Sur les plateaux karstiques du sud du Massif Central, le Larzac en particulier, l’eau trouve en certains endroits une couche argileuse imperméable faisant obstacle à sa pénétration dans les profondeurs de la roche. Les mares ou dolines qui en résultent sont appelées le plus souvent lavanhas et parfois sotch.
Lavagnes
L’occitan lavanha (ou labonha en Gévaudan), du latin lavare, « laver », désigne une flaque d’eau de lavage, d’eau sale, d’eau de lessive et le sens a dérivé pour désigner des mares naturelles dont le fond a été souvent aménagé en le pavant pour en améliorer l’étanchéité afin d’en faire des abreuvoirs pour les troupeaux de moutons. La francisation de l’occitan a abouti à des noms comme Lavagne /Labagne et Lavogne / Labogne. Certaines fermes ont pris le nom de la mare voisine ; certaines d’entre elles sont devenues des hameaux et certains des habitants qui en constituent la diaspora en ont gardé le nom : d’où Lavagne comme nom de famille qui explique à son tour certains toponymes désignant des endroits où ne se trouve aucune mare.
Lavagne
Plus de cent lieux-dits portent un nom formé sur ce terme. Parmi ceux qui sont habités, citons La Lavagne à Blandas (Gard, Mansus de Lavanhol en 1391), trois La Lavagne en Aveyron (à Combret, Mélagues et Sanvensa), Les Lavagnes à Saint-Guilhem-le-Désert (Hér.), etc. À Barjac (Loz.) se trouve un curieux Lalavagne, avec agglutination de l’article.
Certains de ces noms peuvent être accompagnés de déterminants comme la Lavagne Blanche et la Lavagne Rouge à la Roque-Sainte-Marguerite (Av.), Lavagne Countal au Caylar (Hér., la Lavagne comtal au début du XVIè siècle, « du comte »), Lavagne de Caubel à Sainte-Eulalie-de-Cernon (Av.) etc . À Saint-André-de-Vézines, sur le causse Noir (Av.), se trouve le hameau de Marlavagne, un nom composé de mala lavanha, « mauvaise lavagne », avec dissimilation du l en r au contact du l de lavanha : mal(a)lavanha devient mallavanha puis marlavanha.
Faisant le lien avec le billet précédent, on notera le lieu-dit La Cire et la Lavagne à Cazilhac (Hér.).
Les formes diminutives sont représentées par des Lavagnette(s) comme à la Malène ou à Saint-Pierre-des-Tripiers (Loz.) et des Lavagnol(s) comme à Fayet et à La Cavalerie (Av.) ou à Sorbs (Hér.)

Moi, je me faisais gronder pour un coude sur la table, mais eux, les quatre pieds dans la lavagne, rien ! C’est pô juste !
Certains des noms incluant ce terme, notamment ceux de hauteurs ou de sommets, peuvent être liés à un autre sens de lavanha, à savoir celui de « vent d’est » souvent humide voire pluvieux. C’est sans aucun doute le cas de la Lavagne, un sommet de Saint-Jean-de-Minervois (Hér.), du Mont Lavagnes au Caylar (id., 836 m), de la Serre de Lavagne à Lanuéjols (Gard, avec serre, « crête montagneuse allongée »), de la Serre de la Lavagne à Saint-André-de-Vézines (Av.), etc. Il conviendra toutefois de ne pas généraliser puisque, par exemple, le Col de la Lavagne (791 m) à Tauriac-de-Camarès doit bien son nom au hameau de la Lavagne (711 m) auquel il permet d’accéder, lequel doit le sien à une mare d’où s’échappe le ruisseau de la Lavagne.

À Peyreleau (Av.), se trouve un lieu-dit la Vagne de Crot (absent du fichier FANTOIR mais présent sur les cartes IGN, cf. ci-dessous) dans lequel on peut voir une « lavagne du creux ». En effet, si l’occitan cròt est bien connu pour « fosse, creux » ou « dépression circulaire de terrain », le terme vagne (*vanha ?) est inconnu dans cette langue. L’absence de certitude m’empêche toutefois, à mon grand regret, d’utiliser ce toponyme pour une devinette.

Labagne
Les toponymes avec v passé à b sont beaucoup plus rares mais on trouve néanmoins La Labagne à Saint-Jean-et-Saint-Paul (Av) et à Gorges-du-Tarn-Causse (Loz.) ainsi qu’un diminutif Labagnet au Pompidou (Loz.), etc.
La Serre de la Labagne à Montardier (Gard, 789 m) et la Serre de Labagne Fournès à Saint-Michel (Hér., 714 m) doivent plus probablement leur nom au vent d’est vu plus haut. Labagne, un lieu-dit d’Escaunets (H.-Pyr.), comme Labagnère à Lasseube (P.-A.) et le quartier Labagnère de Soustons (Landes) sont probablement des anthroponymes devenus toponymes.
Lavogne
C’est essentiellement en Lozère que l’on trouve une douzaine de toponymes du type Lavogne plus quelques autres complétés par un déterminant comme la Lavogne la Draye à Allenc (pour la draye, cf. cet article).
Curieusement, le pluriel Les Lavognes n’apparait que dans les départements voisins du Gard, à Mialet, et de l’Hérault, à Castelnau-le-Lez.
Labogne
De la même façon, c’est en Lozère, que l’on trouve des Labogne (moins de dix), deux Labognette, un Labognet (au Pompidou), un Valat de Labogne et un Hort de Labogne (à Hures-la-Parade). On trouve également un Labogne à Saint-Étienne-de-Gourgas (Hér.) et un autre à Saint-Victor-Montvianeix (P.-de-D.).
Sotch
Sur les Causses, on dit pareillement sòt, pluriel sotch, pour désigner ces dolines. Ces noms ont donné naissance à divers toponymes principalement de l’Aveyron et de l’Hérault. L’étymologie en est incertaine : F. Mistral fait un rapprochement avec le latin subtus, « dessous » (d’où semble-t-il le basque soto, « creux, cave »).
Rien que dans la commune de Sorbs (Hér.) on trouve le Sot de la Fageolle, le Sot des Prés, le Sotch de la Parade et le Sotch de Robert. Dans ces deux derniers noms, il s’agit d’un faux singulier crée à partir du pluriel. Toujours dans l’Hérault, apparaissent le Sot du Canton à Saint-Étienne-de-Gourgas, le Sot des Perrios à Saint-Privat, le Sot du Lièvre à Pégairolles-l’Escalette, le Sot de las Cabros à Mas-de-Londres, le Sot des Ouns (« des ormes », de l’occitan oum) à Saint-Michel etc. et les Sotch au Cros (cette fois-ci un vrai pluriel). À Lunas, le ruisseau de Sot Malnet ou de Sotmalnet doit son nom à son eau malpropre (occitan mau neto).
Ce type de toponyme est bien plus représenté en Aveyron où on en trouve une petite dizaine sous la forme simple de Sot et plus de cinquante accompagnés d’un déterminant : le nom du propriétaire comme le Sot d’Arnaud à Gissac, une particularité topographique comme le Sot de l’Aven à Cornus ou le Sot de Terre Basse à Salles-Curan, un nom d’animal comme le Sot du Merle à Nant ou le Sot de la Cabro à Sainte-Eulalie-de-Cernon et bien d’autres.
Enfin, dans d’autres départements, notons Le Sot à Saint-Diéry (P.-de-D.), le Sot de Rebillières à Revens (Gard), le Sot des Fumades à Campestre-et-Luc (id.) ou encore le faux singulier le Sotch des Bayles à Saint-Sauveur-Camprieu (Gard).
PS : On trouvera, dans d’autres régions, de nombreux toponymes en Sot ou Sots qui n’ont bien entendu rien à voir avec les dolines caussenardes. Je n’en citerai qu’un, très pittoresque : le Champ de Touche Que Sot à Beauvais-sur-Matha (Ch.-Mar.) à comprendre comme « champ de peu de rapport que seul un sot labourerait ».
PPS : quand je pense qu’il aurait suffi d’un c supplémentaire pour que j’apprécie vraiment les sotch ! (sans glace, bien sûr.)

La devinette
Oui ! J’en ai trouvé une !
Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine lié à un des mots du jour.
La mare dont il est question dans ce toponyme est accompagnée d’un complément qui laisse supposer que son accès en était difficile ou qu’elle n’était pas utilisée comme il l’aurait fallu.
Ni le nom de la mare ni son complément ne sont aujourd’hui reconnaissables dans le toponyme, victimes de la paronymie et d’approximations.
Le chef-lieu du canton où se trouve ce lieu-dit doit son nom à celui d’un Gaulois accompagné du classique suffixe -acum.
Et je rajoute cet indice, pour la personne qui donne son nom à la commune où se situe le toponyme à trouver :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr