Les indices du mardi 28/09/2021

Personne ne m’a encore donné la réponse à ma dernière devinette dont je rappelle ici l’énoncé :

Si vous êtes arrivés jusqu’ici avec encore quelques neurones en état de marche, vous êtes donc prêts pour la devinette.

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine lié au grava celtique étudié dans le billet (vous vous souvenez ?).

Je ne peux pas vous donner d’indice géographique, ce serait trop vous aider.

Je préfère donc vous livrer, dans l’ordre chronologique, trois indices historiques  :

■ un dessin :

indice 2 26 09 2021

■ un deuxième dessin :

indice 1 26 09 2021

■ et … un troisième dessin :

indice b 26 09 2021

fleuron1

Les indices du mardi

♦ Le toponyme à trouver est bien lié au celtique grava et pas seulement à la base-indo-européenne *gr -.

♦ Les « indices chronologiques » font référence, par analogie, à des évènements qui se sont déroulés à cet endroit-là dans cet ordre.

♦ Le même toponyme se retrouve, dans sa version occitane, dans une commune d’un autre département.

♦ Le nom à trouver, écrit à l’identique chez Littré mais avec un changement d’une de ses voyelles dans le Larousse et le Grand Robert actuels, est aussi celui d’un poisson d’eau douce aujourd’hui disparu.

… et je rajoute ces trois indices dans le même ordre que les premiers :

indice a 26 09 2021

indice b 28 09 2021

indice c 28 09 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La grève, c’est grave ?

La racine oronymique pré-indo-européenne bien connue *kar, attachée à l’idée de « rocher, pierre », est à l’origine de plusieurs variantes dont *gar. La forme réduite *gr– de cette dernière, accompagnée du suffixe –avum/-ava, s’est généralisée en celtique grava/graua, avec un sens à l’origine de « grève » français et grava occitan, gravier, gravats et grève. L’origine celtique est confirmée par le vieux cornique grou, « gravier », le breton grouan donnant grouannek, « graveleux », les breton et gallois gro,  « grève », etc. La réponse à la question posée par le titre de ce billet est donc : « oui ».

sable gravier caillou

Ce sont les dérivés de ce celtique grava qui seront étudiés ici et pas les autres dérivés du pré-indo-européen *gr- comme gras, groies, groue, grèzes, etc. qui sont eux aussi très nombreux.

En ce qui concerne le celtique grava, adopté par le roman, le sens de terrain graveleux, caillouteux, est bien souvent représenté dans les toponymes mais le sens le plus répandu est semble-t-il celui de terrain sablonneux de bord de cours d’eau, de plage de galets (sens retenus par le français « grève »).

NB : prenez votre souffle ! quand j’ai commencé l’écriture de ce billet, je ne m’attendais pas à ce déferlement… Rendez-vous dans huit minutes !

Grave seul

Grava est directement à l’origine des noms des communes La Grave (H.-Alpes, de Grava seu de Arenis inferioribus, où on note la traduction par le latin arena), Lagrave (Tarn), Graves-Saint-Amant (Char.) et Grauves (Marne, Grava en 1224).

Les micro-toponymes sont bien entendu beaucoup plus nombreux. La forme occitane apparait dans La Grava (Bez-et-Esparron, Gard). La forme francisée se reconnait à La Grave (Oisans, H.-Alpes ; Lalande-de-Pomerol, Gir.), La Grave d’Ambarès (Ambarès, Gir.),  Saint-Nicolas-de-la-Grave (T.-et-G.), Les Graves (Villerville, Calv. ; Cénac-Saint-Julien, Dord. ; Clamensac, Alpes-de-H.-P. ; Villefranche-de-Rouergue, Av. etc.) etc. Citons encore, avec le sens de terrain sablonneux près d’un cours d’eau, La Grave dans les gorges du Paillon (Alpes-Mar.), La Grave le long de la Dordogne (Meyronne, Lot), La Grave sur un affluent de l’Isle (à Fieu, Gir.), Les Graves près du cours de l’Hers (au nord de Toulouse, H.-G.) etc. Des cours d’eau portent aussi le nom de la Grave : un affluent du Bès, dans les Alpes-de-Haute-Provence, un affluent de la craste de la Mounarde, dans la Gironde, une source au flanc du mont Ventoux en Vaucluse etc.

La Grave Ventoux

C’est bien entendu ici qu’il faut ranger l’unité géographique bien connue de la région de Bordeaux, les Graves, terrasses caillouteuses porteuses de vignobles réputés dont je parlais déjà dans ce billet. On retrouve ce nom de pays comme déterminant depuis 1901 dans Ayguemorte-les-Graves (Gir.).

Ajoutons la Grosne, rivière qui naît dans les monts du Mâconnais (Rhône) et se jette dans la Saône (S.-et-L.) et qui est alimentée par plusieurs ruisseaux qui portent le nom générique de Grosne. La rivière est attestée fluvium que vocatur Grona en 893, nom dans lequel on reconnait le gaulois grava/graua accompagné du suffixe gaulois –ona. Le nom de la Gravona, une rivière de Corse-du-Sud, affluent du fleuve côtier Prunelli, est formé de la même manière avec l’italique grava et le suffixe roman –ona.

Grève seul

Le français « grève » est plus rare en toponymie et n’est présent que dans des noms de lieux-dits comme La Grève (La Tremblade, Ch.-M. ; Saint-Martin-des-Noyers, Vendée ; Vendeuvre-du-Poitou et Dissay, Vienne etc.) et Les Grèves (Langueux, C.-d’A. etc.) ou comme déterminant pour Plestin-les-Grèves, qui a une Grève des Curés, et Saint-Michel-en-Grève (C.-d’A.) dont la grève avait une réputation peu flatteuse. En Bretagne, le nom a fini par désigner aussi des plages de sable, la plage en général : dans le seul Finistère, Roscoff a une Grande Grève, Carantec une Grande Grève et une Grève Blanche, Plouguerneau, Guilvinec et Trégastel ont aussi leur Grève Blanche et Saint-Nic et Plomodiern se partagent la Lieue de Grève.

C’est bien entendu ici qu’il faut ranger la fameuse ancienne place de Grève parisienne dont tout le monde connait l’histoire ainsi que le passage du nom dans la langue pour désigner la … grève.

Grava et suffixe –acum

Les pionniers de la toponymie (A. Vincent, A. Longnon, A.Dauzat) avaient mis en évidence l’origine celtique du suffixe –aco, latinisé en –acum, avec un sens locatif ; ils pensaient alors qu’il ne pouvait accompagner que des noms de personne (avec le sens de « domaine de… ») et ne voyaient que des exceptions rarissimes quand il accompagnait un nom commun, notamment de végétal, qui n’était pas attesté comme nom de personne. Des études plus récentes ont montré qu’en réalité ce suffixe accompagnait bien plus de noms communs que ces pionniers ne le pensaient. C’est ainsi qu’on peut expliquer le nom de Grévilly (S.-et-L.) sans faire appel à un hypothétique *Gravilius comme A. Dauzat (DENLF*) ou à un Gabriel traité comme *Gabrilius comme E. Nègre (TGF*). De la même façon, le nom de Gravigny (Eure, Graviniacum en 1079) peut être directement dérivé de grava  et double suffixe -in-iacum plutôt que d’un nom propre gallo-romain* Gravinius (DENLF*) ou d’un germanique Grawinus (TGF*). Dauzat & Rostaing (DENLF*), sans doute à court d’anthroponyme idoine, donnent bien grav-iacum pour expliquer le nom d’ (Évry)-Grégy-sur-Yerre (S.-et-M.) tandis que Nègre (TGF*) suggère un nom d’homme germanique Gribo. À Roujan (Hér.), le lieu-dit Grabiac est lui aussi plus probablement issu de grava que d’un nom de personne gallo-romain Gravius.

Collectif

♦ Les dérivés collectifs les plus courants sont formés en –ière, du latin –aria, désignant le plus souvent un lieu proche d’une rivière où on exploite les graviers pour la construction. On trouve ainsi les communes de Gravières au bord de la Chassezac (Ardèche) et de La Graverie (Calv., aujourd’hui dans Souleuvre-en-Bocage). Les micro-toponymes sont là aussi nombreux comme La Gravière (Bort-l’Étang, Cunlhat, Saint-Ours … P.-de-D.), la forêt de Gravières (Champs-sur-Tarentaine, Cantal), Les Gravières (Le Puy-Sainte-Réparade, B.-du-R.), etc. La Gravière est aussi le nom d’un ruisseau coulant au sud de Saint-Juéry, dans l’Aveyron. Au masculin : Le Gravier (La Guerche-sur-l’Aubois, Cher) Les Graviers, sur une rive de l’Allier (Saint-Sylvestre-Pragoulin, P.-de-D.). Le grava du déterminant de Noyant-la-Gravoyère (aujourd’hui intégrée dans Ségré-en-Anjou Bleu, M.-et.-L), d’abord Graveria en 1130, a été remplacé par gravoi(s), « gros gravier ». Avec une double suffixation ar(ia)-ionem a été formé le nom de Graveron-Sémerville (Eure, Graverum en 1214).

Avec le même suffixe, le français « grève » a fourni des noms comme la Grévière (Maisy, Variscourt et Pégnicourt, Aisne ; Asfeld, Ardennes ; Chouilly, Bazancourt, Beine-Nauroy , Marne ; etc.) et les Grévières (Désertines, Allier ; Tinqueux, Marne ; etc.).

Rattachons à cette série le nom de La Gravatière (Broye, S.-et-L., terram de la Gravatière en 1288) formé sur l’oïl gravats, « pierres provenant de démolitions ».

♦ Le suffixe collectif plus rare –ationem est à l’origine du nom de Graveson (B.-du-R.) et de ceux du Gravezon, affluent de l’Orb dans l’Hérault et de la Source de Graveson (Saint-Geniès-de-Varensal, Hér.).

Graveson

♦ L’augmentatif collectif occitan –às se retrouve dans le nom de la forêt du Gravas (Roquefort-de-Sault, Aude) et dans celui de Grabas ( Crouseilles, P.-AtL) tandis que le suffixe –ouse apparait à La Gravouse , soit « la graveleuse », (Le Poët-en-Percip, Drôme) et à La Gravouze (Nazelles-Négron, I.et-L.). La Gravouse est aussi le nom d’un affluent de la Dordogne, en Gironde. Le masculin –oux se lit dans Le Gravoux (vernais, Cher) et Les Gravoux (Champs-Romains, Montagnac-la-Crempse, Dord. ; Saint-Désiré, Allier ; Nozières, Cher etc.).

♦ Toujours avec le même sens de terrain graveleux, l’occitan gravèna, formé avec le suffixe gaulois -enna, se retrouve dans les noms de La Gravène (Florensac, Hér.) et du Suc de Gravenne, montagne volcanique au sud de Montpezat (Ardèche). Accompagné de l’augmentatif –às, avec le sens de terrain très caillouteux ou d’amas de pierre, ce nom a donné des micro-toponymes comme le Gravenas (Vias, Hér.) ou le chemin de Gravenas (Saint-Nazaire-de-Ladarez, Hér.).

Diminutif

♦ le suffixe le plus couramment utilisé pour signifier un diminutif est le latin –eola qui a donné le nom de La Gravelle (May.) qui se retrouve dans celui du pays qui sert de déterminant à Saint-Cyr-le-Gravelais et à Ruillé-le-Gravelais (aujourd’hui Loiron-Ruillé). Ce même suffixe diminutif  a aussi fourni de nombreux micro-toponymes comme Gravel et Gravelle ou encore Gravil (diminutif occitan –ilh). On peut rajouter les noms de La Gravolle et de la Petite Gravolle (Brives, Indre). Le sémantisme habituel de ces diminutifs s’applique à la nature du gravier recouvrant le sol dans les lieux en question ou sur les bords des ruisseaux porteurs du nom : le petit gravier ou le sable grossier. En toponymie, il semble toutefois que ce nom désigne plutôt de petits bancs de gravier. C’est ce dernier sens qui est bien rendu par l’occitan graveirolà et graveiron qui apparaissent dans les noms du ruisseau de  Graverole (affluent de la Cèze à Saint-Ambroix, Gard) et des ruisseaux  de Graveiron (affluent de l’Allier à Cubières, Loz. ; affluent du Granzon à Casteljau, Tarn).

Le nom de l’héraultaise Grabels, attesté Grabel en 1120 et Grabellum en 1171, semble bien être un diminutif de grava — mais le –b– intervocalique présent dans toutes les formes anciennes peut aussi faire penser à un thème pré-indo-européen *gr-ap accompagné du même suffixe diminutif –èl (Frank R. Hamlin, Dictionnaire topographique et étymologique de l’Hérault, en ligne).

cpa Grabels

♦ la bien connue Gravelotte (Mos.) était appelée Graveium en 1137 puis Gravilette au XVè siècle et Gravelette en 1544 : l’oïl gravei, « gros sable », a été remplacé par gravelle, « petit gravier », question de nuance, et le suffixe –ette a été remplacé par –otte. On retrouve ce même nom pour de nombreux lieux-dits Gravelotte ou Gravelottes notamment dans la Marne (Blesme, Aigny, Jours-les-Baigneux, etc.), la Meuse, la Meurthe-et-Moselle, etc.

♦ ce diminutif –ette se lit encore dans les noms de La Gravette, un lieu-dit de Livron (Drôme) qui servait de lieu de prélèvement de gravier, de La Gravette à Saint-Loubès (Gir.) et de biens d’autres identiques au singulier comme au pluriel.

♦ le diminutif bas-latin gravicellu a donné l’occitan graussèl, qui a perdu cette acception diminutive pour ne désigner que le gravier. On le retrouve dans les noms de lieux-dits Grauzel (Nauviale et Pruines, Av.), Le Grauzel (Isserteaux, Ardèche) et le féminin La Grauzelle (Loupiac, Av.).

Et les autres

♦ Le nom de Gravon (S.-et-M.), attesté Kravedonum au XIè siècle, de Gravaone en 1180 puis Gravun en 1198, est bien lui aussi formé sur le gaulois grava accompagné du gaulois dunum, « forteresse, enceinte fortifiée ».

♦ Le nom de Gravelines (Nord) est attesté Gravenenga en 1040 et Graveninga en 1097, du nom de personne germanique Grawinus et suffixe germanique –ingen. Il a ensuite subi l’attraction de l’oîl gravele, « gravier, sable », et des finales en –ines, celles de Flines, Comines, etc.

♦ Les micro-toponymes sont le réservoir de formes régionales si nombreuses qu’il est impossible de toutes les citer ici. On trouve ainsi pour les seuls Centre et Val-de-Loire, outre celles déjà mentionnées, des formes aussi diverses que Gravil (collectif de langue d’oïl –il) et Graville (sous-entendu « terre »),  Gravion (augmentatif –on) et Gravionnerie, Gravillon (diminutif), Graviot, Gravot et Gravotte (diminutif –ot, féminin –otte), Gravioux (augmentatif) et quelques autres. Dans la même région, le suffixe latin –ucia, à valeur péjorative, aboutit à des noms comme Les Gravuches (Cher, Indre-et-Loire, Loiret), La Gravoche (Cher, Indre, Nièvre, S.-et-L.) et Les Gravoches (Cher, Allier).

Le Pégorier (GTD*) nous donne d’autres termes dialectaux comme gravalis (sol de petites pierres en Bourgogne), gravaris (gravier en H.-Pyr., toponyme présent à Aragnouet), gravelin (alluvion consolidées dans le lit de la Loire, plusieurs occurrences dans le Cher), gravial (terrain graveleux en Saintonge), etc. que je renonce à explorer plus avant.

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Si vous êtes arrivés jusqu’ici avec encore quelques neurones en état de marche, vous êtes donc prêts pour la devinette.

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine lié au grava celtique étudié dans le billet (vous vous souvenez ?).

Je ne peux pas vous donner d’indice géographique, ce serait trop vous aider.

Je préfère donc vous livrer, dans l’ordre chronologique, trois indices historiques  :

■ un dessin :

indice 2 26 09 2021

 

 

■ un deuxième dessin :

indice 1 26 09 2021

■ et … un troisième dessin :

indice b 26 09 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

 

 

La Chapelle-Rablais (répàladev)

Jacques C. et TRA ont rejoint TRS sur le podium des découvreurs de la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver La Chapelle-Rablais, un village du canton de Nangis en Seine-et-Marne.

On trouve mentionnée une foresta de Herablen en 1175, « forêt d’érables », puis une  Capella de Erableyo en 1275, « chapelle des érables ». Viendront ensuite des hésitations sur la graphie (et le sens ?) de ce second terme :  La Chapeille d’Aarabloi (1296) ; S. de Capella Erableii (1300) ; Johanna et Susanna de Capella de Erableyo (1302) ; La Chapelle Dairblay (1309) ; La Chapelle de Erabloi (1373) ; La Chappelle de Arobloy (1385) ; Prior de Roableyo (XIVè siècle) ; La Chappelle de Rablay (1443) ; La Chapelle d’Arablay (1555) ; La Chapelle Lablay (1560) ; La Chappelle de Rabellays (1563) ; Capella Arablei (1570) ; La Chappelle d’Errablay (1574) ; La Chapelle d’Arrablay (1648) ; La Chapelle d’Arablay (1653) ; La Chapelle de Rablet (1673) ; La Chapelle Rablaye (1725) ; La Chapelle Rablais chez Cassini (1757) ; Capellam de Rabelais (1770) et enfin La Chapelle-à-Rablais en 1793 avant que le nom ne se fixe sous sa forme actuelle La Chapelle-Rablais en 1801.

Carte de Cassini – feuillet 46 – Sens – 1757

Les gourmands comme moi auront remarqué cette maisonnette appelée Puttemusse, littéralement « la pute s’y cache », à quelques pas des bordes l’Abbé, les « cabanes de l’abbé » … L’endroit, comme le bois qui l’entoure, est appelé aujourd’hui Putemuse, ce qui est moins drôle, mais quand même mieux que le Puthmus de 1929 (cf. la carte postale ci-dessous). Je signale à tout hasard que, oui, je sais que l’étymologie de pute musse est sujette à caution : on pourrait y voir une « puanteur cachée » ou un petit musse, un « petit coin caché », mais là ce serait vraiment triste.

C’est dans le château des Moyeux, à La Chapelle-Rablais qu’Éléonore Vergeot, maîtresse et mère de deux enfants de Napoléon III, a résidé à partir de 1865. Je précise que la phrase de l’énoncé de la devinette, écrite trop vite et qui m’a valu les foudres de quelques lecteurs, était  contraire à la vérité. C’est en effet lors de son emprisonnement au fort de Ham que Napoléon III connut Éléonore Vergeot en tant que « lingère » dont il eut deux enfants. Bénéficiant d’une généreuse rente et mariée plus tard au frère de lait de l’empereur, elle vécut quelque temps au château de La Chapelle-Rablais.

Les autres indices :

  Ce vitrail de l’église d’Étampes représente saint Martin dont le demi manteau (celui qui appartenait à l’Empire et qu’il avait donc gardé — nul ne sait ce qu’il advint de l’autre moitié, « salaud de pauvre ! ») fut conservé comme relique à la cour des rois francs. Ce manteau court des officiers romains s’appelait capella, diminutif de cappa, « manteau à capuchon », et ce nom fut donné, par extension, à l’oratoire du Palais-Royal abritant le trésor des reliques royales : de là vient le mot « chapelle », première moitié du nom de La Chapelle-Rablais.

■  l’affiche publicitaire des parfums Rigaud devait orienter vers cette famille qui posséda le château des Moyeux de 1900 à 1920. La tour du parc du château avait été choisie comme emblème des bougies parfumées Rigaud.

Cette carte-postale illustrait La sabotière, une chanson de Théodore Botrel. Éléonore Vergeot, de son nom de baptême Alexandrine, avait été surnommée la belle Sabotière  :

Extrait de la Revue des grands procès contemporains – vol. 12 – 1894

■ La chanson de Pierre Perret n’était ici intéressante que si on se souvenait que son auteur habite Nangis, chef-lieu du canton où se situe La Chapelle-Rablais.

Les indices du mardi 21/09/2021

Seul TRS a trouvépodium seul la solution de ma dernière devinette.  Félicitations !

