Les indices du mardi 12 novembre 2024

Un Intrus et LGF ont déjà résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Pour les autres, rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine formé de deux racines gauloises dont celle du jour [bano].

Ce toponyme a d’ailleurs été cité sur ce blog à propos de la deuxième racine gauloise utilisée dans des toponymes.

La commune où il se trouve porte un nom de relief accompagné par celui du cours d’eau.

Le chef-lieu de canton porte un nom issu de celui d’un homme latin accompagné d’un hagiotoponyme.

La région historique garde le souvenir de son statut de zone frontalière dans son nom, aujourd’hui à usage principalement touristique puisqu’elle n’a plus aucune existence administrative.

indice a 01 11 2024

60px-Asterism.svg

Les indices du mardi

■ pour le canton

indice b 12 11 2024

■ pour l’arrondissement

indice c 12 11 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Bane

Dans le Midi, la bane est une corne. En toponymie, le mot désigne une pointe rocheuse marquée mais de dimension généralement modeste. L’occitan bana, « corne », comme le vieux breton bann de même sens, sont issus d’une racine celtique * bano, « pointe, corne ». On rattache à cette racine l’occitan banard, « cornu, tordu – en parlant des cornes ou non », banaru, « escargot », abanar, « s’accoupler – comme les cornes qui vont par deux » etc. ainsi que le vieil irlandais benn, « pointe, corne », le gallois ban et le gaélique ben, « pic », d’où le Ben Nevis, point culminant de l’Écosse (1344 m).

S’appliquant à la désignation de hauteurs rocheuses, on ne sera pas étonné de trouver ce terme dans de nombreux oronymes. La forme la plus simple apparait dans le nom du Mont du Ban, à Lemps (Drôme, de Banno en 1284) et dans celui du Mont Ban, à Faugères (Hér.), qui culmine à 498 m. On connait aussi le Ban à Mayres-Savel (Is.), à Saint-Victor-la-Rivière (P.-de-D.), à Bellevaux (H.-Savoie) etc. ou encore le Ban Rouge à Praz-sur-Arly (Sav.) et les Bans dans le massif du Pelvoux (H.-A.). La forme féminine se retrouve dans les noms du Puy de Bâne à Molbo (Cantal), de la Banne à La Bâtie-des-Fonds (Dr.) et à Rompon-La-Voulte-sur-Rhône (Ardèche), de la Montagne de Banne au Poët-en-Percip (Dr.), de la Banne d’Ordanche à Murat-le-Quaire (P.-de-D., 1451 m – Ordanche : de la base celtique *ord, cf. le breton ord « marteau » et l’irlandais orddu, « pouce », et suffixe –inca, appellation métaphorique de ce sommet incurvé culminant à 1512 m) et d’autres. On reconnait également un diminutif dans les noms de Banette à Saint-Julien-en-Beauchêne (H.-A.) et du Col et de la Serre de Banette à Vialas (Loz.) et un autre diminutif dans celui de Banelle à Saint-Hyppolyte-du-Fort (Gard).

CPA-la-Banne-d-Ordanche

Ce même thème celtique *bano est également à l’origine de noms communes et de lieux-dits.

Les communes sont représentées notamment par Banne en Ardèche (Bena au XIVè siècle et Bana en 1464), dont les armes parlantes, d’azur à la demi-ramure d’or posée en bande, présentent des bois de cerf, bana en occitan.

BANNE-07 BLASON

On connait également les communes de Bannes en Haute-Marne (Banna en 909), en Mayenne (Bana vers 1190) et dans le Lot ainsi que l’ancienne commune de Bannes (Sarthe, aujourd’hui dans Dissay-sous-Courcillon). On peut rajouter à cette liste la commune de Banon [A.-de-H.-P., castrum Bannoni au XIè siècle – avec suffixe augmentatif –on(e)] dont le nom reflète sa situation d’ancien village perché, au pied de la montagne de Lure (DENLF*, TP*) et l’ancienne commune  de Banat (Ariège, aujourd’hui dans Tarascon-sur-Ariège). Dans la Marne, la situation dans une cuvette de Bannes a fait préférer une étymologie selon l’oïl banne, « cuvier » (TGF*) ou selon le gaulois *benna, « corbeille » (DENLF*). Certains auteurs (J. Lacroix, Les noms d’origine gauloise …, éd. errance, 2005) ont voulu voir également cette même racine dans le nom de Bannassac (aujourd’hui Banassac-Canilhac, Loz., Bannassacus en 1352) qui est plus probablement issu du cognomen latin Venantius et suffixe –acum (TGF*). Le nom de la commune de Baneuil (Dord., Banolium et Baigneux au XIIIè siècle et Baneilh en 1582) semble être elle aussi formée sur le gaulois bano accompagné de –ialo, « clairière » mais un nom de personne germanique comme Banno n’est pas exclu.

Les lieux-dits Bane (Sisteron, A.-de-H.-P. ; Vachères, id.) et la Bane Blanche (Saint-Priest-de-Gimel, Corr.) sont à rattacher à cette même racine celtique, comme les nombreux Banne (Cause-de-Clérans et Sagelat, Dord. ; Cromac, H.-V. ; Mayres, Mazan-l’Abbaye et Rompon, Ardc. ; Marches, Dr. ; Manglieu, P.-de-D. etc.) ou encore les Banes (Trémouille, Thérondels, Sainte-Eulalie-d’Oc et Graissac, Av. ; Saint-Sauve-d’Auvergne, P.-de-D. etc.) et les Bannes (Beaumont-du-Périgord, Dord. ; Voguë, Ardc.  ; Morlhon-le-Haut, Av. etc.).

Les diminutifs apparaissent dans les noms de Banelle (Cognat-Lyonne et Escurolles, Allier ; Crocq, Creuse …), Banelles (Castelnau-Montralier, Lot …), Bannelles (Banne, Ardc),  Banette (Bournel, L.-et-G. ; Cérilly, Allier ; Saint-Cyr-sur-Mer, Var …), Bannette (Thoard, A.-de-H.-P.) et Bannettes (Voreppe, Is. ; Chauffayer, A.-de-H.-P. etc.).

Et les Bretons, me demanderez-vous ? Je ne les oublie pas : même s’ils sont moins représentés, on peut néanmoins citer le lieu-dit Ban-Gâvres à Gâvres (Mor.), « la Corne de la chèvre » (le nom de la commune s’écrivait au singulier jusqu’à la fin du XIXè siècle, avant son détachement de Riantec en 1867). Et je m’en voudrais bien entendu si je ne mentionnais pas l’île de Bannec, à l’extrémité de l’archipel de Molène (Fin.), « du vieux breton bann, « corne », au sens d’éminence, sommet pointu, et suffixe –ec, « où on trouve, où il y a » » (DEIF*).

ile_bannec_archipelmolene_editionsjack

Une des « cornes» de lîle de Bannec

On prendra garde à ne pas confondre certains noms de lieux en Ban issus du celtique bano, « corne » avec ceux issus de ban, « territoire soumis au pouvoir et à la juridiction d’un seigneur », terme d’origine franque, comme le Ban le Duc (Chamois-l’Orgueilleux, Vosges), le Ban de la Cour (Mouaville, M.-et-M. ), le Ban Dom Richard (Bourmont, H.-M.) et bien d’autres. Il pourra également y avoir confusion avec des paronymes comme pour Les Bans, un hameau de Chambonas (Ardc.) qui était les Baings au XVIIè siècle, traduction de l’occitan bahn, « bains »

Quant aux rivières comme La Bane (Gard, Bana en 1380), La Banne (Allier), Le Ban (Loire, Banni en 1429), La Banise (Cr., Banisia en 1315), la Bénovie (Hér., Venobia en 1220) etc., leur nom vient plus probablement d’une racine gauloise *genh-« femme », l’euphémisme La femme désignant une déesse qu’on ne nomme pas expressément (même principe que Toutatis, « celui (le dieu) de la tribu ») : il s’agit de rivières, donc de personnes, pour lesquelles l’étymologie selon *banno, « pointe, corne », semble inappropriée (NLCEA*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

herge-.-carte-double-tintin-point-d-interrogation_2069395

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine formé de deux racines gauloises dont celle du jour.

Ce toponyme a déjà été cité sur ce blog à propos de la deuxième racine gauloise.

La commune où il se trouve porte un nom de relief accompagné par celui du cours d’eau.

Le chef-lieu de canton porte un nom issu de celui d’un homme latin accompagné d’un hagiotoponyme.

La région historique garde le souvenir de son statut de zone frontalière dans son nom, aujourd’hui à usage principalement touristique.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Puypezac à Bergerac (Dordogne) : la répàladev

Un Intrus puis LGF ont résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Puypezac à Bergerac, en Dordogne, dans la région du Périgord.

Bergerac, c’est ici :

local Bergerac

Et Puypezac, là, en haut à gauche :

PUYPEZAC Capture GEOP

60px-Asterism.svg

La toponymie

Puypezac : on trouve écrit Pechpezat sur la carte de Cassini (feuillet 71, Bergerac, 1789-1815), Puypezat sur la carte d’état-major (1820-66) et Puy-Pezat dans le Dictionnaire topographique du département de la Dordogne (Alexis de Gourgues, 1873). Il s’agit d’un nom composé du dérivé pech passé à puy du latin podium et de pezat dont il a été question dans le billet, passé à pezac sans doute sous l’influence des toponymes en –ac … comme Bergerac. Le château de Puypezat-Rosette, où se vinifie un vin de l’appellation Rosette, a su conserver son orthographe historique.

Le lieu-dit a été divisé en deux dans le fichier FANTOIR, où on trouve Puypezac-Est et Puypezac-Ouest.

Bergerac : le 14 avril 2015, à propos de Cyrano, j’écrivais ceci :

Bergerac est une localité de Dordogne dont l’attestation la plus ancienne du nom,   Brageyrack en 1100, est due à la chancellerie anglaise, ce qui explique le -k- final. Comme pour  Bragayrac (H.-Gar.) il s’agit d’un dérivé du nom d’homme gallo-romain Bracarius accompagné  du suffixe classique -acum. Bracarius est lui-même dérivé du gaulois braca, « braie »: il s’agissait probablement d’un fabricant de braies dont le sobriquet a servi à nommer d’abord l’atelier puis la localité elle-même. La métathèse interne à la première syllabe qui fait passer de Brageyrack à Bergerac est attestée depuis 1329, mais les deux formes cohabiteront encore quelques siècles puisqu’on trouvera encore Bregerat en 1608. Sachant que  le nom de la ville est toujours prononcé aujourd’hui bradzèyra en dialecte, on en déduit que  la métathèse n’est pas autochtone, mais due à … la chancellerie française.

Bergerac étant en même temps la commune, le chef-lieu de canton et le chef-lieu de l’arrondissement où se trouve Puypezac, on ne sera pas étonné qu’il n’y ait pas eu d’autre indice que celui de la commune.

Périgord : pays historique du haut Moyen Âge, formé de l’ancien diocèse de Périgueux, son nom est attesté Petrogoricum en 575-94 chez Grégoire de Tours, une formation du Moyen Âge sur le nom ancien de la ville, Petrocori, muni du suffixe latin –icu. La forme en ancien occitan Peiregors est attestée vers 1185 et la forme en ancien français Perigors en 1302.

Périgueux : cette ville a porté deux noms dans l’Antiquité. Le premier est attesté sous différentes formes : Tutella Aug(usta) et Tutela Au(gusta) Vesunnia au Ier siècle, Tutela Vesunna sans date. On y reconnait le nom de la déesse latine Tutela, chargée de la conservation et du salut du lieu (dont l’archéologie n’a retrouvé aucune trace) accompagné du nom de la déesse topique Vesunna, divinité d’une source (son nom est composé de l’indo-européen *ves, « s’écouler, couler » suivi du suffixe –unna). Au IVè siècle, comme il était d’usage, la ville a pris le nom du peuple dont elle était le chef-lieu de civitas, en l’occurrence celui des Petrocorii mentionné par César au milieu du Ier siècle av. J.-C.. Vers 360, la ville est appelée civitas Petrocorium, cité des Pétrocores.  Au VIIIè siècle, Petrecors est la forme à partir de laquelle l’évolution phonétique va donner Périgueux, par passage de Petr– à  Pedr– puis à Peir–  et enfin Per-, accompagné de l’affaiblissement du c intervocalique en g. On trouve plus tard la forme Pereguers (1433) qui est à lire peregüe : cette prononciation est en effet mise en évidence par la graphie Periguhes (1466) qui oblige à bien prononcer le u.  Le üe évoluant en œ en limousin et ü en gascon (Peyreguus est attesté en 1428), et en tenant compte de l’amuïssement du rs final, c’est bien la prononciation limousine originelle qui est à l’origine de Périgueux. Le -x final est un habillage pseudo-savant sur le modèle de nombreux appellatifs pluriels existant alors (gueux, cheveux …).

Quant aux Pétrocores, si vous avez suivi le lien précédent, vous savez déjà que leur nom signifie « les quatre armées » (gaulois petru-, « quatre », et corios, « armée »).

60px-Asterism.svg

Les indices

■ le nom de Bergerac a été cité à maintes reprises sur ce blog, mais souvent pour Cyrano plutôt que pour la commune.

indice a 03 11 2024 ■ cette statuette antique en bronze montre un guerrier gaulois en braies et devait faire penser au tailleur de braies, Bracarius, qui a laissé son nom à Bergerac.

indice a 05 11 2024■ cette rosette à la truffe devait faire penser au Périgord, par la truffe, et aux vins d’AOC Rosette, dont le Montpezat-Rosette, par la rosette.

■ quant à la phrase : « C’est un peu court, mais ça devrait suffire… » qui concluait l’énoncé du dimanche, elle aurait dû faire penser à Cyrano de Bergerac et au « C’est un peu court, jeune homme » qui introduit sa tirade du nez :

Quinze ans !

Ce blog a quinze ans !

Mon premier article parlait des totos :

Les « totos » de Tarnac

et n’avait suscité que deux commentaires.

Le suivant parlait, un peu, de toponymie :

Longtarin chez les totos

Mon article le plus lu et qui continue à l’être concerne les Maures et les Sarrasins… J’imagine sans peine la déception de certains lecteurs quand ils prennent connaissance de son contenu.

Il a longtemps été suivi par celui consacré aux catastrophes industrielles, mais l’intérêt pour celles-ci semble s’être émoussé.

… Putain, quinze ans !

Merci à tous mes lecteurs et à toutes mes lectrices de m’avoir accompagné tout ce temps et … pourvu que ça dure !

Les indices du mardi 04 novembre 2024

Un Intrus, qui me dit avoir été touché par mon indice, a déjà trouvé la réponse à ma dernière devinette.

Pour les autres, rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots du jour [Montpezat, La Pezade, Pesoul et Pendut].

Ce lieu-dit a récemment été divisé en deux, chaque partie gardant le même nom accompagné par sa situation sur la rose des vents.

Il est plus connu aujourd’hui, au moins sur la toile, quand son nom est associé à celui d’une appellation d’origine contrôlée d’un vin confidentiel.

Si on en croit son nom, le Gallo-romain éponyme de la commune où se trouve ce lieu-dit était sans doute tailleur.

La région doit son nom à un peuple gaulois riche en guerriers.

Un indice pour la commune :

indice a 03 11 2024

C’est un peu court, mais ça devrait suffire…

60px-Asterism.svg

Les indices du mardi

■ le nom de la commune a été cité à maintes reprises sur ce blog, mais pas toujours pour elle-même.

■ un indice deux en un, pour le vin et sa région :

indice a 05 11 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Montpezat, La Pezade, Pesoul et Pendut

Le 28 octobre dernier, un de mes lecteurs assidus m’interrogeait ainsi sur l’étymologie de Montpezat :

MONTPEZAT sur internet , plusieurs montpezat , avec plusieurs étymologies différentes.

exemple :

https://www.persee.fr/doc/rio_0048-8151_1960_num_12_4_1712

PEZADE Je lis dans mon livre : Origine des noms de villes et villages Tarn-et-Garonne Jean-marie Cassagne, Mariola KORSAK ( livre que j’apprécie peu )

82 Montpezat-de-Quercy  mons pedatus :colline palissadée , échalassée .bâti sur PEZADE = palissadé < latin pedare = échalader la vigne

pour d’autres = PESAR < PENSARE = peser   occitan  mont qui pèse les pièces =   château controlant un PEAGE

La réponse à cette question, nécessitant de sérieux développements, méritait bien un billet à elle seule, que voici.

Montpezat

Six communes portent ce nom : Montpezat (Gard, Castrum Montis-Pesati en 1156, et L.-et-G.), Montpézat (Gers), Montpezac-Montagnac (A.-de-H.-P.), Montpezat-de-Quercy (T.-et-G.) et Montpezat-sous-Bauzon (Ardèche, Monte Pesato en 1275) auxquelles on peut ajouter Monpezat (P.-A.) et l’ancienne Montpezat aujourd’hui intégrée à Mourens (Gir.). À ces communes s’ajoutent une douzaine de lieux-dits portant le même nom comme Montpézat à Sigean (Aude, Monpesadus en 1141 et Castrum de Montepesato en 1176-1177), Montpezat (Roquefort-des-Corbières, Aude ; Pézenas, Hér. ; Saint-Martory, H.-G. ; Beaux, H.-L. etc.) ou encore Monpezat (Mourens, Gir. – écrit Montpezat chez Cassini).

CPA montpezat

Notez le chien élastique qui a inspiré Tex Avery : l’arrière-train qui disparait à gauche de la fontaine et la tête qui apparait à droite !

C’est André Soutou (Revue internationale d’onomastique, 1960, vol. 12-4, pp. 257-267) qui, le premier, a expliqué ce Mont pesat par l’occitan pesar, « échalasser », au sens de « fortifier d’une enceinte ». On peut également penser à la protection des jeunes arbres contre le gel faite de paille de blé ou de tiges de pois qu’on appelait pezat.

Après lui, Dauzat & Rostaing (DENLF*), et d’autres, comme ceux que vous citez et B. et J.-J. Fénié (TO*,TNO*),  ont repris cette hypothèse, tandis qu’Ernest Nègre (TGF*), suivi par Paul Fabre (NLL*), a préféré voir dans pezat le participe passé de pezar, « être difficile, être pénible, fâcheux, déplaire », donc : « mont rendu difficile, pénible, déplaisant » par ses fortifications.

Jacques Astor (NFLMF*) émet une autre hypothèse, celle d’un « mont aux fortes pentes ». Il commence sa démonstration à La Pezade, un lieu-dit de La Couvertoirade (Av.), sur le plateau du Larzac, au bord de la route nationale 9, à cheval entre le département de l’Hérault et celui de l’Aveyron.

 Pezade

J. Astor commence par réfuter l’hypothèse de la pesada, « pesée » de pièces, d’où l’idée de « péage », d’abord parce qu’il y a de nombreux toponymes bien mieux connus dans ce sens comme La Barrière, Le Fesc, Le Péage …. Ensuite, parce que de nombreux autres exemples La Pezade ne peuvent, ni topographiquement ni géographiquement ni historiquement, être d’anciens péages  : ainsi La Pézade (Monistrol-d’Allier, H.-L.), La Pezade (Venteuges, H.-L. ; Cros, Gard etc.) et d’autres sont des hameaux de montagne à l’écart de toute grande voie de communication. On se souvient également (si on a lu l’article de la R.I.O mis en lien plus haut)  « qu’aucun texte historique ne mentionne un péage en ce lieu. Le péage, qui était levé aux frontières du Languedoc et du Rouergue, était payé, du côté rouergat, non pas à La Pezade, mais quelques kilomètres plus au nord, au château des Infruts, où subsistent encore les ruines du Castellas moyenâgeux, dont les murs sont en partie taillés directement dans la roche, exactement comme au Caylar, où devait stationner le poste languedocien ».

L »hypothèse des « empreintes », par sa nature même de légende, est plus difficile à ébranler mais J. Astor s’y emploie. En occitan, une pesada est une « empreinte de pied » et a désigné, par extension, une « piste ». C’est bien ce sens d’empreinte qui a été longtemps retenu à La Pezade, qui a été historiquement appelée La Pezada de San Forcan dans un acte du XVè siècle (al teritori appelat La Pezada de san Forcan ont es ladite cros de saint Jean et la croissa dedit evesque) : la légende populaire parle donc de l’empreinte du pied de saint Fulcran, évêque de Lodève au Xè siècle. D’autres cas de légendes liées à la pesada au sens d’empreinte ne sont pas rares. À Belvèze (T.-et-G.), La Piado de Rouland fait référence à l’empreinte du pied du comte Roland sur un mégalithe, comme la Pesade de Rolland à Montchiroux (Lachamp, Loz.). En Haute-Loire, ce sont des rochers appelés La Pezade et Les Trois Pezades à Coubon qui évoquent ce sens, tandis que la Chapelle de Sainte-Pezade à Mazoires (P.-de-D.) est inspirée par l’empreinte du pied de sainte Florine franchissant la rivière.  F. Mistral (TDF*) nous apprend qu’on désigne par pesadas, à Minerve (Hér.), des dépressions dans le rocher ; à Valmasque (Vauc.), ces mêmes pesadas désignent de prétendues empreintes des sabots de l’ânesse de la Vierge.

Sainte pezade 1

La chapelle Sainte-Pezade

S’il est difficile de nier un éventuel rapport existant entre une petite dépression dans un rocher, une légende et un toponyme, on peut toutefois constater que toutes les Pezades n’ont pas de légende associée et observer de plus près ces dernières :

  • La Pesade, un lieu-dit au nord de Servian (Hér.), est située sur un chemin communal à forte déclivité descendant vers la vallée de la Thongue ;
  • La Pesade, un lieu-dit de Roquemaure (Gard), à 4 km à l’ouest de la ville, est sur un chemin montant sur le versant de la montagne de Saint-Geniès (et ceux qui ont parcouru cette boucle du GR42 savent combien ça grimpe !) ;
  • La Pézade, un lieu-dit de Cros (Gard) est située à l’extrémité en cul-de-sac d’un chemin de montagne ;
  • La Pezade, un lieu-dit de Vieille-Brioude (H.-L.), est accessible, à partir du Champlong, au bord de l’Allier, par un sentier à forte déclivité ;
  • quant à La Pezade du Larzac, elle est située sur une section de la grande route des relations Rouergue – bas Languedoc, connue des routiers (avant la construction de l’autoroute A75) et de ceux qui ont fait leurs premières armes militantes sur le plateau, sous le nom de « montée » ou « descente » de La Pezade.

La pente semblant être un point commun entre tous ces lieux-dits, la démarche suivante est d’en trouver les racines toponymiques et, pour cela, peut-être faut-il regarder du côté d’un doublet Pesoul Pendut que l’on trouve à trois reprises dans l’Hérault : Pesoul Pendut à Montpeyroux, Pesoul-Pendu à Saint-André-de-Sangonis et Pesoul-Pendat à Jonquières.

Pesoul Pendu

Pesoul a été analysé (par Charles Camproux, puis Paul Fabre et Jacques Astor lui-même), comme étant un dérivé pensuculu(m) de pensum du latin populaire pendere, « pendre ; être pendant ; être suspendu ». L’évolution normale d’une forme primitive *pensuclu aboutissant à l’homophonie avec pesolh, « pou » (du latin vulgaire peduculus issu du latin classique pediculus) a abouti à un « pou » cohabitant avec une forme pendut, plus récente, par laquelle le sens de « pentu », « pente » a été conservé. La conservation des deux formes dans les toponymes est, sans aucun doute, due à la tradition populaire qui  y a vu un « pouilleux pendu ». Ailleurs, on pend bien des loups ou des chèvres ! Dans ces derniers cas, lop et cabra sont des oronymes pré-celtiques homophones de noms d’animaux dont la rencontre avec un produit de pendere pour signifier une pente a provoqué l’étymologie populaire de l’animal pendu. On peut aussi penser à Capendu (Aude) dont les formes anciennes Campendud en 1071 et Canesuspenso de 1110 montrent en réalité qu’un champ en pente (camp pendut) a subi l’attraction du chien pendu (can pendut). Ce même latin pendere a donné l’occitan apend, « contrefort de montagne, pente », d’où le hameau des Appens à Lamelouze (Loire) et pendedis, de même sens, qui nomme le Pendedis, un hameau de Saint-Martin-de-Boubaux (id.). À propos de pesoul, signalons également deux autres toponymes héraultais qui ont échappé aux légendes populaires : le Puech de Pezoul à Sainte-Croix-de-Quintillargues et Serre de Pézoul à Lunas.  Ces deux derniers toponymes ont été analysés, en même temps que le Pesoul Pendut de Montpeyroux, par Frank R. Hamelin (TH*) comme dérivés de l’ancien occitan pesol [du latin pisulu(m)], « petit pois », allusion à une terre consacrée à cette culture. Si cette étymologie peut éventuellement se comprendre pour les noms à valeur collective comme Pézouillet (Aniane, Pedoleto au XIIè siècle), on imagine mal un champ de petits pois sur le Puech ou la Serre de Pezoul, pas plus qu’au Roc Pesoul de Cabrespine (Aude, 596 m) ou au Roc des Pézouls à Molières-Cavaillac (Gard).

La question suivante est : pourquoi les Pesade, aux pentes si évidentes, ne seraient-elles pas, elles-aussi, issues du pensum de pendere ? J. Astor y répond en proposant un dérivé pensata (via), sur le modèle des via petrata (pèirada en occitan) ou des via strata lapide (estrada), qui parait pouvoir rendre compte des voies en pente de nos pesadas et avoir raison des légendes d’empreintes en expliquant leur origine purement linguistique.  Selon toute probabilité, on serait là en présence d’un vieux mot de l’occitan médiéval apparu dans le latin de basse époque sur le modèle des peiradas et des estradas et ayant vécu parallèlement aux montadas et aux pojadas (formées sur puech, poèi … de podium).

Conclusion

La boucle est bouclée : si on admet le sens de « voie en pente » pour pesada, les communes nommées Montpezat dont il était question au début du billet pourraient alors être des sites de châteaux accessibles par un chemin particulièrement pentu. Certains lieux-dits du même nom, peu propices à l’édification d’un lieu fortifié, seraient alors simplement des monts particulièrement pentus.

Comme souvent, la vérité est ailleurs sans doute un mélange de tout ça : certains Montpezat sont peut-être d’anciennes fortifications palissées, d’autres des places « pesantes » ou déplaisantes par leurs protections et d’autres des lieux accessibles par des pentes remarquables.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots du jour.

Ce lieu-dit a récemment été divisé en deux, chaque partie gardant le même nom accompagné par sa situation sur la rose des vents.

Il est plus connu aujourd’hui, au moins sur la toile, quand son nom est associé à celui d’une appellation d’origine contrôlée d’un vin confidentiel.

Si on en croit son nom, le Gallo-romain éponyme de la commune où se trouve ce lieu-dit était sans doute tailleur.

La région doit son nom à un peuple gaulois riche en guerriers.

Un indice pour la commune :

indice a 03 11 2024

C’est un peu court, mais ça devrait suffire…

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Au Soyeux à Suarce et l’Étang des Soyeux à Lachapelle-sous-Chaux (T.-de-B.) : la répàladev

Un Intrus le premier, puis TRS et LGF m’ont donné les réponses attendues à ma dernière devinette complétée ici. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver le lieu-dit Au Soyeux de Suarce, du canton de Grandvillars, et l’Étang des Soyeux à Lachapelle-sous-Chaux, du canton de Giromagny  dans l’arrondissement de Belfort (Territoire-de-Belfort). On pouvait rajouter le lieu-dit Souilleux à Essert, du canton de Bavilliers dans le même arrondissement, mais celui-ci n’existe plus aujourd’hui.

Belfort, ici :

local belfort

Lachapelle-sous-Chaux, Suarce et Essert, là :

BELFORT Capture GEOP

Au centre, Belfort, en 1: Lachapelle-sous-Chaux, en 2 : Essert et en 3 : Suarce

cdl a

Les toponymes

Au Soyeux : le Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin (Georges Stoffel, 1868 — le Territoire de Belfort, seule partie du Haut-Rhin à être restée française après la défaite de 1871, n’est devenu un département qu’en 1922) nous indique la forme Aux Soyieux dans le cadastre napoléonien de 1832 pour un lieu-dit alors appelé le Souilleux  à Suarce, mais devenu aujourd’hui Au Soyeux. L’Étang des Soyeux de Lachapelle-sous-Chaux n’est pas mentionné dans ce dictionnaire, mais son nom apparait au singulier Étang du Soyeux sur la carte IGN de 1950.

Un autre lieu-dit Souilleux, sur la commune d’Essert du canton de Bavilliers, est cité dans le même dictionnaire qui indique la forme en Soilliez de 1474 dans le registre foncier (urbaire) de Froide-Fontaine.

SOUILLEUX Capture DT

Ces trois noms sont dérivés, comme souil et souille, du latin solium accompagné du suffixe d’abondance –osum, décrivant un terrain humide, marécageux, équivalent des Souilloux rencontrés dans le billet.

Suarce : les formes anciennes données par le même dictionnaire sont Suarza (823), Soerce (1105), Suerz et Suercha (1105), Suarca (1264), Schwertz (1458), Suerze (Cassini), Das meygertum Swertz (1394) et Suarce (1793). Ce nom est celui de la rivière, passé au village, du germanique suarz, « noir » et awha, « eau ». La rivière s’appelle aujourd’hui Suarcine.

CPA SUARCE

Grandvillars : attesté de Grandivillari en 1147, du bas latin grande et villare, soit le « grand domaine ». Le nom a été pourvu par la suite d’un –s adventice.

Lachapelle-sous-Chaux : attesté La Chappelle soub Chaux en 1630. Sans surprise, il s’agissait d’une chapelle située non loin de la commune de Chaux.

Chaux : attesté de Chas en 1219 et Chaulx en 1601, du bas-latin calmis, d’origine pré-celtique, désignant une hauteur dénudée, sans végétation.

Giromagny : attesté Girardmaigny en 1426 et Giramaigny en 1655, du nom d’homme germanique Girard et du latin mansionile, « ferme ».

Essert : attesté Die Kilchen ze Schert (1303),  Exers (1353), Eschiers (1533), Essars/Exars (1619-1627), Essert (1793), de l’oïl essert, « essart, terrain défriché pour le rendre cultivable ». D’abord au pluriel, le nom a été mis plus tard au singulier.

Bavilliers : attesté Bavelier (1342) et Bavillier (1627), du nom d’homme germanique Baso et bas latin villare, « ferme, domaine rural ».

Belfort : je recopie sans honte la première partie du paragraphe wikipedique consacré à la toponymie de Belfort, puisque c’est moi qui en suis l’auteur :

Dès 1967, Schmittlein (ici)  identifie l’attestation in pago Pefferauga, de 972, avec le pays de Belfort. Ce nom est composé de Beffert, nom de personne germanique, et du germanique awa, « eau, cours d’eau » puis « prairie humide ».

Dès le XIIIè siècle, le nom n’est plus compris et, après disparition de la finale inaccentuée awa, est réinterprété en français, Bellus Fortis, « beau (château) fort », d’où l’appellation in castro de Belfort de 1226. En haut allemand, le français fort est compris furt, « gué », d’où le nom gen Bechfurt en 1338.

Les  formes suivantes du nom, [Castrum meum] Bellofortem (1228), [Mag. Willelmus de] Belloforti [clericus] (1284), Biafort (1303), [Ad ecclesiam de] Belloforti / [ecclesie] Bellifortis (1342), [Sloss / Statt und herrschafft] Beffort (1492), Befurt (1644), Belfort (1659), n’apportent rien de plus.

cdl a

Les indices

indice b 27 10 2024 ■ un lion nageant dans une eau noire. Je pensais que le lion ferait inévitablement penser à Belfort. Il semble que j’aie eu tort. L’eau noire devait permettre (à condition d’avoir pensé à Belfort …) d’identifier Suarce.

indice-b-29-10-2024 ■ cette photo de 1968 représentait la délégation CGT-FO se rendant à Grenelle pour y signer les fameux accords. De gauche à droite : Robert Degris, Pierre Tribié, André Bergeron, Roger Louet et Antoine Lovel. André Bergeron, secrétaire général de la CGT-FO de 1963 à 1989, est né le 1er janvier 1922 à Suarce.

■ « Si j’étais taquin, je dirais qu’on se la coule douce dans la seconde commune » : Essert est arrosé par la Douce.

indice-d-29-10-2024 ■ Albert II de Monaco est aussi et entre autres comte de Belfort.

■ « je pourrais aussi vous parler de Ces gens-là, mais je ne suis pas un Ange … » : le groupe de rock « progressif » Ange, originaire de Belfort, a interprété à sa façon la chanson Ces gens-là de Jacques Brel. Je vous laisse chercher sur la toile.

indice 30 10 2024 ■ si le timbre n’avait pas été collé à cet endroit-là, on aurait lu « statue du Lion de Belfort« , bien sûr.

Alerte devinette !

Après vérification (tardive, oui, je sais), il s’avère que les lieux-dits qui font l’objet de ma dernière devinette ont subi des modifications : la première commune a préféré rependre la graphie ancienne du toponyme, sans doute jugée plus valorisante ou laudative, tandis que la deuxième commune a, semble-t-il, tout simplement rayé ce nom de sa liste des rues et lieux-dits. Les deux noms sont pourtant mentionnés à l’identique dans le dictionnaire topographique du département correspondant.

Concentrez-vous donc sur la première commune !

Et pour vous aider un peu plus, j’ajoute que, dans une troisième commune d’un autre canton du même arrondissement, il existe un Étang dont le nom est complété, après une préposition, par le même toponyme.

Cette troisième commune porte le nom d’un bâtiment religieux complété, après une préposition, par celui de la grande ville la plus proche, lequel désignait un haut plateau dénudé. Le chef lieu de canton porte le nom d’une ferme appartenant à un homme au nom d’origine germanique.

Pour me faire pardonner, j’ajoute un indice :

indice 30 10 2024

réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les indices du mardi 29 octobre 2024

Personne n’a encore trouvé la réponse à ma dernière devinette.

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour [souil, souille] et présent à l’identique dans deux communes du même département séparées par 25 km de route

La première commune doit son nom à la couleur de l’eau de sa rivière. Elle est située dans un canton dont le chef-lieu porte un nom rappelant qu’il s’agissait d’un domaine de grande taille.

La deuxième commune porte un nom indiquant qu’elle a été bâtie sur une terre défrichée. Elle est située dans un canton dont le chef-lieu porte un nom rappelant qu’il s’agissait d’un domaine appartenant à un homme germanique.

L’ensemble est situé dans le même arrondissement dont le chef-lieu porte un nom issu de la réinterprétation laudative au Moyen Âge d’un nom d’origine germanique alors incompris.

indice b 27 10 2024

60px-Asterism.svg

Les indices

■ pour la première commune, une photo d’actualité, enfin … en 1968 :

indice-b-29-10-2024

■ Si j’étais taquin, je dirais qu’on se la coule douce dans la seconde commune.

■ pour l’ensemble du territoire :

indice-d-29-10-2024

■ je pourrais aussi vous parler de Ces gens-là, mais je ne suis pas un Ange …

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Souil, souille et leurs dérivés

Le masculin souil et le féminin souille sont deux synonymes désignant l’endroit bourbeux où se vautre le sanglier et, par extension, une mare boueuse voire une simple flaque d’eau boueuse dans les champs ou salie par diverses déjections.

L’étymologie en est l’ancien français soil, suil « abîme de l’enfer », d’où seul, sueil « bourbier où le sanglier aime à se vautrer », qui sont issus du latin solium  « baignoire, cuve, baquet de cuisine », sur la racine sedeo, « siège, trône ». De même étymologie, on trouve le verbe « souiller », la « souillure », la « souillon » etc.

Les toponymes qui sont issus de ces mots sont répartis sur tout le territoire, sous des formes diverses. La paronymie et la proximité sémantique avec la « soue », du latin suillum, pourront parfois être source de confusion.

Souil et souille

On trouve plus de quarante lieux-dits nommés (Le) Souil, parfois qualifiés de Petit Souil (Vaux-Rouillac, Char.etc.), de Grand Souil (Puits, C.-d’Or, etc.), de Vieux Souil (Sourdeval, Manche), de Souil Rouge (Arrans, C.-d’Or – le rouge étant dû aux oxydes ferreux dissous dans l’eau – et c’est pas cher, non) … On ajoutera des Bois du Souil (Exoudun, D.-Sèvres etc.), Champs du Souil (Montbard, C.-d’or), Clos du Souil (Beyrède-Jumet, H.-P.), un Moulin du Souil (Saint-Pierre-le-Vieux, Vendée), un Mas du Souil (Jurignac, Char.) … Le pluriel est moins représenté mais on trouve néanmoins Les Souils à Saint-Haon et Arlempdes (H.-Loire), à Vireaux (Yonne) etc. On ne sera pas étonné de trouver des hydronymes comme le Gour du Souil (Boussenac, Ariège) ou le Souil, une citerne à Baigneux-les-Juifs (C.-d’Or, – honni soit qui mal y pense).

Le féminin apparait dans des noms comme (La ou Les ) Souille(s), ainsi que la Grande Souille (Joux-la-Ville, Yonne), la Queue de la Souille (Charentenay, Yonne), la Souille Haute (Beauregard-et-Bassac, Dord), la Souille Rouge (Festigny et Fontenay-sous-Fouronnes, Yonne), le Moulin de la Souille (Beauregar-et-Bassac, Dord.), le Bois des Souilles (Précy-le-sec, Yonne), le Champ des Souilles (Les Artigues de Lussac, Gir.), les Longues Souilles (Mourmelon-le-Grand, Marne) etc. Maury (S.-Mar.) a une Mare des Souilles.

Les dérivés

diminutif -et

On trouve un peu moins de quarante lieux-dits Le ou Les Souillet(s), ainsi que le Grand et le Petit Souillet (Voiron, Is.), le Bois et le Col de Souillet (Guillestre, H.-A. ; Ampilly-les-Bordes, Is.), le Champ des Souillets (Pichanges, C.-d’Or) etc. ainsi qu’un ruisseau des Souillets à Fabras (Ardèche).  Notons que le hameau des Souillets à Ollières (Ardèche) étaient dits Les Souliers au XVIIIè siècle, ce qui aura son importance  au paragraphe correspondant

diminutifs -ol et -ot

C’est en Ardèche qu’on trouve le diminutif –ol avec les lieux-dits Le Souillol à Meyras (Souillol en 1670) et Saint-Genest-Lachamps, donnant à chaque fois leur nom à un ruisseau de Souillol. Un seul autre exemple Souillol à Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot. C’est dans ce dernier département qu’apparaissent les lieux-dits Souilhol (Issendous, Sauliac-sur-Célé et Cornac) tandis que le pluriel les Souilhols se trouve à Aiguefonde dans le Tarn.

Le diminutif en –ot, se retrouve dans les noms Souillot (Tannois, Meuse, etc.), Le Souillot (Pont-d’Héry, Jura etc.), les Souillots (Cesson, S.-et-M. etc.), le Moulin du Souillot (Septfontaines, Doubs) et quelques autres. Ce nom est aussi connu comme patronyme d’où le lieu-dit Chez Souillot aux Guerreaux (S.-et-L.).

augmentatif -ard

Attesté sewart en 1497 avec le sens de « soue »,  souillard a pris le sens de « lieu bourbeux où se vautre le sanglier » en 1574. Cependant, dès 1331 est attesté solhart  comme « marmiton, laveur de vaisselle » puis, en 1356, soillars « domestique malpropre », tous deux correspondant au sens originel du latin solium, « baquet de cuisine » ; utilisé comme sobriquet, Souillard a pu devenir nom de famille

On connait une trentaine de noms comme (Le ou Les) Souillard(s) auxquels on peut ajouter le Bois aux Souillards (Grandchamp, Yv.), l’Étang Souillard (un lieu-dit non habité de Thésée, L.-et-C.), la Montagne de Souillard (Pierrefort, Cantal) et quelques autres. Les hydronymes sont représentés par la Fontaine Souillard (Poiseul-la-Grange, C.-d’Or), l’Étang du Souillard (Milançay, L.-et-C.), l’Étang Souillard (Marcilly-en-Gault, id.), une  Mare aux Souillards (Seugy, Val d’Oise) et deux Mare du Souillard (Port-Mort et la Boissière, C.-d’Or). Comme expliqué plus haut, certains de ces noms peuvent être reliés à un patronyme, qui a donné aussi son nom à la Souillardière (Combourg, I.et-V.) et à la Souillardière (Montaudin, May., in feodo de la Soillardire en 1222)

collectif -at

Moins d’une trentaine de lieux portent un nom comme (Le ou Les) Souillat(s), auxquels s’ajoutent le Bois des Souillats (Vézannes, Yonne), le Champ de Souillat (Château-sur-Allier, allier), le Souillat du Vin (Meillant, Cher) et les Grands Souillats (Cruzy-le-Châtel, Yonne) qu’accompagne le Souillat Gros Cul (un nom que je n’explique pas).

collectif -er, -ère

Plus rares, ces toponymes sont représentés par le Souiller (Charencey, C.-d’Or ; Cleyzieu, Ain), le Vau Souiller (Villiers-Saint-Benoit, Yonne), Souillère (Saint-Sulpice-et-Cameyrac, Gir.) et les Souillères (Four, Is.). Le pluriel occitan apparait dans le nom des Souilleras à Saint-Andéol-de-Vals (Ardèche). On rajoutera la Souillère, un bassin du Grau-du-Roi (Gard).

suffixe d’abondance -oux, -ouse

On trouve Souilloux, un lieu-dit d’Izenave (Ain) et de Saint-Haon (H.-L.) et La Souillouse à Saint-Aubin-du-Perron et Saint-Sauveur-Villages (Manche).

Les variantes

suei

Le Trésor du Félibrige donne une entrée suei :

SUEI Capture TDF

On retrouve ce terme, en Provence, dans le Suéi (Saumane-de-Vaucluse, Vauc.) et le Suei Blanc (Ollières, Var) ainsi que dans quatre hydronymes, tous dans le Var : Suei de Baillonet (Ollières), Suei de L’Agranas (Seillons-Sources-d’Argens), Suei de Santé (Pourrières) et le redondant Suei du Sanglier (Brue-d’Auriac).

suel

Cette variante du précédent, qui a conservé son –l terminal, se retrouve dans une zone allant du Gard à la Savoie, en passant par l’Ardèche, la Lozère, la Drôme, l’Isère et les Hautes-Alpes. On trouve ainsi le Suel à Bagnols-sur-Cèze (Gard), à La Souche (Ardc.), à Pied-de-Borne (Loz.), à Châtillon-en-Diois (Dr.), à Saint-Michel-en-Geoirs (Is.), à Saint-André-d’Embrun (H.-A.) et à Villaroger (Sav.). Plusieurs cours d’eau portent également ce nom : les ruisseaux du Suel (La Souche et Saint-André-Lachamp, Ardc.), la Font du Suel (une source captée à Pied-de-Borne, Loz.), la Fontaine du Suel (Saint-Dizier-en-Diois, Dr.) et le Canal du Suel (Saint-André-d’Embrun, H.-A.). Le pluriel – qui indique peut être un nom de famille – se retrouve en Ardèche  avec les Suels à Malbosc, le ruisseau nommé Les Suels, un affluent de l’Alune à Ribes, Les Suels à Saint-Julien-du-Serre (mas des Suels en 1457 et Suelhis en 1480), dans la Drôme aux Suels de Lemps et dans le Gard aux Suels de Saint-André-de-Majencoules.

Il convient d’éviter la confusion d’avec le provençal sueil, qui a le sens de « seuil ; plateau ; entrée de vallée » et qui apparait dans des toponymes des Alpes-de-Haute-Provence (le Sueil à Clumanc), des Hautes-Alpes (le Sueil à Saint-Julien-Beauchêne) et des Alpes-Maritimes (le Sueil à Moulinet, le Vallon du Sueil à la Bollène-Vésubie). Certains des toponymes en suel cités plus haut pourraient être des corruptions de ce sueil (TT*).

sueille

Peu représentée, cette variante se trouve néanmoins dans le nom de Sueille (Saint-Jean-du-Gard, Gard ; Saint-Mélany, Sueilhes en 1678, Ardèche), du Coulet des Sueilles (Monieux, Vauc.) et du ruisseau de Sueille (Saint-Jean-du-Gard, Gard ; Dompnac, Ardèche).

souys et souis

Beaucoup plus rare, cette variante, avec le sens de « marécage », se trouve en Ardèche avec Les Souys (La Chavade, Astet), en Allier avec Souys, l’Étang de Souys et le Château de Souys (Saint-Menoux), en Gironde avec la Souys (Floirac), dans l’Oise avec Le Souys (Angicourt) etc.

Plus rare encore, la graphie souis apparait tout de même dans la Souis (Floirac, Gir. – variante orthographique du nom déjà cité ?), le Souis (Montmerrei, Orne ; Troisfontaines-la-Ville, H.-M.) et Souis (Cazalis, Gir.).

Là aussi, une confusion est possible avec sui et souy qui désignent le sureau, notamment dans l’Oise et en Seine-et-Marne, d’où le Bois de Souy à Montceaux-lès-Provins (S.-et-M.).

CPA Floirac_La_Souys_1

Le carrefourg … du faubour ?

soulier

Ce terme est à prendre avec beaucoup de précaution : si dans certains cas il peut correspondre à un dérivé collectif en –ier de souil, dans d’autres, semble-t-il plus nombreux, il s’agit de l’occitan solièr, « étage, soupente, plancher, grenier à foin », du latin solarium, d’où le sens de « balcon exposé au soleil puis « étage », « plancher (divisant les étages) » et enfin « grenier ». Seules les formes anciennes du nom et la topographie des lieux peut aider à faire la distinction. Ainsi, le Soulier de la commune de Vesseaux (Ardc.), attesté Soulhet en 1464, comme le Soulier de la commune de Barnave (Drôme) attesté Les Soulhet en 1573, représentent-ils  sans aucun doute un collectif de souil-, avec le suffixe –et modifié en –er. Le Soulier Rouge de Lamargelle (C.-d’Or) doit son nom à une mare rougie par les eaux ferrugineuses (et le prix n’a pas changé, non).

Seuil, Souillac, Sully et les autres

Les communes de Souillac (Lot), Souillé (Sarthe, Soliaco en 572), Suilly-la-Tour (Nièvre, Soliacus au VIè siècle), Sully-sur-Loire (Loiret, Soliaco vici sur une monnaie mérovingienne), Souillé (Sarthe, Soliaco en 572), Souilhe (Aude, Solhanum en 1226) et d’autres au nom similaire, sont données par certains spécialistes (DENLF*, DNLF*, TGF*) comme issues du nom d’homme gaulois Sollius ou latin Solius.

Cependant, on peut considérer, avec d’autres spécialistes (NLBo*, NLIF*, NLM*, NLLR*, TT*) que certains de ces noms, suffixés en –acum dont on sait qu’il n’accompagnait pas toujours des noms propres, peuvent être des dérivés du latin solium, « marécage ». Ce serait ainsi le cas pour Sully (commune de S.-et-L., Sulliacum en 936), Sully-la-Chapelle (commune du Loiret, Soliacum en 1164), Souilly (commune de la Meuse, Sauliaco vico à l’époque mérovingienne, Soliacum au XIè siècle), Suilly-la-Tour (commune de la Nièvre, Soliacus au VIè siècle), de Souillac (commune du Lot, Soliaco en 961) etc. Il pourrait en être de même, bien entendu, pour les simples lieux-dits portant des noms semblables comme pour le hameau de Souilly (Claye-Souilly, S.-et-M.) qui était Solliacum en 1227. Le lieu-dit Seyoux (Sainte-Croix-en-jarez, Loire), attesté Soeu et Seeu en 1351 et Seoux en 1404 pourrait lui aussi être issu de solium (ou du nom d’homme latin Sedulius ou germanique Sigo suivis du suffixe –acum), tout comme le lieu-dit Sollègue (Châtelneuf, Loire) qui était Soleygo en 1375.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Rog-loupe-rouge

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié aux mots du jour et présent à l’identique dans deux communes du même département séparées par 25 km de route

La première commune doit son nom à la couleur de l’eau de sa rivière. Elle est située dans un canton dont le chef-lieu porte un nom rappelant qu’il s’agissait d’un domaine de grande taille.

La deuxième commune porte un nom indiquant qu’elle a été bâtie sur une terre défrichée. Elle est située dans un canton dont le chef-lieu porte un nom rappelant qu’il s’agissait d’un domaine appartenant à un homme germanique.

L’ensemble est situé dans le même arrondissement dont le chef-lieu porte un nom issu de la réinterprétation laudative au Moyen Âge d’un nom d’origine germanique alors incompris.

indice b 27 10 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr