Monastère – Chapitre VI

Je m’intéresse aujourd’hui, dans ce sixième chapitre concernant les édifices abritant des religieux, à des termes qui ont été moins productifs que les précédents : l’ermitage et l’habitation.

L’observation purement scientifique me fait constater que la religion chrétienne est extrêmement présente dans notre toponymie : outre les établissements hébergeant des religieux, on a vu naguère la basilique, l’église, l’oratoire et la chapelle, etc. et le nombre d’hagiotoponymes est lui aussi considérable. [je répète : ceci est un constat, pas une prise de position politique. (On n’est jamais trop prudent.) ]

L’ermitage

Le bas latin herma terra, du latin eremus, « solitude, désert », à l’origine du français « ermite », a donné l’ancien français ermi/hermi, « désert, inculte », et l’occitan èrm/èrme, « lande, terrain inculte, désert ». De même sens, on trouve le catalan erm, l’espagnol yermo, l’italien ermo et le basque eremu, à rapprocher du gallois hermaes, « externe, extérieur » et du breton ermaez, « au-dehors » et ermaeziad, « étranger ».

C’est sur ce mot que sera formé le terme ermitage (ou hermitage, avec un h– initial pseudo-savant) au sens d’habitation d’un ermite, c’est-à-dire le plus souvent d’un religieux isolé. Attesté au sens religieux plus tardivement que la celle, l’ermitage désignera par la suite une simple maison de campagne voire un hameau isolé.

On le comprend, il est difficile de faire le tri, parmi les centaines de toponymes issus de ces termes dans toute la France, entre ceux qui relèvent de la lande déserte parce qu’ infertile, ceux qui relèvent du sens religieux et ceux qui désignent la maison de campagne.

Au sens assuré d’ermitage religieux, on peut toutefois noter Les Hermites (I.-et-L.) mentionnés en 1040 comme capella Hugonis, seu ecclesiola que dicitur Heremitarum, in saltu Wastinensi ; cette « chapelle Hugon, ou petite église des Hermites, dans la forêt de Gâtines » fut fondée au début du XIè siècle. On peut aussi affirmer le sens religieux pour les noms de L’Hermitage-Lorge (C.-d’A.), L’Hermitage (I.-et-V.), L’Hermitière (Orne, Heremitagium en 1373), L’Hermite à Grassac (Char.), à Garos (P.-A.), à Homps (Gers), etc. et pour celui de Tain-l’Hermitage (Drôme). En ce qui concerne cette dernière, notons que l’Hermitage est en fait un coteau surmonté d’une chapelle, Ecclesia Sancti Christophori en 1120, où le chevalier de Strimberg, de retour de la croisade contre les Albigeois, s’installa pour vivre en ermite. Ledit coteau est aujourd’hui très connu pour porter une grande partie du célèbre vignoble de l’Hermitage : il ne s’agit donc assurément pas d’une lande infertile ! L’adjonction de L’Hermitage au nom de Tain est très récente : 1920 et le même ajout s’est fait pour la commune voisine de Crozes-Hermitage, désireuse à son tour de bénéficier du prestige du vignoble.

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Parmi les noms de lieux-dits, on peut citer L’Ermitage à Saint-André-de-Bohon (Manche, capella que dicitur l’Ermitage en 1332), L’Hermitage à Blois (L.-et-C., de Heremo in Bosco au XVè siècle),  L’Hermitanerie à Calmont (Av., Heremitania en 1381 puis suffixe –aria), L’Ermiterie à Pontevoy (L.-et-C.) et bien d’autres.

Les autres toponymes issus du latin eremus et de ses dérivés sont plus difficiles à analyser : seule l’étude au cas par cas de l’histoire et des archives locales permettrait d’y voir clair, comme par exemple pour Saint-Cernin-de l’Herm (Dord.), mentionné Sancti Saturnini de Heremo en 1289 puis Saint Sarnin de l’Hermitage en 1740 sur la carte de Samson, qui doit bien son nom à un ermitage.

