Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu’un meilleur avril.
Jacques Brel
Après avoir vu les crémades et les usclades dans le précédent billet, je m’intéresse aujourd’hui comme promis à d’autres toponymes ayant trait au feu, qu’il soit volontaire ou non.
En toponymie, les arcis, les arsines et leurs variantes désignent des terres brûlées pour préparer la mise en culture, des landes ou des forêts volontairement incendiées pour le défrichement ou encore des lieux victimes d’un incendie accidentel ou criminel.
Étymologie
L’ancien français arceis ou arcis, « action de brûler, incendie », l’occitan arsina, « bois incendié ; cendre résultant de l’écobuage » ou arsura, « brûlure », proviennent du verbe arser ou ardre, « brûler », lui-même du latin ardere, donnant arsus au participe passé.
Le dictionnaire de Godefroy (en ligne) définit le masculin arseis , arseiz, arsis, arsiz comme « incendie » et ajoute « endroit rempli de bois brûlé, amas de chardon allumé ou de cendre chaude ». Le verbe arser est donné pour « brûler, incendier », arseur ou arsure pour « brûlure, incendie, feu » et arsin ou arcin pour « incendie ».
Le Pégorier (GTD*) donne différentes variantes :
- arce : sol défriché par incendie ; mauvaise graphie pour arse – Savoie.
- arse, arsine : terrain brûlé, défriché par le feu. Variantes : arsis, arce, arselle, arcelle. – Alpes, Sud-Est.
- arsi : sec, desséché par le soleil – Mayenne.
- arsis : lieu qui a été défriché par le feu.
Comme on le verra en découvrant les toponymes, il existe d’autres variantes dont quelques unes plus difficiles à identifier.
On notera enfin que l’adjectif arsin, arsine qualifie un « bois sur pied qui a été endommagé ou détruit par le feu » et que le nom arsin désignait l’« exécution de justice qui, au Moyen-Âge, consistait à brûler la maison du condamné », notamment dans le nord de la France, comme à saint-Omer. Il n’est pas impossible que certains toponymes de ce type soient liés à cette coutume.
Toponymie
Arsine, Arsin et Arsure
On ne compte qu’un seul lieu-dit Arsine, 1667 m à Villar-d’Arêne (H.-A.), dont le nom est monté au Pic du Glacier d’Arsine, 3 364 m, et au Col d’Arsine, 2 348 m au dessus du Lautaret, à Monêtier-les-Bains. Le sens serait ici celui d’un bois qui aurait pris feu, de quelque manière que ce soit. Le sens d’écobuage semble en effet moins adapté pour ce lieu où toute culture semble impossible. Paul Joanne (Dictionnaire géographique et administratif de la France …, 1890) émettait, outre l’hypothèse du bois incendié, celle d’une corruption d’ourcine, en « souvenir d’un exploit de chasse à l’époque où les ours étaient la terreur des pâturages alpins ». Avec une graphie légèrement différente, on trouve le nom d’Arcine, une ancienne commune de Haute-Savoie aujourd’hui fusionnée dans Clarafond-Arcine, un redondant Les Esserts d’Arcine (essert : variante d’« essart », terrain défriché) à Chaumont du même département et un diminutif Les Arcinelles à Corbeilles dans le Loiret. L’agglutination de l’article est à l’origine du nom de Larcine à Anglade (Gir.).
Le masculin n’est guère plus représenté avec Le Grand Arsin à Lassay-les-Châteaux (May.), la commune d’Arcins (Gir., Arcyns en 1279 : un nom d’homme latin Arcinius non suffixé semble moins probable), L’Arcin à Loupfougères (May.), un Champ de l’Arcin à Réaumur (Vendée) et quatre ou cinq Les Arcins (Oz, Is. ; Lallaing, Nord etc.). L’agglutination de l’article a fourni, là aussi, quelques noms comme la Campagne de Larsin (Gauville, Orne) ou le Pré de Larsin (La Ferté-en-Ouche, id.) ainsi que le Bois Larcin à Sion-les-Mines (L.-A.) et le Clos Larcin à Lapenty (Man.) – où Larsin ou Larcin pourraient être un nom de famille.
Le terme arsure, oublié du Pégorier (GTD*), est donné généralement comme jurassien (NLEF*) et se rencontre dans le nom de Les Arsures (Jura) et, accompagné de son diminutif, dans le nom d’Arsure-Arsurette (Jura) et de quelques lieux-dits Arsure(s) dans le Jura et le Doubs, ainsi que dans Larsure aux Combes et à Fournets-Luisans (Doubs).

Un vin qui fait de l’effet
(et il ne l’a pas volé)
Arse, Arcis et Arcy
Ces différentes formes, souvent de même sens que les précédentes, sont accompagnées d’homonymes qui peuvent en rendre l’interprétation difficile.
Les toponymes du type Ars, outre le sens de terre brûlée, peuvent être confondus avec des dérivés du latin arcus, « arc, arche » (de pont ou aqueduc romain) comme pour Ars-sur-Moselle (Mos., Arx en 881), Ars (Creuse, Arcs vers 1167) etc. En revanche, des noms comme le Bois d’Ars à Folles (Vienne), les Champs de l’Ars à Seix (Ariège), le Pré d’Ars à Charavines (Is.) etc. sont probablement des bois ou des terres brûlées. Le Moulin-Ars à Saint-Calais (Sarthe) qui était le Moulin aux Chanoines en 1391 a certainement était victime d’un incendie. Dans la Vienne, le déterminant de Saint-Julien-Lars (Ecclesia Sancti Juliani Arsi en 1119) et de Saint-Martin-Lars-en-Sainte-Hermine (Ecclesia Sancti Martini Arsi en 1096) représente bien le défrichement par le feu.
Le féminin Arse et sa variante Arce sont également représentés : l’Arse à Thorens-Glières (H.-Sav.) et à Cisternes-la-Forêt (P.-de-D.) sont des lieux-dits en forêt, la Grande Arse à Mézens (Tarn) rappelle un ancien écobuage, la Maison-Arse à Fontaine-Simon (E.-et-L.) a été incendiée comme le rappellent ses noms La Maison de Bois en 1631 et la Maison Bruslée en 1714 etc. La Commune d’Arces-Dilo (Yonne, Arcea au VIIè siècle, « brûlée » ; Deilocus en 1132, « le lieu de Dieu) est issue d’un défrichement par le feu. Les hameaux Arce à Limoux (Aude, Arsa en 1251), à Auterive (H.-G.) etc. sont eux aussi d’anciens défrichements. Avec le sens de « brûlé par le soleil, aride », on trouve des noms comme Puy de Peyre-Arse dans les monts du Cantal et la Peyrarce, à l’ouest des Mauves (Ardc.), une butte boisée au sommet dénudé. Les diminutifs sont représentés par L’Arselle, une clairière à Chamrousse (Is., Pratum de Arcella au XIVè siècle) et quelques autres en Savoie et Isère. Mais, là aussi, les faux amis sont nombreux : l’Arce est un affluent de la Seine à Merrey-sur-Arce (Aube) dont le nom est issu de l’hydronyme pré-celtique *alis ; arce est un mot francoprovençal désignant un chalet de montagne comme aux Arces à Valloire (Sav.) ou à la Pointe des Arces à Bonneval-sur-Arce (id.) ; le nom d’ Arces vu plus haut (Yonne ; Ch.-M. etc.) pourrait être issu du nom de personne latin Artius et suffixe féminin-a. Arcey (C.-d’Or) était Arceis en 1016, tandis qu’Arcey (Doubs) était Arces et Arceyes au Xè siècle, ce qui semble orienter vers l’ancien français arceis, « incendie » (NLBo*) mais n’empêche pas Dauzat & Rostaing (DENLF*) d’y voir le nom d’homme gaulois Artius et E. Nègre (TGF*) celui du latin Arsius et suffixe –acum.
Les toponymes du type (Les) Arcis sont de loin les plus nombreux : le fichier FANTOIR en compte plus de deux cents, sans compter une trentaine de féminins (L’ ou Les) Arcie(s) et d’autres variantes plus rares. Les risques de confusion avec d’autres étymologies sont, là aussi, possibles et seules les formes anciennes du nom ou l’histoire locale peuvent permettre de lever le doute. Les Arsis à Magrie (Aude, Als Arsitz en 1289) et Les Arcis à Verdun-en-Lauragais (Aude, Arsis, en 1771) ; Les Arsis à Marseilles-lès-Aubigny (Cher, le Chezeau des Arzseis en 1410) ; Arcey à Sombernon (C.-d’Or, villa que vocatur Arceis en 1017) ; Les Arsiz à Saint-Denis-d’Augeron (Eure, même nom en 1219) ; Les Arcis à Vielprat (H.-L., in Arcis en 1310) ; Les Arsis à Louvigné (May., « bois défriché vers 1863 » précise le Dictionnaire topographique du département) ; Arcé-Fays à Vaubecourt (Meuse, Arcy-Fay en 1312; avec fay du latin fagetum, « hêtraie ») ; Les Arcis à Asnières-sur-Vèbre, Sarthe, Les Arsis en 1572), L’Arcis à Saint-Christophe-du-Jambet (Sarthe, l’Arsi en 1801) et le redondant Arcis-Brûlé à Mayet (Sarthe, Larcy-Brûlé en 1765) ; Les Arcis à Montmorillon (Vienne, Les Arsis au XIIè siècle) ; Les Archis à Charbuy (Yonne) etc. sont tous à coup sûr des endroits brûlés de quelque manière que ce soit. On trouve une variante dans le nom des féminins Les Arcies à Boisseuil (Dord.) et Archies à Val-de-Louyre-et-Caudeau (Dord., Arsis en 1785), dans celui des Arcisses à Chambon-sur-Lignon (H.-L., Larcisse en 1888), dans celui de L’Arcille à Touchay (Cher, L’Arsille en 1768, un diminutif), dans celui des Arcissas à Saint-Georges-Lagricol (H.-L., suffixe augmentatif –às) et dans celui de Larcis à Antrenas (Loz) qui a subi l’agglutination de l’article. On peut leur ajouter le nom de la commune nouvelle d’Arcisses (E.-et-L.) qui était à l’origine celui d’un hameau de l’ancienne commune de Brunelles appelé Arsiz en 1120, défriché par les moines de l’abbaye de Thiron. En revanche, Les Arcis à Chaumes-en-Brie (S.-et-M., Arcisius en 1005 et Arciacum en 1189), Arcis-sur-Aube (Aube, Artiaca au IVè siècle et Archiacum au VIè siècle) et Arcis-le-Ponsart (Marne, Arseium au XIè siècle et Arciacum en 1209) sont plus sûrement issus du nom d’homme gaulois Artos (« Ours ») ou gallo-romain Artius. Pour certains de ces noms, on peut envisager le celtique *artu, « pierre » : ce serait le cas pour Arcis-sur-Aube selon P.-H. Billy (DNLF*). Reste le nom de l’Arcis, un ruisseau des Pyrénées-Atlantiques et du Gers, dont le nom est attesté l’aygue aperade lo Arsiis en 1538 dont il est difficile de savoir s’il a pris le nom d’un lieu défriché par le feu ou s’il le doit là aussi au nom d’homme Artius ou au celtique *artu.
La graphie avec –y final apparait à une centaine d’exemplaires dans le fichier FANTOIR, pour lesquels cette finale oriente plutôt vers des dérivés en –acum des noms de personne gaulois ou gallo-romains vus ci-dessus. C’est le cas pour Arcy-sur-Cure (Yonne, Arsiacum avant 1133), Arcy-Sainte-Restitute (Aisne, Arceius en 1100), Pont-Arcy (Aisne, Pons de Arseio en 896) et Arsy (Oise, Arsiacum en 1230). En revanche, Bois-d’Arcy (Yv.), qui était Sylvam de Arsitio et in sylva Arsitio en 1169 puis Bois darsis en 1335 et boscus arcisi en 1352, s’est bien développé sur un « bois brûlé » ou défriché par incendie, comme le Bois d’Arcy à Montigny (Cher). La commune de Viel-Arcy (Aisne), était Vicus Arsus en 1297, « où l’on reconnaît le latin vicus, « village », accompagné de l’adjectif arsus, « brûlé ». Le passage de vicus à viel s’explique par un traitement de vicus en veculus, sur le modèle de vetulus, « vieux », et par la chute du -c– intervocalique donnant ve (c) ulus. Arsus, « brûlé », a été remplacé par l’ancien français arseis, « incendie, endroit rempli de bois brûlé » » (cf. cette répàladev il y a plus de six ans). Pour certains toponymes, la présence de l’article agglutiné plaide pour des noms récents donc liés au feu plutôt qu’à un nom d’homme latin comme pour Larcy à Neuilly-le-Brignon (I.-et-L., L’Arcy en 1768), Larcy à Saint-Aubin-de-Terregatte (Manche, Les Arcis en 1768) et quelques autres.
Ardent

Des toponymes formés sur le participe présent « ardant » ou « ardent » se rencontrent à un peu plus de cent exemplaires du type Ardent, Ardant ou Ardens sans qu’il soit bien facile d’en saisir le sens précis. Certains de ces noms peuvent être liés à des incendies volontaires ou accidentels comme le Bois Ardent à Vars (Char.) ou les Ardens à Abondance (H.-Sav.), d’autres peuvent qualifier un lieu particulièrement exposé au soleil comme le Cros Ardent à Florac (Loz., cros « creux ») et d’autres enfin peuvent être de pieuses évocations du Buisson Ardent (Prémont, Aisne ; Viabon et Morancez, E.-et-L. etc.). La commune d’Ardentes (Indre), qui était Ardentia en 1095, pourrait devoir son nom à l’oïl (pierres) ardentes, « chaux vive, pierre à chaux » (TGF*) correspondant aux fours à chaux qu’il y avait là en quantité (Dictionnaire administratif et géographique de la France, A. Joanne, 1890) plutôt qu’à un nom d’homme latin *Ardentius, « ardent », non attesté (DENLF*). On rappellera également la Fontaine Ardente au Gua (Is.), qui crache du feu.
PS : le titre du billet n’a rien à voir avec les élections …
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette
Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié aux mots du jour.
Il est situé dans une commune C1 dont le nom est celui d’un type de bâtiment accompagné du nom du pays dans lequel elle se trouve.
Cette commune C1 a récemment fusionné, tout en conservant son nom, avec une commune C2 dont le nom associe par un trait d’union celui des deux communes C3 et C4 qui avaient fusionné près de cinquante ans auparavant.
C3 et C4 portent des noms dont l’étymologie n’est pas assurée : le nom de C3 pourrait signaler un lieu particulièrement bien sous tous rapports ou bien dériver d’un très ancien oronyme ; le nom de C4 pourrait provenir de celui d’un homme latin ou bien dériver, là aussi, d’un oronyme.
Le nom du pays, qui est aussi celui du canton, est issu de celui de sa ville principale, laquelle porte un nom de divinité.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr










Pour d’autres usclades, il faut envisager le sens de landes ou de forêts brûlées pour le défrichement. C’est le cas pour la commune d’ Usclades-et-Rieutord en Ardèche (Uscladas en 1478), de Las Uscladas à Saint-Guilhem-le-Désert (Hér. , Las Usclades en 1748), Les Usclas à Chambon (H.-L), Les Usclas à Orcières (H.-A., Locus de Usclatis en 1529), l’Usclat, un quartier de Charens (Dr., L’Husclas en 1832), le Bois de l’Usclat à Aydius (P.-A.) etc. Plusieurs noms composés peuvent aussi se rattacher à cette forme de défrichement ou d’écobuage : Montusclat à Sagnes-et-Goudoulet (Ardc.) est situé sur un versant déboisé de la forêt de Goudoulet ; Montusclat à Saint-André-de-Vivarais (même dépt.) est dans une zone déboisée ; Cliousclat (Dr.) qui était Clium Usclati en 1519 et Cura Clivis Usclati en 1540, à comprendre comme un ancien clivus ustulatus, « versant brûlé », ce qui correspond à la situation de la commune à la limite d’une zone boisée ; Serusclat à Chomérac (Ardc.) était Serre Usclat en 1464, « serre brûlée » (avec serre, « crête de montagne allongée ») ; Chanusclade à Vèze (Cantal), dont le nom est monté au col de Chanusclade, avec chan, variante locale de calm, sommet plat d’une montagne, plateau rocheux et, par extension, terrain pauvre, lande de bruyère. une variante avec les noms de L’Uscladis à Sainte-Camelle (Aude, Lescladis en 1781) et de L’Uscladis à Albepierre-Bredons (Cantal, l’Euscladys en 1698)

















■ On reconnait, de l’olivier à l’huilier en passant par le moulin, tout ce qui est nécessaire pour fabriquer de l’huile d’olive, spécialité AOC de la ville de Nyons.
■ Il fallait reconnaître le nommé Gontard, « grotesque » (ancêtre des clowns), d’une
■ La Charrette bleue, roman de René Barjavel paru en 1981, raconte l’enfance de l’auteur à Nyons.