En voici l’énoncé, pour les oublieux :

 

 

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom est lié à l’érable.

Des indices ?

■ la commune se situe en pays de langue d’oïl (allez hop! Déjà une moitié de l’Hexagone éliminée : voyez comme je suis sympa!)

■ un souverain français y a eu une maîtresse dont il eut deux enfants.

■ un vitrail :

indice a 19 09 2021

■ une affiche publicitaire :

indice b 19 09 2021

et j’ajoute ces nouveaux indices :

■ le nom de la commune est composé de trois mots dont un article.

■ pour l’adultère :

indice b 21 09 2021

■ et, pour le chef-lieu de canton, puisque tout doit finir en chanson :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

L’érable

Aiguillonné par un lecteur qui me le réclamait récemment dans un de ses commentaires, je m’intéresse aujourd’hui à l’érable — même si ce lecteur semble s’être évaporé depuis.

L’érable, du genre Acer, est un arbre dont plusieurs espèces sont répandues dans le monde entier. Il ne s’agira ici que des érables poussant sur notre sol et ayant fourni des toponymes.

feuilles-d_érable

L’étymologie d’« érable », dérivé après aphérèse du bas latin acerabulus, est sujette à discussion. La plupart des spécialistes s’accordent pour voir dans la première partie du nom un acar celte ou un acer latin, tous deux exprimant quelque chose d’acéré, de pointu, sans doute à l’image de la feuille. La seconde partie du nom est plus discutée entre un latin arbor, « arbre », et un gaulois *abulus, restitué d’après un mot gaulois désignant le « sorbier des oiseaux », à rapprocher d’abalo, « pommier ».

L’érable seul

Le latin acerabulus se retrouve directement dans le nom d’Azerables (Creuse, Dozerabla en 1327 puis Azarable en 1351).

Le même mot a donné en ancien français érable ou arable ainsi que la variante picarde éraule. C’est ainsi qu’on trouve Lhéraule (Oise, de Arabla en 1143, de Arable en 1145, l’Erable en 1158 et Leraule en 1263) et de nombreux lieux-dits comme L’Érable à Migné (Vienne, l‘Ayrable en 1324), Les Arables à Belleville-sur-loire (Cher), Belérable à Moulins-la-Marche (Orne, « bel érable ») et bien d’autres du même type. On retiendra pour l’anecdote Le Menhir des Arabes à Draché (I.-et-L.) dont la légende a fait un souvenir de la bataille menée par Charles Martel contre les Arabes (ce menhir est aussi appelé pierre Percée ou encor bogue ou quille de Gargantua : c’est le but que visait le géant au jeu de quille).

cpa Lhéraule

Un café. Quoi d’autre ? (Lhéraule, dans l’Oise, en Picardie).

L’érable suffixé

Le suffixe le plus employé en composition avec acerabulus est le collectif latin –etum. On lui doit les noms d’Arrabloy (associée à Gien, Loiret ; Arabletum à la fin du XVè siècle),  et de Herblay-sur-Seine (Val-d’Oise, Acebrelidum en 754) ainsi que des micro-toponymes comme Arblay  à Cudot (Yonne).

Parmi ces toponymes en –etum, certains ont subi l’aphérèse du E- initial comme Rablay-sur-Layon (intégrée à Bellevigne-en-Layon, M.-et-L. ; Arrabletum en 1087-1105) et des lieux-dits comme Le Rablay (à Chantrigné, Mayenne ; aussi écrit L’Érablay, ce qui semble préférable), de nombreux Rablais principalement dans l’Ouest ou encore La Rabelais à Saint-Cyr-sur-Loire (I.-et-L.), etc.

Formés avec ce même suffixe –etum directement sur l’adjectif acer substantivé, donnant *acernetum, puis ayant subi l’aphérèse du a-, on trouve les noms de Cernoy (Oise) et de Cernoy-en-Berry (Loiret, de Cerneyo en 1327).

Mes amis œnologues seront contents d’apprendre que Les Ouzeloy, un lieu-dit de Marsannay-la-Côte (C.-d’Or ; une AOC  de la côte de Nuits) doivent leur nom, après quelques contorsions, aux érables.

cpa cernoy oise

Les ruines, ce sont celles du château, à l’arrière-plan.

En franco-provençal

Dans cette zone frontière entre langue d’oïl et langue d’oc, le bas-latin acerabulus a évolué vers *aiserablo et même *iserable. C’est ainsi qu’on trouve L’Isérable à Rignieux-le-Franc (Ain, juxta l’Ayserablo en 1285), à Curtafond (Ain, L’Yserable vers 1410), à Boisse (Ain, Pratum Delaiserablo à lire del aiserablo en 1247), à Saint-Jean-Saint-Maurice-sur-Loire et à Saint-Galmier (Loire), à Lugny (S.-et-L., Luzerable en 1869) à Nangy (H.-Sav.), les Granges d’Isérable à Sainte-Reine (Sav.). etc. et, au pluriel, Les Isérables à Mont-sous-Vaudrey (Jura).

En langue d’oc

La différence de traitement des voyelles inaccentuées explique qu’on soit passé d’acerabulus, après la chute du u bref celtique donnant acerablu puis celle du e pré-tonique aux formes aisrable puis esrable. En langue d’oc, le maintien du e pré-tonique de la structure acer et le passage du c intervocalique à s/z ont abouti à des formes comme azereau et auseral quand la finale s’est trouvée affaiblie en ne laissant plus que l ou u du groupe –bl-. (C’est bon ? Vous êtes toujours là ?).

On retrouve ce nom occitan de l’érable dans celui de lieux-dits comme L’Auseral à Bertholène (Av.),  L’Auzeral et Les Auzerals à Rabastens (Tarn), Auzéral à Cieurac (Lot), et de nombreux Lauzéral (Av., Cantal, Lot, Tarn, T.-et-G.).

Certains (DENLF*, TT*) voient le suffixe collectif occitan –ata dans les noms d’Arblade-le-Haut et d’Arblade-le-Bas (Gers) qui seraient d’anciens *acerabul-ata passés à *a(ce)rb(u)lata. L’explication (TGF*) selon le gascon arreblade, « ce que l’on coupe en tranches minces », qui aurait eu le même sens que le languedocien reblat, reblada, « (mur) construit en blocage en moellons, par opposition aux murs de briques », est moins convaincante.

L’érable de Montpellier porte le nom occitan d’agast (avec des variantes locales comme ajast ou aiast) du grec akastos, « érable ». Absent des dictionnaires français habituels, on rencontre ce mot principalement à l’est du Rhône et sur une étroite frange de l’est languedocien, où les Celtes hellénophones ont pu l’adopter. Il est à l’origine de micro-toponymes comme L’Agast à Causse-de-la-Selle, à Lunas, aux Rives (Hér.), les Agastous à La Cavalerie (Av.) qui est une forme diminutive « les petits érables » ou encore le pioch Lagastié à Pignan (Hér), à comprendre l’agastier, « bois d’érables » (et pioch pour puy, dérivé de podium).

Il n’est pas impossible que certains des toponymes en Agas ou Agasse à l’est du Rhône soient dus à la présence d’agasts plutôt que de pies ou d’individus ayant reçu un tel sobriquet.

agast the blue
Agast the blue

cdl6

Il vous faudra trouver une commune de France métropolitaine dont le nom est lié à l’érable.

Des indices ?

■ la commune se situe en pays de langue d’oïl (allez hop! Déjà une moitié de l’Hexagone éliminée : voyez comme je suis sympa!)

■ un souverain français y a eu une maîtresse dont il eut deux enfants.

■ un vitrail :

indice a 19 09 2021

■ une affiche publicitaire :

indice b 19 09 2021

Si ça ne suffit pas, on verra peut-être mardi pour en dire plus sur la région, l’arrondissement ou le canton.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Saint-Jean-de-Nozé (répàladev)

TRS le premier a trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Il a été suivi par TRA qui, cherchant un toponyme d’un seul mot (on se demande bien pourquoi), m’a donné lui aussi la bonne réponse sans s’en apercevoir et par Hibou Bleu. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Saint-Jean-de-Nozé, un lieu-dit de la commune de Lunel dans l’Hérault.

Lunel, c’est là :

local-Lunel-1000px

Et Saint-Jean-de-Nozé, ici (au nord-est du centre de Lunel) :

St Jean de Nozé

Les présentations faites, passons aux choses sérieuses.

Saint-Jean-de-Nozé : la Toponymie de l’Hérault de Franck R. Hamlin (disponible en ligne, cherchez à Nouguier ; merci à l’association des Études sur l’Hérault !) nous permet de connaitre les formes anciennes du nom du lieu-dit :

St Jean de Nozé Hamlin

Tout est dit : Nozé est issu du latin nucetum, que je traduirais par « (lieu où abondent) les noix » plutôt que par « lieu planté de noyers » (*nocario-etum aurait, selon moi, donné *Nogaret ou *Nozaret). Cassini a d’ailleurs bien écrit, en français, Saint-Jean de Noix.

Lunel : l’étymologie du nom de cette commune est plus difficile à cerner. Le nom est attesté castro de Lunello infra muros en 1096 puis apud castrum Lunel en 1116-20 et on trouve ensuite différentes variantes qui n’apportent rien de neuf.

♦ Dauzat & Rostaing (DENLF*) comme Nègre (TGF*) postulent pour des noms de personne : le gaulois Lunus suffixé –ellum pour les premiers (repris par P. Fabre, NLL*), le roman *Lupinellus, masculin de Lupinela, pour le second (repris par B. et J.-J.  Fénié, TO*).

♦ J. Astor (DNFLMF*), dans l’article concernant les noms dérivés de lacus et de lacuna, rapproche le nom de Lunel des toponymes en lone, tous plus ou moins rattachés à l’eau, au marais, à l’étang : le ruisseau de la Laune, à Lunel justement, La Lone à Combaillaux, La Laune à Lansargues et Marsillargues, Les Lones à Montaud et Les Launes à Vérargues, tous dans l’Hérault, ainsi que le Vallat de Laune et la Grande Lone, affluents du Gardon, et la Lone de Saint-Georges, affluent du Rhône. Il adjoint à ces toponymes la variante luna qu’il voit dans Lunel, avec le diminutif –èl, décrivant un site d’étangs, dans Lunas (Hér.), l’étang de Luno à Agde (id.) et le château de Roquelune à Pézenas (id.). Il précise toutefois que la descendance d’un bas latin *laguna, « lagune », issu de lacuna, ayant donné launa puis lòna n’est pas prouvée. Pour ces toponymes en  laune, (mais sans se prononcer précisément sur le nom de Lunel), P.-H. Billy émet une hypothèse basée sur le latin lamina, « plaque », avec i inaccentué, à l’origine de lam(i)na donnant lamna puis launa, comme amnes de Interamnes (inter amnes, « entre fleuves ») donne « -aunes » dans Entraunes. Le nom de lamina, plaque, pouvait désigner une couche d’eau, une nappe d’eau recouvrant le sol.

♦ Franck R. Hamlin dans sa Toponymie de l’Hérault (op.cit.) propose pour Lunel un mot prélatin ou gaulois *lunello à valeur hydronymique pouvant convenir aux autres localités portant le même nom (Saint-Félix-de-Lunel, Aveyron ; Lunel à Bonnieux, Vauc., etc) ou celui de Luneau (Luneau, Allier ; Luneau à Rozan, Gir., etc.).

Lunel-Viel : attesté Lunello Vetere dès 1096 quand Lunel était castrum Lunello infra muros : le castrum de Lunel était sous ou hors les murs du vieux Lunel.  « Il est évident que Lunel a d’abord servi à désigner Lunel-Viel ; mais les références du XIè siècle montrent que ces deux localités, situées à environ 3 km l’une de l’autre, ont une importance sensiblement égale depuis le Moyen Âge et remontent probablement toutes deux à l’époque gallo-romaine » (Toponymie de l’Hérault de Franck R. Hamlin).

Les indices

■ Pendant les rebellions huguenotes, les protestants s’en prirent aussi à Lunel : « Le 16 décembre 1621, le projet est mis à exécution. Les couvents des religieuses de l’ordre de Sainte-Claire et des Carmes, les églises de Dassargues et Saint-Jean-de-Nozé, endommagées au début des événements, sont alors entièrement rasés », nous apprend cet article.

Cette gravure de D. Roberts datée de 1885 représentant La vallée du Cédron et Jérusalem rappelait que Lunel, longtemps terre d’accueil de juifs, a été appelée « petite Jérusalem médiévale» (l’Office de tourisme parle de petite Jéricho, en racontant une légende toponymique qui voudrait que luna signifie Jéricho en hébreu).

 

Cette illustration de couverture du roman Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain publié en 1911 a aussi servi pour l’affiche du film de Louis Feuillade sorti en 1913. Ce dernier est né à Lunel en 1873 et repose dans son cimetière depuis 1925.

 

 

 

 

 

cette case de bédé extraite du Secret de la Licorne orientait les recherches vers saint Jean. Ça aurait été bien sûr plus simple si je vous avais montré la case précédente :

 

 

Cette anguille sortie de l’eau devait faire penser à la légende des pêcheurs d’anguille de Lunel qui auraient fini par pêcher la lune, d’où le sobriquet Pescalunas, « pêcheurs de lune », donné à ses habitants.

 

 

 

 

ce tableau intitulé Paysage de Provence de Jean Hugo (1894-1984) devait orienter vers le mas de Fourques sur la commune de Lunel où a longtemps résidé Jean Hugo et sa famille. Paysage de Provence ? Ben oui, je n’allais quand même pas vous montrer ses tableaux de Lunel !