Ces dérivés du latin eremus, qui apparaissent en toponymie sous des formes très variées, ont fait l’objet d’un billet il y a moins d’un an. Et je ne m’en souviens que maintenant, une fois ce billet rédigé ! Tant pis. Désolé pour le doublon.

L’habit

L’ancien français habit ou habite (FEW IV, page 369a : « demeure des religieux de Fontevraud qui servent de chapelains et de confesseurs aux dames auxquels ils sont soumis »), au sens originel d’ermitage, est à l’origine du nom de La Bitte, une chapelle dans la forêt de Mayenne, à Mayenne, attestée eremus Sancti Bartholomei de Habitu en 922, de La Bitte à Saint-Civran (Indre) ou encore de L’Habit (Eure, Habitus au XIIIè siècle). À Apremont (Vendée), une ancienne commanderie des chevaliers de Malte a laissé une chapelle, une croix et un cimentière, au lieu-dit la Commanderie, et aussi un lieu-dit Les Habites (De Habetis en 1237, domus Hospitaliorum L’Abete au XIVè siècle) qui devaient héberger quelques ermites venus chercher refuge auprès des chevaliers.

Un ancien prieuré à Usson (Vienne), attesté Le prieur de Labit en 1395 et Prieuré de Labit en 1445, a donné son nom au lieu-dit Labit. Ce prieuré a fait écrire à dom Fonteneau le commentaire suivant : « C’étoit là où résidoient deux religieux pour la direction des religieuses du monastère de la Font-saint-Martin » (cité par M.-L. Rédet, Dictionnaire topographique du département de la Vienne, 1881).

Et comment terminer sans parler de Labit à Montgaillard (Tarn) ?

Honni soit qui mal y pense.

Les cénobites

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer in extenso ce paragraphe des Noms de lieu de la France d’Auguste Longnon (Source gallica.bnf.fr / BnF) :

Cénobite

Cénobite 2

Cette étymologie (si non e vero …) datée de 1923 est controversée, certains (comme Géraud Lavergne dès 1929, note 34 page 45) estimant que le Montis Cenobium n’est qu’une fantaisie étymologique, une plaisanterie de moine copiste. En effet, si une chapelle et un monastère  sont bien attestés avant que Montcenoux ne devienne ville franche en 1137, il n’est fait nulle part allusion à des cénobites ailleurs que dans l’exemple cité par A. Longnon — et nous ne disposons malheureusement pas d’autres formes anciennes du nom de ce Montcenoux.

rog

La devinette

… n’est pas prête. Il vous faudra attendre demain et je prie les accros de bien vouloir m’en excuser.

Salerm (la répàladev)

TRA puis LGF ont rejoint Hibou Bleu sur le podium des découvreurs de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Salerm, un village de Haute-Garonne.

local-Salerm-

Les documents à notre disposition ne permettent pas de trouver de forme ancienne du toponyme différente de la forme actuelle, Salerm. C’est la raison pour laquelle au moins trois hypothèses ont été émises pour expliquer ce nom. En l’absence d’un mot ancien unique (celtique, latin, roman etc.) pouvant lui donner un sens, on s’accorde pour le couper en deux parties distinctes que l’on s’applique à déchiffrer :

  • Sal : il pourrait s’agir de la racine pré-celtique sal- à valeur oronymique. Cette racine, connue comme hydronyme (on la retrouve dans *salera, hydronyme gaulois de la Sauldre, de la Salindre, etc. et dans le nom gaulois salar de la truite) est aussi connue comme oronyme (on la retrouve dans le nom de Salers en Cantal, de Salernes dans le Var, etc.), comme je l’expliquais dans un ancien commentaire où il était déjà question de Salerm (merci à LGF pour son talent d’archiviste !). Cette hypothèse est partagée par Dauzat & Rostaing (DENLF*), Michel Morvan (NLPBG*) et Jacques Astor (DNFNLMF*). Ernest Nègre (TGF*) émet l’hypothèse de l’occitan sala, « résidence seigneuriale », lui-même issu du germanique seli (allemand Saal), d’abord « chambre » puis « demeure, château ».
  • Erm : l’hypothèse la plus consensuelle fait dériver ce deuxième élément du gascon erm, « lande nue, désert, friche, terre vaine et vague », lui-même du latin eremus, « désert ». Seul Jacques Astor (DNFNLMF*) se distingue, qui opte pour le suffixe pré-latin –ernu (celui de Salernum donnant Salers en Cantal ou de Salerna donnant Salernes dans le Var) et une mauvaise graphie m pour n final.

fleuron1

Les indices

■ La région mentionnée en indice dans l’énoncé de la devinette est le Comminges, pays historique, du haut Moyen Âge, formé de partie de l’ancien diocèse de Saint-Bertrand-de-Comminges (H.-G.). Son  nom est attesté d’abord sur une monnaie mérovingienne, in Cummonigo : il s’agit d’une formation sur le nom ancien de la ville, Convenae et suffixe atone latin –icu. L’assimilation précoce du groupe consonantique –nv– a entrainé l’évolution en –mm– donnant Cummonigo puis le gascon Comenge dès 1095, adapté en français Comminge en 1262. L’apparition en 1302, dans un acte de la chancellerie royale, de la lettre finale –s (cuens de Comminges ), ici étymologique puisqu’elle reprend le pluriel de la forme originelle latine Convenae, s’est répétée jusqu’à devenir définitive à partir du XVIIIè siècle.

-St-Bertrand-

Saint-Bertrand-de-Comminges a porté trois noms. Le premier est un composé gaulois attesté d’abord chez le géographe grec Strabon en 7 av. J.-C. sous la forme :  Λoυγδουνον (Lugdunum). Depuis au moins le XIXè siècle, celtomanie aidant, on a voulu y voir un lieu de culte au dieu Lug : tous les noms de lieux antiques en Lugu– seraient liés à ce dieu. Mais tous les spécialistes ne sont pas d’accord, d’autant qu’une seule inscription dédiée au dieu Lug a été trouvée sur tout le monde romain (à Luzaga, en Espagne). En revanche, le nom Lugdunum est fréquent dans la Gaule et il parait plus probable que l’étymon soit un appellatif descriptif. En comparant la topographie des différents lieux ainsi nommés, Lugdunum doit être un composé gaulois de *lugo, « marécage » (de l’indo-européen *leug-, *lug-, « noirâtre ; marais ») avec dunum, « mont ; citadelle ; enceinte fortifiée ». Le nom, encore attesté Lugdunum au IIIè siècle dans l’Itinéraire d’Antonin, a perduré dans celui du Mont Laü sur le territoire de la commune. Le second nom de la ville, Convenae, figure sur une inscription latine du IIè siècle : colonia Convenarum. Dans le traité de saint Jérôme contre Vigilance, écrit après 386, le nom est expliqué quand il est dit, à propos de Vigilance :  de latronum et Convenarum natus est semine (quos Cn. Pompeius edomita hispania, et ad triumphum redire festinans, de Pyrenaei jugis deposuit, et in unum oppidum congregavit : unde et Convenarum urbs nomen accepit), « né d’un germe de brigands et d’aventuriers, que Cn(aeus) Pompée, après avoir soumis l’Hispanie et se hâtant vers son triomphe, a déplacé des sommets des Pyrénées et a rassemblé dans une seule place forte d’où, également, la ville a reçu le nom de Convènes ». La ville tient donc son nouveau nom de la population (ni peuplade, ni peuple) de brigands ibères que Pompée avait installés là. En latin classique, convenae signifie « étrangers venus de partout, fugitifs, aventuriers », avec une connotation péjorative. Au XIIè siècle, la ville prend son troisième nom, celui de Bertrand de l’Isle-Jourdain qui fut son évêque de 1073 à 1123 qui fit restaurer la ville détruite par les Francs au VIè siècle. Au XIVè siècle, le nom de la ville est muni pour déterminant du nom du pays dont elle est la capitale antique : Saint Bertran de Cuminge en 1347 qui deviendra Saint Bertrand de Comminges en 1663.

 

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■ Cette calligraphie représentant un corbeau auréolé était censée renvoyer à un saint (ben si : l’auréole !) et à Bertrand , nom issu du germanique berht-, « brillant, illustre », et hram, « corbeau ».

 

 

 

 

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■ Ce montage photo montre ce qu’a sans doute été le Trophée de Pompée, au col de Panissars, sur la frontière pyrénéenne entre Espagne et France. Ce monument à sa propre gloire a été édifié par Pompée à l’issue de sa guerre victorieuse contre Sertorius.

 

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■ Ce tableau d’Andrea Solari (1460-1524) est  intitulé Salomé recevant la tête de Jean-Baptiste. Hérode Antipas, qui fit couper cette tête à la demande de Salomé, est mort en exil à Lugdunum Convenarum. Une légende raconte que Salomé serait morte noyée dans un lac non loin de là.

 

 

■ Enfin, il était question dans mon dernier indice d’une entreprise espagnole homonyme de Salerm. Il s’agit d’une entreprise de cosmétiques, spécialisée dans la coloration capillaire (d’où mon « indice tiré par les cheveux »), qui apparait en premier quand je tape Salerm dans ma barre de  recherche (je vous laisse faire, je n’ai aucune raison de leur faire de la pub avec un lien !). En fouinant un peu, on découvre que cette entreprise trouve son origine dans celle fondée dans les années 1970 par deux frères (hermanos en espagnol) nommés Sala, d’où l’acronyme Salherm qu’ils ont forgé pour la nommer. En 1995, les racheteurs, soucieux que le nom soit lu et prononcé sans difficulté par tout le monde, ont ôté le -h- pour baptiser Salerm leur société (d’où le « à un poil près rectifié en 1995 » ).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

♦♦♦♦

Plusieurs lecteurs que je remercie m’ont fait remarquer un oubli concernant le billet consacré à l’herm. En voici la réparation :

Germ

Les indices du mardi 01 juin 2021

Hibou Bleu est, une fois de plus, le seul à avoir trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo !

Pour les étourdis, j’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’une localité de France métropolitaine lié au mot qui nous intéresse aujourd’hui [ herm ]accompagné vraisemblablement d’un élément issu d’une racine oronymique pré-indo-européenne ou, selon une autre hypothèse moins consensuelle, d’un mot désignant un type de bâtiment.

La localité est si petite qu’il n’y a rien à en dire de particulier.

♦ un premier indice, pour la région :

la région où se trouve ce village doit son nom à des étrangers, fugitifs, brigands ou aventuriers, installés dans sa ville principale par un général romain à l’issue d’une guerre victorieuse dans un pays voisin. Le nom générique donné à cette population a d’abord complété celui de la ville avant de le remplacer puis de servir à nommer  la région. Cette ville porte aujourd’hui un autre nom complété par le nom de ladite région.

♦ un second indice, pour la ville principale :

indice 30 05 2021

et je rajoute ces indices :

■ en complément du premier :

indice b 01 06 21

■ en complément du deuxième :

indice a 01 06 21

■ et un indice tiré par les cheveux :

deux frères du pays voisin cité dans l’énoncé ont créé dans les années 70 une entreprise qu’ils ont baptisée d’un acronyme formé sur leur nom et leur lien de parenté qui est, par un pur hasard, l’exact homonyme du toponyme à trouver — à un poil près, rectifié en 95.

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Herm

Le latin classique utilisait un mot hérité du grec eremus pour désigner le désert, la solitude. Le latin chrétien a emprunté au grec le terme « ermite », « celui qui vit dans la solitude ».

Dans l’ancienne langue, eremus a gardé ce sens de désert, de solitude, d’ermitage, mais, parallèlement, est apparu le sens rural de lande stérile, en bas latin herma terra, et c’est celui-ci que j’aborde aujourd’hui, laissant de côté les ermites et leurs ermitages.

L’ancien français hermi ou ermi était un désert inculte ; l’occitan èrm ou èrme désigne une lande, un désert, une terre inculte, la vigne abandonnée, et son péjoratif ermàs a donné le verbe s’esmassir, « se transformer en friche ; le catalan dit erm, l’espagnol yermo, l’italien ermo et le basque eremu. On rapproche de cette même racine le gallois hermaes, « externe, extérieur », ou encore le breton ermaez, « au dehors », d’où est issu ermaeziad, « étranger ».

Les toponymes issus de ce mot sont très nombreux dans toute la France, notamment en pays de langue d’oc et plus particulièrement dans le Massif Central.

On trouve ainsi les noms de Herm (Landes), L’Herm (Ariège), Saint-Germain-l’Herm (P.-de-D.), Saint-Cernin-de-l’Herm (Dord.) et Saint-Michel-en-l’Herm (Vendée) et aussi de Hermé (S.-et-M., Hermez en 1166, avec le suffixe diminutif –et au pluriel) et Hermes (Oise, ad pontem Harmis en 1060 puis Mons Hermarum en 1143 et Harmae en 1170, sans rapport avec le dieu Hermès).

L’agglutination de l’article a fourni les noms de Lherm (H.-Gar. et Lot) et de Lerm-et-Musset (Gir.).

Les lieux-dits, écarts ou hameaux portant des noms similaires sont très nombreux comme Les Hermes (par exemple à Vitrolles, B.-du-R.), Les Ermes (aux Allues, Sav.), le Mas de l’Herme (à Jonquières, Hér.), etc.

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On trouve quelques dérivés comme Les Hermaux (Loz., avec le suffixe –al au pluriel) et Herment (P.-de-D., avec le suffixe locatif –enc) et aussi les lieux-dits L’Hermet (à Desaignes, Ardèche – diminutif), L’Hermier (à Carsac-Aillac, Dord. – collectif), Hermillon (à La Tour-en-Maurienne, Sav. – diminutif), Hermière (à Favières, S.-et-M. – collectif), etc.

Plus inattendus sont les noms de L’Air (à Siauges-Saint-Roman, H.-Loire)  qui est un ancien Lermum (1078-91) et de Lerveuil (à Vissac, H.-Loire)  qui était Lermus en 1078 avant de changer en Lerm Veilh en 1404 avec l’adjectif occitan vielh, « vieux ».

Notons des formes quasi méconnaissables dans les déterminants de Saint-Romain-de-Lerps (Ardèche, Romanus de heremos au XIIIè s ) et de Saint-Genest-Lerpt (Loire, Sancti Genesi l’Erm en 1225).

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Erme a donné aussi des formes en arm– comme pour Armes (Nièvre ) et Armeau (Yonne, Hermeau en 1304 – diminutif –al,eau) et pour de nombreux lieux-dits en Armiaz (à Cranves-Sales, Sav.), Armigère (à Chatain, Vienne, et Pleuville, Char.) Armières (à Villefontaine, Is.) etc.

Quelques hydronymes ont été formés avec cette même racine comme le ruisseau de l’Herm, affluent du Viaur à la Salvetat-Peyralès (Av.) et donc sous-affluent de la Garonne, L’Herm, affluent de l’Ance à Saint-Julien-d’Ance (H.-Loire)  ou encore l‘Hermettaz, affluent de l’Isère à Notre-Dame-des-Millières (Sav.).

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une localité de France métropolitaine lié au mot qui nous intéresse aujourd’hui accompagné vraisemblablement d’un élément issu d’une racine oronymique pré-indo-européenne ou, selon une autre hypothèse moins consensuelle, d’un mot désignant un type de bâtiment.

La localité est si petite qu’il n’y a rien à en dire de particulier.

♦ un premier indice, pour la région :

la région où se trouve ce village doit son nom à des étrangers, fugitifs, brigands ou aventuriers, installés dans sa ville principale par un général romain à l’issue d’une guerre victorieuse dans un pays voisin. Le nom générique donné à cette population a d’abord complété celui de la ville avant de le remplacer puis de servir à nommer  la région. Cette ville porte aujourd’hui un autre nom complété par le nom de ladite région.

♦ un second indice, pour la ville principale :

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Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Terres – presque – incultes ( dernière partie)

Il existe des terres incultes mais éventuellement travaillées, soit qu’elles sont laissées au repos une ou plusieurs saisons voire plusieurs années, soit qu’elles sont réservées à un futur défrichement, soit qu’elles sont préservées pour un éventuel pacage ou une réserve de chasse. Même si on fait une distinction entre la jachère ( un champ labouré provisoirement au repos ) et la friche ( non travaillée ), les termes pour les désigner sont nombreux, peu précis  et peuvent prêter à confusion. Essayons de faire le tri :

  • Calm, chaume, cham, etc. sont très fréquents en micro-toponymie dans toutes nos campagnes et peuvent s’expliquer de différentes façons. Les Chaume(s),  Chaumeil, Chaumont, Chaumard, Chaumot, Calmont, Chamechaude, Chamrousse ( Isère ) et Montcalm semblent bien être des espaces vacants au point que « chaume » et «chauve » s’y confondent.Chamrousse_UT4M_abc5Certains Chaumont sont peut-être d’ailleurs des calvus mons, « mont chauve ». Chaume, Cha, Chaz, Lachat, Lachaz ou Lachalp  désignent, dans les Vosges, le Jura et les Alpes, un pacage de montagne. Mais « chaume » est aussi la tige d’une céréale et, collectivement, ce qui reste après la moisson ; dans ce cas le mot proviendrait du grec kalamos par le latin calamus, « paille, roseau », comme pour la chaumière. En outre, certains Chaumard, Chomard, Chaumade sont associés au repos du bétail ( cf. le chômage ) avec une étymologie grecque possible de kalmo , « repos par grande chaleur ».
  • Chaux, un dérivé du pré-celtique calm, désigne lui aussi une terre inculte, un pacage. On retrouve ce terme en Bourgogne, Franche-Comté et jusqu’en Auvergne, même s’il signale plutôt aujourd’hui, après le reboisement, une forêt: la Forêt de Chaux, La Chaux-de- Crotenay ( Jura ), La Chaux d’Espinchal ( Cantal), etc. En tout cas, il n’y a là aucun rapport avec la chaux ou le calcaire. Beaucoup de Charmes, Chaumont, Charmont pourraient être de cette même famille mais les hésitations et confusions ne doivent pas masquer l’essentiel : tous ces noms désignent un paysage à végétation basse, voire rase.
  • Friche. L’étymologie de ce mot pourrait être le néerlandais friesch, « terre gagnée sur la mer », donc « nouvelle, fraîche » mais cela semble être curieux pour ce qui est normalement une friche. On pourrait plutôt rapprocher ce mot de l’idée de terre fraîche, reposée voire de terre libre, vacante, abandonnée : on serait alors plus près de frei, free, franc. On retrouve de nombreuses Friches ( Centre et Ouest), Frie ( Normandie), Frite ( Marne, Jura). On inclut dans cette famille les nombreux Fraux, Fraud, Fraudis, Frot, Frou, Frou ( de l’Ouest au Centre et au Midi), les formes Fraiche (Ouest), Freuche, Fruche ( Morvan, Poitou, Charente, Vendée), les Fraite (Jura), Fretil, Frétille, Fertil (Centre et Bourgogne) ainsi que les Frau du Midi ( dont certains sont au masculin ).
  • Les vacants ou terres vaines, c’est-à-dire vides, comme un « terrain vague », se retrouvent  en toutes régions, que ce soit Le Vacant, Les Vacants, Les Vaines, Les Terres Vaines, etc.
  • Herm ou erm sont employés comme synonymes, au sens de désert, avec la même origine qu’ermitage ( grec eremos, latin eremus) d’où les nombreux l’Herm, les Hermes, l’Hermas, les Hermasses, Hermassou et l’Herm ( Ariège), Les Hermaux ( Lozère), Lerm-et-Musset ( Gironde ), etc.  Du Lyonnais à la Savoie, on rencontre les formes Armias, Armigère, Armeil et Armière ainsi que l’Ermont, Hermy, Hermant.  Bien entendu, il peut s’agir quelquefois d’un véritable ermitage, seule l’histoire locale pourrait alors permettre de trancher.

