les indices du mardi 24/04/2023

Personne ne m’a encore donné la bonne réponse à ma dernière devinette dont voici l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine lié à un des mots du jour.

La mare dont il est question dans ce toponyme est accompagnée d’un complément qui laisse supposer que son accès en était difficile ou qu’elle n’était pas utilisée comme il l’aurait fallu.

Ni le nom de la mare ni son complément ne sont aujourd’hui reconnaissables dans le toponyme, victimes de la paronymie et d’approximations.

Le chef-lieu du canton où se trouve ce lieu-dit doit son nom à celui d’un Gaulois accompagné du classique suffixe -acum.

Et je rajoute cet indice, pour la personne qui donne son nom à la commune où se situe le toponyme à trouver :

indice a 23 04 2023

Les indices

■ le premier nom de la commune où se trouve le toponyme mystère était issu d’un nom d’homme germanique sans suffixe sinon celui du cas grammatical auquel il était employé dans les textes qui le mentionnent.

■ un tableau, pour le chef-lieu du canton où se trouve le toponyme mystère :

indice a 25 04 2023

■ et une chanson, pour la commune où se trouve le toponyme mystère :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Lavagnes et sotch

Sur les plateaux karstiques du sud du  Massif Central, le Larzac en particulier, l’eau trouve en certains endroits une couche argileuse imperméable faisant obstacle à sa pénétration dans les profondeurs de la roche. Les mares ou dolines qui en résultent sont appelées le plus souvent lavanhas et parfois sotch.

Lavagnes

lavagne larzac  L’occitan lavanha (ou labonha en Gévaudan), du latin lavare, « laver », désigne une flaque d’eau de lavage, d’eau sale, d’eau de lessive et le sens a dérivé pour désigner des mares naturelles dont le fond a été souvent aménagé en le pavant pour en améliorer l’étanchéité afin d’en faire des abreuvoirs pour les troupeaux de moutons. La francisation de l’occitan a abouti à des noms comme Lavagne /Labagne et Lavogne / Labogne. Certaines fermes ont pris le nom de la mare voisine ; certaines d’entre elles sont devenues des hameaux et certains des habitants qui en constituent la diaspora en ont gardé le nom : d’où Lavagne comme nom de famille qui explique à son tour certains toponymes désignant des endroits où ne se trouve aucune mare.

Lavagne

Plus de cent lieux-dits portent un nom formé sur ce terme. Parmi ceux qui sont habités, citons La Lavagne à Blandas (Gard, Mansus de Lavanhol en 1391), trois La Lavagne en Aveyron (à Combret, Mélagues et Sanvensa), Les Lavagnes à Saint-Guilhem-le-Désert (Hér.), etc. À Barjac (Loz.) se trouve un curieux Lalavagne, avec agglutination de l’article.

Certains de ces noms peuvent être accompagnés de déterminants comme la Lavagne Blanche et la Lavagne Rouge à la Roque-Sainte-Marguerite (Av.), Lavagne Countal au Caylar (Hér., la Lavagne comtal au début du XVIè siècle, « du comte »), Lavagne de Caubel à Sainte-Eulalie-de-Cernon (Av.) etc . À Saint-André-de-Vézines, sur le causse Noir (Av.), se trouve le hameau de Marlavagne, un nom composé de mala lavanha, « mauvaise lavagne », avec dissimilation du l en r au contact du l de lavanha : mal(a)lavanha devient mallavanha puis marlavanha.

Faisant le lien avec le billet précédent, on notera le lieu-dit La Cire et la Lavagne à Cazilhac (Hér.).

Les formes diminutives sont représentées par des Lavagnette(s) comme à la Malène ou à Saint-Pierre-des-Tripiers (Loz.) et des Lavagnol(s) comme à Fayet et à La Cavalerie (Av.) ou à Sorbs (Hér.)

CPAlavagne

Moi, je me faisais gronder pour un coude sur la table, mais eux, les quatre pieds dans la lavagne, rien ! C’est pô juste !