 

cette pochette du disque où Mino Drouet dit ses poèmes n’était intéressante que pour son titre Le Pêcheur de Lune rappelant la légende déjà citée.

J’ai hésité à vous faire écouter ça :

Les indices du mardi 14/09/2021

Ma dernière devinette n’a pas trouvé preneur …

J’en rappelle l’énoncé :

 

Comme pour la devinette précédente, il vous faudra trouver un micro-toponyme de France métropolitaine, méridionale cette fois, lié à la noix et qui n’existe qu’ à un seul exemplaire (et cette fois, j’en suis sûr !).

Il n’y a rien de remarquable à dire sur ce lieu-dit, sauf peut-être que son église a été entièrement rasée pendant les rebellions huguenotes.

Dauzat & Rostaing (DENLF*) comme E. Nègre (TGF*) expliquent le nom de la commune qui abrite ce lieu-dit par un nom d’homme, gaulois pour les premiers, latin pour le second, mais de manière inhabituelle sans suffixation. Des auteurs plus récents préfèrent voir dans ce nom un rappel des marais pour la plupart aujourd’hui asséchés qui caractérisaient la région, soit par une racine hydronymique pré-latine soit par un dérivé bas-latin (non attesté) d’un mot latin lié lui aussi à l’eau. Ce même radical se lit, à peu de choses près, dans d’autres toponymes et hydronymes du même département, dont le nom d’un ruisseau qui coule dans la commune qui nous intéresse.

Cette commune s’est développée à quelques kilomètres d’un premier village qu’elle a fini par supplanter au Moyen Âge et dont elle a pris le nom. L’ancien village existe encore avec un nom un peu modifié et les deux communes sont aujourd’hui limitrophes.

Deux indices :

■ une gravure :

indice b 12 09 2021

■ une illustration :

indice d 12 09 2021

les indices du mardi

■ une case de bédé (on ne se refait pas !) :

indice c 12 09 2021

■ une photo :

indice b 13 09 2021

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Les noyers II : la noix du Sud

Le noyer, Juglans regia L., est un arbre très commun, cultivé pour son bois et ses fruits, les noix. Présent dans toute la France, il a fourni de très nombreux toponymes. Je m’intéresse aujourd’hui à la partie méridionale de notre pays (c’est quand même celle que je connais le mieux) après avoir vu les noyers du Nord dans un précédent billet.

noyer

Dans le Midi de la France, la présence de noyers était une caractéristique quasi obligée de la propriété, d’où la présence de noyers ou noiseraies dans la toponymie méridionale.

Le latin nux, nucis, « noix, noyer », a donné nucaria, « noiseraie ». En occitan méridional, le c entre voyelles s’affaiblit en g, d’où noga pour « noix » que l’on retrouve en occitan dans noguièr, « noyer », et noguèira, « noiseraie ». Un autre dérivé collectif de noguièr, avec le suffixe latin –etum, a donné, toujours en occitan, le masculin nogaret et le féminin nogareda.

Ces différents noms  se retrouvent en toponymie soit tels quels, soit au diminutif, soit encore avec des variantes dues par exemple à la palatalisation du g en z, habituelle au sud du Massif Central, ou même à sa chute complète.

Nouguier, Nouguière, Nozière

 

Nouguier (nom masculin) se retrouve dans le nom de Nouguier (Bollène, Vauc.), Nouguier d’Esquier (Tardeau, Var, avec esquier, « gauche ») et des Mas Nouguier (Saint-Cézaire-de-Gauzignan, Gard ; Valmascle, Hér. etc.). Dans ces deux derniers cas, Nouguier représente un nom de famille. Le pluriel se lit dans le nom de Nouguiès (à Camboulazet, Av.).

Nougier (nm) : cette forme nord-occitane se voit en Ardèche à Saint-Joseph-des-Bancs et à Vesseaux et la variante nugier apparait dans Le Nogier (Malarce-sur-la-Thines, Ardèche, Nogerio en 1464) et Le Nugier à Laval (H.-Loire). La forme francisée, noyer, se retrouve au singulier dans Le Noyer (Saint-Bonnet-de-Champsaur, H.-Alpes, Naugerium en 1152),  et au pluriel à Noyers-sur-Jabron (Alpes-de-H.-P.) et bien d’autres répartis sur toute la France. Enfin, avec perte du g intervocalique, citons la mention de l’arbre isolé par Noé (H.-Gar., de Noerio en 1267).

Nouguière (nom féminin) apparait dans La Basse Nouguière (Vérignon, Var), la Grande Nouguière (Aiguines, id.), etc. On rencontre aussi une variante La Noguière (Le Muy, Var ; Vesseaux, Ardèche, où on a déjà rencontré le masculin nougier). Le féminin se lit dans le nom du Puy de La Nugère à Volvic (P.-de-D.) et le pluriel dans celui de Noguères (P.-Atl.). Avec l’agglutination de l’article apparaissent les noms de Lanouguère (Ozenx, P.-A. ; Garravet, Gers) et, avec un augmentatif péjoratif, de Lanougarasse (Allières, Ariège).

Nozières (nf) : le produit normal du latin nux, nucem est notz, nose en occitan, quand le c devant e s’est palatalisé en ts. Le collectif en –ièra, nosièra, « noiseraie », a donné les formes en nozière. C’est ainsi qu’on trouve le nom de Nozières (Ardèche et Cher) et de Boucoiran-et-Nozières (Gard) ainsi que de nombreux lieux-dits Nozières dans l’Aveyron (à Broquiès, Druilhe, Saint-Sever),  dans le Cantal (à Dienne), dans le Lot (à Gramat), en Lozère (à Ispagnac et Aumont-Aubrac), etc. Notons Les Nouzières, une montagne à Bréau-et-Salagosse (Gard). Le double suffixe en –aret a donné la forme Nouzaret (Rocles, Ardèche).

 

Camille-Pissarro-Noyer

 

Camille Pissaro – 1894

Nogaret, Nougarède

Nogaret, du bas latin *nucaretum, se retrouve à Nogaret (H.-Gar., Nogaretum en 1266), à Gontaud-de-Nogaret (Lot-et-Gar., avec Gontaud du nom d’homme germanique Guntwald). à Saint-Pierre-de-Nogaret (Loz.) et dans de nombreux lieux-dits Nogaret  en Lozère (Saint-Julien-des-Points, Saint-Germain-de-Calberte, Saint-Martin-de-Lansuscle), dans l’Hérault (Roqueronde), etc.  La variante Nougaret est présente par exemple en Haute-Garonne à Peyssies, dans le Tarn à Puylaurens et Le Nougaret dans le Gers à l’Isle-Jourdain, etc. Signalons Le Noiret à Saint-André d’Embrun (H.-Alpes) attesté Noaretum en1320 issu de *nocaretum après la chute du c intervocalique et attraction de l’adjectif « noir ».