L'Herm
L’Herm – Ariège

  • Laer, leer est le nom de la friche dans le nord et se retrouve à Oxelaere, Leers ( Nord), Laires ( P.-de-C.) et quelques autres. Il est apparenté au larris picard et vieux français qui désignait un pacage à moutons, une lande peu boisée — dont nous a entretenu TRS dans un de ses commentaires récents. On retrouve de très nombreux Larris de la Picardie à la Bourgogne comme La Neuville-aux-Larris (Marne ). Plus au sud, on retrouve des Leyritz ou Leyrits en Auvergne et des  Leyris en Ardèche et dans le Gard et même un Leyritz-Moncassin en Lot-et-Garonne.
  • Brache est une friche en Alsace qui a donné Brachweg ( à Scherwiller, Moselle ) ou Brachmatten ( à Flaxanden, Ht.-Rhin). De la même famille le néerlandais et le germanique ont thresk, drisch ou trisch qui ont donné de nombreux lieux-dits en Drisch, Driesch, Dreisk, Dreusch, etc. ainsi que des Trisch, Treisch, Trischfeld et bien d’autres. Treix ( H.-Marne ) pourrait avoir la même origine., comme Tresques ou Trie.
  • Teppe ou tope est l’équivalent bourguignon de la friche. On le trouve le plus souvent suivi du nom du premier propriétaire : Teppe Molard, Teppe Morin, Teppe au Prêtre, Tope Portot, Toppe Chaulet, etc. mais aussi d’un autre déterminant : Toppe des Oiseaux, Toppe au Loup, etc. De la même famille, on trouve tatte, dans le Jura et en Haute-Savoie : les Tattes, le Sapin du Tate, la Grande Tatte, etc.
  • la bouzigue, du gaulois bodica, a un sens voisin dans le Midi, d’où des Bouzigue, Bouzigues (Hérault ), des Boudigue, Bouygues, Boige, etc. J’en ai parlé dans ce billet.

Bouziguee - je ne m'en lasse pas
Bouzigues ( je ne m’en lasse pas )

culdeco

La plupart de ces noms ont pu devenir des patronymes ( ceux qui ont eu le courage de tout lire auront vu passer un certain Bouygues, par exemple).

L’un de ceux-là, par les aléas de la colonisation, a fourni un micro-toponyme dans un département français où on ne s’attend pas à le trouver.

Se tint là une rencontre entre deux présidents qui inaugurait le principe des sommets multi-latéraux désormais habituels.

À cause d’un évènement climatique désastreux,  cet endroit est désormais, qu’on me pardonne, en friche, même si l’habitation principale est toujours là.

De quel endroit s’agit-il ?

Bon, allez! un indice — mais  c’est presque du Jacques C. :

indice 18 02 18