Pempadouyre à Saint-Cirgues-de-Jordanne (Cantal) : la répàladev.

Un Intrus et LGF sont restés les seuls à avoir résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !devinette.

Il fallait trouver le lieu-dit Pempadouyre à Saint-Cirgues-de-Jordanne du canton de Vic-sur-Cère, dans l’arrondissement d’Aurillac, en pays Carladès, dans le Cantal.

Saint-Cirgues-de-Jordanne, ici :

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Pempadouyre, là :

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La toponymie

Pempadouyre : on reconnait sans difficulté dans le nom de cette hauteur (1289 m) une variante féminine du pompadour étudié dans le billet.

Saint-Cirgues-de-Jordanne :

Saint-Cirgues : attesté parrochia S. Circi en 1370,  du nom gréco-latin Cyricus, de deux martyrs du IVè siècle, «  l’un à Tarse et l’autre à Alexandrie. Il semble que ce soit au premier, plus connu, que l’on doive la majorité des toponymes en France » (cf. ce billet).

Jordanne : cet affluent de la Cère en aval d’Aurillac, est attesté  Jordana en 1298, féminin de l’hydronyme Jourdain, latinisé Jordanus, importé de Palestine par les Templiers au temps des Croisades. On connait une autre Jordanne, affluent de la Colagne en Lozère et Le Jourdan, affluent droit du Rhône à Culoz (Ain), attesté meridie Jordanis en 1135.

Vic-sur-Cère : ce nom remplace celui de Vic-en-Carladès, formé avec le nom du pays historique.

Vic : attesté simplement Vicus en 1307. Il est très peu probable que Vic ait été un vicus d’époque mérovingienne ; le toponyme paraît plutôt désigner dès l’origine le village médiéval au pied du château. Pour vicus, voyez ici et là.

Cère : ce nom est une variante féminine de la racine hydronymique pré-celtique * ser , « couler, se mouvoir rapidement et violemment.

Carladès : le nom de ce pays est formé sur celui de sa ville principale, Carlat, accompagné du suffixe issu du latin –ensem. La première attestation écrite est celle de castrum Cartilatum en 839, suivie de ministerio Cartladense 927, Carlacum 1279 et vicomté de Cardelat 1475. Le nom du château est issu de celui d’un homme gaulois Caratillus accompagné du suffixe locatif gaulois –ate. Il s’agissait d’une vicomté commandée depuis le château de Carlat, lequel fut démantelé sous Henri IV. Louis XIII en fit un comté qu’il donna à la famille Grimaldi afin de la remercier pour son alliance et la dédommager de la perte de ses seigneuries en Espagne.

Aurillac : attesté Aureliacus en 984, du nom d’homme latin Aurelius diminutif d’Aurius, lui-même d’aureum, « or ».

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Les indices

indice a 22 12 2024 ■ cette pièce de vingt francs-or à l’effigie de Cérès devait orienter vers la Cère dont le nom est expliqué par la légende suivante : « une petite nymphe avait permis à Cérès, la déesse des moissons, de retrouver sa fille emportée aux enfers par Pluton. Aussi, quand la nymphe se trouva menacée par Apollon, Cérès vola à son secours et la transforma en une rivière qu’en souvenir on appela la Cère » (wiki). Le métal utilisé, l’or, devait faire penser à Aurillac.

indice a 24 12 2024 ■ il fallait reconnaitre le monogramme de Gabriella Grimaldi, comtesse de Carladès.

L’indice du mardi 24 décembre 2024

LGF vient à l’instant de me donner la réponse à ma dernière devinette, qu’il en soit félicité !

L’heure inhabituellement précoce de ce billet est due, mais vous l’avez deviné, aux festivités familiales qui ne devraient pas tarder à commencer.

L’énoncé de la devinette était le suivant :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots du jour [pompidou, pompadour et trépadou].

Le nom de la commune où il se situe est un hagiotoponyme accompagné du nom de la rivière qui l’arrose, lequel vient de loin. Ledit hagiotoponyme et ses variantes ont été étudiés sur ce blog.

Le nom du chef-lieu de canton est composé d’un terme générique désignant un ensemble d’habitations suivi du nom de la rivière qui l’arrose qui a remplacé le nom du pays. Ledit pays, une ancienne vicomté, porte un nom formé sur celui de sa ville principale, lequel est issu de celui d’un homme gaulois.

Le château d’où était gouvernée cette vicomté fut démantelé par un roi de France puis la vicomté fut offerte par le suivant à une famille qui en conserve toujours le titre.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement est issu d’un nom d’homme latin accompagné d’un suffixe bien connu.

Voici un indice pour le chef-lieu de canton et pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice a 22 12 2024

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L’ indice du mardi :

■ pour le pays :

indice a 24 12 2024

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Je vous souhaite un joyeux Noël !

Pompidou, pompadour et trapadou

Je m’intéresse aujourd’hui à trois toponymes occitans désignant des lieux situés en hauteur : Pompidou, Pompadour et Trapadou.

Devenu nom de famille bien connu, Pompidou est avant tout un toponyme dont nous connaissons bien trois exemplaires : une commune de Lozère, un lieu-dit de Glénat dans le Cantal et un autre près de Millau dans l’Aveyron, sur un rebord du Larzac :

  • en Lozère, Le Pompidou (mansum de Pompidor en 1266) est sur un bas de pente mais l’histoire locale nous apprend que le vieux Pompidou se trouvait sur les hauteurs ;
  • dans le Cantal, le Pompidou (Pompidor en 1324) est un hameau à flanc de butte dont certaines maisons sont au sommet ;
  • à Millau, Le Pompidou domine les gorges de la Dourbie.

Se basant sur ces situations en hauteur, Charles Rostaing a proposé pour Pompidou une racine pré-latine *pom-p ayant un sens oronymique, racine tombée dans l’attraction de pompidor (poumpidou dans le TdF*), terme occitan signifiant « palier », d’où par métonymie « maison ayant un beau palier ».

Sans doute n’est-il pas nécessaire d’aller jusque là et, sans en rester au sens littéral de pompidor, « palier », peut-être faut-il considérer, avec Ernest Nègre (TGF*) et Jacques Astor (NLFMF*), que la situation des fermes en hauteur (sur le versant supérieur, à mi-versant ou sur la bas du versant) a inspiré l’image du palier, du repos d’escalier, pour désigner une surface plane entre deux montées.

Hors les récents toponymes rendant hommage à l’ancien président de la République, il existe une douzaine de Pompidou dans le sud du Massif Central et deux Pompidor (à Narbonne, Aude et à Ortaffa, P.-O.).