■ la palatalisation du g en j est à l’origine de noms comme Nojaret (Grand-Brassac, Dord. ; Bonnevaux-et-Hiverne, Gard ; Badaroux, Loz. ; Vialas, Loz.)

■ La palatalisation du g en z a fourni des noms comme Nouzaret (Rocles, Thueyts, Sablières, etc. Ardèche) et Le Nouzaret (Saint-Joseph-des-Bancs, Vals-les-Bains, id.) ainsi que Noseret à Laruns (P.-A.).

■ La chute du g intervocalique est à l’origine du nom de Noharet (Accons et Arlebosc, Ardèche) et de Le Noharet (Bourg-Argental et Saint-Joseph-des-Bancs, Loire). Le suffixe collectif etu/eta (pluriel) est représenté par Nohèdes à Prades (P.-O.), du bas-latin nuceta qui a sans doute été influencé par nogareda, est devenu nogueda puis a perdu son g intervocalique, tandis qu’on attendrait Nuzet ou Nouzet (voir plus bas).

■ une autre forme apparait dans les noms de Noyarey (Isère, Nogareto en 1080), Noyeray (à Faverges, Sav.) et Le Noyarey (à Saint-Agnès, Isère).

■ La forme féminine occitane nogareda et ses variantes nord-occitanes nojareda (Lozère) et nozarèda (Vivarais) se retrouvent dans des noms comme La Nougarède (Le Fleix, Dord. ; Soudorgues, Gard ; Casseneuil, L.-et-G.), La Nogarède (Servas, Gard), La Nojarède (Aujac, Gard ; Chanac, Loz.), La Noujarède (Saint-Pardoux-la-Rivière, Dord. ; Collet-de-Dèze, Loz.), La Nouzarède (Joyeuse, Ardèche), etc. Notons le ruisseau de la Nougarède à Mourèze (Hér.).

■ le produit corse *nux-eta apparait dans le nom de Noceta (H.-C.).

 

Les autres collectifs

En occitan, le double suffixe -airòla/-eiròla est la marque du collectif dans les noms de Nouzerolles (Creuse, Noezirolas en 1209),  Nozeyrolles (à Auvers, H.-Loire), Nozerolles (à Saint-Mary-le-Plain, Cantal et à Chaulhac, Loz.) et Nuzerolles (à Anglards, id.). 

Le même suffixe apparait dans les noms de Nougayrol (Trévien, Tarn), de Le Nougayrol (La Cavalerie, Aveyron, mas del Nogairol en 1185), de Nogairols (Nîmes, Gard) et, au féminin, dans le nom de Nougayroles (à Lunac et à Saint-Affrique, Aveyron). Sa variante nord-occitane, avec palatalisation du g en j, se retrouve à La Nugerolle à Saint-Donat (P.-de-D.) et à Nogeirols à Ponteil-et-Bressis (Gard)

La forme nogaròl/nogaròu, avec l final vocalisé en u, a donné Nogaro (Gers, burgenses Nugarolenses en 1253) et son diminutif Nougarolet (id.).

Le collectif –at (du latin –atum, pluriel –ata) se lit dans les noms de Nougarate à Villelongue (H.-Pyr.) et à L’Herm (Ariège) ainsi que dans celui de La Noyera à Miribel (Drôme).

Le nom de Nouzerines (Creuse) est composé de nucarium (donnant nouzier, cf. plus haut) accompagné du duffixe –ina, sous-entendu terra, avec le sens de « terre propice au noyer ».

 

La noix toute seule

Certains toponymes parlent de noix, notz, noz, nose, comme d’autres parlent de blé (cf. Le Blat, La Blatte …) pour désigner le lieu où les noyers et donc les noix, source d’huile, sont abondants. C’est ainsi qu’on trouve les lieux-dits Nux à Barran (Gers), Nuces à Moyravès et Valady (Av.) et Nouix à Saint-Saturnin (Cantal, Noetz en 1543, Noex en 1595 et Noix en 1676).

Avec le suffixe collectif –etum/eta, pour « ensemble de noix » plutôt qu’« ensemble de noyers », on obtient les noms de Nouzet à Saint-Rome-de-Cernon (Av.,  avec le nom de la rivière issu d’un hydronyme préceltique *ser), à Eyzerac (Dord., Nozetum en 1461) ou encore à Aizac (Ardèche). Ce nom, comme d’autres liés au noyer, est devenu patronyme, attesté comme tel dès le XVIè siècle, et a ainsi migré jusqu’au Cher où on trouve à Chezal-Benoit un hameau Le Nouzet, dit le terrouer de Nouzet en 1536, dont le nom est passé au ruisseau du Nouzet dit plus simplement le Nouzet.

Quant à la petite noix, occitan nosilha, elle est représentée par La Nouzille à Saint-Laurent-sur-Gore, dans la Haute-Vienne.

Le basque

Pour être tout à fait complet à propos des parlers du Sud, notons que le basque emploie intzaur ou eltzaur selon les dialectes pour désigner le noyer. Il donne le lieu-dit Insharga à Saint-Pée-sur-Nivelle (P.-A.), c’est-à-dire intzauraga, « lieu de noyers, noiseraie », et de nombreux noms de maisons Inchauspe, « sous le noyer » ou encore Inzaurgazteta, « lieu des jeunes noyers », à Anhaux (P.-A.).

♦♦♦

Comme personne ne le fait et que charité bien ordonnée commence par soi-même, je me félicite chaleureusement pour le choix des titres de ces deux billets : la vnoix du Nord et la crnoix du Sud.

 

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette

Comme pour la devinette précédente, il vous faudra trouver un micro-toponyme de France métropolitaine, méridionale cette fois, lié à la noix et qui n’existe qu’ à un seul exemplaire (et cette fois, j’en suis sûr !).

Il n’y a rien de remarquable à dire sur ce lieu-dit, sauf peut-être que son église a été entièrement rasée pendant les rebellions huguenotes.

Dauzat & Rostaing (DENLF*) comme E. Nègre (TGF*) expliquent le nom de la commune qui abrite ce lieu-dit par un nom d’homme, gaulois pour les premiers, latin pour le second, mais de manière inhabituelle sans suffixation. Des auteurs plus récents préfèrent voir dans ce nom un rappel des marais pour la plupart aujourd’hui asséchés qui caractérisaient la région, soit par une racine hydronymique pré-latine soit par un dérivé bas-latin (non attesté) d’un mot latin lié lui aussi à l’eau. Ce même radical se lit, à peu de choses près, dans d’autres toponymes et hydronymes du même département, dont le nom d’un ruisseau qui coule dans la commune qui nous intéresse.

Cette commune s’est développée à quelques kilomètres d’un premier village qu’elle a fini par supplanter au Moyen Âge et dont elle a pris le nom. L’ancien village existe encore avec un nom un peu modifié et les deux communes sont aujourd’hui limitrophes.