Certains des noms incluant ce terme, notamment ceux de hauteurs ou de sommets, peuvent être liés à un autre sens de lavanha, à savoir celui de « vent d’est » souvent humide voire pluvieux. C’est sans aucun doute le cas de la Lavagne, un sommet de Saint-Jean-de-Minervois (Hér.), du Mont Lavagnes au Caylar (id., 836 m), de la Serre de Lavagne à Lanuéjols (Gard, avec serre, « crête montagneuse allongée »), de la Serre de la Lavagne à Saint-André-de-Vézines (Av.), etc. Il conviendra toutefois de ne pas généraliser puisque, par exemple, le Col de la Lavagne (791 m) à Tauriac-de-Camarès doit bien son nom au hameau de la Lavagne (711 m) auquel il permet d’accéder, lequel doit le sien à une mare d’où s’échappe le ruisseau de la Lavagne.

faux-amis-Lavagne

À Peyreleau (Av.), se trouve un lieu-dit la Vagne de Crot (absent du fichier FANTOIR mais présent sur les cartes IGN, cf. ci-dessous) dans lequel on peut voir une « lavagne du creux ». En effet, si l’occitan cròt est bien connu pour « fosse, creux » ou « dépression circulaire de terrain », le terme vagne (*vanha ?) est inconnu dans cette langue. L’absence de certitude m’empêche toutefois, à mon grand regret, d’utiliser ce toponyme pour une devinette.

Peyreleau IGN

Labagne

Les toponymes avec v passé à b sont beaucoup plus rares mais on trouve néanmoins La Labagne à Saint-Jean-et-Saint-Paul (Av) et à Gorges-du-Tarn-Causse (Loz.) ainsi qu’un diminutif Labagnet au Pompidou (Loz.), etc.

La Serre de la Labagne à Montardier (Gard, 789 m) et la Serre de Labagne Fournès à Saint-Michel (Hér., 714 m) doivent plus probablement leur nom au vent d’est vu plus haut. Labagne, un lieu-dit d’Escaunets (H.-Pyr.), comme Labagnère à Lasseube (P.-A.) et le quartier Labagnère de Soustons (Landes) sont probablement des anthroponymes devenus toponymes.

Lavogne

C’est essentiellement en Lozère que l’on trouve une douzaine de toponymes du type Lavogne  plus quelques autres complétés par un déterminant comme la Lavogne la Draye à Allenc (pour la draye, cf. cet article).

Curieusement, le pluriel Les Lavognes n’apparait que dans les départements voisins du Gard, à Mialet, et de l’Hérault, à Castelnau-le-Lez.

Labogne

De la même façon, c’est en Lozère, que l’on trouve des Labogne (moins de dix), deux Labognette, un Labognet (au Pompidou), un Valat de Labogne et un Hort de Labogne (à Hures-la-Parade). On trouve également un Labogne à Saint-Étienne-de-Gourgas (Hér.) et un autre à Saint-Victor-Montvianeix (P.-de-D.).

Sotch

Sur les Causses, on dit pareillement sòt, pluriel sotch, pour désigner ces dolines. Ces noms ont donné naissance à divers toponymes principalement de l’Aveyron et de l’Hérault. L’étymologie en est incertaine : F. Mistral fait un rapprochement avec le latin subtus, « dessous » (d’où semble-t-il le basque soto, « creux, cave »).

Rien que dans la commune de Sorbs (Hér.) on trouve le Sot de la Fageolle, le Sot des Prés, le Sotch de la Parade et le Sotch de Robert. Dans ces deux derniers noms, il s’agit d’un faux singulier crée à partir du pluriel. Toujours dans l’Hérault, apparaissent le Sot du Canton à Saint-Étienne-de-Gourgas, le Sot des Perrios à Saint-Privat, le Sot du Lièvre à Pégairolles-l’Escalette, le Sot de las Cabros à Mas-de-Londres, le Sot des Ouns (« des ormes », de l’occitan oum) à Saint-Michel  etc. et les Sotch au Cros (cette fois-ci un vrai pluriel). À Lunas, le ruisseau de Sot Malnet ou de Sotmalnet doit son nom à son eau malpropre (occitan mau neto).

Ce type de toponyme est bien plus représenté en Aveyron où on en trouve une petite dizaine sous la forme simple de Sot et plus de cinquante accompagnés d’un déterminant : le nom du propriétaire comme le Sot d’Arnaud à Gissac, une particularité topographique comme le Sot de l’Aven à Cornus ou le Sot de Terre Basse à Salles-Curan, un nom d’animal comme le Sot du Merle à Nant ou le Sot de la Cabro à Sainte-Eulalie-de-Cernon et bien d’autres.

Enfin, dans d’autres départements, notons Le Sot à Saint-Diéry (P.-de-D.), le Sot de Rebillières à Revens (Gard), le Sot des Fumades à Campestre-et-Luc (id.) ou encore le faux singulier le Sotch des Bayles à Saint-Sauveur-Camprieu (Gard).

PS : On trouvera, dans d’autres régions, de nombreux toponymes en Sot ou Sots qui n’ont bien entendu rien à voir avec les dolines caussenardes. Je n’en citerai qu’un, très pittoresque : le Champ de Touche Que Sot à Beauvais-sur-Matha (Ch.-Mar.) à comprendre comme « champ de peu de rapport que seul un sot labourerait ».

