourd’hui aux trous des pays d’oc ?

L’occitan trauc, « trou, creux » et par extension « fosse », est dérivé d’un étymon pré-celtique *trauco, de fait absent de toutes les langues celtiques. Le terme est présent au VIIIè siècle en latin médiéval sous la forme traugum et plus tard en latin vulgaire traucum, qui donnera l’ancien français trau, « trou »,  troer « trouer », trocure, « cavité », d’où le français moderne trou, trouer, trouée.

On trouve en occitan le verbe traucar, « trouer, percer ; creuser », le participe passé masculin traucat et féminin traucada, le traucatge, « percement, forage », le troucaire, « celui qui perce », le traucàs et le trauquet, « gros et petit trou » ; en nord-occitan se rencontre le verbe trauchar, « trouer, creuser ». De ces termes sont issus des toponymes, parfois orthographiés à la française Traouc, Traoucas, Traoucade … dans une tentative de rendre la prononciation occitane. Ils pouvaient désigner des pierres percées, naturelles ou artificielles, des passages étroits entre rochers, là aussi naturels ou artificiels, voire des trous, des grottes ou de simples creux dans la terre.

On rencontre une dizaine de toponymes formés sur la forme simple trauc, comme le Trauc (Belpech, Aude ; Onet-le-Château, Av. etc.), Lou Trauc del Conil (Pézenas, Hér. « le terrier du lapin »), le Trauc de l’Embuc (Cabrespine, Aude –Embuc : dépression fermée en terrain calcaire où les eaux se perdent). Plus nombreuses, les formes suffixées, généralement augmentatives et/ou péjoratives, apparaissent par exemple dans les noms du Pont Traucas (Camaret-sur-Aigues, Vauc.) et des Traucasses (Tabre et Vernaux, Ariège). Le participe passé, au sens de « troué, percé » est  le plus souvent utilisé pour qualifier une pierre ou un passage étroit, naturel ou artificiel.  C’est ainsi qu’on trouve les Traucats (Capestang, Hér. etc), le Cap Traucat (Prunet, Var), le Pech Traucat (Villesèque, Lot), le Pont Traucat (Pinel-Hauterive et Rayet, L.-et-G. ; Montagnac, Hér.), le Roc Traucat (Saint-Privat, Hér. ; Millau, Av. etc.) etc. Le féminin, plus rare, se retrouve néanmoins dans les noms de la Traucade (Durban-Corbières et Peyriac-de-Mer, Aude), la Croix Traucade (Servières-le-Château, Corr.), la Peyre Traucade (Arcambal, Lot), et plusieurs Roque Traucade (Nissan-lez-Ensérunes, Andabre, Pézènes-les-Mines , Hér. etc.).

La forme francisée traouc est à l’origine de Traouc (Cauna, Landes), Lou Traouc (Seignosse, id.) et du Col du Traouc (Belcaire, Aude).  On connait aussi des Roucas Traoucas (Signes, Var). Le participe passé masculin se retrouve dans les noms de Casse Traoucat (Puysserampion et Lacaussade, L.-et-G.), du Pont Traoucat (Blésignac, Gir.), et de plusieurs Roc Traoucat (La Canourgue, Loz. ; Alaigne et Limousis, Aude ; Avène, Hér.), etc. Le féminin a donné la Traoucade (Cornus, Av. etc.), Peyre Traoucade (Valence-d’Agen, T.-et-G.), Roque Traoucade (Caylus, id.) etc.

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La Traoucade au lieu-dit du Mas Trinquier de Sainte-Eulalie-de-Cernon (Aveyron)

D’autres variantes sont à l’origine de quelques toponymes plus rares. C’est le cas par exemple de traou qu’on trouve avec le Traou de L’Oulle (Maury, P.-O. – oulle, du latin olla, « marmite », désigne un vallon en creux), le Traou de Las Grailhos (Vélieux, Hér. – « le trou des grenouilles »), du Cloup del Traou (Grèzes, Lot – un cloup, nom d’origine préceltique, est une doline, une dépression sur un causse calcaire)  et Al Traou (Sainte-Thècle, T.-et-G.). Encore plus rare, on peut signaler les Traus (Valleraugues, Gard, parfois écrits les Traous), la Crête des Traus (Bayons, A.-de-H.-P.), la Saigne des Traus (saint-Étienne-de-Chomeil, Cant.) et le Ruisseau des Traus (Montagagne, Ariège) ainsi que le Cami Traoussé (Campistrous, H.-P.) et le diminutif Traouessot (Collongues, id.).