Deux indices :

■ une gravure :

indice b 12 09 2021

■ une illustration :

indice d 12 09 2021

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Nuzeret (répàladev)

TRA puis TRS, rejoints à la dernière minute par LGF, sont les seuls à avoir trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver les noms de Nuzeret, qui sont quatre, et de Nuzerette, tous situés en Saône-et-Loire :

  1. Le Nuzeret, lieu-dit habité de Mervans, arrondissement de Louhans ;
  2. Nuzeret, lieu-dit habité de Saint-Vincent-en-Bresse, même arrondissement ;
  3. Nuzeret, lieu-dit inhabité de Champlécy, arrondissement de Charolles ;
  4. Nuzeret, lieu-dit inhabité de Blanot, arrondissement de Mâcon ;
  5. Nuzerette, lieu-dit non habité de Fargès-lès-Mâcon, même arrondissement.

Macon Louhans Charolles

Cerclés de rouge, les trois chefs-lieux d’arrondissement concernés.

Mervans St Vincentblanot Fargès

  champlécy Charolles

 

Cerclées de rouge, les cinq communes concernées

■ le lieu-dit Le Nuzeret de Mervans était mentionné Nuseray en 1456. On le trouve ensuite noté, avec les noms des propriétaires, Pierre de Noseray et Hugues de Noseroy en 1490 puis Pierre de Nuiseray en 1551. On hésitera par la suite entre Nuzeret en 1578, Nuseray alias Nuzeray en 1588, Nuseret en 1651, Neuzeret 1763 et de nouveau Nuzeret en 1780. L’article fait son apparition avec Le Neuzeret en 1783 avant que le nom définitif Le Nuzeret ne se fixe en 1866.

■ le nom du lieu-dit Le Nuzeret de Saint-Vincent-en-Bresse connait les mêmes hésitations, passant de Nuseray (1428) à Neuzeret (1518), Nusseray (1537), Nuzeray (1588), Muserey (1666), Nuzeret (1686), le Neuzeret (1760 chez Cassini) etc. jusqu’au nom définitif Le Nuzeret (1951).

Neuzeret St Vincent cassini

■ le lieu-dit La Nuzerette de Fargès-lès-Mâcon est attesté comme « lieu détruit, bois » En La Nuyzerette en 1408/9 et La Nuzerette dès 1884.

Les deux autres lieux-dits ne sont quant à eux pas mentionnés dans le Dictionnaire topographique du département de Saône-et-Loire  de Jean Rigault (publié en 2008) d’où sont issues les formes anciennes ci-dessus.

Il ne fait aucun doute que tous ces noms sont dérivés, après passage du –c– à –z-, du bas-latin *nucaretum désignant une noiseraie (NLF* d’Auguste Longnon et NLB* de G. Taverdet). Il s’agit ici d’une variante très locale, dans le triangle Mâcon-Mervans-Champlécy, des noms comme Nozay (L.-Atl.) vus dans le billet consacré aux noyers du Nord ou des lieux-dits Nozeray présents dans le Jura.

♦♦♦

Les autres toponymes ? D’accord. Vous l’aurez voulu.

Mervans : attesté Mervens en 1140, du nom d’homme germanique Merulfus accompagné du suffixe germanique –ing.

Louhans : attesté Lovingum en 878 puis Lauvingum en 915, du nom de personne germanique Leubo accompagné du même suffixe.

Saint-Vincent-en-Bresse : du nom du saint martyr en 304 à Valence (Espagne) accompagné du nom de la région, la Bresse, dont la toponymie est fort controversée : le gaulois *braco, « marais, marécage, boue » (DENLF*, TGF*, etc.), un hypothétique celtique *amb-, « autour de», Arar, « la Saône », et suffixe itia , désignant les populations vivant de part et d’autre de la Saône (DPPF*), le pré-indo-européen *bred, « bouleau » (DNLF*) et même une déesse gauloise Brixia (wiki) …

Champlécy : de l’oïl champ et plessis, « clôture formée de haies entrelacées ».

Charolles : Cadrella au XIè siècle, dérivé du latin quadrum, « carré », donnant *quadrella (villa), « (ferme) carrée » — Du Cange donne quadrellus (later) pour « (brique) carrée ». Il y a eu changement du suffixe –elle pour –olle. Le toponyme a donc bien quelque chose à voir avec une figure géométrique et le commentaire « mais ça, c’est plutôt vache ! » qui accompagnait cet indice était une allusion à la vache charolaise dont Charolles est le berceau.

CPA Charolles

Blanot : Blanuscus en 920, du nom d’homme gaulois Balanos et suffixe pré-celtique (ligure ?) –osc.

Fargès-lès-Mâcon : attesté Farges dès l’an mil. Il s’agit de l’évolution classique dans le Centre du latin fabrica, « atelier » puis « forge »

Mâcon : attesté Matisco chez César au Ier siècle av. J.-C., puis Matascone au VIè siècle et enfin civitas Masconis en 887. Plusieurs hypothèses ont été formulées : le ligure *mat, « montagne, forêt » (DENLF*) ; le gaulois *matu, « ours » (TGF*) ; le celtique apparenté au breton mad, « bon, excellent » (DNL*). Le site de la ville a amené P.-H. Billy (DNLF*) à proposer une dernière hypothèse  qui s’appuie sur la racine pré-indo-européenne *madi-to, « humide », qui a donné les latins mattus et matus, « humecté, humide, mou ». À ce radical a été adjoint un double suffixe ligure –isc-one remplacé au VIè siècle par un autre suffixe –asco toujours ligure, même si des formes en –iscone subsistent jusqu’au Xè siècle.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices

ce tableau de Patricia Labbé, intitulé À la ferme, devait faire penser, en faisant fi des couleurs, à la vache charolaise et à la poule de Bresse. À l’ouest de Mâcon se trouve le pays Charolais, fameux pour ses bovins de race charolaise à robe blanche. À l’est de Mâcon, de l’autre côté de la Saône, se trouve la Bresse réputée pour ses volailles blanches, les seules à bénéficier d’une AOC. C’est la seule région française qui peut s’enorgueillir d’un tel patrimoine agricole.

cette case de bédé dessinée par Gotlib ne valait que si on s’arrêtait sur le nom de l’inspecteur Charolles. Je l’ai trouvée si adaptée pour servir de maigre indice que je n’ai pas pu résister !

 

la photo de la tour Eiffel tordue devait faire penser aux clochers tors pour lesquels elle a déjà servi d’indice à propos de Saint-Bonnet-le-Froid en février de cette année. L’église de Mervans possède aussi un clocher tors. Ah! Ben oui, il faut suivre …

 

 

cette bouteille de vin de Bourgogne apparait comme indice chaque fois qu’il me semble nécessaire de réduire le champ des recherches à la Bourgogne. Ah! Ben oui, il faut suivre …