Le billet d’aujourd’hui sera consacré aux vents, non pas aux noms que l’on donne à chacun d’entre eux, mais plutôt à la manière dont eux ou leurs effets sont décrits de façon plus ou moins imagée et qui a laissé des traces en toponymie.

Éliminons tout de suite les innombrables lieux nommés (Le) Moulin à Vent, Quatre Vents (lesquels peuvent désigner des carrefours) ou (À) Tout-Vent qui ne présentent que peu d’intérêt, auxquels on ajoutera quelques Trois Vents, Cinq Vents, Les Sept-Vents ou encore Mille Vents, une dizaine de Froid Vent, quelques Plein Vent et Grand Vent, un Haut Vent (à Iffendic, I.-et-V.), un Mauvais Vent (Bonneuil-Matours, Vienne) ainsi qu’un Vent du Sud (à Biaudos, Landes) – sans oublier les noms aux pluriels du type Hauts Vents, Tous Vents, Froids Vents etc. On accordera toutefois une place particulière à l’ancienne commune Sept-Vents du Calvados (aujourd’hui dans Val-de-Drôme) dont le nom Sepvans en 1170 est peut-être en rapport avec le scandinave vangr-, « champ ». Quelques noms plus pittoresques ont été donnés à des lieux venteux : on compte, notamment en Vendée et dans le Nord-Ouest, une quinzaine de Heurtevent (dont une ancienne commune du Calvados aujourd’hui dans Livarot-Pays d’Auge), une petite dizaine d’Hurtevent dans le Pas-de-Calais et autant de Hurlevent
L’appellatif vent est aussi utilisé en pays d’oc, où on trouve des noms identiques aux précédents et aussi le col des Très Vents à Saint-Gervais-sur-Mare (Hér.) exposé au cers ou terral, vent du nord, au grèc, vent du nord-est et au marin, vent du sud, tout comme le Puig des Très Vents au nord ouest du Canigou (P.-O.). Ce qui nous amène à des noms comme Les Treize Vents à Florensac et Pézennas (Hér.) qui sont sans doute des altérations de très vents. Le nom de la commune vendéenne de Treize-Vents, en fait « treize vans », avait, lui, été étudié dans ce billet.
Cependant, l’occitan a gardé quelques traces du terme aura (du latin aura, « souffle, vent ») dans des noms comme Toutaure à La Garde-Freinet (Var), le Bau de Quatre Aures à Toulon (id. – bau, contraction de balma, « escarpement rocheux et cavité ou grotte à sa base »), une vingtaine de Toutes Aures, les Mille Aures à Molières-Glandaz (aujourd’hui dans Solaure-en-Diois, Dr.) et Caudezaures au Soulié (Hér. – exposé au sud, d’où « les vents chauds ».). On rappellera les noms, à présent rectifiés, du col de Mylord, qui était des Mille Aures [ ce nom apparaissait sur une ancienne carte du Piémont dans la vallée de Bardonnèche ] et du Baou (rocher) de Quatre Heures, au nord de Toulon, qui est redevenu des Quatre Aures, noté aussi baou de 4-Oures sur la carte IGN.
Des adjectifs ont également été formés pour décrire des lieux exposés au vent. On trouve ainsi la Tête des Venteux (Saint-Sauveur, M.-et-M.), le Bout Venteux (Angerville-la-Martel, S.-Mar.) ou encore le Puy Venteux (Chaum, H.-G) ; un Col Ventous (Villeneuve-Minervois, Aude), Les Ventous (Graissessac, Hér.), deux Puech Ventous (Rebourguil, Av. et Cazouls-lès-Béziers, Hér.) ; au féminin apparaissent la Ventouse (Gluiras, Ardc. Villa Ventosa au XIIè siècle), le Col de la Ventouse (Aydal, P.-de-D.), la Serre de la Ventouse (Thines, Ardc.) etc. et la commune de Ventouse (Char. Ventosa en 1300, « la venteuse »). On se gardera bien entendu d’inclure dans cette série le nom du mont Ventoux dont la forme ancienne Vinturi et la prononciation locale Ventour orientent vers une étymologie sur la racine pré-indo-européenne *vent/*vint à valeur oronymique (cf. ce billet). Il en est peut être de même pour des toponymes tels Ventoulou (Lot), Ventalou (Cant.), Venterol (A.-de-H.-P. et Drôme), Ventavon (H.-A.) ou Ventalon de Saint-Maurice-de-Ventalon (Loz.).
Sur l’occitan aura ont été formés l’adjectif aurous qu’on retrouve dans le Mont Aurous (Hèches, H.-P. ; Chanac, Loz.) et l’Aurouse (à Die, Dr. ; Chomérac, Ardc. etc.) ainsi que l’adjectif auroux qu’on retrouve dans le nom de la commune d’Auroux (Loz.) et dans celui de plusieurs lieux-dits ou encore dans celui de Montauroux, commune du Var et de Saint-Bonnet-De-Montauroux, commune de Lozère.

« Cure d’air très estimable » : avec un nom pareil, c’est bien le moins !
D’autres dérivés de vent ont servi à nommer des lieux ventés. C’est le cas de l’occitan ventador, à l’origine de Ventadour, nom du château à Moustier-Ventadour (Corr.) et du Château de Ventadour à Meyras (Ardc.), tous deux situés sur de hauts éperons rocheux ouverts à tous les vents et donc, implicitement, dominant tous les points cardinaux. Avec le sens de lieu venté favorable pour vanner le blé, on trouve plusieurs sites nommés Ventadour en Corrèze, Puy-de-Dôme, Haute-Loire, Rhône et Haute-Vienne sans oublier le féminin Ventadouyre, sur la partie haute d’un versant au sud-est de Coupiac (Av.). D’autres dérivés comme Bentayou-Sérée (P.-A.), Bentaillou (Saint-Girons, Seintein, Ariège etc.) et Les Bantaillous (Les Plans, Hér.) ou encore le Ventail (Dussac, Dord. ; Alet-les-Bains, Aude), La Croix du Ventail (Gangs, Hér.) etc. évoquent également des lieux ventés et le vannage.
Nombreux ont été les lieux nommés à partir d’un verbe décrivant l’action du vent. Le premier de ces verbes est bien sûr souffler qui a donné par exemple Souffle-Vent à Vironvay (Eure), Souffle le Vent à Mauges-sur-Loire (M.-et-L.), la Gorge de Souffle-Cendres à Drumettaz-Clarafond (Sa.), le Pic des Souffles (La Chalp, Is.), le Souffle d’Éole à Ahuillé (May.) etc.
Sur le verbe occitan bufar d’origine onomatopéique signifiant « souffler », ont été formés les noms du Sommet de la Buffe (Sassenage, Is.), des Buffes (Saint-Michel-de-Chabrillanoux, Ardc.),
de la Buffa (Nice, A.-M., Lanslebourg-Mont-Cenis, Sav. etc.), la Buffaz (Saint-Michel-de-Maurienne, Bessans etc. en Savoie) et les noms suffixés collectifs de Buffières d’une commune de Saône-et-Loire et de plusieurs hameaux (Av., Loz., Dr. etc.), de Pierre-Buffière (H.-Vienne – qui n’est pas un Monsieur mais un rocher soumis au vent) et des variantes comme Buffalières (Saint-Victor-et-Melvieu, Av.) ou encore Buffarel (Mostuéjouls, id.). On trouve également des noms comme Bouffevent (Noirétable, Loire ; Monbazillac,Dord. etc.), Bouffe-Vent (Léotoing et Agnat, H.-L. etc.), Bouffelaure (Berbezit et saint-Pal-de-Chalençon, id.). On se gardera d’ajouter à cette liste les noms du type Buffard, qui est un patronyme d’origine germanique Vulfardus, d’où Buffardière, et de Bouffémont (Val-d’Oise) qui est formé sur le nom d’homme germanique Buffo.
Enfin, quelques expressions imagées ont été utilisées pour désigner des lieux soumis au vent. On commencera par la commune d’ Escornebœuf (Gers), L’Écornebœuf (à Folles,H.-V.), l’Escornebeou ( àSaubusse, Landes), l’Escorneboueou (à Bruges-Capbis-Mifaget, P.-A.) et Escornebiaus (Arzens, Aude), tous endroits où il souffle un vent « à décorner les bœufs. On poursuivra avec le col de Fioule-Bise (à Issenlas, Ardc. – occitan fiola bisa « siffle bise ») et le Buffefri (au Rouget, Cant. – « souffle froid »). Les Vente Farine (un col à Fontjoncouse, Aude ; un hameau à Alaigne, Aude ; à Pailhès, Ariège etc.) ou la Couillade de Ventefarine (Saint-Paul-de-Fenouillet, P.-O. – pour couillade, voir ce billet) étaient des lieux exposés au vent donc propices au vannage. Le vent ne soufflait pas bien fort à Vente-Plume (Puylaroque, T.-et-G. ; Pouy-Roquelaure, Gers) mais suffisait à y faire tourner des moulins. Quant aux noms de Vente-Cul (Séderon, Dr.) du Col de Vente-Cul (Lus-la-Croix-Haute, Dr. ; La Roche-des-Arnauds, H.-A.) et de la Serre de Vente-Cul (Saint-Étienne-de-Lugdarès, Ardc.), ils sont formés avec la racine oronymique pré-indo-européenne *kuk (celle de la commune lotoise de Montcuq) qui, incomprise, a subi l’attraction du mieux connu cul.

Les devinettes
Une fois de plus, n’ayant pas pu choisir, je vous propose deux devinettes. Dans les deux cas il s’agit d’un toponyme utilisant une location verbale pour désigner de manière imagée un endroit où souffle le vent, comme Escornebœuf par exemple.
Situé dans une grande ville, le premier de ces toponymes désigne un ensemble de pointes rocheuses au pied d’une colline où se dressait un château et la voie qui les longe.
Avant de prendre son nom imagé actuel, l’endroit était appelé par un mot de la langue locale désignant justement ces pointes rocheuses ; ce nom est resté pour nommer une rue voisine.
Ici, le vent n’écorne pas les bœufs, mais ça décoiffe quand même !
Pour la ville elle-même :

Le deuxième toponyme concerne un col et exprime, dans un langage fort peu châtié, d’où vient le vent.
La ville où il se situe doit son nom à un très vieux mot désignant une hauteur accompagné du nom d’un végétal.
Le nom du bureau centralisateur du canton est celui d’un endroit particulièrement caillouteux.
Pour le chef-lieu d’arrondissement :

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