TRAOU-BRETON

Une graphie particulière a donné les noms de Traoucq à Bastennes et à Sainte-Colombe, dans les Landes. On notera les formes avec qu comme le Roc de Traouquo (Saint-Amand-de-Pellagal, T.-et-G.), plusieurs Traouquet (Fargues, Payros-Cazaulets, Philondenx Tarnos, et Geaune, Landes ; Bouloc, H.-et-G. etc.), Traouquette (Mirande, Gers) ou encore Traouquelongue (Mirande, Gers) etc. Signalons également les formes nord-occitanes comme le Trauchat (Saint-Haon, H.-L.), la Miche Trauchade et le Pré Traouchat (Altier, Loz.).

La forme collective (ou le nom de famille de celui qui creusait des trous) apparait dans très peu de toponymes comme Les Traoucaries (Cornilhac-Corbières et Val-de-Dagne, Aude) et Las Traouquères (Fargues-sur-Ourbise, L.-et-G.).

Bien entendu, on trouve en pays de langue d’oc des toponymes issus du français « trou » avec toutes ses variantes, comme partout ailleurs en France, mais ils n’entrent pas dans le cadre de ce billet. Peut-être écrirai-je un billet à ce sujet, pour n’en signaler que des cas particulièrement remarquables. Pour aiguiser l’appétit, voici par exemple le Trou de Jeannette (La Ciotat, B.-du-R.), le Saint-Trou (Le Muy, Var), le Trou du Curé (Belvianes-et-Cavirac, Aude) sans oublier l’incomparable Trou d’Uc (Agnères-en-Dévoluy, H.-A.).

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La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour.

Il est situé dans une commune dont le nom est issu de celui d’un homme germanique.

Le nom du canton le situe dans son département qui porte le nom de sa rivière principale, lequel qualifie la couleur de son eau.

Le nom du chef-lieu associe deux termes d’une langue ancienne, le premier qualifiant la terre, le deuxième, le relief. Cette commune a donc été citée dans les deux articles de ce blog concernant chacun de ces termes.

Le nom de ce même chef-lieu de canton a servi à nommer ce qui deviendra un quartier d’une grande ville … sur un autre continent.

Et l’arrondissement ? Un indice :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Darère à Saint-Romain-d’Ay (Ardèche) : la répàladev

Un Intrus et LGF sont restés les seuls à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Darère, un lieu-dit de Saint-Romain-d’Ay du canton du Haut-Vivarais (chef-lieu Lamastre), dans l’arrondissement de Tournon-sur-Rhône, en Ardèche.

Saint-Romain-d’Ay :

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Darère :

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La toponymie

Saint-Romain-d’Ay : la commune est attestée capella S. Romani au VIIIè siècle, Ay sancti Romani au XIVè siècle, St Romain d’Ays en 1464 et St Romain Day en 1767 (Cassini, feuille 88, saint-Marcellin). Elle a porté le nom de Roche d’Ay en 1793.

Saint-Romain : le fait que l’église de la paroisse ait été donnée en 776 à l’abbaye de Saint-Claude (Jura) ne laisse guère de doute et permet de choisir entre tous les saints Romain : son saint patron est Romain de Condat ou du Jura (390-460).

Ay : le nom de cette rivière se déduit de l’ancien nom de Saint-Perray qui était St Pierre d’Ay en 1464, St Pierre d’Attiacum au XIVè siècle, Atiacus en 1162 et Domani ou villa d’Attius au Vè siècle. On comprend qu’Ay est issu du cognomen romain Atius et suffixe acus et désignait à l’origine une villa, un « domaine rural » dont la rivière a pris le nom.

