La Thune et le Valat de la Thune aux Plantiers (Gard) : les « répàladev ».

podium seul  LGF est resté le seul  à me donner la solution à ma dernière devinette. Félicitations !

Il fallait trouver le Valat de la Thune et le lieu-dit La Thune aux Plantiers, canton du Vigan, dans le Gard.

Les Plantiers, ici :

local-Plantiers

Le Valat de la Thune, là, à gauche :

Valat de la Thune IGN

La toponymie et

■ le Valat de la Thune : F. Mistral (TDF*) définit l’occitan valat comme  « ravin, lit d’un torrent, gorge, défilé ». Il s’agit bien ici d’un petit ravin creusé par un ruisseau intermittent qui va se jeter dans le ruisseau de Borgne. Thune est une variante orthographique de tune, vu dans le billet précédent, de l’occitan tuna, « trou, petite cavité, tanière, souterrain », mot d’origine ligure. L’homonyme La Thune est un affluent de la rive droite de l’Eygues, dans la Drôme, d’environ 4 km. Elle prend sa source au pied de la montagne d’Angèle, passe sous le col de Chaudebonne et se jette en aval de Villeperdrix.

la Thune : ne figurant pas sur la carte ci-dessus, le lieu-dit la Thune est toutefois mentionné dans le fichier FANTOIR :

30198

Les Plantiers

Le Vigan

Le Vigan

Gard

Occitanie

LA THUNE

■ le ruisseau de Borgne : ce ruisseau, affluent rive droite du Gardon de Saint-Jean doit son nom à une racine probablement celtique borna, dont le sens est passé de « trou » à celui de « rivière » en passant par celui de « trou de source ». Le nom de la Borgne entre dans le déterminant de Saint-André-de-Valborgne (Gard), S. Andreae de Vallebornes en 1275 (val de Borne : dans cet hydronyme, borna est tombé dans l’attraction de « borgne »).

Les Plantiers : ce nom est issu du pluriel de l’occitan plantièr, « jeune vigne, vigne nouvellement plantée » (TDF*), du latin plantaria, « jeune plant, rejeton, bouture », cf. également plantarius, « pépinière ».

Les Plantiers CPA

Le Vigan : à Nîmes a été trouvée une inscription, non datée, aux dieux Laribus Augustis sacrum et Minervae, Nemauso, Urniae, Avicanto, c’est-à-dire aux divinités aquatiques que sont Nemausus (à Nîmes), Urnia (l’Ourne, affluent du Gardon d’Anduze) et Avicantus. Ce dernier a été identifié avec Le Vigan : cette commune est située sur l’Arre et on y a découvert au XIXè siècle une nécropole datée de la fin du Bas-Empire. On pense que le nom antique Avicantus a été remplacé voire réinterprété par l’adjectif latin vicanus, « en rapport avec le vicus », fortement employé à l’époque, d’autant que les phonétismes sont très proches. Le théonyme Avicantus ne tire pas son origine d’un hydronyme mais d’un toponyme gaulois composé de ab, « eau » et de canto, « cercle en fer, bord, coin » (d’où le latin cantus, « bandage de jante » et canthus, « cercle »), allusion probable à la courbure de la rivière (l’Arre), à l’extérieur de laquelle le village a été bâti. La présence de l’article (ipsum Vicanus vers 1050, le Vigan en 1435, La Vigan en 1663) s’explique par la réinterprétation à la fin du haut Moyen Âge de Avicantus par ad Vicanum.(DNLF*);

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices

indice b 20 11 2023 ■ Saint-Marcel : l’église Saint-Marcel-de-Fontfouillouse des Plantiers est dédiée à saint Marcel.

indice a 20 11 2023  ■ il fallait reconnaitre le chevalier d’Assas, né au Vigan, célèbre pour le cri « À moi, Auvergne ! Ce sont les ennemis ! » poussé par un autre et dont la statue orne une place du village.

Saint-Marcel-de-Fontfouillouse : je mentionnais déjà ce lieu-dit dans un billet consacré à Fontjoncouse :

Le suffixe -ósa, indiquant une abondance voire un envahissement, se retrouve, pour ne citer que des sources, dans (Saint-Marcel-de)-Fontfouillouse (aux Plantiers, Gard), évoquant un lieu particulièrement feuillu, boisé (…).

Ce nom fut celui de la commune jusqu’en 1874, date à laquelle on lui donna celui du lieu-dit le plus peuplé et prospère, Les Plantiers.

Hierle : je mentionnais ce pays, qui doit son nom à un hameau des Plantiers, dans un billet consacré au Sustantonès :

pays historique du haut Moyen Âge formé sur le diocèse primitif d’Alès puis réduit durant le bas Moyen Âge à l’archiprêtré du Vigan. Ce pays a d’abord été appelé archipresbyteratus Aridiensis, sur le nom que portait la ville d’Alès avant le XIIè siècle, puis a été appelé Hierle à partir du XIVè siècle, après démembrement de l’ancien diocèse d’Alès. Hierle est un nom issu du latin insula, « île » passé à yla puis irla . Ce nom est celui du hameau de La Hierle, sur la commune des Plantiers, attesté mansus de Arisdio vulgariter Yrle en 1371, situé à la limite des archiprêtrés d’Alès et d’Hierle. Le hameau n’étant ni sur ni près d’une île, il ne peut s’agir que d’une appellation métaphorique, comme pour beaucoup d’autres quartiers de villes occitanes.

La Hierle CPA

La Hierle, comme une île à l’écart du village.

Le Vigan : je mentionnais cette commune dans le même billet consacré au Sustantonès et, un an plus tôt déjà, dans un billet consacré au vicus.

Valat : c’est par métonymie que le latin vallum, « palissade, rempart », a fini par désigner le fossé (la fossa en latin classique) qui entourait le rempart et, par la suite, le fossé de drainage, c’est-à-dire le fossé au sens où l’on entend communément ce terme. Mais les dérivations sont allées plus loin : le dérivé occitan valat témoigne de l’extension du sens de « fossé » à celui de « ravin ».  En toponymie, valat répond en effet aux sens de « ravin, gorge, vallée encaissée ». Par métonymie du contenant au contenu, l’appellatif du ravin, de la vallée encaissée ou même simplement du fossé, a désigné le cours d’eau, le ruisseau et même, en raison des fondrières profondes creusées par les eaux sur les pentes montagneuses lors de gros orages, le terme a pris le sens de « torrent ». On compte, dans le Gard, plus de cinq cents noms en Valat dont plus de la moitié désignent un cours d’eau. Le prochain billet sera consacré aux valats.

Les indices du mercredi 22 novembre 2023

LGF m’a déjà donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo !

En voici pour les autres un rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui doit son nom à un petit ravin dont le nom mentionne un dérivé d’un des mots du jour [tune, tane, dane].

Le ruisseau (intermittent) qui coule dans ce petit ravin se jette dans une rivière qui avait donné son nom à une communauté de communes aujourd’hui dissoute. Ce nom, à coup sûr pré-latin et sans doute celtique, est passé du sens de « trou (de source) » à celui de « rivière ».

Le tout est situé dans une commune dont le nom indique qu’on y a planté de la vigne, mais celle-ci n’y est plus cultivée aujourd’hui.

À l’époque romaine, le chef-lieu de canton portait un nom qui faisait référence à un théonyme mais, mal compris au Moyen Âge, il fut réinterprété comme dérivé d’un terme mieux connu désignant un hameau.

■ un premier indice :

indice b 20 11 2023

■ et un deuxième :

indice a 20 11 2023

Et je rajoute ces précisions :

■ l’ancien nom de la commune, qui ne désigne plus aujourd’hui qu’un lieu-dit de celle-ci lié au premier indice ci-dessus, a été cité et expliqué sur ce blog lors d’une « répàladev » concernant une source.

■ un autre hameau de la commune, dont le nom le décrivait comme une île, qui a donné son nom à un ancien pays historique aujourd’hui simple pays ou terroir, a été cité sur ce blog lors d’un billet relatif à la région où il se situe.

■ le chef-lieu de canton a été lui aussi cité sur ce blog dont une fois avec d’autres à propos de leur étymologie supposée commune.

■ le ravin dans lequel coule le ruisseau éponyme du lieu-dit est désigné par un mot régional signifiant « ravin, lit d’un torrent, gorge, défilé » extrêmement commun (près de cinq cents exemples dans le seul département de la devinette !).

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Tune, tane et dane

L’occitan tuna désigne désigne un trou de reptile, une petite tanière, la retraite d’un animal durant l’hiver et, par extension, un trou dans le sol, une petite cavité. Il a fourni, principalement dans le Sud-Est, des toponymes du type Tune. En Ardèche, ce même mot a désigné la grotte ou le souterrain où vivraient les afars, des lutins aux oreilles pointues.

L’occitan tana désigne lui aussi un trou, un terrier, une tanière et, par extension et principalement dans les Alpes du Nord, une tane ou tanne désigne un gouffre, comme sa variante dane.

L’étymologie de ces mots semble être un ligure *tana, « caverne, tanière », peut-être influencé par taxonaria, « tanière » et tunnel. La concentration des toponymes qui en sont issus dans les Alpes et le Sud-Est fait pencher pour cette origine. Le FEW* considère tana, « caverne », comme pré-indo-européen et étend son aire de répartition aux dialectes rhéto-romans et italo-romans jusqu’à la Sicile et au Frioul.

Tune

C’est dans la Drôme qu’on trouve le plus grand nombre de toponymes formés sur ce mot avec une quinzaine d’exemples comme la Montagne (1123 m) et le Ravin de la Tune à Reilhanette, une grotte de la Tune à D’Armayon, la résurgence périodique de la Tune à Fourcinet, la Draye de la Tune à la Chapelle-en-Vercors, etc. Les Alpes ont la Tune (Aspremont, H.-A.), le Ravin et les Trous de la Tune (Saint-Étienne-en-Dévoluy, id.), la Tune du Duc (Ventavon, id.), la Tune des Renards (Agnères-en-Dévoluy, id.), le Rocher de la Tune (Allos, A.-de-H.-P.), la Crête de la Tune (Valdeblore, A.-M.), le Cros des Tunes (Sainte-Luce, Is.) etc. Les lutins ardéchois se cachent à la Tune des Afars de Vanosc et à la Tune de Saint-Pierre-Saint-Jean et de Labeaume. On trouve également un Gour de la Tune à Pourrières (Var, avec gour, « trou d’eau »), la Tune étant un affluent de l’Arc, homonyme du Valat de la Tune, affluent de la Borgne (Gard). Le nom a voyagé jusqu’aux Tunes de Saint-Jean-de-Minervois et de Lauroux (Hérault) et à la Tune de la Cavalerie et de Tauriac-et-Camarès (Av.).

tune des renards

Entrée de la Tune des Renards à Agnères-en-Dévoluy (Hautes-Alpes)

Le diminutif se retrouve à Tunette et au Ravin de Tunette (Méolans-Revel, A.-de-H.-P.), à la Tunette (Valdrôme, Drôme), au Clot de Tunette (Entraunes, A.-Mar.) et aux Tunettes (Le Glaizil, H.-A.).

Les variantes sont rares mais on peut néanmoins signaler la Taoune sourde et la Taoune claire, deux gouffres de la commune de Ribiers (H.-A.), l’Évent de la Tugne à Verfeuil (id.) ainsi que la Tuine de l’Ours à Theys (Is.).

Tane

On l’ a vu plus haut, ces mots désignent généralement des gouffres comme le Gouffre de la Tane (La Chaumusse, Jura), la Tane au Diable (Cluses, H.-Sav.), la Tane de Saint-Cézaire-sur-Siagne (A.-Mar.), la Tâne à Damon (le Sapey, H.-Sav., « d’amont »), les Tanes (Cruet, Sav.) mais aussi la Tanne des Crolleurs à Aillon-le-Vieux (Sav.), la Tanne des Enfers, la Tanne aux Cochons, la Tanne du Grand Rafou ainsi que la Tanne du Névé, qui doit son nom au cône de neige qui s’accumule en hiver au fond du puits d’entrée, toutes les quatre à Aillon-le-Jeune (Sav.), ainsi que la Tanne Frede à Mont-Saxonnex (H.-Sav, avec frede, « froide »), la Tanne des Squelettes à Thoiry (Sav.) et quelques autres. Signalons enfin les Tannes de Bellevaux, Aviennoz, Copponex et Seytroux (H.Sav.) dites « tannes à neige » car c’est dans ces gouffres naturels que les génies bergers des alpages récupéraient la neige en été pour abreuver les troupeaux.

tanne du névé

Cône de neige à la Tanne du Névé  (suivez le guide)

On trouve la variante orthographique savoyarde la Tannaz au Grand-Bornand (H.-Sav).

Si on trouve bien la forme occitane la Tana à Pille dans les Alpes-Maritimes, c’est tout de même en Corse qu’elle se rencontre le plus fréquemment avec près d’une quinzaine d’exemplaires comme la Petra di a Tana d’Orsu (Lama, H.-C., « la pierre de la tane de l’ours »), la Tana a l’Orsu (Manso, H.-C.), la Teghja Tana (Manso, id., avec teghja, « lauze, ardoise »), la Valle di a Tana (Olmeto, C.-du-Sud) etc.

Il convient de ne pas confondre ces tanes et tannes avec des dérivés de l’ancien haut allemand tanna, « sapin » ou du gaulois tanno, « chêne vert » : les aires de répartition et la topographie des toponymes en question aident à faire le tri.

Dane

Toujours avec le sens de gouffre, la variante avec –d– initial est plus rare mais se rencontre tout de même à la Dane des Bouchoux (Jura), au Jas de Dane du Barben (B.-du-R.) ou encore à la Source de Dane à Monte (H.-Corse) et au diminutif au Danet de la Verpillière (Is.).

Une graphie avec deux –n– a donné les noms de la Danna du Leup à Sillingy (H.-Sav.), de
La Danne aux Loups à Quintal (id.), de la Danne du Gonvy à Leschaux (id.), du Grand Danne au Trésor à Serrières-en-Chautagne, (Sav.), du Crêt de la Grande Danne, un sommet du Semnoz culminant à 1530 m à Quintal (H.-Sav.) ainsi que la Dannaz ou Dânne du Coque-Rey, un gouffre de la commune de Moye (H.-Sav.).

Rog-loupe-rouge

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine qui doit son nom à un petit ravin dont le nom mentionne un dérivé d’un des mots du jour.

Le ruisseau (intermittent) qui coule dans ce petit ravin se jette dans une rivière qui avait donné son nom à une communauté de communes aujourd’hui dissoute. Ce nom, à coup sûr pré-latin et sans doute celtique, est passé du sens de « trou (de source) » à celui de « rivière ».

Le tout est situé dans une commune dont le nom indique qu’on y a planté de la vigne, mais celle-ci n’y est plus cultivée aujourd’hui.

À l’époque romaine, le chef-lieu de canton portait un nom qui faisait référence à un théonyme mais, mal compris au Moyen Âge, il fut réinterprété comme dérivé d’un terme mieux connu désignant un hameau.

■ un premier indice :

indice b 20 11 2023

■ et un deuxième :

indice a 20 11 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le lieu-dit Goueille à Quintenas (Ardèche) : la répàladev

M’absentant jusqu’à la fin du week-end, je publie dès ce soir la réponse à ma dernière devinette, sans oublier de féliciter TRS qui m’a donné la bonne réponse (et que ceux qui attendaient pour se lancer dans la quête veuillent bien me pardonner cette entorse au calendrier habituel).

MàJ du lundi 20/11/2023 : LGF m’a également fourni la bonne réponse quasiment au même moment que je publiais ce billet.

Il fallait trouver le lieu-dit Goueille  et le ruisseau de la Goueille de la commune de Quintenas, du canton de Lamastre, en Ardèche.

Quintenas, c’est ici :

local quintenas

Et Goueille et son ruisseau, là :

Capture GOUEILLE

cul de lampe vert 1

Toponymie

Goueille : attesté Goilhe en 1508, ce nom est écrit Gouille sur la carte de Cassini (feuillet 88, Saint-Marcellin, 1767), aussi bien pour le hameau que pour la rivière.

Capture Cassini GOUILLE

On reconnaît aisément dans ces noms le terme étudié dans le billet précédent, issu du germanique *gullja, « mare, étang, dépression pleine d’eau ». L’étymologie alternative selon un dérivé de goule/goulet n’est guère convaincante topographiquement et celle qui fait appel à un diminutif *go(t)talium de gutta, « goutte, ruisseau, rigole » fait difficulté car elle suppose la perte inhabituelle de la géminée –tt-.

On retrouve le même nom en Ariège pour l’étang de la Goueille de Vicdessos.

Quintenas : le nom du village est transcrit Quintiniacum en 869, Quintenas en 1095, de Quintiniaco en 1106, puis Quintinhas en 1282, du nom d’homme latin Quintinus , diminutif de Quintius, soit le « petit cinquième », accompagné du suffixe –acum.

Lamastre : le nom est attesté la Mastra au XIè siècle et Mastra en 1179, de l’occitan mastra, « pétrin, maie », probablement « pour décrire la vallée encaissée de la Doux » écrit E. Nègre (TGF*). On remarque que F. Mistral (TDF*), s’il donne bien « pétrin, huche » comme définition de mastro, ajoute « caisse dans laquelle on échaude les cochons ». À l’article nau auquel il renvoie, il explique : « auge, tronc d’arbre creusé ; (…) huche dans laquelle on échaude le cochon ».

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C’est cette dernière idée qui a la faveur de J. Astor (DNFLMF*) qui explique que la « vallée du Grozon a éveillé l’idée de mastra, pétrin, caisse où l’on ébouillante le cochon ».

échaudage cochon

la Cance : attesté Quantia et Cantia au XIè siècle, cet affluent du Rhône dans lequel se jette la Goueille porte un nom issu de l’occitan cança, « lisière d’un champ » (du latin canthus, lui-même du gaulois, « cercle de fer entourant la roue », qui a donné le français « chant ») qui a pris en toponymie le sens de « limite (entre seigneuries) ». La Cance matérialise encore aujourd’hui la limite entre les communes d’Ardoix et de Vernosc et Talentieux. E. Nègre imagine une origine selon le latin *cub-antia, au sens de (aqua) cubans, « eau dormante » qui, même s’il prend soin de n’appliquer ce qualificatif qu’au cours « assagi » de la Cance en aval d’Annonay, ne semble pas très réaliste pour qui connait les crues cévenoles.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

cul de lampe vert 1

Les indices

Indice b 12 11 2023 ■ cette image montrait un épouvantail dont la gueule ouverte pouvait faire croire qu’il croquait la lune. Les perforations de pellicule qui l’entourent devaient orienter les recherches vers un film. Le Mangeur de lune raconte l’histoire d’un individu qui se  transforme en  épouvantail pour attirer les oiseaux. Le tournage s’est déroulé en Ardèche à Annonay, Boucieu le Roi, Quintenas, Roiffieux, Tournon et dans le Rhône à Lyon et Sainte Foy l’Argentière.

indice a 12 11 2023■ quatre Romains et un cinquième, petit : « le petit cinquième », Quintinus d’où Quintenas.

indice-c-14-11-2023 ■ cette photo est extraite de l’épisode intitulé Au nom du fils du feuilleton télévisé Capitaine Marleau, qui se déroule en Ardèche et dont le train touristique dit le Mastrou est un élément central.  Certaines scènes ont été tournées à Lamastre.

indice b 14 11 2023 ■ il fallait reconnaître Marc Seguin (1786-1875), l’inventeur entre autres du pont suspendu (Tournon-sur-Rhône, 1825) dont la Passerelle Seguin ou Pont suspendu sur la Cance de Quintenas reprend la technique.

Les indices du mardi 14/11/2023

Personne n’a encore trouvé la réponse à ma dernière devinette.

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver le nom, lié au mot du jour  [gouille], d’un lieu-dit de France métropolitaine et du ruisseau qui l’arrose.

La commune qui abrite ce lieu-dit porte un nom dérivé de celui d’un homme latin, lequel était nommé d’après son rang de naissance.

Le chef-lieu de canton porte un nom qui comparait sa topographie à un récipient où on ébouillantait le cochon.

■ un indice pour la commune, pour la grande ville la plus proche et même pour le chef-lieu d’arrondissement :

Indice b 12 11 2023

■ un indice pour la commune toute seule :

indice a 12 11 2023

Et je rajoute les indices suivants :

■ Le cours d’eau à trouver se jette dans une rivière dont le nom, issu du latin, signifiait sans doute « limite ».

■ une photo :

indice-c-14-11-2023

■ et un portrait :

indice b 14 11 2023

(et vous aurez noté, j’espère, que je n’ai pas eu recours cette fois à l’IA – me contentant de la mienne).

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Des gouilles

Le francique *gulja, « flaque d’eau, bourbier » a donné le terme « gouille », répandu dans le domaine franco-provençal et le Centre-Est, avec le sens de « mare, étang peu profond et boueux ».

On le rencontre sous cette forme principalement en Bourgogne, Bresse, Savoie et Suisse romande, mais il existe de nombreuses variantes comme Goué en Savoie, Gouillat dans le Forez, le Bourbonnais et le Maconnais, Gaillot dans le Lyonnais, Gaille en Basse Auvergne, Galier en Limousin etc.

Je m’attacherai dans ce billet à la France du domaine franco-provençal et du Centre-Est, laissant de côté la Suisse romande et les autres régions où le francique *gulja a pu donner un mot équivalent.

Enfin, signalons que comme souvent certains de ces toponymes ont pu devenir patronymes.

Pour mémoire, le franco-provençal se parle ici :

Franco-provencal2

Gouille

Cette forme est de loin la plus répandue avec de nombreux lieux-dits la Gouille ou les Gouilles (Ain, Doubs, Jura, Haute-Saône, Saône-et-Loire, Savoie, Haute-Savoie, Yonne). Souvent, le nom est complété par un déterminant : la Gouille du Sassey (petit étang de faible profondeur à Vallorcine, H.-Sav.), la Gouille au Bac (même commune), la Gouille à l’Ours (au sud du lac des Rousses,  Jura), la Gouille de l’Enfer (Izernore, Ain), la Gouille de Rosuel (petit étang boueux à Peisey-Nancroix, Sav.), la Gouille du Charme (Ternant, Nièvre), les Gouilles de l’Étournel (au bord du Rhône, à Pougny, Ain), les Gouilles Rouges (Samoëns, H.-Sav.), etc.  Notons la commune de Mijoux, dans l’Ain, qui peut s’enorgueillir de ses Grandes Gouilles, compensées il est vrai par une Petite Gouille. N’oublions pas le Bas des Gouilles (Laives, S.-et-L.), l’Abri des Gouilles au Lac-des-Rouges-Truites (Jura) ni la Gouille de la Platte à Bourg-Saint-Maurice (Sav.)

CPA Cascade Gouille

Les hydronymes sont bien entendu nombreux avec une Cascade de la Gouille (Sixt-Fer-à-Cheval, H.-Sav.), une Gouille au Loup (Archamps, H.-Sav.), une Gouille aux Chèvres (Ornans, Doubs), une paradoxale Gouille Sèche (Peisey-Nancroix, Sav.), un Lac de la Gouille (Granier, Sav.) etc. , sans oublier les Trois Gouilles (Servoz, H.-Sav.),  la Source de la Gouille des Moines (Saint-Offenge-Dessus, Sav.) ou encore Notre-Dame des Gouilles (Sillingy, H.-Sav.).

Les formes suffixées sont plus rares mais on rencontre néanmoins le diminutif avec le Gouillet à Razès (H.-Vienne), les Gouillets à Leigné-sur-Usseau (id.), un Étang de Gouillet à Saint-Sylvestre (id.) et un Vau de Gouillet à Polaincourt-et-Clairefontaine (H.-Saône). Un collectif apparait dans le nom de la Gouillère à Marigny (S.-et-L.) et au Champ du Gouiller à L’Abergement-Sainte-Colombe (id.).

Peu de gens le savent, mais c’est lors d’un séjour en Savoie que João Gilberto donna naissance à la bossa nova en composant la samba Les Gouilles – exécutée à la gratte, bien sûr.

Encore moins de gens le savent, mais à la fin du XIXè siècle, un Savoyard émigré à Carson (Mississippi, USA) avait entrepris d’élever des grenouilles dans quelques mares dont il était l’heureux propriétaire. Faute du succès escompté, il dut renoncer et rendre à la nature ces quelques mares qu’il avait baptisées du nom, hélas aujourd’hui disparu, de Gouilles de Carson.

PS : j’en avais d’autres (Ah ! Ces promenades d’automne en forêt, quand les glands flottent dans les gouilles … ), mais j’ai préféré n’en mettre qu’une paire.

Les formes patoises

■ en Franche-Comté se rencontre le Goille à Port-sur-Saône (H.-Saône). Le même mot se retrouve en Bourgogne avec la Goille de Sacquenay (C.-d’Or), les Goilles à Frontenard (S.-et-L.), le Pont des Goilles à Morey (id.), etc. et en Haute-Savoie avec le diminutif les Goillets à Thônes.

■ dans les Alpes savoyardes : les Gollies à Lugrin et à Évian-les-Bains (H.-Sav) et des Terres Golliées à Villard (id.) ; une forme collective avec le Gollier à Bourg-Saint-Maurice (Sav.), le Grand Gollier au Val-de-Ferme (H.-Sav.) et les Gollières à Chavanod (id.) ; un diminutif avec le Creux Golliet au Petit-Bornand-les-Glières (id.) et les Golliets à Arthaz-Pont-Notre-Dame (id.) ; et, avec le suffixe péjoratif –asse adouci par le diminutif –on, Les Goliassons à Reyvroz (H.-Sav.).

■ la forme Gouillat se retrouve principalement en Bourgogne, dans le Forez, le Mâconais et jusque dans le Centre : le Gouillat à Nérondes (Cher), à Charchilla (Jura), à Beaufort (Is.), un Grand Gouillat à Saint-Didier-la-Forêt (Allier), les Gouillats à Treigny (Yonne) et à Arleuf (Nièvre) etc. En Auvergne se rencontre la variante Gouyat à Saint-Ennemond, à Chuyer et au Brethon (Allier) et aux Champs Gouyat de Louroux-Bourbonnais (id.). Signalons l’équivalent Golliat à Saint-Benoît (Ain) et à Montcel (Sav.), ainsi que le péjoratif adouci Gouillasson de Villard-de-Lans (Is.).

■ on rencontre en Auvergne des lieux-dits Gaille à Arfeuilles et les Gailles à Barrais-Bussolles, tous deux dans l’Allier.  Dans le Lyonnais apparait la forme Gaillot par exemple à Feyzin (Rhône), à Bévenais et à Corveissiat (Ain).

■ une forme réduite se rencontre avec la Combe au Goué de Saint-Pierre-en-Vaux (C.-d’Or), le Goué de Boisset-lès-Montrond (Loire), le Goué de Malatré à Chamonix (H.-Sav.) et le Nant de Goué à Montcel (Sav.). Un diminutif a donné le Gouet à Passy (H.-Sav.), le Gouet d’en bas et le Gouet d’en haut à Saint-Gervais-les-Bains (id.) tandis que son féminin se retrouve au Crêt de la Gouette à Menthonnex-en-Bornes (id.).

Rog personnage loupe

La devinette

Il vous faudra trouver le nom, lié au mot du jour, d’un lieu-dit de France métropolitaine et du ruisseau qui l’arrose.

La commune qui abrite ce lieu-dit porte un nom dérivé de celui d’un homme latin, lequel était nommé d’après son rang de naissance.

Le chef-lieu de canton porte un nom qui comparait sa topographie à un récipient où on ébouillantait le cochon.

■ un indice pour la commune, pour la grande ville la plus proche et même pour le chef-lieu d’arrondissement :

Indice b 12 11 2023

■ un indice pour la commune toute seule :

indice a 12 11 2023

(j’aime beaucoup les images créées par IA : ça empêche la « recherche par images » sur les moteurs de recherche !)

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La Soif, à Saint-Rémy-de-Maurienne (Savoie) : la répàladev

podium seul  TRS est resté le seul à m’avoir donné la réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui tout seul, donc !


Il fallait trouver La Soif, un lieu-dit de Saint-Rémy-de-Maurienne, dans le canton de Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie.

Saint-Rémy-de Maurienne, c’est là :

local-Saint-Remy-de-Maurienne

et La Soif, ici (en haut à gauche) :

La SOIF Capture IGN

cdl a

La toponymie

La Soif : dans son Dictionnaire étymologique des noms de lieux de la Savoie, le chanoine Adolphe Gros nous explique que l’épicéa, « sous sa forme mauriennaise de soueffe, suiffe (…) est à l’origine de noms tels que soif, soffet, sey et soye ». Il en donne quelques exemples dont le Plan des Soiffes (à Modane), La Soif (à Saint-Jean-de-Maurienne) et La Soif (à Saint-Rémy-de-Maurienne) dont seul le dernier subsiste aujourd’hui :

Soif-A. Gros.

Sur la carte d’état-major (1820-66), le nom La Soif désigne la forêt qui encercle quelques habitations, mentionnées Chalet de la Soif sur la carte IGN de 1950.

Il convient bien sûr de faire la distinction d’avec des homonymes dans d’autres régions qui sont pour la plupart issus de l’ancien français soif ou soyf, désignant une haie, une clôture, une palissade (Godefroy) comme la Soif à Saint-Christophe (Char.) et qui, pour une moindre part, concernent l’envie de boire comme au Mort de Soif de Neung-sur-Beuvron (L.-et-C.) , au Crève-la-Soif de Saint-Florent (Loiret) ou au Crève-Soif de Lalouvesc (Ardèche).

Saint-Rémy-de-Maurienne : attesté villa Beati Remigi vers 1040, du nom Remigius de l’évêque de Reims qui baptisa Clovis au VIè siècle. Le nom fut complété en 1962 par celui du pays, la Maurienne, pour faire la distinction d’avec les plus de trente autres communes portant le même nom.

Saint-Jean-de-Maurienne : attesté Maurienna au VIè siècle puis eccl. S. Johannis Baptiste Maurogenna an 739. Le premier nom est celui qui donnera celui du pays (cf. paragraphe suivant), le deuxième mentionne l’église dédiée à saint Jean le Baptiste, qui baptisa Jésus.

La Maurienne : ce pays historique du haut Moyen Âge faisait partie de la province romaine appelée Alpes Cottiae ou Alpes Cottianae par Tacite à la fin du Ier siècle, du nom du chef gaulois Cottius qui avait réussi à préserver l’indépendance de cette région à l’époque de César, puis devint l’allié de l’empereur Auguste : déjà en 7 avant J.-C., le géographe Strabon mentionnait le pays sous le seul nom du chef gaulois, Κοττíον. Le nom du pays est attesté Maurienna en 754, reprenant celui de son chef-lieu, aujourd’hui Saint-Jean-de-Maurienne. Ce nom a été probablement formé dès le Vè siècle sur le gentilice latin Maurius avec le suffixe gaulois –enna. La graphie –ig-, attestée notamment dans in valle Maurigennica en 739, vaut pour –i– intervocalique dans de nombreux documents du haut Moyen Âge (DNLF*). L’hypothèse d’un nom d’homme latin *Maurigennus (TGF*) n’est pas nécessaire.

cdl a

Les indices

indice a 05 11 2023  ■ le bénitier : les tridacnes géants (Tridacna gigas), ou bénitiers géants, ont été utilisés bien sûr comme bénitiers mais aussi, parfois, quand leur taille le permettait, comme fonts baptismaux (et même comme baignoires …). Des fonts baptismaux à saint Jean le Baptiste et au baptême de Clovis par le futur saint Rémy

indice c 07 11 2023 ■ le dessin créé par IA : cette pseudo-gravure obtenue grâce à un logiciel d’IA disponible en ligne était censée représenter un saint mourant de soif en rêvant d’une bouteille de liqueur de Mont Corbier, créée à Saint-Jean-de-Maurienne par l’abbé Guille en 1888  et qui a eu son musée, aujourd’hui définitivement fermé. J’aurais pu évoquer un Opinel, mais il semble que l’IA ne soit pas assez aguerrie pour en dessiner un suffisamment ressemblant.

cdl a

Post-scriptum

Pour faire bisquer …  :

Port Camargue 3 11 11 23 (2)

Port Camargue, samedi 11 novembre 2023, 16h07

Les indices du mardi 07/11/2023

Personne n’a encore trouvé la réponse à ma dernière devinette.

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est dérivé d’un des trois mots du jour. [pesse, suif et serente]

Il est situé dans une commune dont le nom est celui du saint patron de la paroisse complété par celui du pays historique.

Le chef-lieu du canton porte lui aussi le nom du saint patron de la paroisse complété de la même façon.

Ledit pays historique, après avoir fait partie d’un ensemble qui portait et porte toujours un nom dérivé de celui d’un homme gaulois, porte désormais un nom dérivé de celui d’un homme latin (mais la page wikipedia, qui cite plusieurs hypothèses, ne mentionne ni l’un ni l’autre !). Si le Gaulois est connu pour s’être illustré dans l’histoire locale, le Gallo-romain ne semble être connu que par cette trace toponymique.

Un seul indice, mais valable pour les deux communes :

indice a 05 11 2023

60px-Asterism.svg

Les indices

 

■ l’indice de l’énoncé concerne les deux saints … à cinq siècles d’intervalle.

■ et là, ce n’est plus un indice, c’est carrément la réponse – grâce à un créateur d’image en ligne que je viens d’essayer :

indice c 07 11 2023

 

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Pesse, suif et serente.

epicea

Comme ne l’indique pas forcément le titre (sauf pour les botanistes), le billet d’aujourd’hui est consacré aux épicéas (Picea abies), ou plus précisément à trois de ses noms vernaculaires qui ont laissé des traces en toponymie.

Pesse

Le latin picea, le «faux sapin » mentionné par Virgile et Pline,  féminin de l’adjectif piceus dérivé de pix « résine, poix », a donné le franco-provençal pesse, « sapin rouge, épicéa » qui peut désigner par extension le sapin en général. S’agissant d’un mot franco-provençal, on ne sera pas surpris si les toponymes qui en sont issus se situent principalement dans la zone où on parle cette langue, en vert sur la carte suivante, et dans les zones frontalières :

langues-régionales

Sous sa forme simple, ce nom apparait dans le nom de La Pesse, une commune du Jura, et dans celui de plus d’une vingtaine de lieux dits en Haute-Savoie, comme le Château de la Pesse (Annecy-le-Vieux) et quelques autres en Savoie ou dans les Hautes-Alpes, comme la Combe de la Pesse à Vars. Le pluriel semble moins courant : huit exemples en Haute-Savoie dont les Pesses à la Dame à Larringes, cinq dans l’Ain dont le Bois des Pesses à Bellegarde-sur-Valserine, deux dans le Rhône dont les Pesses à Vourles, et un Vallon des Pesses dans les Alpes-Maritimes, à Cipières.

D’autres orthographes sont possibles comme pour La Peisse à Aiton (H.-Sav.), le Château de la Peisse à Jacob-Bellecombette (id.), la Peisse Bernard à Saint-François-de-Sales (Sav.) etc.

Pessière  La forme collective pessière, qui peut désigner une forêt naturelle ou une plantation d’épicéas (ah! les sapins de Noël !) a donné quelques noms de lieux-dits comme la Pessière à Chatonnay (Jura) ou les Pessières à Lect (id.) et à Dompierre-sur-Veyle (Ain). Les formes collectives les plus fréquentes sont cependant issues du latin picetum dont la finale -etum a évolué sous différentes formes, comme en Haute-Savoie le Pesset (à Seynod, Évies, Giez etc.) ou au féminin les Pessettes (au Grand-Bornand), le Pessay  (à Combloux, Vacheresse, Thusy etc.), les Pessays (à Ballaison) ou encore le Pessey (à Sales, Thônes, Poisy etc.).

C’est à cette dernière forme qu’il faudrait rattacher le nom de Peisey-Nancroix (Sav., avec Nancroix pour « croisement des nants » soit « confluent »), attesté de Peseto en 1145 et qui aurait été anciennement Pessey, selon Henri Sutter qui malheureusement ne cite ni date ni source, mais pour lequel Ernest Nègre explique que tous les continuateurs du latin picea gardent le ss sourd  et ne prennent pas un z, d’où son hypothèse, s’appuyant sur le nom de Pesaico attesté en 1184, d’un dérivé du nom de personne roman Paetius accompagné du suffixe –acum. Le suffixe collectif patois –at est à l’origine du Pessat à Châtel (Sav.) et sa variante –ot de celle des Pessots à Thônes (H.-Sav.).

Dans le massif des Vosges, on utilise le mot hagis [du francique *hagja, « haie (d’arbres …) » ] pour désigner une plantation d’épicéas sur une friche agricole, d’où le Hagis de Couchimont, à Prey, le Hagis, à Mortagne, tous deux dans les Vosges, et Les Hagis, à Vallois, en Meurthe-et-Moselle.

Pour être complet, il faut signaler plusieurs paronymes qui peuvent prêter à confusion mais ne se rencontrent pas dans les mêmes régions. L’occitan peçà ou pessa, « champ, pièce de terre »,  a donné lui aussi des toponymes en Pesse notamment en Gascogne, mais aussi en Aveyron, Hérault, Lozère etc. Le diminutif Pesso ou Pessot, « petit champ, lopin de terre », se rencontre également dans ces mêmes régions. L’occitan pese, pései ou peisei, « pois », a donné son nom aux Peises à Freix-Anglard dans le Cantal.

Suif

Le provençal sùfi, sùfio (F. Mistral,Trésor du Félibrige) désigne lui aussi l’épicéa, le faux sapin, notamment dans le Queyras et le Dauphiné. Sans équivalent en gaulois ou en latin, et étant donnée son aire de répartition principalement alpine, le mot est réputé d’origine ligure. Il en existe plusieurs variantes : suffie en Queyras ; suffin  dans le  Briançonnais où il désigne plus précisément le pin de montagne à crochets, Pinus uncinatasuiffre autour de Grenoble ; sofi en Haute Provence ;  sufio en Savoie.

Les toponymes qui en sont issus sont moins nombreux que les précédents et apparaissent sous des formes variées.

La forme francisée suif est représentée par la Suif à Allemond (Is.), le ravin du Suif à Saint-Jeannet (A.-de-H.-P.), le Bois des Suifs et la Croix des Suifs à Lans-en-Vercors (Is.) et la Combe des Suifs à Saint-Bernard (id.). Une forme féminine (pour qualifier une forêt ?) apparait dans le nom de la Suiffe à Serre-Nerpol (Is.) et des Suiffes à Murinais (id.).

On trouve, dans les Hautes-Alpes, Le Suffie à Saint-Véran  et la Turge de la Suffie à Cervières ( turge aurait le sens de « terre stérile, en friche » mais la topographie oriente ici plutôt vers un équivalent de turon, « éminence, mont ») ainsi que, dans la Drôme, le Ravin de la Suffie à Aubres. En Savoie se rencontrent la Soffa à Saint-Martin-de-Belleville et la Soffaz à Mercury et, en Haute-Savoie, une autre Soffaz, à Seythnex. La variante briançonnaise apparait dans le nom du Bois des Suffins à Montgenèvre (H.-A.).

Un collectif se reconnait dans les noms du Suiffet à Montichier-Albanne (Sav.) et à Entre-Deux-Guiers (Is.), dans celui du Chalet Suiffet à Lanslebourg-Mont-Cenis (Sav.) comme dans ceux du Bois du Suffet à Termignon (commune de Val-Cenis, Sav.), du Refuge du Suffet à Bramans (id.) et des Suffets à Chantelouve (Is.). Un autre collectif forme le nom de la Suffière à Saint-Pierre-de-Chartreuse (Is.).

Serente

Beaucoup plus confidentiel que les précédents, le terme serente, qui désigne l’épicéa ou le mélèze, semble n’être utilisé que dans le Briançonnais et les Alpes du sud. Absent des dictionnaires « de référence » et uniquement présent dans quelques ouvrages spécialisés, ce terme n’a pas d’étymologie assurée : sans équivalent en latin ou en gaulois, on peut lui imaginer comme pour le mot précédent une origine ligure.

On trouve un lieu-dit Les Serentes à Allos (A.-de-H.-P.), une Fontaine de Serente à Roquebillière (A.-Mar.) ainsi que la Serentie et les Baux de la Serentée à Valdeblore (id.). Un diminutif est représenté par la Crête et la Pointe de Serenton.

Épicétout.

Rog-loupe-rouge

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est dérivé d’un des trois mots du jour.

Il est situé dans une commune dont le nom est celui du saint patron de la paroisse complété par celui du pays historique.

Le chef-lieu du canton porte lui aussi le nom du saint patron de la paroisse complété de la même façon.

Ledit pays historique, après avoir fait partie d’un ensemble qui portait et porte toujours un nom dérivé de celui d’un homme gaulois, porte désormais un nom dérivé de celui d’un homme latin (mais la page wikipedia, qui cite plusieurs hypothèses, ne mentionne ni l’un ni l’autre !). Si le Gaulois est connu pour s’être illustré dans l’histoire locale, le Gallo-romain ne semble être connu que par cette trace toponymique.

Un seul indice, mais valable pour les deux communes :

indice a 05 11 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Tarrau et À Terraillous, à Sainte-Dode (Gers) : les répauxdev

TRS et LGF sont les deux seuls à m’avoir donné les réponses à mes dernières devinettes. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver deux lieux-dits de la commune de Sainte-Dode, dans le canton de Mirande-Astarac du département du Gers : le premier, Tarrau, mentionné dans le fichier et sur la carte IGN, n’est en revanche pas présent dans le fichier « officiel » FANTOIR ; le second, À Terraillous, bénéficie du traitement inverse.

Sainte-Dode, c’est ici :

local sainte-dode

Et Tarrau, à l’est de Sainte-Dode, sur la D127 :

TARRAU carte GEOP .Capture

cdl 2

La toponymie :

Tarrau : issus de terral avec vocalisation du -al en –au, les mots terrau et sa variante tarrau ont d’abord désigné l’amas de terre, le remblai, la digue puis, par dérivation, le fossé ou le canal.

tarrau Acad des SciencesCapture

Académie des Sciences de Besançon, 1850

Comme d’autres, ces mots ont pu devenir noms de famille. C’est probablement le cas ici, où aucun fossé ni canal ne justifie une telle appellation. Il n’existe a priori aucun autre Tarrau que celui-ci mais on trouve un Pré Tarrau à Fleury-sur-Loire (Nièvre) et plusieurs Tarraux en Bourgogne-Franche-Comté où ce terme a tout simplement le sens de « terrain » (cf. ici).

À Terraillous : ceux qui ont lu avec attention mon dernier billet ont vu paraître, dans le dernier paragraphe, le diminutif terraillou de terrail, au sens de « parcelle de terre ».  Je mentionnais alors l’exemple du Terraillou à Montmaur (Aude) et des Terraillous à Paulhac (H.-G.) ; il y en a d’autres, comme à Montcuq-en-Quercy-Blanc (Lot), à Saint-Hilaire-Cusson-la-Valmitte (Loire) ou encore, au pluriel, à Montastruc-la-Conseillère (H.-G.). Comme pour Terraillon mentionné dans le même billet, il peut s’agir d’un nom de famille avec ici, selon le Trésor du Félibrige, le sens particulier de « terrassier, pionnier ».

Sainte-Dode : ce village porte le nom, issu du germanique Doda, d’une sainte locale. L’histoire de cette sainte varie selon les sources (mairie, Nominis, wiki), sans oublier que d’autres saintes ont porté le même nom, l’une à Reims et l’autre à Metz. (Débrouillez-vous avec ça, moi je m’en lave les mains.)

Mirande : le nom de cette commune, attesté Miranda en 1281, était cité dans un article consacré à Eustache de Beaumarchais, connu pour avoir fait construire plusieurs bastides dans le Sud-Ouest, baptisées pour la plupart de noms importés. Mirande est l’une d’elles, baptisée d’après l’espagnole Miranda (aujourd’hui Miranda-de-Ebro) dont le nom, issu du latin, désignait un poste de guet.

CPA-MIRANDE-Place-dAstarac-le-Kiosque

Le coiffeur a disparu, remplacé par une pizzeria … mais la pharmacie existe toujours.

Astarac : j’expliquais, dans un article consacré au pays, que le nom de ce pays historique provenait  « du nom d’homme Asterius, sans doute celui de l’administrateur ». Je vais essayer d’être plus précis. Le nom de ce pays est attesté pour la première fois Astaracensis comitatus en 945. Il s’agit d’une formation avec le suffixe d’appartenance –ense sur le nom primitif du pays, attesté in Astairaco vers 1076, in Astariaco en 1127 et archidiaconatus Astariaci en 1226, noms eux-même issus de celui d’une personne muni du suffixe locatif gaulois latinisé –acu. Cette personne portant un nom latin, Asterius, a dû être nommée par un roi franc carolingien à la tête du pays appelé comté. Le village de Mont-d’Astarac tient son nom de la présence, probablement dès le début du Xè siècle, d’un château bâti par la dynastie des comtes d’Astarac. Astarac est la forme gasconne du nom qui a subi de vaines tentatives de francisation : Esterac en 1304, Asterac en 1410, Estrac en 1608, Aastarac en 1618 et enfin Estarac en 1693. (DNLF*, DPPF*).

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Les indices :

Le Grand Meaulnes est une œuvre d’Alain-Fournier qui fut sous-lieutenant de réserve au 88e régiment d’infanterie à Mirande.

Les Trois mousquetaires et D’Artagnan, pour orienter vers la Gascogne (et plus précisément vers Sainte-Dode …).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.