Un Intrus et LGF sont les seuls à avoir résolu ma dernière devinette (et ce n’était pas si facile, cf. le fichier « officiel »). Bravo à tous les deux !
Il fallait trouver Chauchagrun, une colline à Peyre-en-Aubrac, dans l’arrondissement de Mende en Lozère, l’ancien Gévaudan.
■ Peyre-en-Aubrac :

■ Chauchagrun :

Chauchagrun, tout à gauche, et le Roc de Peyre, en bas à droite

Les toponymes
■ Chauchagrun : attesté Chauchagrum sur le cadastre napoléonien de 1841 de Sainte-Colombe-de-Peyre, ce nom est une agglutination de l’occitan chaucha grum, « foule le grain ».

L’endroit est qualifié de « terre vaine » sur ledit cadastre, c’est-à-dire de « terre inculte et non close ».

Il devait s’agir de l’ endroit où l’on foulait les grains de céréales, souvent aux pieds des bêtes de trait.
Ce nom n’apparait pas dans le fichier FANTOIR de la commune. On y trouve néanmoins un lieu-dit Chauchaguies dont je me demande bien d’où il sort et ce qu’il veut dire.
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■ Peyre-en-Aubrac : cette commune a été créée en 2017 par la fusion de Saint-Sauveur-de-Peyre, Sainte-Colombe-de-Peyre, Fau-de-Peyre, Chaze-de-Peyre, Javols et Aumont-Aubrac.
♦ Peyre : sans surprise, ce nom est issu de l’occitan pèira, « pierre ». Le roc de Peyre, au sud-est de Saint-Sauveur-de-Peyre fut, une fois fortifié, le cœur de toute une contrée. Les noms de Saint-Sauveur-de-Peyre, Fau-de-Peyre, Saint-Léger-de-Peyre, La Chaze-de-Peyre et Sainte-Colombe-de-Peyre témoignent de l’expansion du fief de Peyre, la première baronnie du Gévaudan, étendue sur le plateau de l’Aubrac.
♦ Aubrac : dans un billet consacré au gaulois *bracu, j’écrivais :
Le nom de ce pays, partagé entre Aveyron, Lozère et Cantal, est attesté en occitan Albrac au XIIIè siècle. C’est une formation sur le nom ancien du village Altum Bracum, bâti au Moyen Âge autour d’un hospice, tenu par des moines, fondé en 1120 pour héberger les pèlerins sur le chemin de Compostelle. Le nom est attesté après cette date hospitale de Alto Braco puis en 1289 Mons de Alto Braco , tandis qu’Albrac apparait dès 1168. Il s’agit d’une formation médiévale composée du latin altus, « haut » et de l’appellatif gaulois *bracu, « marais ». La région était alors boisée et marécageuse ( DNLF* ). Les étymologies selon un hypothétique oronyme *alb- ( DENLF* ) ou un nom de personne romain Alburius et suffixe gaulois –acum ( TGF ) sont peu conciliables avec la forme de 1120 et donc peu convaincantes
■ Mende : dans une répàladev du 30 juillet 2022, j’écrivais :
on ne peut que supposer l’existence d’un oppidum gaulois sur le Mont Mimat ; une petite ville romaine s’est établie à son pied, à l’emplacement même de Mende. C’est Grégoire de Tours, en 575-94, qui évoque le martyre de saint Privat in criptam Memmatis montis, au premier Livre de son Histoire des Francs. Le même auteur cite plus loin la ville, ex Mimate. On comprend que la forme originelle est donc Memmate : accentuée sur la première syllabe, elle est à l’origine de Mende. Le nom est issu du gaulois *Menman, « pensée, prière ; intelligence, esprit », muni du suffixe locatif gaulois –ate. On retrouve ce radical dans des noms de divinités gauloises comme Menmandutiae à Béziers, Minmantiae à Périgueux, Menmanhia à Rome. Il est fort probable que la montagne surplombant Mende a fait l’objet d’un culte, comme c’était alors fréquent ; c’est sur le flanc de cette montagne que se trouvait l’ermitage de saint Privat où il fut découvert et martyrisé par les Alamans. La montagne n’est appelée le Mont Mimat que depuis 1724 environ, mais les paysans locaux ont conservé l’habitude de l’appeler lou Truc (de Saint-Privat) ; l’appellation Mont Mimat est une réfection d’érudits locaux. La forme originelle Mimate a eu pour résultat occitan régulier Memde en 1152, graphié Mende en français en 1318.
■ Gévaudan : dans le même billet que ci-dessus, j’écrivais :
ce pays historique du haut Moyen Âge, formé de l’ancien diocèse de Javols (Loz.), est devenu partie de l’ancienne province de Languedoc, dont le chef-lieu est Mende (Loz.) et qui correspond grosso modo à l’actuel département de la Lozère. Le nom du pays est attesté in Gabalitano en 587-93, toujours chez Grégoire de Tours. C’est une formation du haut Moyen Âge, sur le nom de la ville Gabali (l’actuelle Javols) avec le suffixe –itanu couramment utilisé dans l’Empire romain pour nommer des peuples ou des habitants. Le nom originel du peuple est ici Gabali, utilisé par César au milieu du Ier siècle av. J.-C. ; en 77, Pline l’Ancien l’appelle Gabales. Au bas Moyen Âge, le nom du pays est graphié par l’occitan local Javalda en 1219 puis Givaudan en 1387, l’occitan toulousain Gavalda après 1277 et enfin le français Gevaudan en 1388. L’étymologie du nom des Gabales n’est pas assurée. On a pensé à la racine *gab (celle des hydronymes pré-latins de type gave). Après Venceslas Kruta (Les Celtes – Histoire et dictionnaire, R. Laffont, 2000) on s’accorde aujourd’hui pour voir dans le nom des Gabales un dérivé du gaulois *gabal qui désignait une « fourche ». Jacques Lacroix (Les noms d’origine gauloise – La Gaule des combats, éd. Errance, 2003) voit dans ce *gabal l’origine de « javelot » et fait des Gabales les « hommes au javelot ».

Les indices
■ un Gaulois tenant une lance (un Gabale, donc, qui donnera son nom au Gévaudan), debout sur un rocher (Peyre) au milieu d’une mare (Aubrac), à côté d’une colombe posée sur une pierre (Sainte-Colombe-de-Peyre) : tout y était.
■ le foulage ou chauchage du blé par des bœufs, comme à Chauchagrun.

Je terminais mon billet consacré au 





Ce dessin du blason est issu du site l’
■ l’ajonc épineux (
■ 







■ ces
■ une bouteille de vin de Bourgogne…