Une variante de pompidor apparait avec pompadour, qu’on trouve par exemple dans le nom du hameau Pompadour de la commune d’Arnac-Pompadour en Corrèze. Ce doublet pompidor / pompadour est calqué sur un ancien doublet pompir / pompar : « frapper du pied en marchant », inclus dans le sens « palier, repos d’escalier » par le bruit que font les pas sur le plancher (on connait encore de pompir la variante bombir, « frapper rudement ; frapper des pieds en marchant », mais on ne connait plus de pompar dans ce sens que la variante bombar, par exemple dans bombar la porte, « claquer la porte »).  Pompadour est sur une hauteur où de nombreux ruisseaux prennent leur source : on peut voir dans ce nom, là aussi, une métaphore servant à évoquer une situation d’habitations en hauteur. Hormis les toponymes rappelant la célèbre marquise, on trouve encore deux autres Pompadour, en Haute-Vienne, à Peyrillac et à Aixe-sur-Vienne. Notons encore une forme féminine pompidoira que l’on retrouve par exemple dans le nom des Pompidoires à Montbazens (Av.) et dans celui des Pompadouyres à Perpezac-le-Blanc (Corr.).

L’occitan trepador, « palier, repos d’escalier » et pompidor se rejoignent par leurs racines : pompir, on l’a vu, parle du bruit fait en marchant ; trapar (du germanique *trippôn, « sauter ») signifie « piétiner, marcher vigoureusement, trépigner, sauter, danser ». F. Mistral (TdF*) donne la définition suivante du trepadou : « lieu foulé aux pieds; endroit où les enfants prennent leurs ébats, trottoir, palier, repos d’escalier, seuil ». Les noms de lieux qui en sont issus désignent des hameaux, des fermes, trouvant une zone relativement plate pour s’installer en des lieux escarpés [ben oui, si c’est tré padou c’est que c’est très dur à gravir] comme, par exemple :

  • Trépadous, à Arphy (Gard) où on accède par une route en lacets ;
  • le Trépadou, à Sainte-Marguerite-Lafigère (Ardc.), un replat au-dessus du village ;
  • le col du Trépadou au nord de Graissessac (Hér.) ;
  • Les Trépadoux, à Lauroux (Hér.), sur le versant nord-ouest du plateau de Grézac ;
  • Trépaloup (qui a subi l’attraction de lop, « loup »), un sommet au nord-est de Saint-Laurent-les-Bains (Ardc.).

On connait une variante trapadou qui apparait dans les noms du Trapadou à Alzonne (Aude) et des Trapadoux à Saint-Préjet-d’Allier (H.-L.).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots du jour.

Le nom de la commune où il se situe est un hagiotoponyme accompagné du nom de la rivière qui l’arrose, lequel vient de loin. Ledit hagiotoponyme et ses variantes ont été étudiés sur ce blog.

Le nom du chef-lieu de canton est composé d’un terme générique désignant un ensemble d’habitations suivi du nom de la rivière qui l’arrose qui a remplacé le nom du pays. Ledit pays, une ancienne vicomté, porte un nom formé sur celui de sa ville principale, lequel est issu de celui d’un homme gaulois.

Le château d’où était gouvernée cette vicomté fut démantelé par un roi de France puis la vicomté fut offerte par le suivant à une famille qui en conserve toujours le titre.

Le nom du chef-lieu d’arrondissement est issu d’un nom d’homme latin accompagné d’un suffixe bien connu.

Voici un indice à deux coups, pour le chef-lieu de canton et pour le chef-lieu d’arrondissement :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Carabols à Bournazel (Aveyron) : la répàladev

Un Intrus et LGF sont les seuls à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Carabols, un lieu-dit de Bournazel du canton d’Enne et Alzou (chef-lieu Aubin) dans l’arrondissement de Villefranche-de-Rouergue, en Aveyron.

Bournazel, ici :

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Carabols, là, en haut à droite :

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La toponymie

Carabols : ce nom est formé sur la base *kar-avus comme pour Charavel à Sabran (Gard), Vienne (Is.), Lablachère (Ardc.), Usinens (H.-Sav.) etc. ou comme Charavau à Vernoux-en-Vivarais (Ardc.) vus dans le billet. Carabols est déjà présent sur la carte de Cassini (feuille 16, Rodez, 1781) avec la même orthographe :

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Bournazel : ce nom est issu d’un pré-latin *born accompagné du double suffixe –ic-ellu, à valeur diminutive, soit « petite source » (DENLF*, ONLF*, DNFLMF*, TT*, NLEF*). La forme ancienne Bornazellum (1386) a fait émettre l’hypothèse d’un diminutif du nom de lieu Bournac (TGF*)d’une ancienne commune aujourd’hui intégrée à Saint-Affrique (Av.), laquelle est attestée Bornacus en 1326, du nom de personne gaulois Burnus et suffixe –acum (NLCEA*). On est en droit de douter de cette hypothèse quand on constate que le toponyme Bournazel(s) apparait cinquante-trois fois, y compris les communes de l’Aveyron et du Tarn : il est plus raisonnable d’envisager cinquante petites sources plutôt que cinquante « petite Bournac » …

Le reste avait été vu lors d’une récente répàladev concernant le lieu-dit Pichoultres à Auzits (Av.) et je le recopie allègrement :

canton d’Enne et Alzou :

Enne : le nom de ce cours d’eau pourrait être issu de la racine hydronymique pré-celtique *en , à rapprocher de l’irlandais en, « eau », à l’origine par exemple du nom de l’Ain.

Alzou : plutôt que le gaulois *alisa, « aulne », qui pouvait désigner un lieu humide, il faut sans doute voir dans ce nom un dérivé de la base oro-hydronymique pré-indo-européenne *al rallongée par le suffixe -(i)sone, comme pour l’Alzon dans le Gard ou les nombreux Auzon (Hér., Lot, Tarn, A.-de-H.-P., Gard, H.-L., P.-de-D.).

Aubin : sans surprise, le nom de cette commune est issu du nom d’homme latin Albinus, non suffixé.

Villefranche-de-Rouergue :

♦ comme son nom l’indique, Villefranche était … une ville franche (vues ici).

Rouergue : le nom du pays est attesté in Roteneco en 629-37, in pago Rutenico en 640-47. Il s’agit d’une formation du haut Moyen Âge sur le nom ancien de son chef-lieu Rodez, Ruteni muni du suffixe latin –icu, sur le nom des Rutènes qui l’occupaient. Les attestations ultérieures montrent bien l’évolution phonétique : *Rutenicu donne Rodanege attesté avant 1105 puis Rodengue en 1150, Rodergue en 1132 et Roergue en 1129 d’où est issue la forme française Rouergue dès 1512. Le nom des Rutènes serait formé du préfixe augmentatif celtique– (formé par la perte du p– initial de *prŏ-, « en avant », « devant ») suivi du thème celtique *tēno-, « chaleur, feu » (de *tepno-, issu d’une racine indo-européenne *tep-, « chauffer ») et pourrait signifier « les très chauds ou très ardents (guerriers) » (Jacques Lacroix, Le nom des Rutènes, Revue des études-anciennes, 2013, t. 115, n°1, p. 51-70. – en ligne).

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La Promenade du Guiraudet

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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Les indices

■ les guerriers « qui se distinguaient dans le feu du combat » :  les Rutènes, dont le nom signifie « les très chauds ou très ardents » (cf. ci-dessus).

indice a 15 12 2024 ■ cette planche concernait le buis, Buxus sempervirens, qui devait faire penser à la famille Buisson de Bournazel dont la devise était Semper virens et dont les armes parlantes sont ornées d’un buisson : Coupé, en chef d’argent, au lion issant, lampassé de sable ; en pointe d’or, au buisson de sinople, terrassé de même

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Par ByacC — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=19838268

■ la lampe de mineur utilisée comme cul-de-lampe : pour le passé minier du canton et de son chef-lieu, Aubin, où eut lieu, le 8 octobre 1869, une fusillade qui inspira deux poèmes à Victor Hugo et un épisode de Germinal à Émile Zola.

Aux sources de la Country music

Depuis le temps que ça me trottait dans la tête, j’ai fini par l’écrire ! Ce billet, sans rapport avec la toponymie, concerne un genre musical dont je parle assez souvent ici, la musique country, dont j’essaye de retracer les origines et l’histoire jusqu’aux années soixante. Je ne surcharge pas ce billet de liens, faisant confiance à chacun pour trouver sur la toile ce qu’il cherche et souhaite approfondir. En revanche, vous pourrez écouter, en cliquant sur ces notes ♫, des chansons que j’estime représentatives de ce dont je parle (en respectant dans la mesure du possible les dates d’enregistrement – mais tout n’est hélas pas disponible sur la toile et le choix des titres n’a pas été des plus faciles, soyez donc indulgents !).

Prêts ? En avant ! ou plutôt Let’s go !

Après sa « découverte », l’Amérique du Nord attire des populations venues du monde entier, chacune apportant ses traditions musicales, chantées et dansées. C’est la juxtaposition de ces mondes musicaux variés qui va donner naissance au folklore américain.

Les premiers explorateurs, traceurs de routes, négociateurs de traités avec les Amérindiens, bâtisseurs de villages aux confluents des rivières … sont Espagnols et Français. Ils laisseront les traces de leurs cultures sur le sol américain (ne serait-ce que dans la toponymie).

Ils sont progressivement remplacés par des colons venus des Îles Britanniques. Au Nord s’installe une colonisation plus anglaise qu’au sud, où se trouvent les grandes plantations de coton, canne à sucre et tabac. Là, ce sont les colons irlandais et écossais, sujets de seconde zone de la couronne britannique, qui dominent. Les compagnies coloniales, leur faisant miroiter liberté et fortune, leur avance les frais de la traversée transatlantique qu’ils rembourseront en travaillant durant sept ans. Mais, sur place, misérablement logés et quasiment serviles, ils doivent encore acheter denrées et matériels nécessaires aux magasins de la compagnie. Cette déportation déguisée a des conséquences : de nombreux conflits et révoltes recréent la situation des Îles Britanniques. Beaucoup s’enfuient, notamment dans les Appalaches qui leur rappellent leurs contrées d’origine. Une philosophie anti-anglaise s’installera progressivement dans le Sud, alimentée par ces Écossais et Irlandais. Elle se transformera progressivement en un sentiment anti-Yankees, ces gens des États du Nord qui recréent les manières aristocratiques anglaises à Boston ou Philadelphie. Ce sentiment culminera dans la Guerre de Sécession. Quoi qu’il en soit, ce sont ces populations celtiques qui apportent sur le nouveau continent de très fortes traditions musicales aux racines millénaires et qui constituent la base essentielle de toutes les musiques populaires américaines.

Ces musiques traditionnelles « celtiques » vont se vivifier, s’enrichir et se modifier au contact des esclaves noirs amenés d’Afrique au XVIIIè siècle. En effet, les compagnies coloniales et les planteurs, lassés par le tempérament conflictuel voire belliqueux des Écossais et des Irlandais, adoptent la solution esclavagiste pour se fournir en main d’œuvre. Ces Africains, d’abord venus de sa façade ouest  puis de l’ensemble du continent, apportent avec eux leurs cultures musicales, là aussi très variées. Mais leurs approches du rythme, de la polyphonie, de la danse et du chant modifient profondément le socle traditionnel celtique qui prévaut dans les États du Sud.

Les chants de marins, les Sea shanties, en colportant ce folklore américain en gestation, jouent également un rôle essentiel.

Les Églises, avec leurs cantiques chantés, sont aussi au cœur des folksongs américains. La stratégie d’évangélisation mise en œuvre par les Wesleyens notamment, qui utilise le chant et la musique avec la mise en chanson des Évangiles selon un canevas de trois accords dominants afin d’en faciliter la mémorisation, jouera un rôle important : on retrouvera cette règle des trois accords dans toute l’Amérique du Nord. De même, la pratique de l’harmonie vocale venue des chœurs d’églises se retrouve dans les folksongs.

Il ne faut pas oublier les Amérindiens, qui n’ont pas disparu sans laisser de trace. Bien au contraire, les Cherokees, les Choctaws, les Séminoles et quelques autres ont constitué la majorité de la population au moins jusqu’au milieu du XIXè siècle dans les États du Sud. Ils y accueillaient les esclaves noirs en fuite qui se mariaient avec des Indiennes et se fondaient dans la communauté. L’apport des rythmes, danses, traditions musicales de ces populations dans le folklore américain n’est pas négligeable.

Plus au nord, en Nouvelle-Angleterre, c’est la transposition américaine de la musique des salons bourgeois anglais qui permet l’éclosion de chansons originales, d’abord de simples bluettes plutôt compassées mais parfois, et de plus en plus, des textes-pamphlets à fort caractère politique et social. Ce sont ces salons bourgeois américains qui seront à la pointe du combat pour l’indépendance. Les chansons qui y sont élaborées deviennent également de plus en plus anti-Sudistes au fur et à mesure que s’approche la confrontation armée avec le Sud esclavagiste. D’une certaine façon, on peut dire que les folksingers des années 60 (Dylan, Van Ronk, Paxton, Ochs) sont les héritiers de cette tradition Yankee.

Après la Guerre de Sécession, tandis que le Nord s’industrialise à marche forcée, c’est dans les États du Sud, ruinés par le conflit, misérables, rongés par la ségrégation raciale, que se trouvent les viviers de la chanson folklorique américaine et aussi dans les territoires de l’Ouest, la Frontière, dont les pionniers et les conducteurs de troupeaux chantent la conquête.

Dans le Sud, où durant deux siècles les échanges culturels entre esclaves et maîtres ont été considérables, le folklore se diversifie et se professionnalise à la fin du XIXè siècle. Des spectacles itinérants sillonnent le territoire, s’arrêtent dans les bourgades et drainent des foules considérables : ce sont les minstrels shows. On y présente des saynètes, des acrobates et des jongleurs et énormément de musique et de danses. On y voit également des numéros de blackface qui permettent de proférer des jurons, de chanter des versets obscènes … et qui ont énormément de succès.

Les medicine shows, où un charlatan bonimenteur vend toutes sortes de produits miracle, présentent également des numéros où on joue beaucoup de musique. Enfin, un nouveau type de chanteur-musicien professionnel s’affirme dans le Sud, le songster. Avec son banjo, son violon, bientôt sa guitare (importé du Mexique, cet instrument se répand vers la fin du XIXè siècle), il tente d’échapper à la misère grâce à son talent, en sillonnant les campagnes à la recherche d’un auditoire. Le songster va de campements d’ouvriers qui construisent les routes à ceux qui posent les rails, à ceux qui élèvent des digues, à ceux qui récoltent la térébenthine dans les forêts ou tout simplement de ferme en ferme. Véritable troubadour sudiste, le songster joue un rôle considérable dans la professionnalisation de la musique folk. Il colporte d’une région à l’autre des chansons, des thèmes, des idées musicales. Il est souvent noir et, au fur et à mesure que le siècle s’avance, il compose tout autant qu’il interprète : ces chansons originales, de valeur communautaire, prennent le nom de blues. C’est également à cette époque que des émigrés allemands et d’Europe centrale ont apporté la technique du yodle dont s’empareront les songsters et que l’on retrouvera par la suite dans de nombreuses chansons.

On voit donc que, de ce fonds sudiste, ont surgi au début du XXè siècle, des formes de ballades populaires partout appréciées : blues et Country Music.

La première Country Music est donc la fidèle continuation de la tradition musicale élaborée durant l’époque des plantations esclavagistes. Cette vieille Country Music, pratiquée par les Hillbillies (c’est-à-dire les « péquenots », les petits blancs sudistes) mais dans laquelle l’apport noir est considérable même si indéchiffrable, est plus pudiquement qualifiée aujourd’hui du terme d’Old-Time Country. C’est principalement dans ce domaine, mais aussi dans celui du blues et celui de l’Ouest, que le mouvement folkloriste puisera, à partir des années 1930, l’essentiel de son inspiration et se répandra du Sud au Nord.

Cette allégeance des Nordistes au folklore sudiste est tout-à-fait paradoxale. En effet, les initiateurs du courant folkloriste, autant courant de pensée que courant musical, développent une idéologie progressiste, anti-raciste, syndicaliste, souvent socialisante voire proche du Parti Communiste américain, bien loin du « petit blanc sudiste ». Au départ, ce courant folkloriste est essentiellement limité aux milieux intellectuels new-yorkais.

S’il faut chercher un précurseur à ce mouvement folkloriste, ce sera Joe Hill (de son vrai nom Joel Hagglund), un Scandinave qui émigre aux États-unis en 1901. Docker, marin, syndicaliste, trimardeur anarchiste, Joe Hill écrit des dizaines de chansons de protestation (compilées dans un recueil intitulé « Chansons pour attiser les flammes du mécontentement ») qui deviennent immensément populaires pour célébrer et attiser luttes et grèves, y compris dans les prisons. Le patronat ne pourra pas laisser passer ça et Joe Hill sera finalement accusé d’un meurtre qu’il n’a probablement pas commis et fusillé à Salt Lake City le 19 novembre 1915. Sa méthode plus encore que son œuvre ont guidé toute la génération des folksingers à venir, à commencer par Woody Guthrie.

Durant les années 30, des intellectuels progressistes de New York comme le Dr Charles Seeger ou Alan et John Lomax s’enthousiasment à l’écoute des premiers disques de musique Hillbilly, comme ceux de la Carter Family , de Dock Boggs ou de Clarence Ashley . Ils y voient une musique spontanée – le folk – non polluée par des visées mercantiles, opposée à celle concoctée par le show business de Tin Pan Alley ou Broadway. Reflétant l’âme de l’Amérique laborieuse, elle transporte, toujours selon eux, les germes de la révolution sociale qu’ils appellent de leurs vœux. La pureté supposée de cette chanson populaire ne saurait également tolérer la moindre compromission avec le progrès technologique : le courant folk sera ainsi totalement acoustique, preuve supplémentaire d’authenticité populaire.

À partir des années 40, ce courant musical et idéologique folkloriste prend une nouvelle ampleur, toujours à New York, autour de Pete Seeger (le fils du Dr Charles Seeger), Burl Ives (qui deviendra comédien à Hollywood), Moses Asch (créateur du label indépendant Folkways), Lee Hayes (un des fondateurs du premier groupe folk commercial, les Weavers ). Ils animent des soirées appelées hootenannies, autant syndicalo-politiques que musicales, où on chante des ballades folk sudistes collectées et transposées par les Lomax ou les Seeger. D’abord confidentiel, ce mouvement prend de l’ampleur et attire un public militant de plus en plus nombreux dans les clubs de Greenwich Village. Viennent s’y produire d’authentiques musiciens du terroir venus du Sud-Est ou même de l’Ouest : Josh White, un blues-man et chanteur de spirituals avec une conscience sociale aiguë ; Brownie Mc Ghee et Sonny Terry ; Alec Seward ; Leadbelly, un immense songster noir ; Cisco Houston … et surtout Woody Guthrie .

Woody Guthrie, auteur-compositeur-interprète multi-instrumentiste, a été chassé de l’Oklahoma par le dust bowl vers la Californie des Raisins de la Colère. Il y trouve une économie fruitière qui fait de l’exploitation des travailleurs migrants l’axe principal de sa prospérité. Il se place au cœur des luttes sociales, s’oppose aux milices des fruitiers ou à la complaisance des policiers de l’État californien. Il y gagne très vite une réputation de redoutable agitateur. Ancré dans la tradition de l’Old Time country comme un authentique hillbilly, il est, à l’instar de Joe Hill, une sorte de barde anarchiste, compositeur de chansons protestataires qui finissent par attirer l’attention des folkloristes new-yorkais. Après de nombreuses péripéties (dont une commande de l’État fédéral pour vanter la constructions de barrages de l’Ouest !), certains grands labels lui proposent des contrats d’enregistrement juteux. Au lieu de les accepter (c’est son cousin Jack Guthrie qui les acceptera et qui deviendra une autre vedette de la Country Music), il quitte la Californie et s’installe à New York, où il devient vite un des favoris de Greenwich Village. Son folklore protestataire, mais aussi ses interprétations très personnelles de thèmes traditionnels, auront une influence majeure sur les futurs folksingers. Ces derniers, issus des campus étudiants des Universités nordistes, ont fait de la pratique folk acoustique un art de vivre, un acte de foi, un geste de protestation. Les milieux folkloristes new-yorkais et leurs protégés sudistes – qui ont tous souffert du Mac Carthysme – sont leurs modèles et particulièrement Woody Guthrie dont le jeune Robert Zimmerman, le futur Bob Dylan, fera son modèle.

Au début des années 60, un véritable Folk Boom, parti des campus, envahit l’Amérique et devient une alternative crédible aux Variétés. Croyant réhabiliter l’âme pure des pionniers de l’Amérique, le Folk Boom – qui deviendra très vite partie intégrante du show-business – ramène en fait pour l’essentiel aux traditions musicales sudistes. Mais ce paradoxe n’est qu’apparent. La très grande majorité, pour ne pas dire la totalité, des premiers folksingers n’imaginaient guère enregistrer une « œuvre » et ne se vivaient pas comme des artistes professionnels. Malgré tout, leur œuvre simple et brute a eu une influence considérable sur le développement de la musique populaire, en Amérique et dans le reste du monde, Country Music d’abord puis Folk et Rock.

Parallèlement à ce mouvement country-folk et dès les années 40 apparaît le style particulier qu’on appellera bluegrass. C’est Bill Monroe, originaire du Kentucky, le Bluegrass State, l’« état de l’herbe bleue », qui en est à l’origine, en adaptant les airs de l’old-time country nés dans les Appalaches au public moderne. Le groupe qu’il fonda alors s’appela The Blue Grass Boys

En même temps, apparaît le honky tonk, du nom du style de bars des États du Sud-Ouest où ce style est né dans les années 30 . Très rythmé, gai et dansant, le honky tonk, même s’il puise aux mêmes sources, est souvent opposé au bluegrass, ne serait-ce que par la présence quasi constante du piano (qui influencera notablement le boogie-woogie).

that's all folks

 

PS Je me suis largement inspiré, pour écrire ce billet, de La Country Music par Gérard Herzhaft (coll. Que sais-je ?, éd. PUF, 2010) et de Folksong par Jacques Vassal (Albin Michel, 1971).

Les indices du mardi 17 décembre 2024

Un Intrus est le seul à avoir résolu ma dernière devinette. Félicitations !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots étudiés dans le billet [lésine, garagaï et caraven].

La commune qui l’abrite doit son nom à une petite source.

Un lieu-dit d’une autre commune du même canton et du même arrondissement a fait l’objet d’une devinette sur ce blog, ce qui m’empêche de vous parler de leurs noms au risque de vous rendre la tâche trop facile.

Le pays doit son nom à celui de guerriers qui se distinguaient dans le feu du combat.

Un indice pour un château de la commune :

indice a 15 12 2024

logo mineur

Les indices

■ l’indice ci-dessus concerne plus particulièrement les armes et la devise des bâtisseurs du château.

■ le chef-lieu du canton porte un nom contrastant avec ce qui a longtemps fait vivre, plutôt mal, ses habitants.

■ un évènement tragique qui se déroula dans ce même chef-lieu de canton a inspiré deux célèbres écrivains français.

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Lésine, garagaï et caraven.

Après le scialet, le tindoul et le chourum vus dans un précédent billet, je m’intéresse aujourd’hui à trois nouveaux mots désignant eux aussi un gouffre, une crevasse, un trou dans les rochers … Il s’agit de la lésine, du garagaï et du caraven. Ne cherchez pas ces mots dans vos dictionnaires habituels, ils n’y figurent pas : ce sont des régionalismes tombés en désuétude dont des toponymes gardent les traces.

Lésine

Une lésine est définie dans le FEW* (XXI, 21b) comme étant « une crevasse dans le sol, une fente dans les rochers » en Franche-Comté et notamment dans le Jura. L’étymologie est incertaine mais le FEW* fait un rapprochement avec un adjectif bas-latin ledena, « plein de crevasses » (probablement sur le verbe lædo, lædere, « blesser, endommager »). Le glossaire de Pégorier (GTD*) mentionne lesena et lesine, « fente, crevasse en terrain calcaire » dans le Jura ainsi que la variante lazines, « fentes verticales du terrain qu’on rencontre sur la montagne aux environs de Pontarlier » (Doubs). Il existe d’autres variantes comme nous allons le voir.

Dans le seul département du Jura, on compte 26 toponymes du type (La) Lésine ou (Les) Lésines et 23 du type (La) Lézine ou (Les) Lézines, parfois complétés par un déterminant comme La Grande Lésine, Lésines de la Courbe et Lésines sur Champs Palards à Lect ou comme La Lézine du Tilleul aux Coteaux-du-Lizon, La Lézine à Billard et La Lézine à Toulain, à Mont-sur-Monnet. Les autres toponymes du même type se retrouvent dans les départements voisins de Franche-Comté comme le Chemin des Lézines à Yrouere (Yonne) et La Lésine à Béguet (Doubs)  ainsi qu’en Auvergne-Rhône-Alpes comme dans l’Ain avec huit Lésine(s) et neuf Lézine(s) et la Savoie avec La Lésine à Barberaz et neuf Lézine(s) ou Lézinette(s).

Curieusement, la forme lazine, pourtant mentionnée dans le Pégorier, ne se retrouve qu’à cinq exemplaires dans le Jura dont le Lazinet de la Herce à Saffloz, un seul exemplaire dans l’Ain avec Derrière les Lazines à Brénod et un seul autre dans le Doubs avec Les Lazines à Villers-le-Lac.

On trouve enfin quatre Laisines dans le Jura (Maisod, Gillois, Doye et Morbier), un Près des Laisines dans le Doubs (à Boujailles) et un Derrière le Laisinet dans le Jura (Le Frasnois) auxquels on peut ajouter sept Laizines dans le Jura, dont Aux Laizines Bœuf à Thoiria.

Garagaï

Le FEW* (XXI, 20b) comme le TdF* définissent garagaï comme un « gouffre, un abîme », pour une région allant du Bas Dauphiné à la Méditerranée. Le Pégorier (GTD*) précise qu’il peut aussi s’agir d’une « dépression où se perdent les eaux ». L’étymologie en est incertaine mais il ne fait guère de doute qu’elle soit basée sur la racine pré-indo-européenne *gar évoquant le rocher.

Ce sont les oronymes qui sont le mieux représentés. Le crêt de la Sainte-Victoire en a au moins  deux célèbres, le Garagaï à Saint-Antonin-du-Bayon (B.-du-R.) et le Garagaï de Cagoloup (faut-il traduire ?) plus à l’est, à Vauvenargues (id.).

pastis-garagai-Il n’y a pas de trou que normand ! (clic)

Il en existe une dizaine d’autres, dont des lieux-dits, principalement dans les Alpes-Maritimes comme le Garagaï à Gourdon et dans le Var comme le Garagaï du Signoret à Méoune-lès-Montrieux ou les Garagaïes à Barjols, sans oublier la Plaine de Garagaï à Montagnac-Montpezac (A.-de-H.-P.). Une forme avec y final se voit dans le nom de Garagay à Vinon-sur-Verdon (Var) et à Saint-Paul-de-Vence (A.-M.). Ajoutons enfin la curieuse orthographe Le Guaraguay pour un quartier de Venelles (B.-du-R.) que F. Mistral (TdF*) écrit plus simplement Lou Garagaï.

On connait également une variante avec –rr– signalée dans le FEW avec le sens de « gouffre, bourbier profond » dans le Bas-Dauphiné. On trouve ainsi le Garragaï (ou Garraguai) à Pourcieux (Var), le Garragay à Montfort-sur-Argens (Var) et les Garragay Est et Garragay Ouest à Castellane (A.-de-H.-P.).

Caraven

Le FEW* (XXI, 20b) définit le languedocien caraven comme un « précipice », un « gouffre creusé par les eaux », définitions reprises dans le TdF* qui ajoute les formes calaven et carafon. Étymologiquement, nous sommes en présence de dérivés de la racine *kar/kal, « pierre, rocher » complétée par le suffixe gaulois avum (et parfois suivie d’un autre suffixe comme on le verra).

La forme simple Caraven se retrouve à Claret (Hér.) et à Saint-Genest-de-Contest (Tarn), tandis qu’on rencontre un augmentatif-péjoratif Caravenas à Cazouls-lès-Béziers (Hér.). On ne trouve qu’un seul Calaven, à Montoulieu (Hér.).

Toujours issus d’un prototype *kar-avus, on trouve des noms comme Charavel à Sabran (Gard), Vienne (Is.), Lablachère (Ardc.), Usinens (H.-Sav.) etc. ou comme Charavau à Vernoux-en-Vivarais (Ardc.).

Accompagné du suffixe latin –onem, le prototype *kal-avus est à l’origine de Calavon, nom d’un affluent de la Durance à Saignon en Vaucluse, d’un ruisseau de Calavon à L’Escoutet (Hér.) et de deux lieux-dits à Lambesc (B.-du-R.) et à Oppedette (A.-de-H.-P. – que le FANTOIR écrit à tort Caravon) ainsi que des lieux-dits Chalavon à Saint-Maurice-en-Chalençon et Saint-Fortunat-sur-Eyrieux (Ardc.).

Cpa-84-Apt-Le-Calavon

Accompagné du suffixe latin –inum, le prototype *kar-avus est à l’origine du nom de la commune iséroise de Charavines (parr. Charavinarum au XVè siècle) (DENLF*, NVV*). De son côté, E. Nègre (TGF*) explique ce nom par le franco-provençal tsavon ou ché, « bout, extrémité » (famille du latin caput, « tête ») et ravena, un supposé « ravin » au féminin : ce serait le « bout des ravins » et cela correspondrait à la situation de Charavines « en amont d’un défilé, à la sortie du lac de Paladru ».

Charavin comme Charavine ont pu devenir des patronymes, d’où des noms comme Charavin à Violès et Courthézon (Vauc.),  Charavine à Albiez-Montrond (Sav.), Les Charavines à Jarrier (id.) ou encore les Charavinières à Morette (Is., « les propriétés d’un nommé Charavin »).

Sur la même racine a été formé Charavan, d’où Le Charavan à Bard (Loire), qui a pu également devenir patronyme, d’où Les Charavannes à Essertines-en-Châtelneuf (id.).

Enfin, les plus attentifs auront remarqué que la forme carafon, signalée par F. Mistral dans le TdF*, n’apparait dans aucun toponyme (sauf une rue des Carafons, à Matoury, en Guyane, mais je ne suis pas sûr qu’il s’agisse des mêmes carafons.).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Rog personnage loupe

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots étudiés dans le billet.

La commune qui l’abrite doit son nom à une petite source.

Un lieu-dit d’une autre commune du même canton et du même arrondissement a fait l’objet d’une devinette sur ce blog, ce qui m’empêche de vous parler de leurs noms au risque de vous rendre la tâche trop facile.

Le pays doit son nom à celui de guerriers qui se distinguaient dans le feu du combat.

Un indice pour un château de la commune :

indice a 15 12 2024

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L’Igue (de) Tindouyre à Varaire et Bach, dans le Lot : la répàladev.

TRS; LGF et Un Intrus sont restés les seuls à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver l‘Igue de Tindouyre, partagée entre Varaire et Bach, du canton des Marches du Sud-Quercy (chef-lieu Castelnau-Montratier) sur le Causse de Limogne, dans l’arrondissement de Cahors.

Castelnau-Montratier, ici :

local-Castelnau-Montratier

L’Igue de Tindouyre, tout en haut, Bach et Varaire tout en bas :

IGUE de TINDOUYRE_Capture_GEOP

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La toponymie

Igue de Tindouyre :

♦ dans le Quercy, une igue est une « excavation naturelle creusée dans le calcaire et aboutissant à un cours d’eau souterrain », mot issu d’une base pré-celtique *ika, « ravin ».

Tindouyre est une variante de tindoul, vu dans le billet (peut-être accompagné du suffixe –ier, donnant  *tindoulier passé à *tindouiller avec l mouillé aboutissant à Tindouyre, prononcé tin-douill(e)-re).

Varaire : je recopie sans vergogne la rubrique toponymie de wikipedia, puisque j’en suis l’auteur :

Le nom du village est attesté Vitrarias dans des textes du Moyen-Âge, du latin vitraria, « verrerie ». Le village devait abriter des artisans ou des ouvriers travaillant dans une verrerie. Le nom de Varaire serait ainsi un équivalent de Vayrières, un lieu-dit à Lavercantière (Lot) et des nombreux Veyrières, dont des communes du Cantal et de Corrèze (Jean-Maire Cassagne, Villes et villages en pays lotois, Tertium éditions, ). Certains auteurs (Raymond Sindou, « Les origines de la toponymie européenne », Nouvelle revue d’onomastique, nos 37-38,‎ ) ont cru pouvoir identifier Varaire comme étant le Varadetum cité sur la Table de Peutinger entre Rodez et Cahors, mais cette identification n’est pas prouvée et le nom de Varadetum aurait sans doute évolué, après la chute habituelle du d intervocalique, en *Varet.

Bach : l’étymologie la plus vraisemblable de ce nom est celle d’une mécoupure de l’ubac donnant lu bac compris lo bac. On retrouve cette forme, parfois écrite bach, dans des noms désignant des lieux à l’écart de tout cours d’eau suffisamment important pour justifier la présence d’un bac, ce qui est le cas ici (TGF*, DNFLMF*). Cela n’a pas empêché certains auteurs de proposer l’étymologie selon le bac (DENLF*) ou selon le germanique bach, « ruisseau » (Gaston Bazalgues, Les noms des communes du Parc naturel régional des Causses du Quercy, 2006).

Marches du Sud-Quercy

Marches : à comprendre comme « frontière, limite », du germanique marka, de même sens.

Quercy : dans un billet du début de l’année, j’écrivais :

Le Quercy : ce nom se rattache, comme celui de Cahors, aux Cadurques : il est la forme phonétique du produit du dérivé en –inus de Cadurcus, Cadurcinus, porté dans des formes du VIè siècle (Cadurcinus en 565), du VIIè siècle (pagus Catorcinus en 628) et  in Caercino de 1095, signifiant « dans le Quercy ».

Je complète en ajoutant qu’au Moyen Âge apparaissent, à partir de Cadurcinus subissant la perte du d intervocalique, les formes Caersi en occitan (XIIè siècle) et Cahorsin en français (1258). La forme Quercy, adaptation française de l’occitan Caersi, apparaît d’abord sous la forme, latinisée et refaite, Querciaci en 1477 puis en français Quercy en 1511.

Castelnau-Monratier : le nom est attesté de Castro Novo Raterii avant 1319. La localité actuelle a été fondée au XIIIe siècle par Ratier, seigneur de Castelnau (« château neuf » en occitan), qui lui donna son nom. On associa ensuite son patronyme au mot mont considéré comme un  signe de noblesse. Le nom de famille Ratier est d’origine germanique, composé de rad, « conseil », et de hari, « armée ».

Causse de Limogne :

Causse : du radical pré-indo-européen *kal/*kar, « pierre », donnant le latin calx/calcis, « caillou » puis « chaux », puis l’occitan cauçe, « terre calcaire pierreuse». Cette même racine *kar se retrouve dans le terme « karst », bien connu des géologues et des spéléologues, dont l’origine est le massif du Karst (ou Carso en italien) en Istrie (Slovénie).

♦ ce plateau calcaire porte le nom de sa ville principale, Limogne-en-Quercy, laquelle doit son nom au gaulois *limonia, soit « (domaine) de Limonos », nom formé sur le celtique limo, « orme ».

Cahors : Au IIè siècle ap. J.-C., Ptolémée cite Devona et la Table de Peutinger du IVè siècle mentionne Divona, ancien nom de Cahors. Divona, source sacrée en gaulois, désignait la fontaine des Chartreux. Vers 400, apparaît le nom de civitas Cadurcorum, cité des Cadurques, puisqu’il devint alors d’usage de nommer la capitale des civitas du nom du peuple qui l’habitait. La forme moderne Cahors est issue de Cadurcis, cité au VIè siècle par Grégoire de Tours. Cette forme est l’ablatif-locatif pluriel latin en –is signifiant « chez les Cadurques ». Elle a subi la chute du d intervocalique, effective au XIè siècle.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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Les indices

indice b 08 12 2024 ■ la phosphorite devait mettre sur la piste de la phosphatière du Cloup d’Aural qui a longtemps aidé à la prospérité de Bach. Notons au passage que cloup est un autre mot utilisé dans le Quercy pour désigner un puits naturel.

indice a 08 12 2024 ■ ce tableau de William Lee Hankey représente la place du village de Ramatuelle, avec sa fontaine et un orme plusieurs fois centenaire. Un orme, pour orienter vers le gaulois limo et le Causse de Limogne.

■ Le Petit garçon, dont les paroles françaises ont été écrites par Graeme Allwright, était là pour son refrain :

Tes yeux se voilent
Écoute les étoiles
Tout est calme, reposé
Entends tu les clochettes tintinnabuler

dans lequel on entend le verbe tintinnabuler qui devait orienter les recherches vers un toponyme dérivé de tindoul, de même étymologie.

L’indice du mardi 10 décembre 2024

TRS, Un Intrus et LGF m’ont déjà donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme redondant de France métropolitaine constitué de deux mots liés par une préposition, dont le second, une variante d’un de ceux étudiés dans le billet [scialet, tindoul et chourum], sert de complément à un mot ayant à peu près la même signification.

L’endroit ainsi désigné est partagé entre deux communes. Le nom de la première, controversé, pourrait signaler la présence ancienne d’ouvriers travaillant le verre ou être issu d’un nom d’homme latin. Le nom de la seconde, controversé lui aussi, est plutôt lié à son exposition par rapport au soleil qu’à la présence d’un cours d’eau.

L’ensemble est situé dans un canton dont le nom précise sa situation dans le pays qui doit le sien aux Gaulois qui l’occupaient jadis.

Au XIIIè siècle, un seigneur ajouta son nom, d’origine germanique, à celui d’un nouveau château, donnant ainsi naissance au nom du chef-lieu de canton.

Le plateau calcaire sur lequel est situé l’endroit à trouver porte le nom de sa ville principale, lequel est d’origine gauloise.

■ un indice pour l’une des deux communes :

indice b 08 12 2024

■ un indice pour le plateau calcaire :

indice a 08 12 2024

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L’ indice du mardi

■ pour le lieu-dit lui-même, j’avais pensé vous faire sonner les cloches mais je préfère vous faire écouter cette chanson (de saison, mais ça n’a rien à voir) :

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Scialet, tindoul et chourum.

Je m’intéresse aujourd’hui à deux mots méridionaux désignant un type de gouffre particulier. Le premier, scialet, est utilisé principalement en Drôme et en Isère ; le second, tindoul, est utilisé dans le Rouergue. J’ajoute à ces deux mots, celui de chourum qui désigne, dans le Dévoluy, des gouffres creusés par les eaux souterraines.

Scialet

 Ce terme désigne un gouffre, une fissure verticale entaillant la surface des plateaux calcaires du Vercors surtout et de la Grande Chartreuse. Il est issu d’une altération du francoprovençal scalier, « escalier », du bas-latin scalaria, « suite de degrés ». Les pâtres provençaux montés en estive dans le Vercors ont utilisé ce mot scalié pour décrire le trou plus ou moins vertical dans lequel ils pénétraient à l’aide d’un échelier, une longue perche de bois munie de ranches, pour y déposer des vivres à conserver au frais, dans la neige qui y persistait parfois (Jean-Louis Tardieu, in n°91 du bulletin du Groupe spéléologique valentinois, 1998). L’orthographe a sans doute été influencée par le mot scie (René Truc, Les noms de lieux du Vercors. Essai de toponymie régionale. Éditions A. Die, 1991).

On trouve une cinquantaine d’oronymes formés sur ce nom, toujours accompagné d’un déterminant.  Il s’agit souvent d’un nom de personne, sans doute celui du berger ou de la bergère qui l’utilisait : Scialet de Perette (Corrençon-en-Vercors, Is.), Scialet Bérard (Oriol-en-Royans, Dr.), Scialet d’Élise (Saint-Julien-en-Vercors, Dr.), Scialet des Deux Sœurs (Villard-de-Lans, Is.), Scialet du Curé (Châtelus (Is.), Scialet du Roux (Saint-Laurent-en-Royans, Dr.), Scialet Royer (Bouvante, Dr.) etc. Le nom précise parfois l’emplacement du gouffre : Scialet de Font Sala (Izeron, Is., « de la source salée »), Scialet des Quatre Gorges (D’Omblèze, Dr.), Scialet du Mont Noir (Rencurel, Is.), Scialet des Blaches (Presles, Is., blache : « terre vague, couverte de broussailles, non défrichée ») etc. Le complément est parfois plus pittoresque : Scialet de la Cueillère à Pot (Corrençon-en-Vercors, Is.), Scialet des Trésors (Presles, Is.), Scialet du Pas de l’Âne (Malleval, Is.), Scialets des Cloches (Bouvante, Dr.), Scialets du Pot du Loup (Saint-Martin-en-Vercors, Dr.) etc.

Un seul lieu-dit porte un nom formé avec scialet : il s’agit du Bois de Scialet Royer à Bouvante (Dr.).

Une variante se reconnait dans Le Sialet à Proveysieux et à Villard-de-Lans et une autre dans la Pointe du Sciallet à Laval, tous deux en Isère.

scialet-des-quatre-gorges

L’entrée du Scialet des Quatre Gorges

Tindoul

Dans le Rouergue, ce même genre de gouffre s’appelle un tindoul, de l’occitan tindol : il s’agit d’une cavité naturelle dans laquelle on entrepose des vivres et des barriques pour profiter de la fraîcheur et où les sons résonnent. Le verbe occitan tindar, «tinter, sonner », d’où sont issus tindou, tindoul et tendoul, vient du bas-latin tinnitare, du latin classique tinnire, « tinter, produire un son clair ».

On compte un peu plus d’une douzaine de lieux-dits portant le nom de Tindoul (cinq en Aveyron, dont le Tindoul de la Vayssière, « de la noisetière », à Salles-la-Source, deux dans le Gard et un dans le Lot), Tindoulas (deux en Aveyron), lou Tindoulio (Loz.), plus Lous Tindouls et le Rec du Tindoul (Av.). Je ne trouve en revanche qu’un seul lieu-dit Tendouls à Pruines (Av.)

Chourum

Aussi écrit chourun ou chouroum, un chourum désignait à l’origine un trou creusé par les eaux souterraines dans le Dévoluy puis a pu désigner une simple dépression karstique cultivée. C’est cette dernière acception qui fait dire à certains (TT*) que le mot, qui se serait prononcé chourain, serait peut-être issu d’une déformation de « champ rond », tandis qu’une étymologie arabe est généralement admise.

Le relevé IGN compte vingt-cinq toponymes formés sur Chourum suivi d’un déterminant, tous dans les Hautes-Alpes. On citera le Chouroum Napoléon à Montmaur, le Chouroum des Mirages à Agnières-en-Dévoluy, le Chouroum la Fille à Saint-Étienne-en-Dévoluy, le Chouroum Sans Nom à Agnières-en-Dévoluy … et le Chouroum Olympique, au pied du Grand Ferrand, ainsi baptisé du nom du Spéléo-Club qui l’a exploré en 1973, cinq ans après les JO de Grenoble. Le nom est passé à celui d’un seul lieu-dit, la Cabane du Chourum Clot, à Agnières-en-Dévoluy.

À Pellafol, en Isère, on connait le Chouroum de la Pointe et le Pré du Chouroum.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Rog-loupe-rouge

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme redondant de France métropolitaine constitué de deux mots liés par une préposition, dont le second, une variante d’un de ceux étudiés dans le billet, sert de complément à un mot ayant à peu près la même signification.

L’endroit ainsi désigné est partagé entre deux communes. Le nom de la première, controversé, pourrait signaler la présence ancienne d’ouvriers travaillant le verre ou être issu d’un nom d’homme latin. Le nom de la seconde, controversé lui aussi, est plutôt lié à son exposition par rapport au soleil qu’à la présence d’un cours d’eau.

L’ensemble est situé dans un canton dont le nom précise sa situation dans le pays qui doit le sien aux Gaulois qui l’occupaient jadis.

Au XIIIè siècle, un seigneur ajouta son nom, d’origine germanique, à celui d’un nouveau château, donnant ainsi naissance au nom du chef-lieu de canton.

Le plateau calcaire sur lequel est situé l’endroit à trouver porte le nom de sa ville principale, lequel est d’origine gauloise.

■ un indice pour l’une des deux communes :

indice b 08 12 2024

■ un indice pour le plateau calcaire :

indice a 08 12 2024

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