■ Le Haut-Vivarais correspond au nord du pays formé de l’ancien diocèse de Viviers. Il y après d’un lustre, j’expliquais ce toponyme dans un article consacré aux pays d’animaux:

Ce pays historique du haut Moyen Âge formé de l’ancien diocèse de Viviers (Ardèche) a jadis vu naître votre serviteur, ce qui n’est pas rien. Son nom est attesté in comitatu Vivariensi en 817 : c’est  une formation sur le nom ancien de la ville, Vivarii, muni du suffixe d’appartenance latin –ense. Au Moyen Âge, la forme occitane est Vivarès à la fin du XIIè siècle, la  française Vivarois en 1375. C’est la forme Vivarais, influencée par l’occitane, qui s’imposera dès la fin du XVIè siècle. Le nom de la ville est connu dès le début du Vè siècle où un texte mentionne un gynaeci Vivarensis. Le gynécée est, à l’époque, un atelier où travaillent des femmes. La ville existait donc et tient son nom du latin vivarium, «vivier, garenne, parc où l’on nourrit les animaux ». Il s’agissait là de pièces d’eau aménagées sur la rive droite du Rhône où l’on nourrissait et conservait le poisson et dont il reste quelques vestiges.

Lamastre : il y a un peu plus d’un an, dans une répàladev, j’expliquais

le nom est attesté la Mastra au XIè siècle et Mastra en 1179, de l’occitan mastra, « pétrin, maie », probablement « pour décrire la vallée encaissée de la Doux » écrit E. Nègre (TGF*). On remarque que F. Mistral (TDF*), s’il donne bien « pétrin, huche » comme définition de mastro, ajoute « caisse dans laquelle on échaude les cochons ». À l’article nau auquel il renvoie, il explique : « auge, tronc d’arbre creusé ; (…) huche dans laquelle on échaude le cochon ». C’est cette dernière idée qui a la faveur de J. Astor (DNFLMF*) qui explique que la « vallée du Grozon a éveillé l’idée de mastra, pétrin, caisse où l’on ébouillante le cochon ».

Tournon-sur-Rhône :  en 2021, dans un article consacré au gaulois turno, « hauteur », j’écrivais que le nom de Tournon avait été formé avec ce radical accompagné du suffixe –onem :

Tournon-Sur-Rhône (Ardèche, castro Turnone en 814 ; la situation du château sur un piton rocheux et les vestiges archéologiques gaulois sont favorables à une origine du nom selon turno, « hauteur »).

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Les indices

■ le fichier Fantoir connait également le Pré Darère à Talencieux (Ardc.) et la Sagne Darère à Saint-Maurice-de-Lignon (H.-L.). On trouve en outre le Darère, une colline entre Saléon et Nossage-et-Bénévent (H.-A.) – dont je ne sais pas trop comment il faut comprendre le nom.

Le fichier Fantoir contient aussi un Courtil de la Darère à Plœuc-l’Hermitage (C.-d’A.) qui ne semble figurer sur aucune carte ni même sur la liste des rues publiée par la mairie. Le Fichier des Rues de France (basé sur les adresses fiscales répertoriées par la DGIFP – on sait que depuis 2024, tous les foyers doivent posséder une adresse postale précise, d’où les 4135 noms de rues recensées à Plœuc-l’Hermitage pour 4117 habitants !) mentionne bien le Courtil de la Darère ainsi que le Champ de la Darère dans cette commune. Si j’en crois quelques documents trouvés en ligne, il semble bien qu’on dise darere (ou derere ou drere) pour « derrière » en gallo ( cf. ici)

indice b 07 01 2025 ■ cette statuette d’une « vierge à l’enfant en plâtre teinté noir » devait amener à Notre-Dame d’Ay,  la Vierge Noire de  Saint-Romain-d’Ay, une fois le pays trouvé.

indice a 07 01 2025 ■ Le Vivarium de Lucullus (Agostini Tofanelli, 1833) devait faire penser à Viviers.

Les indices du mardi 07 janvier 2025

Je vous ai proposé dimanche dernier une devinette dont l’énoncé, rédigé sans doute un peu trop vite au dernier moment, pouvait amener plusieurs réponses. Jacques C., Un Intrus puis LGF m’en ont proposé chacun une qui n’étaient pas celle que j’attendais, avant qu’Un Intrus et LGF ne me proposent la bonne solution.

Je rappelle, pour les étourdis, l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour [reire, darreire].

Il se trouve dans une commune qui porte le nom du saint patron de son église paroissiale accompagné de celui de la rivière qui y coule.

Le nom du canton précise sa situation dans le pays, lequel tient le sien de sa ville principale.

Le nom de cette dernière rappelle qu’on y pratiquait un élevage particulier.

Le chef-lieu du canton a été vu et son nom expliqué sur ce blog à propos de cochons.

Aucune idée ne me vient pour un indice… Alors, peut-être mardi ?

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J’apporte ces précisions :

■ le toponyme à trouver est une graphie particulière d’un des mots du billet, dans laquelle elle ne figure – intentionnellement – pas.

■ il existe (au moins) deux autres toponymes faisant appel à cette même graphie, un dans le même département que celui de la devinette et un autre dans un département voisin.

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Et j’ajoute ces indices :

■ un pour la commune qui abrite le lieu-dit à trouver :

indice b 07 01 2025

■ et un autre pour la ville qui donne son nom au pays :

indice a 07 01 2025

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le derrière d’oc

Pour indiquer qu’une zone, considérée comme un lieu reculé, était située à l’écart du centre vital de la région considérée, on pouvait dire qu’elle était « derrière »  ou « à l’arrière ». Pour désigner ces endroits-là, l’occitan utilisait parfois le mot reire ou raire, « arrière », souvent écrit reyre ou rayre pour franciser la diphtongue èi/ài, et parfois accompagné d’un suffixe.

La forme simple ne se retrouve qu’à quelques exemples comme pour le Reïre à La Roquebrussanne (Var), la Combe Reire à Cussey-les-Forges (C.-d’Or), la Reyre (Pellegrue, Gir. ; Beaupuy, T.-et-G. ; Astafort, Montagnac-sur-Auvignon et La Croix-Blanche,  L.-et-G. ; Sempeserre, Gers ), le Mas de Reyre (Saint-Martin-de-Crau, B.-du-R.), la Rayre (Pineuilh, Gir. ; Gavarliac, Dord.) et les Rayres (Lioujas, Av.).

En composition, pour signifier « derrière, à l’écart de », on trouve des noms comme celui de la commune lotoise Reyrevignes (Reirevinhas en 1287, « derrière les vignes » — mais la forme Veirivinhas de 1326 peut faire penser à des « vieilles vignes », avec l’ancien occitan vèira, « vieille »)  et de deux lieux-dits à Pinsac et à Lachapelle-Auzac du même département, de Reirevigne, un lieu-dit de tarascon (B.-du-R.), de la Reyranglade (« derrière le coin de terre »), un lieu-dit de Fourques (Gard), du Reireplan à Nîmes (Gard) ou encore de Reireviou (« à l’écart du chemin ») à Reilhane (A.-de-H.-P.).

La forme diminutive en –et se retrouve dans les noms du Reiret (Viry, H.-Sav.), du Reyret (Bonneville et Cervens, H.-Sav. ; Saint-Hilaire-de-Lusignan, L.-et-G.), du Rairet (Chênex, H.-Sav.), de Rayret (Cervens, H.-Sav. ; Doazit, Landes ; Prades-Salars et Cassagnes-Bégonhès) et de la Baraque de Rayret (Prades-Salars, Av.).

La forme diminutive en –òla a donné des toponymes comme Reyrol (Anzat-le-Luguet, P.-de-D.), Reyrols (Auzits, Av.), la Reyrolle (Desges, H.-L.), Reyrolles (Vigeois, Corr. ; Job, P.-de-D. ; Connangles, H.-L etc. ) ainsi que Rayrols (Saint-Just-sur-Viaur, Av.) et Rayrolles (Entraygues-sur-Truyère, Le Nayrac, Mouret, Coupiac, AV. ; Saint-Georges, Cant. …).

Fée Reyrolles
Brasserie ardéchoise !

Tous ces noms ont pu devenir des noms de familles, souvent tels quels (Reyrol, Reyrolles), parfois francisés en Rérolle (qui a donné un lieu-dit à Messeix, P.-de-D.) ou encore suffixés comme pour Reyraud (qui a donné des lieux-dits à Églisottes-et-Chalaures, Gir. et à La Roche-Chalias, Dord.). En revanche les noms de Reyrac (Saint-Agrève, Ardc. ; Brion, Loz. ; Freycenet-la-Tour, H.-L.) sont issus du cognomen latin Rarus accompagné du suffixe –acum.

Une autre façon de dire que la ferme, le champ ou l’endroit se situait à l’écart était de l’appeler tout simplement « derrière », occitan darrèire, d’où quelques toponymes du type Dareire (Saint-André-en-Vivarais, Ardc.),  Dareyre (Devesset et Saint-Pierre-sur-Doux, Ardc. ; Saint-Julien-Molhesable, H.-L.), Les Dareyres (Préaux, Ardc.), le Ravin de Darrère (Mont-de-Lans, Is.), Darrière (Biarotte, Landes) ou encore Darraire (Saint-Jeures, H.-L.).  En Pyrénées et Gascogne, les maisons rurales tournaient systématiquement le dos à l’ouest et s’ouvraient à l’est : celui-ci est dit deban (devant) et l’ouest y est dit darré (derrière). Cette dernière forme a été très productive avec plus d’une centaine d’occurrences comme Darré (Bernardets, P.-A. etc.), Darré la Chapelle (Oléac-Dessus, H.-P. – sacré curé !) et d’autres qu’il est inutile de citer. On peut signaler enfin la variante darriès qui apparait dans les noms des Darriès (Chamborret, H.-V. ; Bonnieux, Vauc.).

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La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.

Il se trouve dans une commune qui porte le nom du saint patron de son église paroissiale accompagné de celui de la rivière qui y coule.

Le nom du canton précise sa situation dans le pays, lequel tient le sien de sa ville principale.

Le nom de cette dernière rappelle qu’on y pratiquait un élevage particulier.

Le chef-lieu du canton a été vu et son nom expliqué sur ce blog à propos de cochons.

Aucune idée ne me vient pour un indice… Alors, peut-être mardi ?

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La Touade à Mourède (Gers) : la répàladev

TRS a rejoint au dernier moment Jacques C., Un Intrus et LGF pour compléter le quatuor de ceux qui sont venus à bout de ma dernière devinette. Bravo à tous les quatre !

Il fallait trouver la Touade, un lieu-dit de Mourède du canton de Fezensac (chef-lieu Vic-Fezensac) dans l’arrondissement d’Auch, dans le Gers.

Mourède, c’est là :

local mourede

Et Touade, ici :

TOUADE Mourède_Capture _GEOP

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La toponymie

Touade : on reconnait sans trop de difficulté dans ce nom un dérivé de la toue vue dans le billet. Dans un article du Bulletin de la Société archéologique (…) du Gers paru en 1993, l’auteur écrit : « une toue, ou encore une touade, dans la vieille langue gasconne, désignent un relief en creux et développé sur une certaine longueur, avec des bords resserrés ». Le nom apparait tel quel le 23/02/1832 sur le cadastre napoléonien (section B dite de Caredeillac) :

TOUADE CAD NAPO

On aura remarqué, sur la carte IGN ci-dessus, que le nom a servi à nommer le ruisseau de  Touade.

PS le fichier Fantoir écrit, on ne sait trop pourquoi, A Touade …

Mourède : la rubrique toponymie de la page wikipedia, dont je suis l’auteur, est la suivante :

Le nom de Mourède est issu de l’occitan mora, « mûrier » (du latin morus de même sens) accompagné du suffixe collectif –eda (du latin –eta) (DENLF*). En ancien français, et sans doute aussi en ancien occitan, le terme mûrier pouvait aussi bien désigner le mûrier que la ronce. Pour avoir servi à désigner un lieu d’habitation, il devait s’agir de l’arbre caractéristique de la propriété plutôt que de la ronce, bien trop commune pour avoir qualité distinctive. (DNFLMF*).

Une autre étymologie a été proposée, faisant appel au gascon mourédo, « lieu humide » (TGF*).

Fezensac : le nom de ce pays historique du haut Moyen Âge est attesté comitatus Fedentiacus en 843, in agro Fidenciaco en 869, de Fidentiaco vers 920, comitatus Ffezenciaci au XIIè s, la conté de Faiençac en 1259 et enfin comiti Fezenciaci en 1279. Il est formé sur le nom d’une personne muni du suffixe locatif gaulois latinisé –acum. Cette personne portant un cognomen latin chrétien, Fidentius, a dû être nommée par un roi franc carolingien en charge du pays appelé comté.

Vic-Fezensac : le nom du chef-lieu de canton est issu du latin vicus, « gros village »  accompagné de celui du pays historique. Je le citais dans cet article, en même temps que Vic-Sur-Cère vu récemment.

Auch : cette ville a porté trois noms dans l’Antiquité.

On trouve Eliumberrum au Ier siècle chez Pomponius Mela puis Eliberre au IVè siècle sur la Table de Peutinger, de l’aquitain ili, « ville » et berri « neuve ». Ptolémée, au IIè siècle, mentionne le nom Αυγουστα, soit le latin Augusta, féminisation du nom de l’empereur Auguste. On trouve enfin le nom de la civitas Auscius en 333 (sur l’Itinéraire de Bordeaux), du nom du peuple aquitain des Auscii, mentionné par César au milieu du Ier siècle av. J.-C. À la fin du IVè siècle, Ammien Marcellin parlera de la ville d’Ausci.

Depuis René Lafont, en 1965 (in Revue internationale d’onomastique), on s’accorde à penser que « Ausci, le nom du peuple qui habitait la région d’Auch, se retrouve dans la racine du nom basque de la langue basque, euskera, euskara » (DENLF*, TGF*, NL*). D’autres rapprochements ont toutefois été proposées : avec le basque auzo, « voisinage ; quartier » ; avec l’indo-européen aus-, « clair » ou aus-, « puiser », racines munies d’un suffixe –ko ; avec au(e), « couler » muni du suffixe –sko. Aucune de ces hypothèses ne semble pouvoir être privilégiée (DNLF*).

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Les indices

indice d 29 12 2024■ ce tableau de Léon Frédéric (1856-1940), intitulé Un enfant dans les ronces, devait faire penser à la ronce, occitan mora, d’où est issu le nom de Mourède.

indice a 29 12 2024 ■ le héros franchouillard Superdupont n’était pas là pour le béret aquitano-basque (puisque la région était déjà connue par le sujet du billet !) mais pour son dessinateur (tomes 2 à7) Jean Solé, né à Vic-Fezensac le 2 août 1948.

indice b 31 12 2024 ■ il fallait reconnaître dans cette « nature morte » des verres d’Armagnac de la distillerie L’Encantada de Vic-Fezensac. La ville d’Auch fut la capitale des comtes d’Armagnac.

indice a 31 12 2024 ■ cette statue de d’Artagnan est située à Auch.

Les indices du mardi 31 décembre 2024

Jacques C. , Un Intrus et LGF n’ont pas mis bien longtemps à me donner la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour [toue].

Il est situé dans une commune dont le nom est lié à un végétal porteur de fruits.

Le nom du canton, qui est celui du pays historique du haut Moyen Âge, est formé sur celui d’un homme auquel un roi franc carolingien en confia l’administration.

Le chef-lieu du canton porte le nom d’un ensemble d’habitations accompagné du nom dudit canton.

Le chef-lieu d’arrondissement, une ancienne ville neuve, doit son nom actuel au peuple dont elle fut la capitale. Sa devise indique que, toute seule, elle ne peut rien.

Un indice pour la commune :

indice d 29 12 2024

Un indice pour le canton :

indice a 29 12 2024

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Les indices du mardi

■ et d’un :

indice b 31 12 2024

■ et de deux :

indice a 31 12 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

En attendant :

À l’an que vèn ! Se sian pas mai, que siguen pas mens !

Toue

En gascon et béarnais, une toue ou toua désigne un abri sous roche, une cavité dans un rocher, une caverne, principalement dans les Pyrénées non basques (GTD*). Par extension, le mot a pris le sens d’abri pastoral très rustique, de cabane d’altitude. L’étymologie en est un radical pré-indo-européen *toba, « creux de rocher », à l’origine de l’aragonais toba, de même sens.

On compte moins de trente toponymes formés sur ce toue, comme le lieu-dit Toue à Labastide-Paumès (H.-G.), la Toue de Casterie, la Toue de Larribet et La Toue de Doumblas, toutes à Arrens-Marsous (H-P.), la Toue et la redondante Cabane de Toue à Sers (id.), le Pic de Pène Toue à Bramevaque (id.), la Toue, le Cap de la Toue et le Pé de la Toue à Saint-Plancard (H.-G.) etc.

la toue de Doumblas

La toue de Doumblas (illustration trouvée sur ce site)

Le pluriel est représenté par le Bois des Toues aux Bordes-sur-Lez (Ariège) et le ruisseau de la Fourche des Toues à Bornac (id.) et un diminutif se trouve dans le nom de la Cabane du Touet aux Bordes-sur-Lez (Ariège) et dans celui de la Touette à Bagnères-de-Bigorre (H.-P.).

On trouve également une variante raccourcie avec des noms comme le Tou à Saint-Marcet, Le Cuing et Razecueillé (H.-G.), le Rieu du Tou à Houeydets (H.-P.), les Cazaus de Tou à Bugard (id.), le Pène du Tou à Sarrancolin (id.) etc. ainsi que dans celui de Latou à Simone (Gers) avec agglutination de l’article. La même formation apparait dans le nom du Latou, un cours d’eau ariégeois, sous-affluent de la Garonne par la Lèze, qui complète le nom de Villeneuve-du-Latou.

Le nom de commune Latoue (H.-G.) représenterait, selon Dauzat & Rostaing (DENLF*) et M. Morvan (NLPBG*), le même gascon toue avec agglutination de l’article. Mais E. Nègre (TGF*), suivi par S. Gendron (ONLF*), font remarquer que le nom de cette commune provient d’une ancienne tour à péage démolie en 1972, dont le nom était de Turre de Burjanis au XIIIè siècle , Latour au XVIIIè siècle et Latoue au XIXè siècle et font donc provenir ce nom du gascon touhe, « variante attestée de tour ».

La forme toua, qui a parfois désigné un simple creux de terrain aux bords relevés, est à l’origine de moins d’une quinzaine de toponymes comme les Touas à Hautaget (H.-G.), les Touasses à Rivèrenert (Ariège – peut-être suffixe augmentatif), Touau à Chèze et à Labastide (H.-P.), ou encore du nom de la Touasse, un cours d’eau à Gajan (Ariège).

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La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour.

Il est situé dans une commune dont le nom est lié à un végétal porteur de fruits.

Le nom du canton, qui est celui du pays historique du haut Moyen Âge, est formé sur celui d’un homme auquel un roi franc carolingien en confia l’administration.

Le chef-lieu du canton porte le nom d’un ensemble d’habitations accompagné du nom dudit canton.

Le chef-lieu d’arrondissement, une ancienne ville neuve, doit son nom actuel au peuple dont elle fut la capitale. Sa devise indique que, toute seule, elle ne peut rien.

Un indice pour la commune :

indice d 29 12 2024

Un indice pour le canton :

indice a 29 12 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr