Il y a près de six ans, dans un article consacré aux bains, baignades et abreuvoirs, j’écrivais ce petit paragraphe :
Le latin bacca, [« vase à eau »], à rapprocher du celtique bacco, « auge, baquet », a donné quelques toponymes dans l’est de la France : La Bachasse ( à Ozolles, S.-et-L. et à Saint-Paul-en-Jarez, Loire ) et Les Bachasses ( à Cours-la-Ville, Rhône ) : il s’agissait vraisemblablement de désigner l’auge à bestiaux, l’abreuvoir. L’occitan bachàs a pu avoir un sens étendu à celui de « bassin, mare » qui explique le nom du Bachas, affluent de la Durance à Embrun ( H.-A.) et celui du col de Bachasson près de Romeyer ( Drôme ).
que je compte approfondir aujourd’hui.
Le premier sens du celte bacco est celui de « bassin, abreuvoir pour les bêtes, souvent fait de troncs d’arbres creusés pour recueillir l’eau », d’où l’occitan bachàs , « auge en bois ou en pierre pour abreuver les animaux », ses variantes bachal et bachat et ses dérivés bachasse et bachasson de sens très proches, qui ont pu désigner de simples creux de terrain qui récoltaient l’eau de pluie, comme des bassins. (Ci-contre, un bachas naturel en pierre à Balazuc, Ardèche). L’idée de creux humide est d’ailleurs présente dans le terme bache employé dans le Jura avec le sens de « terrain bas enfoncé humide », dans le terme bachère employé dans l’Ain avec le sens de « prairie marécageuse », dans l’adjectif de langue d’oïl bacheux et l’occitan bacous, « humide, marécageux ». Enfin, il convient de bien faire la distinction d’avec les termes bacha et bachade employés dans les Pyrénées pour désigner une descente, une pente ou la partie inférieure d’une montagne.
La forme simple bachas est à l’origine du nom de la commune Bachas (H.-G.) et de plusieurs lieux-dits Le Bachas (Orpierre, le Mônetier-les-Bains … H.-A. ; Nonières, Ardc. ; Bouvières, Chalancon … Dr. etc.). On la trouve également dans le nom de plusieurs cours d’eau, comme le Bachas (affluent de la Durance à Embrun dans les Hautes-Alpes – Bachacium en 1487), le Torrent du Bachas (Eygliers, H.-A.), le Ravin du Bachas (Bellaffaire, A.-de-H.-P.) etc. et dans celui de plusieurs reliefs comme le Ravin du Bachas (Pelvoux H.-A. et Méolans-Revel, A.-de-H.-P.), ou comme le Bachas (Le Chambon et Coux, Ardc.) quand le nom du « creux humide » est monté au sommet qui le surplombe. Une variante bachais se rencontre dans les Alpes avec le Bachais (Meylan, Is.), les Bachais (Combloux, H.-Sav.), le Col et la Combe du Bachais (Saint-Pierre-de-Chartreuse, Is.).

La forme bachat se retrouve principalement dans le Dauphiné et le Forez, où elle a eu initialement le sens d’auge et de bassin de fontaine. On trouve plusieurs lieux-dits (Le) ou (Les) Bachat(s) (Fontanes, H.-L. ; Saint-Chamond, Loire ; Meys, Rh. ; Rencurel, Is. ; etc.), un Grand Bachat (La Buisse, Is. etc.), un Bachat du Plan (Saint-Genest-Malifaux, Loire), le Bachat Bouloud ( un Village d’Enfants à Chamrousse, Is. – Bouloud, nom d’un ancien propriétaire) etc. Les cours d’eau sont représentés par la Fontaine du Bachat (Agnat, H.-L.), la Fontaine du Bachat Pinet (Corbonod, Ain), la Source du Bachat (Percy, Is.) et la Source du Grand Bachat (Vieu-d’Izenave, Ain.) tandis que les oronymes apparaissent avec le Col du Bachat (Le Monestier-du-Percy, Is.), la Combe du Bachat (Saint-Pierre-d’Allevard, Is.) et la Roche du Bachat (Freycenet-la-Cuche, H.-L.). On trouve également quelques noms au pluriel comme pour Les Bachats (Chaffal, Dr. ; Doranges, P.-de-D. etc.), le Ruisseau des Petits Bachats (D’Apremont, Sav.) et la Fontaine des Sept Bachats (Rimon, Dr.).
Plus rare encore, la forme bachal se retrouve dans les deux départements savoyards avec le Bachal (Pringy, La Clusaz … H.-Sav. ; Arvillard, Saint-Martin-de-Belleville, Sav.) la Combe du Bachal (Saint-Jean-d’Arves, Sav.) et le Plan du Bachal (Sainte-Foy-Tarentaise, id.).
L’adjectif bacheux apparait dans les noms du Bacheux, du Torrent du Bacheux et du Lac du Bacheux et, quand le nom est monté au sommet, dans celui de la Pointe du Bacheux (Saint-Étienne-de-Cuines, Sav). On trouve également quelques diminutifs : Bachet (Aubigny-en-Plaine … C.-d’Or ; Paris-l’Hôpital, H.-Saône etc.), les Bachets (Brizon, H.-Sav. ; Corbonod, Ain etc.) ou encore la Fontaine du Bachet (Marchamp, Ain).
Une forme collective en –ère, désignant, notamment dans le Sud-Ouest, un marécage ou un bourbier, apparait dans des noms comme Bachère (Montesquieu, L.-et-G. ; Dudas, H.-G. etc.), Bachéré (Cagnotte, Landes ; Lurbe-Saint-Cristeau, P.-A. etc.), la Coue de Bachères (Bordes-Uchenstein, Ariège – nom d’un lieu-dit « la queue de Bachères » monté au sommet à 2178 m), Bacheret (Navarenx, P.-A. etc.).
Le même bachàs est à l’origine de noms dérivés formés avec différents suffixes.
Le suffixe augmentatif –às est à l’origine de noms comme La Bachasse (Lachaux, P.-de-D. ; Pailharès, Ardc. ; Saint-Igny-de-Vers, Rh. etc) et Les Bachasses (Laviolle, Ardc. ; Roche, Is. ; Novalaise, Sav. etc.) ou comme celui du Ravin de Bachasse (Vallouise et Montmaur, H.-A.), du Ruisseau de la Bachasse (Chichilianne, Is. etc.), de la Source des Bachasses (Saint-Paul-sur-Ubaye et Méailles, A.-de-H.-P.) etc. Le même dérivé, diminué en –et, a fourni les noms de Bachasset (Montaud, Is. etc.), de la Fontaine de Bachasset (Presles, Is.), de la Combe des Bachassets (La Condamine-Châtelard, A.-de-H.-P.) et aussi du Torrent de la Bachassette (Oze, H.-A.) et du Col de la Bachassette (Saint-Auban-d’Oze, id.). Le même augmentatif –às associé à la forme bachal a fourni les noms d’un lieu-dit Bachalas avec le Mont du Bachalas à Cornillac (Dr.) et d’un lieu-dit Bachalas à Sainte-Colombe-de-Peyre (Loz.).

Ligne de tramway, place de la Bachasse à La Grand-Croix (Loire) en 1908
Une autre forme augmentative est à l’origine du terme bachelard qui désigne un large torrent en Ubaye, d’où le nom du Bachelard, un affluent de l’Ubaye, qui a creusé les Gorges du Bachelard à Uvernet-Fours (A.-de-H.-P.) – un nom à ne pas confondre avec le patronyme Bachelard, synonyme de bachelier, qui a fourni quelques toponymes.
Un diminutif en –on est à l’origine des noms de Bachasson (Sainte-Eulalie et La Chapelle-sous-Chanéac, Ardc. . Meyreuil, B.-du-R. ; Bourg-Argental, Loire etc.), du Ravin et du Col du Bachasson (Montmaur, H.-A.), des Bachassons (Devesset, Ardc. etc.), du Pas des Bachassons (un col à 1913 m au-dessus de Gresse-en-Vercors, Is.) etc. Avec une orthographe conforme à la prononciation occitane, on trouve Le Bachassou (Condat, Cant. ; Saint-Genest-Malifaux et Montregard, Loire ; Mornans, Dr. ) et Les Bachassous (Saint-Pal-de-Mons, H.-L. ; Borée, Ardc.).
La forme collective en –ier, beaucoup plus rare, se retrouve néanmoins dans les noms de Bachassier (Chabeuil et Roussel-les-Vignes, Dr.) et de Bachassière (La Chapelle-du-Châtelard, Ain).
Enfin, il faut noter que nombre de ces noms ont pu devenir des patronymes, comme par exemple celui de Jean-Pierre Bachasson, comte de Montalivet, ministre de l’Intérieur de Napoléon Ier.

La devinette
Il vous faudra trouver un hydronyme de France métropolitaine composé de deux mots séparés par une préposition dont le premier est un nom générique de cours d’eau et le deuxième est lié au mot du jour.
Ce nom est celui du cours supérieur d’une rivière qui en porte un second dans son cours moyen et un troisième jusqu’à son confluent. Le second nom mentionne celui d’une montagne arrondie toute proche et le dernier nom, qui indique que la rivière est calme et guéable par endroits, est à l’origine du nom d’une commune qu’elle arrose, avec une orthographe légèrement différente.
L’hydronyme à trouver est, lui, situé dans une commune dont le nom est composé de celui d’un homme germanique lié par une conjonction de coordination à un nom d’arbre caractéristique de la région.
Cette commune a été citée plusieurs fois sur ce blog, notamment à propos d’un cours d’eau portant le même nom générique que celui à trouver mais associé à un animal sauvage ainsi qu’à propos d’une auberge.
Le chef-lieu de canton porte le nom du relief où il est situé précédé d’un adjectif qualificatif.
Un indice, pour la rivière et pour le canton :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr