TRS, TRA et LGF occupent seuls les premières marches du podium des découvreurs de la bonne solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les trois!
Rappel de l’énoncé :
Il vous faudra trouver le nom d’une commune française, formé de ce « gué » gaulois [ ritum ] accompagné d’un mot ressortissant au domaine mystique. L’évolution phonétique a fait que ni l’un ni l’autre ne sont plus reconnaissables aujourd’hui.
Comme il me semble que la réponse n’est pas si difficile à trouver, il faudra vous contenter de cet indice — non pas tant pour vous aider à trouver la bonne solution, mais pour vous permettre de confirmer que vous l’avez bien trouvée :
Quelques indices supplémentaires qui devraient grandement faciliter le travail des retardataires :
■ un bout de tissu :
■ un poème (ce n’est plus un indice, c’est un cadeau!) :
■ et un dessin ( vous pourrez en faire tout un fromage!) :
Partisans comme tout le monde du moindre effort, les Gaulois passaient, quand c’était possible, les rivières à gué, s’évitant ainsi la construction d’un pont.
Le mot gaulois pour le gué était ritum (oui, c’est bien ça : si c’est gué, ritum). Le rôle du gué était évidemment capital puisqu’il était un lieu de passage obligé, particulièrement apte à fixer une agglomération. Ritum a ainsi été productif de nombreux toponymes, le plus souvent, comme pour -ialo, Comme pour tous les noms composés gaulois, ritum, lorsqu’il se trouve en seconde position, est rattaché au mot précédent par un -o- de liaison qui est alors le plus souvent accentué.
Alix, dit Riton par ses amis
Anciens noms de villes
Javols1 (Lozère), sur le Tréboulin, affluent de la Truyère, portait au IVè siècle le nom d’Anderitum, avec la particule intensive gauloise ande, soit « le grand gué », ce qui n’est guère en rapport avec la topographie des lieux ; sans doute faut-il penser que l’épithète est due au grand nombre de voies de communications aboutissant à ce gué.
Limoges2 (H.-Vienne), sur la Vienne, avait été appelée Augustoritum au IVè siècle, un composé hybride en hommage à l’empereur Auguste.
Vannes3 (Morb.), à la jonction de la Marle et du Vincin, s’appelait Darioriton au IIè siècle chez Ptolémée, avec le gaulois dario, « agitation, tumulte », donnant au toponyme le sens de « gué tumultueux ».
Radepont4 (Eure, sur l’Ancelle) : noté Ritumagus au IVè siècle, avec le gaulois magos, « marché ».
Composé avec des mots gaulois
ambe, « ruisseau » : le nom d’ Ambert (P.-de-D., sur la Dore), déjà attesté sous cette forme romane en 1096, est composé avec le gaulois ambe, « ruisseau », comme celui d’Ambort (au confluent de la Rue et de la Tarentaine, Cne de Champs-sur-Tarentaine, Cantal).
bonna, « base, fondation » : Bonnard (Yonne) dont le nom Bonoritum (IVè siècle) est formé avec bonna, indiquant un gué solide (TGF*). Une autre hypothèse préfère y voir le nom d’homme gaulois Bonos (DENLF*).
gaesum, « javelot de fer » : Gisors (Eure) dont le nom Gisortis attesté en 968 est composé du gaulois gaesum, « javelot de fer » et de ritum, « gué » ; les confluents en pointe ont souvent été désignés par de telles métaphores (cf. L’Aguillon dans le Lot-et-Garonne, Saint-Sulpice-la-Pointe dans le Tarn, etc.) et la confluence de l’Epte et de la Troesne a pu être désignée ainsi par les Gaulois (DNLF*). Une autre hypothèse fait appel au nom d’homme gaulois *Gisus (DENLF*) à rapprocher du nom de dieu Gisacus (TGF*).
cambo, « courbe (de rivière) » : Chambord (L.-et-C.) dont le nom Cambortus de 860 est formé avec le gaulois cambo, « courbe », signalant un gué sur une courbe du Cosson. De ce même cambo sont issus les noms de Chambord (Eure), Chambors (Oise), Chambourg-sur-Indre (I.-et-L, Cambortum en 816, dont la terminaison a subi l’attraction de -bourg, alors très courant) et vraisemblablement le diminutif Chamoret (H.-Vienne), sur une courbe de la Glayeule.
boduo, « corneille » : Bort-les-Orgues (Corrèze) dont le nom Boort, attesté en 944, est formé sur le gaulois boduo, « corneille », auquel on doit aussi les noms de Bort-l’Étang (P.-de-D., sur un affluent du Litroux) et de Bourth (Eure, sur l’Iton). Dans ces trois noms, le -d- intervocalique de *boduo-ritum est tombé.
Brennus : Bernot (Aisne, rive droite de l’Oise) dont les les anciens noms à notre disposition sont Bresnoth au Xè siècle et Brenost au XIè siècle puis Bresnort en 1156 et Brennort en 1157. Sans doute faut-il restituer la finale -ort aux noms des Xè et XIè siècle pour reconstituer le nom de *Brenn-ó-ritum, « le gué de Brennus », nom d’homme gaulois.
petor, « quatre » : Bédarrides (Vauc.) dont le nom Betorrida de 816 est formé avec petor, « quatre », et rita, pluriel de ritum. La commune est effectivement à la confluence de l’Ouvèze, de la Mède, et de deux branches de la Sorgue et de l’Auzon. L’absence inhabituelle du -ó- de liaison accentué est à l’origine de l’accentuation sur le -i- donnant la terminaison en -rides.
nouio, « nouveau » : Niort (Deux-Sèvres), attesté Noiordo vico sur une monnaie mérovingienne est un composé du gaulois nouio, « nouveau » et ritum, « gué ». Le gué sur la Sèvres Niortaise permettait le passage de la voie romaine de Saintes à Nantes. Niort-de-Sault, dans l’Aude, attesté Aniorto en 1040, et Niort-la-Fontaine, en Mayenne, attesté Medio Orto au IXè siècle, semblent avoir une autre origine encore obscure même si E. Nègre a émis l’hypothèse pour la commune Audoise d’un *ande-ó-ritum, avec la particule intensive -ande subissant la disparition du -d- pour former *an(d)e-ór(i)to devenu Aniorto puis Niort, après chute du A initial pris pour la préposition à. (TGF*).
Composé avec un mot latin
Les toponymes associant le gaulois ritum à un nom latin sont rares puisque le latin vadum, « gué », a très vite remplacé le mot gaulois. On compte malgré tout quelques noms formés avec l’adjectif latin longus. C’est le cas de Longré (Char., Longorete au haut Moyen Âge), de Lonrai (Orne) et de Longroy (Seine-Mar.). Le Gué-de-Longroi (E.-et-L.), noté Vadum de Loonrai vers 1200, semble être une formation tautologique (« le gué du long gué » ) dont le deuxième élément a subi très tôt une attraction paronymique : on trouve déjà écrit Vadum Longi Regis vers 1300 (DENLF*). Une autre hypothèse fait appel au nom d’homme gaulois Lugaunus accompagné du même ritum qui serait accentué (TGF*). Dans le même ordre d’idée, Le Gué du Roi, à la Ferté-Saint-Aubin (Loiret) a tout d’un rito redoublé comme le hameau de Roiville à Cérelles (I.-et-L.) est une ancienne Rito-villa.
Composé avec un mot germanique
Rethel (Ardennes) : la première attestation du nom, au Xè siècle, sous la forme in villa Reiteste nomine, s’explique en le décomposant en deux éléments : le premier, Reit-, ( qui apparaitra en 1097 sous une forme latinisée Regiteste castello ayant subi l’attraction paronymique du latin regis, « du roi ») est le résultat roman du gaulois ritu-, le village antique ayant été bâti sur la rive droite de l’Aisne. Au cours du haut Moyen Âge, un appellatif a été adjoint au nom du lieu, en l’occurrence l’ancien haut allemand stat, « lieu, endroit », reconnaissable dans le deuxième élément du toponyme –stet (Registeste castrum vers 1120 ) devenu par métathèse -test (Retest est attesté vers 1172). Le groupe consonantique terminal n’étant plus prononcé, une nouvelle consonne d’appui est apparue, -l, attestée dès 1246 dans Rethel.
La variante rotu
Le gaulois ritum a pour origine l’idée de porter, par le radical indo-européen *pertu, qui a aussi donné le ford anglais et le Furt alsacien. Parallèlement, ce même radical a évolué vers une forme *portu d’où proviennent le latin portus, « passage », l’ancien breton rodoed, « gué » (d’où les nombreux Roudou ou Roudourou en Bretagne, mais c’est un autre sujet) et aussi la variante gauloise rotu pour « gué » qui nous intéresse ici. De cette variante sont issus, entre autres, les noms de :
Redon (I.-et-V.) : la ville est attestée in loco nuncupante Roton en 834 puis, par dissimilation, Redonis civitata en 843. Le nom s’explique par le gaulois rotu accompagné du suffixe, aussi gaulois, -one. La persistance du -d- inter-vocalique s’explique par le fait que la ville se situe dans la zone linguistique romano-bretonne.
Ruelle-sur-Touvre (Char.) : attesté Rodelita au IXè siècle puis Roella en 1296, le nom est formé de la variante gauloise rotu- accompagnée du suffixe, aussi gaulois, -ela, la forme du IXè siècle étant vraisemblablement une mauvaise transcription.
Rueil-Malmaison (H.-de-S.), Rotoialinsem villam au VIè siècle, est formé de rotu, «gué», associé à ialo, « clairière, lieu ». Ce même composé a donné le déterminant de Val-de-Reuil (Eure).
Ruan (L.-et-C.), Ruan-sur-Egvone (Loiret) et Pont-de-Ruan (I.-et-V.) sont des anciens roto-magos, avec magos, « marché ». La paronymie avec le gaulois roto, « roue », qui serait employé ici par métaphore topographique, a permis d’émettre d’autres hypothèses étymologiques semble-t-il moins convaincantes. Et attention! le nom de Rouen (S.-M.) provient, lui, de rato-magos, avec le gaulois rato, « rempart ».
La Margeride
Cette région naturelle, formée d’un massif montagneux aux confins des départements de la Lozère, du Cantal et de la Haute-Loire, tient son nom d’un lieu-dit La Margeride, hameau et château médiéval détruit (Cne de Védrines-Saint-Loup, Cantal), siège d’une puissante seigneurie du diocèse de Clermont.
Carte de Cassini – Feuillet 54 – Saint-Flour (1575-76)
Le château est attesté Marjarida en 1148 et Margerida en 1463. Localisé en forêt, il se trouve à quelques kilomètres de la limite entre les civitates des Arverni et des Vellavii, et à la limite des pagi francs du Tallendais et du Brivadois. C’est pourquoi on peut voir dans son nom un ancien *Morgarita, du gaulois morga, « borne, limite » (de l’indo-européen *morg, de même sens, d’où le français « marche » et l’allemand et l’anglais Mark ), et ritu, « gué ». L’attraction paronymique du latin Margarita, « perle », a fait évoluer le toponyme vers sa forme actuelle. Cela a été d’autant plus aisé que dans certains ruisseaux du Massif Central, mais sans rapport avec des limites de peuples gaulois, ont été découvertes des moules perlières et que certains de ces ruisseaux ont été appelés Marguerite, notamment un affluent de l’Hérault (DNLF*). L’existence ancienne du prénom féminin Marguerite, notamment celui d’une sainte d’Antioche, a donné lieu a une étymologie populaire, en parallèle avec les noms de Margerides (Corr., Margaride vers 1315), Margerie-Chantagret (Loire, Margeriam en 1250) et Marguerittes (Gard, Margarita en 979) dont on hésite à dire s’ils proviennent du nom de la sainte ( après disparition de Sainte-), d’une éventuelle châtelaine ainsi prénommée, des moules perlières ou même de la fleur (DENLF*, TGF* et TNO*).
1- Javols a pris au IVè siècle (civitas Gabalum vers 400) le nom du peuple dont il est la capitale, les Gabali, dont le dérivé Gaballitanum a donné son nom au Gévaudan.
2 – Limoges a pris au IVè siècle (Lemovices vers 400) le nom des Lemovices dont elle était la capitale. Cf. le billet concernant l’orme pour en savoir plus.
3 – Vannes a pris au IVè siècle (Benetis vers 400) le nom des Venètes dont elle était la capitale.
4 – Radepont, attesté Radipons en 1034, est formé du nom de personne germanique Raddo accompagné du latin pontem, « pont » : mieux qu’un radeau (ahah), un pont a remplacé le gué.
La devinette
Il vous faudra trouver le nom d’une commune française, formé de ce « gué » gaulois accompagné d’un mot ressortissant au domaine mystique. L’évolution phonétique a fait que ni l’un ni l’autre ne sont plus reconnaissables aujourd’hui.
Comme il me semble que la réponse n’est pas si difficile à trouver, il faudra vous contenter de cet indice — non pas tant pour vous aider à trouver la bonne solution, mais pour vous permettre de confirmer que vous l’avez bien trouvée :
Réponse attendue chez leveto@sfr.fr
*Les abréviations en majuscules suivies d’un astérisque renvoient à la Bibliographie du blog accessible par le lien en haut de la colonne de droite.
Les formes les plus anciennes connues du nom, en latin, sont Tornolium, Turnollia ou Turnoialium. On y reconnait le suffixe gaulois o-ialum, étudié dans le précédent billet, précédé d’un premier élément -turn.
Pour Albert Dauzat (La Toponymie française, Payot, 1960), s’appuyant sur Joseph Loth, ce radical signifie « hauteur » :
Ce même radical se retrouve dans les noms de Tournon-sur-Rhône (Ardèche), dont le piton était surmonté d’un château au début du IXè siècle (castro Turnone en 814), du pays de Tournel (Lozère, autour de Saint-Julien-du-Tournel) dont le château du XIIè siècle était noté chastel del Tornel en 1219, avec suffixe diminutif latin -ellu et aussi de la Tournette, point culminant d’un petit massif des Alpes (à Talloires, Hte-Savoie) avec le diminutif -etta. (DNLF*). Tournes (Ardennes), dont le château situé en hauteur sur la citadelle a été incendié, doit probablement sont nom à ce même turno- (DENLF*).
L’hypothèse étymologique mentionnée sur la fiche wikipédia, qui fait le rapprochement de Tournoël avec le diminutif tournelle, « petite tour », ne tient pas pour des raisons chronologiques ( le diminutif tournelle n’est attesté qu’au XIIè siècle tandis que le nom Tornoil apparait dès 995) et d’architecture (le donjon construit en 1200 est tout sauf petit pour l’époque !).
Lors du conflit qui opposa entre 1190 et 1213 Guy II d’Auvergne, partisan de Richard Cœur de Lion, à son frère Robert partisan de Philippe Auguste, le château de Tournoël, dernière forteresse encore aux mains des troupes du premier, fut assiégé et pris par le roi de France, qui en profita pour annexer la terre d’Auvergne. (wiki).
Les indices
■ la « statue » :
Saint Austremoine de Clermont , ici représenté sur la châsse de saint Calmin (XIIesiècle), renvoyait bien sûr vers l’Auvergene. En 1211, « Guy, comte d’Auvergne, détruisit de fond en comble le monastère de Mozac ; il emporta même le corps de saint Austremoine dans une de ses places. À cause de cela, il subit des mesures répressives de la part du roi de France ».
■ un sceau :
Ce sceau de Philippe Auguste renvoyait à l’époque de … Philippe Auguste.
TRA, Un Intrus,TRS et LGF, ont déjà trouvé, dans cet ordre, la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les quatre !
Pour mémoire, en voici l’énoncé :
Il vous faudra trouver un micro-toponyme où se déroula le dernier épisode d’ une guerre qui opposa pendant trois ans deux frères se disputant une région.
L’un des deux frères fit finalement appel au roi de France qui mit fin à cette guerre en s’emparant à cet endroit de la dernière place-forte encore insoumise et qui en profita pour annexer définitivement toute la région.
La bâtisse, bien qu’abîmée par le temps, est toujours debout et son nom est déterminé par le toponyme.
Comme tous les autres de ce billet, ce toponyme est composé de deux mots dont le second est ialo, tandis que le premier, très ancien, désigne une hauteur. Une paronymie due à l’évolution phonétique est à l’origine d’une étymologie erronée qui fait de ce nom un diminutif d’un type de bâtiment.
Il n’y aura ce soir qu’un seul indice — les autres qui me viennent à l’esprit me semblant trop évidents, on verra mardi !
■ une statue :
Voici donc les indices promis :
■ pour la période historique :
■ pour la région :
■ et si ça ne suffit pas, voici un indice façon rébus :
Parmi les mots gaulois ayant servi à former des toponymes, le record de production appartient sans aucun doute à ialo. Apparenté au gallois iâl, « espace découvert », ce mot a eu le sens primitif de « clairière, lieu résultant le plus souvent d’un défrichement forestier » et en vint tout naturellement à désigner le hameau ou le village que l’on bâtissait. Toujours placé en second élément de mots composés, il a ensuite pris progressivement la valeur d’un simple suffixe auquel on donne la signification un peu vague de « lieu, endroit, village » sans qu’il soit nécessairement question d’un défrichement initial. Ceci explique qu’on trouve ce mot gaulois accompagné aussi bien d’appellatifs gaulois que latins, les Romains l’ayant adopté à leur tour.
Les toponymes formés avec ce substantif ou ce suffixe sont très nombreux sur tout le territoire hexagonal et sont repérables par tout un éventail de terminaisons résultant d’évolutions phonétiques divergentes. Un o de liaison accentué précède toujours ialo. Ce -ó-ialo aboutit en pays d’oïl et dans une partie du Sud-Ouest occitan à -euil, -eil en une seule syllabe et, dans le reste du domaine occitan à –uèjoul, dont la dernière syllabe est atone, ou bien –uège, -ège, iège . D’autres variantes plus rares sont récapitulées sur la carte suivante :
Il n’est bien sûr pas question de citer ici tous les toponymes formés sur ce mot gaulois, mais d’en montrer toute la diversité avec quelques exemples.
Gaulois
■ Entrant en composition avec des adjectifs gaulois, ialo garde son sens premier puisque c’est lui qui est déterminé :
avec maro, « grand », on trouve de nombreuses « grandes clairières » : Mareau-aux-Bois (Loiret, Marogilum en 840), Mareil-en-Champagne (Sarthe, Marogilo en 616), Mareuil-la-Motte (Oise, Marolgildini villam en 922, où -gildini doit être un nom propre, puis Maroilo en 936), Maruéjols-lès-Gardon (Gard, Marionallus en 813 puis Marojolo en 1160), Mariol (Allier) Marvéjols (Loz., Maroiol en 1515 avec mauvaise lecture du -u- d’un ancien Maruejols), etc. Une forme féminisée a donné Mareilles (H.-Marne) et Maroilles (Nord), etc.
Marvejols (Lozère) avec à gauche et à droite le dépiquage du blé. La salle du « Cheval rouge » existe encore aujourd’hui
avec novio, « nouveau » : Neuil (I.-et-L., Niolus en 1080), Nieul-lès-Saintes (Ch.-Mar.), Nueil-sous-Fage (Vienne), Nieul (H.-Vienne), etc.
avec vindo, « blanc» et peut-être « sacré » : Vandeuil (Marne, Vendolium en 1158), Vendeuil (Aisne), Venteuges (H.-Loire, Ventoiol en 1298, etc.
avec argento, « argent » à comprendre « blanc comme l’argent » : Argenteuil (Val-d’Oise, Yonne), etc..
avec devo, « divin » : Deuil-la-Barre (Val-de-Marne), Dœuil (Ch.-Mar.).
■ ialo entre composition avec des appellatifs topographiques :
nanto, « vallée » : Nanteuil et Nampteuil (Ardennes, Aisne, Oise, etc.), Nantheuil (Dordogne, Nantolium au XIIIè siècle), etc.
banno, « corne » au sens de sommet en forme de corne : Baneuil (Dord.)
lanno, « plaine » ou « endroit consacré » : Lanuéjols (Gard et Lozère), Lanuéjouls (Aveyron), etc.
turno, « éminence » : le château de Tournoël (P.-de-D.).
■ avec des noms d’arbres, ialo a bien le sens de « terrain défriché » :
aballo, « pommier » : Valuéjols (Cant., Avaloiolum en 929), Valeuil (Dord.), etc.
cassano, « chêne » : Chasseneuil (Char., Indre, Vienne), Casseneuil (L.-et-G.), Casseuil ( Gir., avec une forme réduite *casso de cassano), Cassuéjouls (Aveyron, Cassojol en 1032), etc.
■ ialo est déterminant de lieux de culture ou d’élevage :
ander, « vache » : Andreujols et son diminutif Andrujolet ( à Sauges, H.-L.)
broga, « champ » : Bruéjouls (à Roumégoux, Cant. et à Clairvaux, Aveyron);
■ ialo est déterminant de noms d’hommes gaulois avec le sens de « terre de » :
Breteuil (Eure, Oise avec Brittus), Seneujols (H.-L. avec Senos, surnom « Vieux »), Vertheuil (Gir., avec Vertos), Granéjouls (à Cahuzac-sur-Vire, Tarn, avec Grannos, également nom de divinité), Saluèges (à Ambialet, Tarn, avec Sallia), Artozoul (à St-Martin-Lys, Aude, avec Artos, surnom « Ours »), Counozouls (Aude, avec Connos), Lisseuil (P.-de-D., avec Liceius), etc.
Latin
Les Romains arrivant dans les zones de forte colonisation gauloise ( ialo est absent de la Provence, de l’est du Rhône et peu fréquent dans le Sud-Ouest), perçurent -ialo comme un simple suffixe au sens de « lieu de ». Accompagné de termes latins, ialo forme ainsi des toponymes de transition en attendant la romanisation complète.
■ on trouve ialo avec un adjectif :
curtus, « court » : Courteuge (à Saint-Just-près-Brioude, H.-L., Cortoiol en 1241), etc.
altus, « haut » : Auteuil (Yv., Altogilo au IXè siècle), Auteuil (Oise, Altoilo en 1085), Autheuil (E.-et-L., Autol en 1120), etc.
cultus, « cultivé » : Couteuges (H.-L, Cultoiole et Coulteugheol en 1379).
■ le plus souvent le premier terme du toponyme est un nom commun :
arcus, « arc de monument ou arche d’un pont ) : Arcueil (Val-de-Marne, allusion aux arches de l’aqueduc gallo-romain qui acheminait l’eau jusqu’à Lutèce), Arquejols (à Rasset, H.-L.).
Comme je l’ai déjà écrit, les toponymes formés avec -ialo sont trop nombreux pour être tous cités ici mais je reste disponible pour répondre à vos éventuelles interrogations dans le fil des commentaires.
La devinette
Il vous faudra trouver un micro-toponyme où se déroula le dernier épisode d’ une guerre qui opposa pendant trois ans deux frères se disputant une région.
L’un des deux frères fit finalement appel au roi de France qui mit fin à cette guerre en s’emparant à cet endroit de la dernière place-forte encore insoumise et qui en profita pour annexer définitivement toute la région.
La bâtisse, bien qu’abîmée par le temps, est toujours debout et son nom est déterminé par le toponyme.
Comme tous les autres de ce billet, ce toponyme est composé de deux mots dont le second est ialo, tandis que le premier, très ancien, désigne une hauteur. Une paronymie due à l’évolution phonétique est à l’origine d’une étymologie erronée qui fait de ce nom un diminutif d’un type de bâtiment.
Il n’y aura ce soir qu’un seul indice — les autres qui me viennent à l’esprit me semblant trop évidents, on verra mardi !
Le temps est venu de donner la solution de ma dernière devinette : il fallait trouver Pigalle( rue, place et quartier parisiens).
Le plan de Jaillot (1772) mentionne la rue Royale qui démarre à la rue de la Croix-Blanche (aujourd’hui rue Blanche) pour aboutir à la barrière Montmartre ; c’était à l’époque un simple chemin (entre les deux flèches rouges ci-après).
Le 18 nivôse an VIII (8 janvier 1800), l’Administration centrale de la Seine, « considérant qu’il convient de ne laisser aucune trace d’un régime proscrit à jamais », décide que « la rue Royale (…) portera le nom de rue du Champ-du-Repos ». Quatre jours plus tard, changement d’idée : la même Administration « arrête que la rue Royale (…) portera le nom de rue de l’an VIII ». Finalement, dans le courant de l’an XI, cette voie publique prit le nom de rue Pigalle, en hommage au sculpteur Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785) qui y habita de 1756 à 1782 (DAHRMP*).
Pigalle est un « nom de famille provençal désignant une olive qui, devenue noire, est piquetée de blanc » (DNFLM*). Employé comme sobriquet, il devait désigner un producteur ou marchand d’olives ou un individu dont la peau est marquée de rousseurs.
Le Trésor du Félibrige donne ainsi :
Pigalo, s.et adj. f. Variété d’olive, de moyenne grosseur, oblongue, rougeâtre, devenant d’un noir violet, tiquetée de points blancs et bariolée.
On lit à la page 22 d’une étude ( disponible en pdf ) écrite par F. Ricciardi-Bartoli en 1998 pour le ministère de la Culture, citant Le Traité de l’olivier de J.-P. Amoureux publié à Montpellier en 1784 :
« Le Pigale ou Pigaou : cet arbre devient par vétusté un des plus grands de nos
contrées. (…) L’olive est de moyenne grosseur, oblongue, rougeâtre et devient d’un
noir violet ; elle est jolie, toute piquetée de points blancs et bariolée ; sa chair est
ferme, mais elle se ride en mûrissant quand la gelée la touche, elle est tardive. La
Pigale est une excellente qualité d’olive, bonne à tout, à confire et à fournir une
huile très fine. (…) C’est l’olive par excellence des Montpellois ; aux environs de
leur ville, comme à St George et autres lieux on cultive préférablement cette espèce
à toute autre. »
Les indices
Tous en bustes sculptés, puisque la spécialité de Pigalle, c’était la sculpture.
■ George Sand ( buste par Auguste Clésinger ) est venue habiter en 1841 un pavillon au numéro 16 de la rue Pigalle, où elle vécut avec Frédéric Chopin (buste par Georges Dubois). (CVP*)
■ La marquise de Pompadour (buste en terre cuite du XIXè siècle), mécène de l’art, plaça Pigalle sous sa tutelle en 1750. Il sculpta en marbre et grandeur nature une Madame de Pompadour en Amitié en 1753.
■ Ce buste de Diderot est une œuvre de J.-B. Pigalle datée de 1777.
■ ce ‘tit oiseau (dont c’est la fête tous les soirs à Pigalle …) est une pie, bigarrée de noir et blanc. En occitan, la couleur pie se dit pigat, du latin pica qui a aussi donné le nom de l’olive pigalo.
*Les abréviations en gras renvoient à la bibliographie du blog accessible par le lien dans la colonne de droite.
Il n’aura pas fallu longtemps à Jacques C. pour venir à bout de ma dernière devinette. Félicitations! TRA, Un Intrus et TRS l’ont rejoint, bravo à eux!
Pour les étourdis qui n’auraient pas suivi le lien précédent, en voici l’énoncé :
Le nom d’une variété d’olive, caractérisée par sa couleur noir violet tachée de blanc à maturité, a donné un sobriquet devenu patronyme. Ce dernier a été porté par un artiste fort réputé en son temps. Vingt ans après sa mort, on lui rendit hommage en baptisant de son nom une rue et la place à laquelle elle aboutissait, dans une ville (de plus de 2000 habitants!) de France métropolitaine. Cette place, et le quartier auquel elle a donné son nom, sont aujourd’hui mondialement célèbres au point que ce nom n’évoque plus aujourd’hui pour la plupart des gens que le quartier, l’artiste étant plus ou moins tombé dans l’oubli.
Quel est cet odonyme ?
Je pourrais vous donner comme indices des chansons ou des films autour de ce quartier, mais ce serait alors bien sûr trop facile !
En ces temps où les statues serrent les fesses, je me fais un devoir de vous en proposer cinq comme indices, chacune ayant un rapport, mais pas toujours le même, avec l’odonyme mystère :
■ et de deux qui font la paire :
■ et de trois :
■ et une quatrième :
■ et un ‘tit oiseau, pour finir :
Et ça devrait suffire !
Réponse attendue chez leveto@sfr.fr
PS aux contributeurs qui m’ont suggéré des indices : je les en remercie mais, ayant décidé de faire preuve de solidarité envers l’art statuaire, j’en reste là. Leurs idées pourront être reprises éventuellement dans les commentaires
Il n’en est jamais fini avec les arbres! Je répare ici un oubli en m’intéressant à l’olivier après avoir déjà écrit plusieurs billets consacrés aux arbres ( le bouleau, le hêtre, le tilleul et bien d’autres accessibles par le champ de recherche en haut de la colonne de droite).
Planches de botanique de Duhamel du Monceau
L’olivier, bien que très fréquent dans tout le Midi méditerranéen où il était cultivé pour son huile pour la cuisine et pour l’éclairage, n’a produit que très peu de toponymes. La raison nous en est peut-être donnée dans l’Histoire Générale de Languedoc où un lieu non identifié, mais probablement à Gignac (Hérault), appelé au Xè ou XIè siècle Vinearia quem vocant Oliveto, « Vigne que l’on appelle Olivet », montre le mode de culture de l’olivier au Moyen Âge, où les champs et les vignes étaient complantés d’oliviers. Les documents médiévaux dont nous disposons ne donnent pas à la culture de l’olivier l’importance que l’on aurait pu attendre d’un arbre caractéristique de l’agriculture méditerranéenne : sa culture en complant ou le long des chemins a fait de cet arbre le parent pauvre parmi les autres cultures. Peut être ce trait est-il un peu forcé et mériterait-il d’être nuancé, mais il explique sans doute pourquoi aucun domaine important susceptible de se doter d’une chapelle pour donner lieu à un habitat de quelque extension, ait été désigné du nom de l’oliveraie.
Les trois exceptions (françaises) que j’ai pu relever sont la commune varoise d’Ollioules dont le nom Olivola de 1044 est un dérivé collectif bas latin olivula, daté de l’époque gallo-romaine, désignant une « oliveraie », la commune de Corse-du-Sud Olivèse dont le nom est formé d’olivus accompagné du suffixe -ensis et la commune de Haute-Corse Ogliastro dont le nom est issu du latin oleaster, « olivier sauvage ». On peut citer aussi l’ancien nom Olivula de Villefranche-sur-Mer (Alpes-Mar.), le même que pour Ollioules.
Les premiers arrivés ont pris ces palmiers pour des oliviers, d’où le nom de la ville ( non, je rigole!)
L’utilisation du nom de l’olivier dans la toponymie se cantonne donc au maillage rural en tant que nom de ferme ou de tènement sous la forme de dérivés diminutifs à sens collectif en -et ou -eta, donnant l’occitan oliveta, « petit champ planté d’oliviers » emprunté par le français « olivette », de même sens. C’est ainsi que l’on trouve de nombreux Olivet (à Agonès, Hérault, etc.), L’Olivet (à Cazouls-lès-Béziers, id., etc.), Olivette (à Cornillon, Gard, etc.), la fontaine de l’Olivette (une source à Gorniès, id.) et L’Olivette (ad Olivetas en 1366 à Fendeilles, Aude, etc.).
Le collectif en -eda, phonétiquement évolué en -èl, est à l’origine de L’Olivel ( locus dictus Oliveda en 1172, à Calvisson, Gard), du ruisseau de l’Olivel (à Agel, Hérault), des Olivels (à Muriel-lès-Béziers, id.) et de la forme féminine Les Olivelles (ad Olivetas en 1249, à Congéniès, Gard). La forme oliveda est présente à Oliveda (à Fourques et Ortalfa, P.-O.) ainsi qu’à Olivède (à Jonquières, Vauc.).
Le pluriel olivis, donnant l’occitan olièu, « oliviers », est représenté par Les Olieux (ecclesia de Olivis en 1189, à Montséret, Aude) et Les Olieux (Ministerium monialium de Olivis en 1314, à Narbonne, Aude). On le retrouve, traduit en français, dans les noms Les Oliviers (à Montblanc, Hérault et à St-Martin-de-Lys, Aude) et Les Olivières (à Talairan, Aude).
Il existe aussi bien entendu des toponymes plus modernes du type (L’) Oliveraie, (L’) Oliverie, (L’) Olivraie, etc. qu’il serait trop fastidieux et peu intéressant d’énumérer ici.
Le singulier, appliqué à un arbre isolé caractéristique de la ferme ou d’un champ, est à l’origine de nombreux (L’)Olivier, Mas de l’Olivier, Le Champ de l’Olivier, etc. pouvant être à l’origine de noms de famille Olivier, Ollivier, Olivié, etc. en concurrence avec ceux qui sont issus du prénom Olivier, celui du prestigieux compagnon de Roland, apparu au cours du Moyen Âge quand « olivier » a évincé « olive » pour restreindre ce dernier à la seule désignation du fruit.
Une mention particulière doit être faite pour les toponymes qui sont une transplantation du nom biblique du Mont des Oliviers.
On trouve ainsi Montaulieu dans la Drôme qui nous vient de Monte Olivo (en 1284), issu du Montem Olivarum, le «Mont des Oliviers», le -au- étant une mauvaise graphie pour -o-. Il en est de même pour Montaulieu (à Arjusanx, Landes) et les Montoulieu (Ariège, Haute-Garonne et Hérault). En revanche, Montolieu dans l’Aude ne peut pas être rattaché à cette liste. En effet, en 834, soit bien avant les Croisades, ce village était appelé Montilionis du latin monticulus, « monticule » et suffixe diminutif -onem : c’était un « petit monticule ». Ce n’est que plus tard que ce nom a subi l’attraction de Mont Oliu, « Mont des Oliviers » : on voit ainsi apparaître les noms Montoliu et même Monte Olivo après 1146.
Ce mont des Oliviers a été plus productif encore, mais il faut bien le chercher dans des noms du nord de la Loire comme
Mont de l’If (Seine-Maritime) qui est un Montem Olivarum raccourci en Montem Olivum. L’attraction de l’oïl if explique le passage à Mondelif (1211) compris comme un « mont de l’if » ;
Lolif (Manche) qui était noté Olivo en 1154 c’est à dire un (montem) Olivum devenu L’Oliv(e) qui a été mal interprété, ce qui a provoqué des étymologies populaires appuyées sur un hypothétique Olaf venu de Scandinavie ;
Olivet (Mayenne et Loiret) qui est issu de (montem) Oliveti reprenant un *olivettum, avec suffixe collectif -etum.
Champoléon (Hautes-Alpes), à plus de mille mètres d’altitude et à des températures hivernales peu propices à l’olivier, était noté Campolivus en 1377 puis Champolieu en 1557 (de l’occitan du nord champ et occitan oliu, « olivier ») ce qui nous ramène au « champ des oliviers », c’est à dire au « Jardin des Oliviers » biblique, à moins qu’il ne s’agisse d’un dérivé en -oliu de camp, avec le sens de « terre propre à faire un champ ». L’attraction de l’occitan leon, « lion », dont le cas sujet était leu, a fini par transformer le nom.
Les métiers liés à l’huile, que ce soit le presseur d’olives ou le huilier, ont donné des noms de famille du type Olier et aussi des noms de moulins à huile que l’on retrouve à Ollières (villa quam vocant Ollarias en 1008, Var) et à Ollières-sur-Eyrieux (villa Olliarias au XIIIè siècle, Ardèche). Mais ces noms se heurtent à un homonyme Olier, dérivé de ola, « pot, petite jarre » issu du latin olla, de même sens, devenu nom du potier mais aussi nom de son atelier. C’est ainsi qu’on préfèrera voir ce dernier dans Les Ollières de Haute-Savoie et aux Ollières de la Meuse (d’abord Olliers en 1642, pluriel de olier, « potier », puis adjectif féminin pluriel correspondant : (maisons) ollières ) d’où les oliviers devaient être absents. Mais il y a là, bien sûr, matière à discussion, tout comme dans les très nombreux micro-toponymes de ce type, dont seule l’histoire locale, si la mémoire en a été gardée, pourrait aider à trancher.
Une variété varoise d’olivier, le gavàrri est à l’origine d’un micro-toponyme en gavarèssa sur la commune de Carqueiranne. Un fort fut bâti là pour surveiller la rade de Toulon : il s’agit du fort de la Gavaresse. Selon plusieurs sites internet (qui se copient les uns les autres) le fort devrait son nom à une certaine Anne de la Gavaresse qui se serait enfuie du château de La Garde lors la Révolution et réfugiée ici. Mais cette hypothèse n’est pas étayée : nulle trace de cette dame ailleurs que sur ces sites, nulle trace d’une famille de la Gavaresse au château de La Garde, etc. Eût-elle réellement existé que son nom serait de toute façon issu d’un toponyme comme Gavary ou Gavarry, noms de plusieurs hameaux dans le Var et les Bouches-du-Rhône issus de cette variété d’olivier.
La devinette
Le nom d’une variété d’olive, caractérisée par sa couleur noir violet tachée de blanc à maturité, a donné un sobriquet devenu patronyme. Ce dernier a été porté par un artiste fort réputé en son temps. Vingt ans après sa mort, on lui rendit hommage en baptisant de son nom une rue et la place à laquelle elle aboutissait, dans une ville (de plus de 2000 habitants!) de France métropolitaine. Cette place, et le quartier auquel elle a donné son nom, sont aujourd’hui mondialement célèbres au point que ce nom n’évoque plus aujourd’hui pour la plupart des gens que le quartier, l’artiste étant plus ou moins tombé dans l’oubli.
Quel est cet odonyme ?
Je pourrais vous donner comme indices des chansons ou des films autour de ce quartier, mais ce serait alors bien sûr trop facile !
Il vous faudra donc faire sans indice au moins jusqu’à mardi, en espérant que d’ici là une bonne idée me vienne!
La troisième marche du podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette, derrière Un Intrus et TRA, est restée vide
Il fallait trouver Wibaux, siège du comté de Wibaux dans l’État du Montana des États-Unis d’Amérique.
Avant les années 1880 et la deuxième vague de la conquête de l’Ouest, il n’y avait là que des petites exploitations portant le nom de leurs propriétaires Keith et Beaver. Un village se développa et eut droit à son bureau de poste, nécessaire à sa reconnaissance par l’Administration. On le confia à Minnie et Gus Grisy et on baptisa l’endroit d’un toponyme fabriqué à partir des premières syllabes de leurs prénoms, complétées par un des trois suffixes habituels, en l’occurrence -ville (les deux autres étant -city ou -town, sans qu’il y ait de différence de taille, de population ou autre entre les localités ainsi nommées) : on fabriqua donc Mingusville.
En 1883, le Français Pierre Wibaux, qui aurait pu prendre la tête de l’industrie textile familiale à Roubaix, choisit de tenter sa chance dans l’élevage extensif du bétail aux États-Unis. Grâce à la générosité paternelle, il acheta des terres et du bétail à Mingusville. Las, l’hiver 1886-87, terriblement long et froid, fit périr 70% de son troupeau comme de ceux de ses voisins. Aidé une nouvelle fois par son père, il put racheter les terres et les troupeaux de ses voisins ruinés et repartir de plus belle dans son exploitation. Le succès fut cette fois au rendez-vous et il fut bientôt à la tête d’un des plus grands troupeaux au monde, plus de 65 000 têtes de bétail. Il put ainsi investir dans une mine d’or des Black Hills du Dakota-du-Sud et même ouvrir sa propre banque à Forsythe, Montana, où il obtint le privilège de pouvoir battre monnaie, ce qu’aucun autre Français n’a fait et ne fera sans doute jamais.
En signe de reconnaissance, les employés de son ranch du Montana rebaptisèrent de son nom, Wibaux, la ville qui avait prospéré autour de son ranch et les employés de la mine appelèrent Roubaix la ville des Black Hills, Dakota du Sud.
Les indices
■ la case de bédé :
La couverture de l’album Tintin en Amérique était censée vous amener … en Amérique et, plus particulièrement, au pays des garçons vachers.
■ les paroles de La Boite de jazz, chantées par Michel Jonasz :
Hé gus! tu connais Charlie Mingus ?
Par cœur, j’le connais par cœur !
pouvaient orienter vers le premier nom officiel de Wibaux, Mingusville.
■ le tableau :
le triptyque de Jean Geoffroy (1853-1924) intitulé L’Œuvre de la Goutte de lait rappelait que Pierre Wibaux fit œuvre philanthropique en finançant cette association dont il fut un des présidents d’honneur.
■ la chanson :
interprétée en 1934 par Patsy Montana, I Wanna Be A Cowboy’s Sweetheartrenvoyait aux garçons vachers par son titre et au Montana par le pseudonyme de son interprète, de son vrai nom Ruby Rose Blevins.
■ la bande annonce :
La Rivière rouge, de Howard Hawks, raconte les aventures d’un propriétaire de bétail dans l’Ouest américain — qui se terminent moins bien que celles de Pierre Wibaux.
■ le dernier indice :
il fallait reconnaitre la signature de Joni Mitchell sur la lithographie ayant servi de couverture en 1979 à son album consacré à Charlie Mingus.
■ et le tout dernier :
mon adresse aux audacieux combattants était une référence au patronyme Wibaux qui est issu des germaniques wig, « combat », et bald, « audacieux » ; c’est la forme picarde de Guibaut, Ah ben, oui, je vous avais prévenus!
Un Intrus et TRA ont déjà trouvé la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux!
Pour les autres, voici un rappel de l’énoncé :
Il vous faudra trouver une ville étasunienne qui a porté plusieurs noms successifs avant d’être finalement baptisée en hommage à un émigrant venu s’y installer.
Les deux premiers noms connus, éphémères, étaient ceux de deux pionniers, totalement inconnus et aujourd’hui bien oubliés.
Le troisième et avant dernier nom était un toponyme fabriqué (le voilà!) à partir des premières syllabes des prénoms des époux qui tenaient le bureau de poste (encore lui!) suivies d’un suffixe habituel pour une localité américaine.
Le nom actuel est, dans toute sa simplicité, le patronyme d’un émigrant venu d’Europe pour tenter sa chance dans une activité qu’il ne connaissait pas du tout tandis que la reprise d’une entreprise familiale prospère lui aurait sans doute assuré un bel avenir.
Il réussit pourtant dans son entreprise, profitant de mauvais revers chez ses voisins pour reprendre la leur et ainsi s’agrandir jusqu’à devenir une sorte de recordman dans sa partie. Ayant plus tard diversifié son activité, la prospérité et la fortune furent au rendez-vous, ce qui lui permit de faire œuvre philanthropique jusque dans son pays natal. Ses employés nommèrent alors la ville en son honneur et l’église fut même consacrée au saint auquel il devait son prénom. On lui rendit même un autre hommage dans un autre État, où une localité qu’il avait contribué à faire prospérer fut renommée du nom de sa ville natale.
Quelle est cette ville, et donc le nom du personnage, et quel est le nom fabriqué qu’elle a porté avant de prendre son nom actuel ?
Je vous propose trois indices :
■ une case de bédé — pour le toponyme actuel :
■ un indice en chanson (c’est tellement plus mignon etc. ) — pour le toponyme fabriqué — en suivant ce lien.
■ un tableau — pour la philanthropie :
Les traditionnels indices du mardi
■ deux d’un coup en chanson :
■ une bande annonce :
■ un autre ? d’accord! mais il faudra vous débrouiller avec ce morceau :
et ça devrait suffire aux audacieux combattants* que vous êtes !
Réponse attendue chez leveto@sfr.fr
* indice très (trop?) bien caché, n’en tenez pas compte!