Le latin flaccus, –a, –um, « flasque, pendant » est à l’origine, par des chemins plus ou moins complexes, de plusieurs mots de la langue française comme flaque, flasque et leurs dérivés.
Vers 1180 est apparu, directement du latin, l’adjectif flac, de même sens. Son féminin flache, « mou, affaissé, creux » a été substantivé pour désigner un « lieu plein d’eau et de boue » (1341) voire une mare dans les endroits argileux. C’est la forme picarde flasque (attestée au XIIIè siècle) de ce substantif qui a été transposée en français « flaque » (1564), le terme « flache » restant d’emploi régional :
Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai
(Rimbaud, Le bateau ivre)
On a rapproché ce terme « flache» de l’allemand flach, lui-même du germanique *flaka, « plat », ou encore du moyen néerlandais vlacke, « étang maritime ». Quoi qu’il en soit, tous ces termes, y compris le latin flaccus, sont issus d’une même racine indo-européenne *plak-.
Le terme « flasque » est attesté en 1421 en parlant de l’eau, au sens de « stagnant ». Il s’agirait en réalité d’une variante d’un *flaque préexistant auquel un s aurait été ajouté pour le rendre plus expressif. Une autre hypothèse explique ce s par des dérivés gallo-romains de flaccere, « devenir mou », sous les formes *flaccitare ou *flaccicare.
Ces termes, et leurs dérivés, ont eu des fortunes diverses en toponymie : on compte plus de trois cents noms directement issus de « flache » accompagné ou non d’un suffixe et plus deux cents directement issus de « flaque », auxquels on peut ajouter plus d’une centaine de noms formés sur des variantes. La plupart de ces toponymes concernent (ou concernaient) des bas-fonds spongieux, humides, mouvants

Je termine en rappelant que la « flasque », petit flacon plat, tient son nom du bas-latin flasca, « bouteille pour le vin », dérivé du germanique *flaska, sans rapport avec le sujet du jour, la flaque — sauf si vous laissez tomber la première dans la seconde, bien sûr.
Flache
Comme on pouvait s’y attendre, les toponymes du type (La ou Les) Flache(s) sont les plus nombreux. Pour les distinguer les uns des autres, on les a parfois accompagnés d’un complément comme un adjectif pour les Grandes Flaches (Rive-de-Gier, Loire etc.), les Petites Flaches (Duerne, Rhône etc.) etc., comme un nom de propriétaire pour la Flache Thomas (Chamant, Oise etc.) ou la Flache Jeannette (Amy, Oise) etc., comme un nom d’animal pour la Flache aux Oies (Thieux, S.-et-M) ou les Flaches de l’Âne (Yzeron, Rhône) et d’autres. À Chabanière (Rhône), se trouve le lieu-dit Flachemaron, dont la mare a fait l’objet d’une étude par le Conservatoire des espaces naturels Rhône-Alpes.
Le collectif flachet (suffixe latin -etum), a pu avoir localement, outre le sens de lieu humide, marécageux, le sens de « petit ruisseau ». On le trouve dans une quarantaine de toponymes du type (Le ou Les) Flachet(s), dont une dizaine dans la Drôme, dont un Ravin de Flachet et un Col Flachet à Venterol. On trouve ce même nom écrit Le Flachey à la Chapelle-de-la-Tour, en Isère.
Le dérivé collectif flachère est à l’origine de plusieurs toponymes du type (La ou Les) Flachère(s), dont celui de deux communes Iséroises, La Flachère (Flachieyrium au XIIIè siècle) et Flachères (de Flaceriis, toujours au XIIIè siècle). On trouve également un Ravin de la Flachère (Sainte-Euphémie-sur-Ouvèze, Drôme), un Col de la Flachère (Notre-Dame-de-Briançon, Savoie) et deux Ruisseaux de la Flachère (Saint-Marcel-de-Félines, Loire ; Chassiers, Ardèche).

On trouve également des variantes orthographiques comme (la) Flachaire (Portes-en-Valdaine, Le Poët-Laval, Dieulefit dans la Drôme ; Roucoules et Saint-Maurice-de-Lignon dans la Haute-Loire) ou la Flacheyre (Gluiras, Ardèche ; Mazet-Saint-Voy, Sainte-Sigolène et Rosières, Haute-Loire). Flachère a aussi pu désigner une roselière, notamment dans les Alpes savoyardes (et dans le canton de Vaud, en Suisse), où on trouve plusieurs dits Flachère(s) et aussi La Fléchère (Saint-Jean-de-Tholomme, H.-Sav.) et Fléchères (Fareins, Ain) qui était Flachères en 1298.
Notons que ces derniers noms ont pu devenir des noms de famille. En Dauphiné, le flachier a désigné un marais, un étang d’eau stagnante, d’où les toponymes drômois Flachier (Cornillon-sur-l’Oule, Bellecombe-Tarendol), Font Flachier (D’Albon), le Flachier et le Ravin du Flachier (Buis-les-Baronies) et l’ardéchois Le Flachier (Saint-Vincent-de-Barrès).
Le flacher a désigné l’habitant d’un lieu boueux, d’une flache et, devenu nom de famille, a donné plusieurs lieux-dits comme Flacher (Chomérac, Ardèche), Le Flacher (Félines, id.) et quatre Maison Flacher (Châtonnay, Bossieu, Ornacieux et Nantoin en Isère)
Une autre dérivation a fourni flacheron, aussi bien toponyme que patronyme, qu’on retrouve à Flacheron (Soucieu-en-Jarrest, Rhône) et, sous une forme légèrement modifiée, à Flacheraud (Fraisse-sur-Agout, Hér.).
Enfin, l’ancien verbe flachir, « rendre flasque, mou, affaiblir » a donné le flachis, « mare d’eau» (Dictionnaire de l’ancien français, Godefroy), nom qui apparait dans Les Flachis (Rully, Oise) et les Flachisses (Saint-Julien-sur-Bibost, Rhône).
On aura noté que j’ai laissé de côté les noms d’origine germanique comme Flachenfeld (à Betting-lès-Saint-Avold, Mos. etc.) ou Flachenend (à Seltz, B.-Rhin) et bien d’autres qui ont plus à voir avec un terrain plat qu’avec un lieu humide.
Flaque
Ce sont, là aussi, les toponymes du type (La ou Les) Flaque(s) qui sont les plus nombreux et, là aussi, ont les a souvent complétés : d’un adjectif comme pour Basse Flaque (Cormont, P.-de-C. etc.), la Flaque Grise (Berck, id.), la Flaque Salée (Fescamps, Somme) etc. ; d’un nom de personne comme pour la Flaque Bonnard (Talmas, Somme), la Flaque Jacques Lamart (Berck, P.-de-C.) etc. ; d’un nom d’animal comme pour les Flaques à Canards (Hombleux, Somme), la Flaque aux Chiens (Verton, P.-de-C.), la Flaque à Harengs (Anzin-Saint-Aubin, P.-de-C.), la Flaque à Grues (Locquignol, Nord), la Flaque à Raine (Noyelles-sur-Mer, Somme – raine = grenouille) etc. ; d’un nom de végétal comme pour la Flaque à Chanvre (Champien, Oise), la Flaque à Joncs (Blérancourt, Aisne) etc. ; d’un nom de lieu comme pour la Flaque du Moulin à Vent (Le Nouvion-en-Thiérache, Aisne), la Flaque de la Prison (Rang-du-Fliers, P.-de-C.) etc.
À Magnac-Bourg (H.-Vienne) se trouve un lieu-dit Flaquecorne qui tient son nom d’une mare en forme de coin, d’angle saillant.
Le diminutif flaquet se retrouve dans des noms comme le Flaquet et le Petit Flaquet (Ors, Nord) Le Flaquet de Lomme (Capinghem, id. ; lomme = l’orme), le Grand Flaquet (Grosville, Manche etc.) et quelques autres dont un Flaquet au Houga (Gers) qui montre que le nom est devenu patronyme et a voyagé. Le féminin apparait dans les noms de la Flaquette (Berles-Monchel, P.-de-C.), du Canton de la Flaquette et de Notre Dame de la Flaquette (Locquignol, Rhône) et dans les Flaquettes (Guînes et Hames-Boucres, P.-de-C.). Mais non, pas de Roux Flaquette.
Les toponymes du type Flaquier ou Flaquière(s), particulièrement fréquents en Normandie (au moins 24 !) mais aussi présents en Nouvelle-Aquitaine (Marquay, Dord.), en PACA (Le Tignet, A.-M.), et en Occitanie (Soustelle, Gard) sont probablement issus de patronymes désignant le fabricant ou le marchand de flacons ou, pour ceux du Midi, désignant une personne faible, indolente (flaquièro attesté dans ce sens). On trouve également deux Flaquerie (Chevanceaux, Ch.-M. et Préaux, Indre) qui étaient des propriétés d’un nommé Flaque ou Flaquier.
Aussi étonnant que cela puisse être, je n’ai trouvé qu’un Moulin du Flasque aussi écrit du Flascq (IGN) et du Flasq (Carte d’état-major, fin XIXè siècle) à Nuaillé-d’Aunis (Ch.-Mar.) qui est le seul toponyme à avoir conservé le terme flasque dans son nom, probablement le sobriquet du premier meunier.
Flaissière ?
Ernest Nègre (TGF*) émet l’hypothèse d’une forme *flaissière qui serait une variante de flaquère, attesté en langue d’oïl au sens de « petite mare » et qui a pu signifier « terrain marécageux ». Il en déduit que le nom de Flesselles (Somme) qui était Flaiscerii en 1120, Flaissières en 1301 et Fleschelles en 1535 et celui de son diminutif Flesserolles à Coisy dans le même département, seraient issus de ce *flaissière, « terrain marécageux ». Ce n’était pas l’avis d’Albert Dauzat (DENLF*) qui voyait dans ces noms l’ancien français flais, « fagot de menu bois pour pêcher », accompagné d’abord du suffixe –aria, avant de changer pour –elle.
Les choses se compliquent quand on examine le nom de La Flayssière (Joncels, Hér.) qui était la Flachière en 1759 et la Flaissière en 1770. Frank Hamelin (TH*) voit dans ce nom un dérivé de l’ancien occitan flileiis, du latin flexum, accompagné du suffixe collectif –aria, avec le sens de « versant très vallonné ». Il s’appuie pour cela sur les noms du lieu-dit Flès (Villeneuve-lès-Maguelonne, Hér.) qui était Fleis en 1154 et Flexo en 1155, des Fleysses (Colombières-sur-Orb, id.), des Fleysses (Les Aires, id.) ou encore d’une localité non identifiée près d’Agde mentionnée comme Campum meum de Flexio en 1176. Ces noms viendraient donc du latin flexum par l’occitan flileiis, avec les sens de « méandres » à Villeneuve-lès-M., de « tournants » à Colombières-sur-Orb et de « versant très vallonné » aux Aires. La Flaissière à Riols (Hér.) et Les Flaissières à Montdardier (Gard) doivent avoir une origine similaire. Cependant, dans tous ces noms du domaine occitan, Jacques Astor (NLFMF*), à la suite d’Albert Dauzat, voit un dérivé en –ièr de l’ancien occitan flais désignant le fagot de bois menu pour pêcher (… « sans doute les écrevisses », ajoute-t-il). Pour lui, il s’agirait d’un croisement de fais, « fagot» (latin fascis, « faisceau ») et de flexus, « flexible », allusion à la finesse des branchettes constituant le fagot. La Flayssière désignerait alors le fourré où l’on peut faire de la ramée tandis que Flaissier désignerait le ramasseur de branchages, le faiseur de fagots. Nous sommes donc bien loin de la flaque, du lieu humide.
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les devinettes
N’ayant pu me résoudre à choisir, je vous propose aujourd’hui deux devinettes. Il s’agira de trouver deux lieux-dits de France métropolitaine dont les noms auraient pu apparaître dans une des deux premières parties du billet.
La commune qui abrite le premier lieu-dit, qui porte un nom issu de celui d’un homme latin, fut un port fluvial gallo-romain, non loin d’un estuaire.
Le chef-lieu de canton porte un nom générique désignant un village accompagné du nom de son premier seigneur.
Le chef-lieu d’arrondissement porte un nom issu de celui d’un homme gallo-romain.
Le lieu-dit a un homonyme, de même étymologie, mais situé dans un autre continent.
■ pour le chef-lieu de canton :

■ pour le chef-lieu d’arrondissement, mais ça c’est pour les champions :

Le lieu-dit porte un nom muni dès l’origine d’un suffixe adjectival, indiquant que la terre y était particulièrement molle ou humide. Il a donné son nom à un ruisseau.
La commune qui abrite ce deuxième lieu-dit porte un nom vantant l’aspect de son relief.
Le canton porte le nom des montagnes dans lequel il se trouve accompagné d’un adjectif formé sur le nom du département. L’origine oronymique pré-celtique du nom de son chef-lieu a été expliquée sur ce blog il y a un demi lustre.
L’origine minérale du nom du chef-lieu d’arrondissement a été expliquée en même temps que la précédente.
■ pour le chef-lieu d’arrondissement :

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