
Avec un de ses commentaires en forme de devinette, TRS nous a fait découvrir le Benzie county (Michigan, USA) dont le nom provient de la corruption du nom français de la « (rivière des) Becs-scies » donné par les premiers trappeurs, le bec-scie étant l’autre nom du harle couronné, une espèce de canards (ci-contre, gravure d’Édouard Traviès, 1809-76).
Ce cas de corruption phonétique puis graphique d’un nom français primitif n’est pas, loin de là, unique. Souvenons-nous par exemple de la Picket Wire River (Col.) qui a récemment repris son nom originel de Purgatoire River. J’en ai relevé quelques autres exemples, que je vous livre aujourd’hui.
Babruly creek (Missouri) est un ancien Bois brûlé, probable référence à un incendie.
La Balize (Louisiane) est le nom d’un ancien poste militaire français établi sur une île à l’embouchure du Mississippi, fortifié à partir de 1724. Il défendait la seule passe praticable par des vaisseaux de quelque importance et servait de « balise ». Le village qui s’était développé autour du fort fut détruit par l’ouragan des 14 et 15 septembre 1860 et fut abandonné. Un nouveau village de pilotes fut construit à environ 8 km en amont du fleuve, sur la rive est du Mississippi, et baptisé Pilottown.

Bodoc (Louisiane), Bodock et Bois-d’Arc (Arkansas, Illinois, Kansas, Missouri, Texas) : toutes ces localités doivent leur nom aux premiers colons français qui avaient observé les Osages confectionner leurs arcs à partir du bois d’un arbre particulier, produisant des fruits ressemblant à des oranges, d’où son nom actuel d’oranger des Osages. Les Français avaient appelé cet arbre le « bois d’arc », nom corrompu en Bodock par les Anglais et passé comme nom de lieu.
Bouff, rivière prenant sa source en Arkansas et rejoignant la rivière Ouachita en Louisiane : les explorateurs américains Dunbar et Hunter, lors de leur expédition en Louisiane en 1804-05, mentionnent le Bayau aux Boeufs, nom qui sera retranscrit Bayau Boeuff sur une carte de 1839. Le nom, indéniablement français, deviendra Bouff chez les locuteurs anglophones, avant que ne soit récemment rétabli le nom originel de Boeuf river.
Cossatot River (Arkansas) : le nom de cette rivière est issu du français « casse-tête », traduction du nom tomahawk de la hache à une main employée par les Amérindiens. (cf. à ce propos la précision apportée par Jacques C. dans son commentaire du 09/10/2023 à 14h18).
L’Eau Fraise (comté de Clark, Arkansas) : la rivière avait été appelée « l’eau fraîche » par les pionniers français, nom d’abord corrompu en Low Freight « faible fret », par les Anglais. Se rendant compte de leur erreur, ils ont rétabli maladroitement le nom original L’Eau Frais qu’ils ont ensuite féminisé en L’Eau Fraise !
L’Eau Galle (Wisconsin) : les premiers colons français ont appelé ce cours d’eau la « rivière aux galets » nom qui fut par la suite corrompu en Eau Galle par les Anglais, qui prononcent pourtant toujours le nom [gale], soit galé, malgré l’orthographe.
Garo (comté de Park, Colorado) : cette ville fantôme avait été baptisée d’après le nom de ses fondateurs, les éleveurs de bétail Louis Adolfe (sic) et Marie Guiraud, tous deux nés en France.
Smackover (Arkansas) : c’est dans une lettre adressée le 5 avril 1789 par le commandant du fort Miro (Monroe, Louisiane) au gouverneur de la Louisiane, qu’apparait pour le première fois le nom du Bayou de Chemin couvert. Smackover serait donc une corruption de ce dernier nom, bien que d’autres l’attribuent à une description française datée de 1686 des zones centrales nord et sud des comtés d’Union et de Ouachita, surnommées « Sumac Couvert » – pour « couvert de sumac ».
Ozan (comté d’Hempstead, Arkansas) : du français « (pré) aux ânes ».
Ozark (siège du comté de Franklin, Arkansas) : du nom « Aux Arcs » donné par les premiers trappeurs français.
Palarm township (comté de Faulkner, Arkansas) : selon certaines sources ce nom viendrait du français « Place des alarmes », tandis que d’autres l’expliquent par le nom de « Place des Larmes » qu’aurait porté la maison d’un des premiers colons français, Baptiste Larme. Ces hypothèses sont toutefois mises en difficulté par le nom Pelarm qui apparait dans quelques documents anciens et qu’on ne sait pas expliquer.
Rickreal creek (comté de Polk, Oregon) : ce cours d’eau descend des Monts Laurel, traverse Dallas (Oregon) puis une « communauté non incorporée » à laquelle il donne son nom, avant de se jeter dans la Willamette, un affluent du fleuve Columbia. La prononciation locale de son nom est [ ˈrɪkriɔːl ] soit Rik-ree-awl, ce qui a son importance comme on le verra. Dans les archives de Dallas, on trouve le nom de « la Creole Creek », que l’on suppose avoir été donné par les Français. On a avancé une prononciation [li] de l’article français la pour expliquer le passage de La Créole à *Li Créole puis à Rik-ree-awl … J’avance pour ma part une autre hypothèse : ne peut-on pas imaginer que ce sont les Français qui, dans un effort de mieux se faire comprendre par leurs interlocuteurs anglophones, ont répondu, dans l’ordre français nom – adjectif, « It’s Creek Créole » à la question « What’s the name of this creek ? ». Et de Creek Creole à Rik-ree-awl écrit Rickreal, le pas a été franchi.
Reste à savoir pourquoi les Français ont appelé ce ruisseau La Créole. Emprunté au portugais crioulo (attesté en 1632 au Brésil pour désigner un métis né au Brésil, soit un « serviteur élevé dans la maison de son maître », de criar, « élever »), l’espagnol criollo (1643) a d’abord désigné un Espagnol non métissé né aux colonies puis a aussi désigné un noir né dans ces mêmes colonies par opposition au noir né en Afrique ; enfin, notamment au Mexique et en Californie, crioullo a servi a désigner l’Amérindien ou le métis d’Amérindien. Des Amérindiens campant au bord de la rivière à l’arrivée des Français, on a imaginé que ceux-ci l’ont appelé « créole » en reprenant le sens californien de ce mot.
Île Sauvie (sur la rivière Columbia, Oregon) : du nom de Laurent Sauvé dit Laplante qui gérait là une laiterie pour la Compagnie de la Baie d’Hudson dans les années 1830-40.

Panneau à l’entrée de l’Île Sauvie. Choisissez bien les dates de vos vacances !
Swashing creek (Missouri) : initialement baptisée rivière Joachim par les colons français (pour saint Joachim ?) cette rivière est devenue swashing, « clapotante », quand les Anglais ont mal interprété le nom français. Elle a aujourd’hui retrouvé son non initial de Joachim creek.
Tabo creek (Missouri) : cette rivière prend sa source dans le centre-est du canton de Washington, coule vers le nord et se jette dans le Missouri. Son nom est sans doute une corruption de Tabeau. Dans le journal de John Long de 1819-1820, on peut en effet lire : « … ils pénétrèrent dans les forêts du fond du Missouri et traversèrent peu après le Tabeau, où une ville du même nom, contenant à l’époque deux maisons, avait été établie. Tabeau est le nom d’un chasseur canadien qui fréquentait autrefois cette région ». Le nom a été aussi écrit Talbot (1823), Big Terrebeau (1837) et Tabo (1859), faisant fi de l’orthographe et de l’étymologie.

La devinette
Il vous faudra trouver le nom d’un petit cours d’eau (creek) étasunien d’origine française.
Dans chacun des deux comtés (county) du même État dans lesquels il coule, son nom est passé à un canton (township) dont l’un a été annexé par la plus grande ville dudit État.
Chacun des deux comtés porte un nom rendant hommage à une personnalité historique, l’une française et l’autre étasunienne.
Le nom à trouver, écrit de nos jours avec deux traits d’union, était formé d’un mot français désignant un cours d’eau suivi du nom du premier Français qui, lors de sa remontée en bateau du grand fleuve régional, s’y aventura.
Mal compris et difficile à prononcer par les locuteurs anglophones, le nom est devenu ce qu’il est aujourd’hui : un mot de trois syllabes sans aucune signification – mais sans doute plus facile à prononcer.
L’État dans lequel coule ce cours d’eau porte un nom issu de celui d’Amérindiens qui creusaient des troncs d’arbres.
Un indice :

Ah ! Un conseil : ne vous fatiguez pas, ce nom n’apparait pas dans la liste des toponymes d’origine française aux États-Unis fournie par wiki, ce serait pas du jeu !
Réponse attendue chez leveto@sfr.fr
TRS est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !



■ ce tapis d’aiguilles de pin devait orienter vers une activité que l’on pratique en pleine nature, en forêt de pins (des Landes ou pas loin …), sur des aiguilles …
■ un sablier, pour les Sables-d’Olonne. Œuvre de
■ Les Bronzés font du ski : pour le ski – pratiqué au soleil, près de la mer.
■ Le Père tranquille : pour la maison 







Dernière 


■ l’œuvre de Nikki de Saint-Phalle intitulée
■ ce Serpent ailé (









■On aura reconnu Superman, alias Clark Kent … comme le comté de Kent.
■ Les
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Étant donné le battage médiatique qu’elle suscite, il n’aura échappé à personne que se déroule depuis avant-hier la Coupe du monde de rugby. Votre serviteur étant, depuis son enfance, un fervent amateur de ce sport – d’abord dans les gradins puis dans son fauteuil –, il se peut que la toponymie passe au second plan, au moins jusqu’au samedi 28 octobre, date de la finale, qu’on veuille bien ne pas m’en vouloir.