PPS : quand je pense qu’il aurait suffi d’un c supplémentaire pour que j’apprécie vraiment les sotch ! (sans glace, bien sûr.)

Rog personnage loupe

La devinette

Oui ! J’en ai trouvé une !

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine lié à un des mots du jour.

La mare dont il est question dans ce toponyme est accompagnée d’un complément qui laisse supposer que son accès en était difficile ou qu’elle n’était pas utilisée comme il l’aurait fallu.

Ni le nom de la mare ni son complément ne sont aujourd’hui reconnaissables dans le toponyme, victimes de la paronymie et d’approximations.

Le chef-lieu du canton où se trouve ce lieu-dit doit son nom à celui d’un Gaulois accompagné du classique suffixe -acum.

Et je rajoute cet indice, pour la personne qui donne son nom à la commune où se situe le toponyme à trouver :

indice a 23 04 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le col de la Cyre à Cazilhac (Hér.) : la répàladev

podium seul  LGF est resté seul découvreur de la réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui !

Il fallait trouver le col de la Cyre (196 m) de la commune de Cazilhac dans le canton de Lodève depuis 2015, après avoir été dans celui de Ganges, dans le département de l’Hérault.

local Cazilhac 34

col de la Cyre : il s’agissait, en occitan, du col de l’encira, dérivé par rhotacisme d’encisa. Mal compris par les cartographes français, le nom l’encira a fait l’objet d’une mécoupure pour devenir la Cyre – affublé d’un y pour sans doute faire plus savant (on le trouve malgré tout écrit de la Cire sur les cartes IGN récentes). Toujours dans l’Hérault, on trouve, de même étymologie, Lancyre à Valflaunès et Lancire au Pouget et à Poussan.

Col de la Cyre 1950

Col de la Cyre (IGN, 1950)

col de la Cire IGN

Col de la Cire (IGN années 2000)

Cazilhac : on trouve écrit ecclesie beati Leoncii de Cassiliaco  avant 1129. Sans surprise, il s’agit d’un nom formé sur celui d’un homme roman Cacillius accompagné du suffixe -acum. À 180 km de là, on trouve un autre Cazilhac, à quatre km de Carcassonne dans l’Aude

Lodève : le nom est attesté Loteva sur la table de Peutinger et Luteva en 678, du gaulois luteva composé de lut-, « boue », et suffixe –eva. J’en parlais dans le billet consacré à la boue.

Ganges : attesté ecclesia S. P[etri]de Agantico en 1073  ce nom est issu du grec ακανΘικος (latin acanthicum), « épineux ». Il s’agit d’un équivalent de l’occitan espinós, qui a donné par exemple le nom du massif de l’Espinouse. On trouve ensuite le nom du castrum antiquum de Agangio en 1162,  Agange en 1526 et le nom du baron de Ganges en 1593, indiquant que la mécoupure s’est produite entre ces deux dates, l’initiale A– ayant été prise pour la préposition.

cdl a

Les indices

■  un mégalithe : il s’agit du menhir du col de la Cyre (photo extraite de ce site)

France/MHCO-Col-de-la-Cyre

 

■ la vidéo : comme je l’écrivais mardi, l’important dans cet extrait était les « actrices », c’est à dire les bougies ! De la bougie à la cire, il n’y avait qu’un pas que LGF n’a pas hésité à franchir

indice c 16 04 2023  ■ la photo : il fallait reconnaître des bougies artisanales en train de sécher, comme expliqué sur ce site. d’où est extraite la photo. Et de la bougie à la cire etc.

Les indices du mardi 18/04/2023

LGF m’a déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Qu’il en soit félicité !

L’énoncé ? Le voici :

Il vous faudra trouver un nom de lieu de France métropolitaine lié aux mots du jour.

Cet endroit se trouve dans une commune dont le nom fait appel à un gentilice romain accompagné du suffixe –acum. Une commune homonyme se trouve dans un département voisin, mais à plus de 180 km.

À en croire leurs noms, le chef-lieu du canton auquel appartient cette commune depuis 2015 devait être particulièrement boueux tandis que le chef-lieu du canton précédent devait être particulièrement broussailleux.

L’endroit s’enorgueillit de la présence d’un mégalithe.

Bon. J’ose cet indice, pour le nom à trouver mais d’une manière très détournée :

Les indices du mardi

■ le chef-lieu de canton actuel était boueux pour qui parlait gaulois, le précédent était broussailleux pour qui parlait grec.

■ l’important, dans la vidéo ci-dessus, ce sont les « actrices » !

■ et si ça ne suffit pas, je rajoute cette photo :

indice c 16 04 2023

 

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Encise, ancise etc.

L’occitan enciso (anciso, encié, ancié) est défini dans le Trésor du Félibrige (ci-contre) comme une « coupure, incision ; tranchée ENCISO TdFpratiquée dans un col de montagne ». En toponymie, où le terme est fort répandu notamment dans les monts Lozère et le Bougès, il s’agit le plus souvent d’une tranchée pratiquée dans un col de montagne destinée à l’établissement d’une voie de passage, mais ce ne peut être qu’un simple couloir rocheux naturel.

Étymologiquement, ce terme est issu du bas latin encisa, lui-même du latin classique incisa, participe passé de incidere (de in – caedo), « entailler, inciser ».

On le trouve en toponymie sous différentes formes : avec initiale E- ou A-, avec s ou z,  sans ou avec agglutination de l’article, etc. Le passage de E- pour Encise à A- pour Ancise s’explique par l’agglutination de la préposition a (a-encisa) ou du a de l’article féminin (la-encisa).

Deux communes seulement portent un nom incluant ce terme. Il s’agit de Les Ancizes-Comps (P.-de-D., avec Comps du gaulois latinisé cumba, « vallée encaissée, généralement sèche, sans ruisseau ») et Saint-André-de-Lancize (Loz., ad locum qui dicitur Lancisa en 1307).

Les hameaux et lieux-dits et, bien entendu les oronymes, sont bien plus nombreux.

CPA Les Ancizes

Ancise et Lancise

Ancise et la Pièce d’Ancise sont des lieux-dits de Cloyes-Les-Trois-Rivières (E.-et-L.), L’Ancise est un quartier de Bagnols-sur-Cèze et de Sabran et un lieu-dit de Concoules (Gard). Lancise est un lieu dit de Biert (Ariège), Branoux-les-Taillades, Saint-André-de-Roquepertuis et Trèves (Gard). Notons également les ruines du Fort d’Ancise à Eygalières (B.-du-R.) et celles de l’Ancise à Moissac-Vallée-Française (Loz.).

Les cols de l’Ancise sont au nombre de cinq : à Bédouès (Loz.), au Pont-de-Montvert (id.), à Saint-Privat-de-Vallongue (id.), à Comus (Aude) et à Concoules (Gard). On trouve une Crête de l’Ancise à Saint-Georges-de-Lavéjac (Loz.) et un Valat de l’Ancise aux Plantiers (Gard.).

Le diminutif Lancisette et son pluriel Lancisettes se montrent à Molezon (Loz.) tandis que L’Ancisolle apparait à Saint-André-de-Lancize (Loz.) et à Saint-Germain-de-Calberte (id.).

Ancize et Lancize

La forme L’Ancize se trouve à Saint-Jean-du-Gard (Gard), la Côte de l’Ancize à Lussan (id.). et le Pas de L’Ancize à Camarès (Aveyron, usque ad passum Ancize en 1164).

Les formes Lancize avec agglutination de l’article semblent plus nombreuses : on en compte dix en Lozère (dont Lancize Le Recoux et Lancize Saint Georges à Massegros-Causses-Gorges), une dans le Gard et une autre en Aveyron. On peut rajouter une grotte de Lancize à Campagnac (Av.) et signaler le nom révolutionnaire Côte de l’Ancize qui avait été donné à Saint-André-de-Lancize (Loz.)

Le diminutif Lancizette apparait à Saint-Martin-de-Boubaux (Loz.) et Lancizolle apparait à cinq exemplaires, tous en Lozère.

Encise et Encize

Curieusement, c’est la forme avec l’initiale étymologique E- qu’on rencontre le moins souvent dans les toponymes.

On trouve ainsi une Pierre Encise à Ferrières-sur-Sichon (allier) et une Côte de Pierre Encise à Arbois (Jura).

Les lieux-dits Encizes et La Borie d’Encizes se trouvent à Saint-Symphorien-de-Tnénières (Av.) et la Pierre Encize à Cleyzieu (Ain).

Autres formes

Le rhotacisme est à l’origine de noms en ancire, comme L’Ancire à Aspères (Gard) et Lancire à Poussan et au Pouget (Hér. où il s’agit d’encoches facilitant le passage de la voie romaine) ainsi qu’à Daumazan-sur-Arize (Ariège). Le diminutif Lancirette apparait à Campagne-sur-Arize (Ariège).

Une orthographe pseudo-savante a abouti au nom de Lancyre à Vallaunès (Hér., versus Ancisam superius en 1164).

La forme ancié signalée dans le Trésor du Félibrige apparait dans le Pas de l’Ancié devenu le Pas des Lanciers à Saint-Victoret (B.-du-R.), comme je le signalais dans ce billet. Les curieux désireux d’approfondir le sujet liront avec intérêt cet article de Charles Rostaing

La Corse n’est pas en reste qui connait une Punta di L’Ancisa à Piana (Corse-du-Sud) mais aussi le Défilé de l’Inzecca à Ghisoni (H.-Corse), le Capu a l’Inzecca à Albertacce (id.) et le Rocher d’Inzecca à Tralonca (id.).

Enfin, je ne serais pas complet sans avoir signalé le Pas de l’Incise à Saorge (Alpes-Maritimes), un col frontalier entre la France et l’Italie où il est appelé Golla dell’Incisa.

PS : le latin incidere (ou caedere) a fourni d’autres termes comme cise ou sise, avec des sens un peu différents de ceux de l’encise, qui seront vus dans un prochain billet.

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La devinette

Il vous faudra trouver un nom de lieu de France métropolitaine lié aux mots du jour.

Cet endroit se trouve dans une commune dont le nom fait appel à un gentilice romain accompagné du suffixe –acum. Une commune homonyme se trouve dans un département voisin, mais à plus de 180 km.

À en croire leurs noms, le chef-lieu du canton auquel appartient cette commune depuis 2015 devait être particulièrement boueux tandis que le chef-lieu du canton précédent devait être particulièrement broussailleux.

L’endroit s’enorgueillit de la présence d’un mégalithe.

Bon. J’ose cet indice, pour le nom à trouver mais d’une manière très détournée :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Duyen Drève à Boeschepe (Nord) : la répàladev.

TRS m’a donné le premier la bonne réponse à ma dernière devinette, mercredi dès potron-minet. LGF puis Xyla l’ont suivi peu après. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver Duyen Drève, un lieu-dit de Boeschepe du canton de Bailleul dans le département du Nord.

local Boeschepe

Duyen Drève : on reconnait dans ce nom la drève, « chemin », vue dans le billet précédent. Ce terme est ici accompagné d’un dérivé du flamand duyn/duin, « dune » (cf. Dunkerque, « l’église de la dune »). Le nom est écrit Duyn Dreve sur la carte d’état major (1822-66). Il ne s’agit pas d’un « chemin de la ou des dune(s) » mais d’une référence au terrain que ce chemin bordait, lequel était la propriété de l’abbaye de Notre-Dame-des-Dunes, dite plus simplement abbaye des Dunes, et dont il reprenait le nom. C’est ce qui est expliqué dans un article de La Voix du Nord (accès payant) : « la Duyen Drève dont il a été établi qu’il s’agissait d’un chemin longeant un terrain appartenant à l’abbaye des Dunes », laquelle était située à 45 km de là, à Coxyde (Belgique). Le nom flamand de l’abbaye était Abdij Onze-Lieve-Vrouw Ten Duinen ( « abbaye Notre Bien Aimée Dame des Dunes »).

Duyen Drve Geoportail

Duyen Drève à Boeschepe. À droite, la Belgique

Boeschepe : le nom est attesté Bouscep en 1318 et Boescepe en 1330. Il s’agissait de « la source ou de la petite mare (flamand schep) d’un nommé Boso ou Bodo ». Le flamand schep désigne aujourd’hui une « cuillerée, petite quantité fluide ». Le nom d’homme germanique Boso apparait également dans le nom de Boëseghem (Nord) qui était Buosingahem en 877, avec le double suffixe –ing – heim.

Le site de la mairie indique que « la localité s’est ensuite appelée Boeskiepe, qui pourrait signifier la bergerie (shepe) du bois (bosch) ». Aucun des ouvrages à ma disposition ne signale ce nom ancien ni par conséquent cette étymologie.

Bailleul : le nom de la localité est attesté sous les formes Badgiole au XIe siècle, Ballolium en 1193. Il est issu du latin balliculum (palissade), ou d’un mot de base baculum (bâton) et du suffixe diminutif -eolum de présence. Dans les deux cas, la ville a été nommée d’après la palissade qui l’entourait, ou qui entourait le château à la base de l’agglomération.

CPA Boeschepe

cdl a

Les indices

indice a 09 04 2023  ■ le titre Dune du roman de Franck Herbert devait faire penser à l’abbaye des Dunes.

indice b 09 04 2023_ ■ Bozo le clown devait orienter vers le nom d’homme germanique Boso à l’origine de Boeschepe.

Auteur inconnu, portrait de Nadja, vers 1926

■ il fallait reconnaitre Léona Delcourt, la femme qui a inspiré Nadja d’André Breton, morte à l’asile psychiatrique de Bailleul le 15 janvier 1941.

Les indices du mardi 12/04/2023

Personne ne m’a encore donné la réponse à ma dernière devinette, dont je recopie l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots étudiés dans le billet.

Il s’agissait à l’origine d’un chemin longeant un terrain d’une abbaye dont il a pris une partie du nom.

Le nom de la commune où se situe ce lieu-dit désignait une source ou une petite mare accompagnée du nom de son propriétaire.

Le nom du chef-lieu du canton où se situe cette commune est lié à l’enceinte en bois qui la protégeait.

Des indices ?

■ ce lieu-dit se situe dans la moitié septentrionale de la France métropolitaine (comment ça, vous vous en doutiez ?).

■ un indice pour le lieu-dit lui-même :

indice a 09 04 2023

■ un indice pour la commune :

indice b 09 04 2023_

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Les indices

♦ le 1er indice ci-dessus concerne le nom de l’abbaye.

♦ le 2e indice concerne le nom du personnage à l’origine de celui de la commune.

♦ l’abbaye n’existe plus aujourd’hui. Vandalisée puis brûlée au XVIe siècle, elle fut transférée sur les quais d’une grande ville à une cinquantaine de kilomètres de son emplacement originel. La Révolution mit fin à son existence en confisquant ses biens et en expulsant ses moines. Exhumées au siècle dernier, les ruines du premier bâtiment forment aujourd’hui un musée de plein air.

♦ un indice pour le chef-lieu de canton :

Auteur inconnu, portrait de Nadja, vers 1926

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

La fin de la route ?

Après une longue balade à travers les voies de communication (I, II, III, IV), les sentes et les sentiers, les pistes, les bides basques, les hents bretons sans oublier les rues et les chaussées de Brunehaut (ouf !), je m’attaque enfin  à quelques mots d’utilisation régionale voire locale désignant eux aussi des voies. Et, comme il ne faut jamais dire « jamais », je ne dis pas que je n’y reviendrai plus !

Cavée et chavée du Nord-Ouest

Avec le sens de chemin creux ou encaissé, on trouve dans le Nord-Ouest les termes cavée et chavée, du gaulois cava, « grotte, cavité » et  latin cavus, « creux », issus de la racine indo-européenne *kav (occitan cava, « cave », cavar, « creuser »… ; latin cavus, « creux », caverna, « caverne » avec terminaison étrusque, cavea « cavité » d’où l’ancien français chever, « creuser » ; italien cavo, « creux » ; espagnol cavar, « creuser », cavidad, « cavité » ; irlandais cabhan prononcé cavan, « creux » ; breton kav, « cave », kev, « creux » ; gallois cau, « creux, fermé » ; grec koilos, « creux » ; sanskrit çváyate, « il enfle »).

On trouve ainsi dans cette région de très nombreux noms comme la Cavée à Leu à Guerville (S.-Mar.), la Cavée aux Oisons à Maison-Ponthieu (Somme), la Cavée des Moines au Bourg-Dun (S.-Mar.), la Cavée du Gué à Plailly (Oise), la Cavée du Curé à Feuchy (P.-de-C.), la Cavée des Tous Vents à Bénarville (S.-Mar.) etc. Une soixantaine de lieux-dits habités portent un tel nom le plus souvent sans déterminant et quelquefois accompagnés d’une épithète comme la Cavée Verte au Havre (P.-de-C.), d’un complément comme la Cavée des Essarts à Grand-Couronne (S.-Mar.), etc.

Moins courante, la forme chavée se retrouve en Argonne et alentour, le plus souvent sans déterminant :  la Chavée (5 dans la Marne, 3 dans la Haute-Marne, 5 dans la Meuse etc.). On la trouve parfois écrite Xavée à Lanfroicourt et Ancerviller (M.-et-M.) et à Plaine (B.-Rhin).

CPA Chavée

Germanique pfad

Issu d’un radical indo-européen *pent, « aller, passer » (cf. le « pont » et le path anglais), le germanique pfad se retrouve dans moins d’une vingtaine de toponymes, toujours accompagné d’un complément comme Gruener Pfad, « chemin vert » à Rittershoffen (B.-Rhin) ou Drei Pfad , « trois chemins », à Muhlbach-sur-Bruche (id.) ou accompagné du nom de la localité vers lequel il mène comme Colmarer Pfad à Hirtzfelden (H.-Rhin), Strasburger Pfad à Obernai (B.-Rhin) et quelques autres.

Chasse normand

Les Normands utilisent le terme chasse et sa forme normano-picarde cache pour désigner un chemin rural. La page wikimanche consacrée à ce terme me semble tout à fait pertinente et complète et je ne vois pas quoi y ajouter (mais ça me repose …).

Drève dans le Nord

Formé sur la même racine que la draille occitane, la drève est une allée d’arbres dans le Nord, parfois une simple allée forestière. Trente-cinq voies et une dizaine de lieux-dits non habités, tous dans le département du Nord, portent un tel nom comme la Drève du Prince à Saint-Amand-les-Eaux, la Drève du Gland à Morbecque ou encore la Drève du Petit Rond à Raismes mais seulement cinq lieux-dits habités du même département portent ce nom comme la Drève Acker à Steenwerck et Holland Drève à Sainte-Marie-Cappel. L’exception est la Drève à Hardighen (P.-de-C.).

CPA Drève I

Certaines drèves ne sont plus bordées d’arbres…

Bali breton

Avec le même sens originel de chemin bordé d’arbres, le breton a bali qu’on trouve par exemple à Baly Vern  (breton gwern, « aulne ») à Saint-Vougay (Fin.). Le terme a évolué en vali pour désigner une avenue, une esplanade. On trouve ainsi de nombreux Pen ar Valy (bout, haut de l’avenue), tous dans le Finistère, ainsi que des noms comme Valy Cloître et Valy Névez (nouveau) à la Roche-Maurice dans le même département. Face au château de Guingamp (C.-d’A.) se trouve la Place du Vally (plas’enn ar vali en breton).

Gripet du Nord-Est

Désignant un chemin escarpé on trouve gripet dans quelques toponymes comme le Bois du Gripet à Sorbon (Ardennes), le Grippet à Écot-la-Combe (H.-Marne) et le diminutif Gripelet à Rocroi (Ardennes), etc.

Wareschaix du Nord

Merci à JSP qui m’a signalé l’existence de ces ruelles de Cambrai (Nord) appelées wareschaix dont il ne reste aujourd’hui que de rares vestiges.

Le mot est connu sous la forme warescait par le Dictionnaire du moyen français qui le définit ainsi : « Région. (Nord) « Terrains communaux, tels que les rues, les chemins et les prés destinés à la pâture publique »  ». Il s’agit d’un germanisme issu de waerschap, qui désignait initialement la « zone dans laquelle s’applique la paix communale ».

Je n’ai trouvé aucun toponyme de ce type à Cambrai, mais il existe un chemin du Wareschaix à Roeulx (Nord).

Signalés dans un ouvrage de 1838 les hameaux Wareschaix de Carnières (Nord) et Waressaix de Gognies-Chaussée (id) ont aujourd’hui disparu – mais il existe Les Waréchaix à Goegnies-Chaussée de l’autre côté de la frontière, en Belgique.

Quelques raretés

Le flamand baenne désigne le chemin et apparait dans le nom de Baennel à Bolsenheim.

Le breton banell, « venelle, passage, couloir », se retrouve dans Banell Dall à Plouezoc’h (Fin., avec dall, « aveugle » d’où cul-de-sac).

Rog personnage loupe

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots étudiés dans le billet.

Il s’agissait à l’origine d’un chemin longeant un terrain d’une abbaye dont il a pris une partie du nom.

Le nom de la commune où se situe ce lieu-dit désignait une source ou une petite mare accompagnée du nom de son propriétaire.

Le nom du chef-lieu du canton où se situe cette commune est lié à l’enceinte en bois qui la protégeait.

Des indices ?

■ ce lieu-dit se situe dans la moitié septentrionale de la France métropolitaine (comment ça, vous vous en doutiez ?).

■ un indice pour le lieu-dit lui-même :

indice a 09 04 2023

■ un indice pour la commune :

indice b 09 04 2023_

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Croissent Kerriou à Ploumagoar (C.-d’A.) : la répàladev

breton avec drapeau   Jacques C., qui, en tant que régional de l’étape, s’en serait voulu de ne pas y arriver, est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Brav !, comme on dit là-bas.

Il fallait trouver le lieu-dit Croissent Kerriou de la commune de Ploumagoar, du canton de Guingamp dans le département des Côtes-d’Armor.

local Ploumagoar-

Le nom du lieu-dit est orthographié Croissent Kerriou dans le fichier officiel FANTOIR :

220225B071J CROISSENT KERRIOU N 3 0 00000000000000 00000001987001 0007330 KERRIOU

ainsi que dans le moteur de recherche du site Géoportail (avec la caution gouv.fr)

Croissant Kerriou Geoportail

On le trouve pourtant écrit sous sa forme bretonne Kroaz Hent Kerriou sur les cartes IGN proposées par le même Géoportail :

Croissent Kerriou GeoP

La carte d’état major de 1866 écrit le nom du hameau  K barré oriou  avec le « k barré » breton pour « ker ».

cdl cl

Toponymie

Croissent Kerriou : le nom breton Croaz Hent Kerriou est sans difficulté : il s’agit du  « croisement (croaz hent) du hameau (ker) de Riou ». Ce dernier nom est un patronyme formé sur ri, « roi », et suffixe diminutif –ou : c’est le « petit roi ». La graphie croissent, comparable aux quelques croissant vus dans le billet, est aussi injustifiable (ni l’étymologie ni même la prononciation ne sont respectés !) que ridicule et, à ma connaissance, heureusement unique.

Ploumagoar : attesté sous les formes ecclesia de Plomagor en 1158 et en 1185, parochia Plomagor en 1190, Ploemagoer en 1358, 1368 et en 1380, Ploemauguer à la fin du XIVe siècle, Ploemagoer en 1417, Ploemoguer en 1461, Ploumagoar en 1555. Ce nom est formé du breton plou, « église paroissiale », et moger, « mur en ruine, muraille ». Le breton  moger, souvent transcrit moguer, est issu du latin maceria, « mur de pierres sèches » puis « murs en ruines, décombres », qui a donné des noms de lieux-dits du type mézières en roman et macoer en vieux breton. Ploumagoar est donc une paroisse construite sur ou à proximité de ruines ou de vestiges considérés comme anciens.

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Le château de Locmaria sur la commune de Ploumagoar au début des années 1900.

Guingamp : le nom est attesté Wingamp et Guencamp en 1123. Il vient de l’ancien breton guenn, « blanc, pâle » et du moyen breton camp, « camp » emprunté au français camp. La plupart des toponymes du type Guengamp désignaient probablement des espaces défrichés pour être voués à la culture. L’adjectif possédait aussi le sens de « béni, sacré » et le substantif celui de « champ ouvert, champagne, domaine ». À Guingamp, ce nom désignait peut-être un domaine appartenant à l’abbaye Saint-Melaine de Rennes qui possédait là, dès le XIIè siècle, un prieuré dédié au saint Sauveur et qui obtint le rang d’abbaye en 1123. Le nom peut très bien  n’avoir été conféré au lieu que lors de l’érection du prieuré pour signifier quelque chose comme « domaine sacré ».

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Les indices

indice a 01 04 2023  ■ cette photo présentait la paroi latérale du théâtre antique d’Orange et les ruines romaines du forum qui ont été mises au jour à ses pieds. La devinette concernant un nom breton, il fallait suivre la piste des murs de pierre, des ruines romaines pour parvenir jusqu’à Ploumagoar, entre autres lieux bretons de même étymologie.

indice-b-01-04-2023  ■ il fallait reconnaître le Petit roi, ici héros d’un dessin animé avec Betty Boop. Petit roi, comme le breton Riou.

indice-a-04-04-2023  ■ cette œuvre de Lucien Biva est intitulée Prairie blanche, ce qui devait faire penser à Guingamp.

■ enfin, l’injonction « et maintenant, en avant ! » qui concluait l’énoncé de la devinette dans le billet initial (et non recopiée lors des indices du mardi, parce que je la jugeais trop indicative) devait faire penser au club de football de Guingamp appelé En avant (de) Guingamp.

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Le bonus

Devant l’absence de bonne réponse, j’avais prévu de livrer un indice supplémentaire jeudi ou vendredi soir. Mais, comme Jacques C.  m’a donné la réponse dès le mercredi matin, j’ai estimé plus juste de n’en rien faire.

Cet indice supplémentaire donnait en réalité la réponse sous forme du rébus que voici :

répàladev rébus HENT

(je vous rassure : je n’en suis pas si fier que ça, mais je me suis bien amusé).

Les indices du mardi 04 avril 2023

Personne ne m’a encore donné la réponse à  ma dernière devinette dont je rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour.

Le mot du jour entre ici en composition avec un autre mot, l’ensemble étant complété par un patronyme, lui-même étymologiquement composé de deux mots aujourd’hui soudés.

Cette forme de toponyme est très courante dans la région concernée mais est unique dans la commune qui accueille celui qui nous intéresse.

■ premier indice :

indice a 01 04 2023

■ deuxième indice :

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Réponse attendue chez leveto @sfr.fr

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et je rajoute les traditionnels indices du mardi

■ le premier indice ci-dessus concerne le nom de la  commune.

■ le deuxième indice concerne le nom du lieu-dit à trouver.

■ un indice pour le nom du chef-lieu de canton :

indice-a-04-04-2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr