Merci à échogradient73
qui m’a soufflé l’idée de ce billet.
L’ancien français troil, attesté en 1282, désignait le pressoir et, par métonymie, l’endroit où se trouvait le pressoir. Il est issu du latin torc(u)lum, « pressoir », (dérivé du latin médiéval torcular, de torquere, « tordre », ) devenu *troclum dans la langue vulgaire par métathèse de r (cf.le latin médiéval truellum). L’italien a conservé les noms sans métathèse torcolo et torchio, tandis que l’espagnol dit trillo et le catalan trull.
Au XIVè siècle apparait la forme treuil qui a pris le sens de « pressoir à raisins, à olives ou à noix », en même temps qu’apparaissait l’ancien provençal trolh ou truelh. Le sens moderne d’appareil de levage par enroulement d’un câble sur un cylindre, apparu dès le XIVè siècle, est venu d’une analogie entre la poutre horizontale d’un type de pressoir à corde et celle du treuil.
Si on consulte les dictionnaires, on voit que ce terme a existé sous de très nombreuses formes. Le Godefroy (en ligne) donne dix formes : « troil, troill, truil, truiel, troiel, treuil, treul, treil, truel, trul », le Trésor du Félibrige (en ligne) en compte douze : « truei, true (Var), tré (dauphinois), trui (marseillais), tru (dauphinois), truelh (dialecte des Alpes), truel (Rouergue), trèl (limousin), triol (languedocien), trolh (béarnais), trulh (bordelais), troulh (gascon) » mais le Pégorier (GTD*) ne connait que le treuil (pressoir en Anjou), le treur (pressoir à huile en Dordogne), le troil (pressoir en ancien français), le trouilh (pressoir dans le Gers), le troulh (marécage, bourbier ; pressoir en Gascogne) et enfin le truei (pressoir en Dordogne). Le Godefroy ajoute les féminins troille et truille, synonymes de troil, « pressoir », et les diminutifs troillet et trulliet, « petit pressoir ».

Le pressoir et le baquet à fouler le raisin
Nombre de noms de lieux (et noms de familles) relèvent de ces appellatifs ou du verbe ancien français troiller, en occitan trolhar, au sens de pressurer les noix, les olives ou les raisins. Souvent, au Moyen Âge, le treuil constituait, avec le four et le moulin, un des trois bâtiments remarquables d’un village. Par glissement de sens, le français treuil comme l’occitan truèlh, truòlh, trèlh ou triòl ont pu désigner le réservoir recevant le jus de raisin et, par analogie de fonction, le grand baquet à fouler la vendange. Dans ce dernier cas, le sens toponymique doit sans doute être compris en tant que lieu important de collecte du produit des vendanges, c’est-à-dire comme un équivalent de « cave à vin ».
Je termine cette longue introduction avec un proverbe languedocien cité par F. Mistral :
Quau a vigna e noun a truei
De soun vin noun fague ourguei
c’est-à-dire
Qui a vigne mais pas de treuil
De son vin ne tire pas orgueil

Les toponymes signalant l’ancienne présence d’un pressoir, à vin ou à huile, ou d’un lieu où l’on foulait la vendange sont très nombreux et répartis sur quasiment tout le territoire (on se souvient que la vigne se cultivait partout où il y avait des messes à célébrer et des religieux à abreuver, c’est-à-dire … partout).
C’est bien entendu la forme simple treuil qui est la plus représentée : on compte près de trois cent vingt lieux-dits portant le nom (Le ou Les) Treuil(s). Le nom est parfois accompagné d’un complément, souvent le nom du propriétaire comme pour le Treuil au Roy (Saint-Christophe, Ch.-M.), le Treuil au Gros (Saint-Pierre-de-Juilliers, id.), le Treuil Baron (Genouillé, id.), le Treuil Moulinier (Puilboneau, id.) etc. Il est parfois accompagné d’un adjectif comme le Treuil Secret (Sainte-Soule, Ch.-M.), le Grand Treuil (Saint-Christophe-des-Bardes, Gir.), le Petit Treuil (Saint-Coulant-le-Grand, Ch.-M.), les Petits Treuils (Saint-Ouen, Ch.-M.) etc. C’est parfois le treuil qui sert de complément comme pour des Bois du Treuil (La Faye, Char. etc.), Fief du Treuil (Beaugeay, Ch.-M. etc.), Moulin du Treuil (Vitrac, Dord. etc.), Villa du Treuil (Saint-Symphorien, D.-S.), Fontaine du Treuil (Valence, Dr. etc.), Ruisseau du Treuil (Cabanac, Gir.etc.) etc. Le même Treuil a pu devenir patronyme, soit pour nommer celui qui habitait près du pressoir soit celui qui en était chargé, et a pu être réutilisé comme toponyme même en l’absence de pressoir, d’où également des noms comme Dutreuil (Aurec-sur-Loire, H.-L. …).
Plus rare, la forme féminine, attestée elle-aussi au sens de « pressoir » mais aussi comme patronyme, se rencontre à une trentaine d’exemplaires du type La Treuille (Cuzac, Lot etc.) et Les Treuilles (Jonzac, Ch.-M. etc.) auxquels on ajoutera l’Allée de Madame Treuille à Oyré (Vienne), la Treuillère (Beaupréau, M.-et-L. etc.) et les Treuillères (Clussais-la-Pommeraie, D.-S.), ces deux derniers étant la propriété d’un nommé Treuiller, dont le nom apparait seul à Treuiller (Vérac, Gir.).
Plus rares encore, on rencontre des diminutifs comme Treuillet (Calmont, H.-G.) ou les Treuillets (Rilly-sur-Vienne, I.-et-L.) ou du comme Treuillaut (Villiers-les-Ormes, Indre), l’Étang de Treuillault (Sainte-Fauste, id.) ou encore Treuillot (Val-Fouzon, id.), Treuillons (Chermignac, Ch.-M.). Un pluriel inhabituel se rencontre avec Les Treux (Flagey-Echézeaux, Saffres, etc. C.-d’Or).
Beaucoup plus rare encore, la forme treuilh, dans laquelle le –lh final est la graphie occitane pour les –ll– mouillés, se rencontre dans quelques Treuilh en Dordogne, Gironde et dans les Landes et dans le diminutif Treuilhol à Anglès (Tarn).
Et nous voici donc rendus en pays de langue d’oc où, s’il n’y avait pas plus de vignes qu’en pays d’oïl, il y avait en tout cas plus d’olives et de noix, d’où le nombre important de toponymes faisant référence à un pressoir ou à un baquet servant à fouler le raisin ou à récolter le jus ou l’huile.
Les formes les plus répandues semblent être trouilh et son diminutif trouillet, qui comme en pays d’oïl, sont aussi des noms de familles. On rencontre ainsi plus de vingt lieux-dits Trouilh (Landes, P.-A., Gers) et autant de Trouillet (mêmes départements plus Isère, Ain, Savoie, Tarn Aveyron, Dordogne et Ardèche). Un dérivé augmentatif apparait dans le nom Trouillas d’une commune des Pyrénées-Orientales et de plusieurs lieux-dits du Gard, du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, de Lozère, des Alpes-de-Haute-Provence et d’Ardèche. On notera la malencontreuse francisation en Les Trouillasses (Malarce-sur-la-Thines, Ardc.) d’un ancien mas de Trolhas (1464).
Les dérivés en –er ou –ier évoquent le fabricant de pressoirs ou l’activité saisonnière des pressureurs, en fait des chefs de cave ou des maîtres de moulins à huile, et se retrouvent comme noms de familles et noms de lieux : Trouiller (Montélier, Dr. …), Maison Trouiller (Loriol-sur-drôme, Dr.), Les Trouillères (L’Isle-Jourdain, Gers …), La Trouillière (Gupy, Nièvre) etc. Une difficulté peut survenir dans l’interprétation de certains des toponymes dérivés de trouih/trouille avec leurs homonymes désignant un marécage ou un bourbier notamment en Gascogne.
Les verbes d’ancien français troillier , « broyer » et troiller, « presser les raisins », sont à l’origine de trouiller, « lâcher des pets », d’où le qualificatif de « trouillard » donné au peureux, au pétochard. Les toponymes Trouillard (Ajou, Eure …), Trouillarderie (Saint-Michel-Chef-Chef, L.-A. …) ou Trouillardière (Saint-Viaud, id. …) qui en sont issus n’ont plus rien à voir avec le treuil que leur étymologie.

Vieux pressoir bourguignon – Musée de Beaune (Côte-d’Or)
La forme truel est elle aussi présente à une vingtaine d’exemplaires dont la commune Le Truel en Aveyron et des lieux-dits (Le) Truel principalement en Aveyron et dans le Tarn. On rencontre également la graphie Le Trueil (Embrun, A.-M. ; Lunac, Av. ; Miscon, Dr.), Lou Trueil (Sainte-Eulalie, Loz.) et le féminin Prat de la Trueille (Monts-de-Randon, Loz.).
La variante triòl est fréquemment représentée sous la forme Le Triol dans la plaine héraultaise (Viols-le-Fort, Marsillargues, Tourbes et Vieussan), dans le Tarn (Cadalen, Cambon etc.) ou encore dans la Loire (Luriecq …). On trouve également Les Triols (Montaulieu, Dr. …), Lous Triols (Les Plans, Hér.) ou encore Lous Triolas (Barjac, Loz.). Les diminutifs triolet ou triollet, qui ont pu devenir noms de familles, se retrouvent également dans des noms de lieux-dits (Le) Triolet (Visan, Vauc. ; Sète, Hér. etc) ou Le Triollet (Saint-Pierre-les-Bois, Cher). On rpeut rattacher à cette série les noms Le Trolliet (Sainte-Julie, Ain), le Mollard Troillet (Mongibert, Sav.) et le diminutif Les Troillettes (SaintMartin-de-Bavel, Ain)
Enfin, on rattache à ce même treuil diverses formes à l’origine de noms de lieux moins communs. Dans les parlers alpins, apparait le terme trua d’où des noms de lieux-dits Truaz (Arthaz-Pont-Notre-Dame, H.-Sav.) et Le Tru (Queige, Sav.). Le nom de Trieux (Lhuis, Ain) qui était Truiel et De Trolio en 1272, semble bien être lui aussi une variante de treuil, mais il n’en va pas de même pour d’autres Trieux qui peuvent être issus du moyen néerlandais driesch, « jachère », dans les régions du nord, ou d’origine pré-celtique en Bretagne.
Dans l’Aude, on trouve au moins six Truilhas (Sallèles-d’Aude etc.) desquels on rapprochera Le Truillat à Varilhe en Ariège.
On ajoutera à cette déjà longue liste des noms comme Trouilly (Saint-Clément-sur-Valsonne, Rh.), Trouillac (Tourliac, L.-et-G.), Trouillaud (Ansac-sur-Vienne, Char. etc.), Trouillaux (Boisné-La Tude, Id. etc.) qui pourraient être des dérivés (patronymiques ?) de troil, « pressoir » ou de trouille, « peur ».
Et j’en termine avec le lieu-dit La Croix-Trouilloux (Aveize, Rh.), dont le nom Troulieu attesté au XVIIIè siècle peut faire penser lui aussi à un dérivé de troil, « pressoir ».
PS : le « pressoir », quoi que ce soit qu’il ait eu à presser, a porté d’autres noms, selon les régions et les parlers locaux. Peut être feront-ils l’objet d’u autre billet. Mais ne soyons pas pressés (ahah).
*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette
Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont la première partie du nom est liée aux mots du jour. La seconde partie est un patronyme, sans doute celui du premier propriétaire.
La commune qui l’abrite doit son nom à celui d’un homme gallo-romain ou roman ou peut-être à un relief particulier qu’on y trouve. Ce nom a été complété par un hagionyme.
La grande ville la plus proche doit le sien à la rivière qui la traverse, laquelle était clairement divinisée.
Un indice, pour le lieu à trouver lui-même :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr



■ Les Trois mousquetaire et d’Artagnan devaient faire penser à la Gascogne et à Condom où on peut voir une
■ Superdupont : pour le béret basque, bien sûr, mais aussi pour le dessinateur Jean Solé né le 2 août 1948 à Vic-Fezensac.







■ cette
■ cette image du film 

L’alisier blanc, 



■ les murs de pierres séparant des champs : pour une des étymologies possibles de Mornant.
■ Le Fifre, de Manet, devait faire penser aux fifres présents sur le blason de Mornant qui rappellent que ses habitants s’illustrèrent le 6 avril 1362 à la 
■ ces ruines sont celles de l’aqueduc du Gier qui devaient orienter les recherches vers le pays de Jarez.
■ je pensais vous montrer des soucis dans une jarre (ben oui, Soucieu-en-Jarrest …) mais, ayant cherché des images de marigolds, que je pensais être le nom des soucis en anglais, je vous ai montré, sans m’en douter, des œillets d’Inde (ou « soucis français »). Merci à LGF qui m’a expliqué tout ça : « Oui, le souci est bien traduit par Marigold, sauf que la plante en photo est une tagète dont la fleur ne ressemble pas vraiment : le Botanica (gros dictionnaire de plantes) et Plantnet (identification de plantes) renvoient à l’œillet d’Inde, qui s’appelle French Marigold dans la langue d’outre-Manche. La recherche avec le souci français renvoie au calendula. En fait, Marigold est porté par pas mal de fleurs, en raison de leur couleur jaune-orangé, voir la liste sur le 






