Le treuil, trouilh et les autres

Merci à échogradient73

qui m’a soufflé l’idée de ce billet.

L’ancien français troil, attesté en 1282, désignait le pressoir et, par métonymie, l’endroit où se trouvait le pressoir. Il est issu du latin torc(u)lum, « pressoir », (dérivé du latin médiéval torcular, de torquere, « tordre », ) devenu *troclum dans la langue vulgaire par métathèse de r (cf.le latin médiéval truellum). L’italien a conservé les noms sans métathèse torcolo et torchio, tandis que l’espagnol dit trillo et le catalan trull.

Au XIVè siècle apparait la forme treuil qui a pris le sens de « pressoir à raisins, à olives ou à noix », en même temps qu’apparaissait l’ancien provençal trolh ou truelh. Le sens moderne d’appareil de levage par enroulement d’un câble sur un cylindre, apparu dès le XIVè siècle, est venu d’une analogie entre la poutre horizontale d’un type de pressoir à corde et celle du treuil.

Si on consulte les dictionnaires, on voit que ce terme a existé sous de très nombreuses formes. Le Godefroy (en ligne) donne dix formes : « troil, troill, truil, truiel, troiel, treuil, treul, treil, truel, trul », le Trésor du Félibrige (en ligne) en compte douze : « truei, true (Var), tré (dauphinois), trui (marseillais), tru (dauphinois), truelh (dialecte des Alpes), truel (Rouergue), trèl (limousin), triol (languedocien), trolh (béarnais), trulh (bordelais), troulh (gascon) » mais le Pégorier (GTD*) ne connait que le treuil (pressoir en Anjou), le treur (pressoir à huile en Dordogne), le troil (pressoir en ancien français), le trouilh (pressoir dans le Gers), le troulh (marécage, bourbier ; pressoir en Gascogne) et enfin le truei (pressoir en Dordogne). Le Godefroy ajoute les féminins troille et truille, synonymes de troil, « pressoir », et les diminutifs troillet et trulliet, « petit pressoir ».

Le pressoir et le baquet à fouler le raisin

Nombre de noms de lieux (et noms de familles) relèvent de ces appellatifs ou du verbe ancien français troiller, en occitan trolhar, au sens de pressurer les noix, les olives ou les raisins. Souvent, au Moyen Âge, le treuil constituait, avec le four et le moulin, un des trois bâtiments remarquables d’un village. Par glissement de sens, le français treuil comme l’occitan truèlh, truòlh, trèlh ou triòl ont pu désigner le réservoir recevant le jus de raisin et, par analogie de fonction, le grand baquet à fouler la vendange. Dans ce dernier cas, le sens toponymique doit sans doute être compris en tant que lieu important de collecte du produit des vendanges, c’est-à-dire comme un équivalent de « cave à vin ».

Je termine cette longue introduction avec un proverbe languedocien cité par F. Mistral :

Quau a vigna e noun a truei

De soun vin noun fague ourguei

c’est-à-dire

Qui a vigne mais pas de treuil

De son vin ne tire pas orgueil

Les toponymes signalant l’ancienne présence d’un pressoir, à vin ou à huile, ou d’un lieu où l’on foulait la vendange sont très nombreux et répartis sur quasiment tout le territoire (on se souvient que la vigne se cultivait partout où il y avait des messes à célébrer et des religieux à abreuver, c’est-à-dire … partout).

C’est bien entendu la forme simple treuil qui est la plus représentée : on compte près de trois cent vingt lieux-dits portant le nom (Le ou Les) Treuil(s). Le nom est parfois accompagné d’un complément, souvent le nom du propriétaire comme pour le Treuil au Roy (Saint-Christophe, Ch.-M.), le Treuil au Gros (Saint-Pierre-de-Juilliers, id.), le Treuil Baron (Genouillé, id.), le Treuil Moulinier (Puilboneau, id.) etc. Il est parfois accompagné d’un adjectif comme le Treuil Secret (Sainte-Soule, Ch.-M.), le Grand Treuil (Saint-Christophe-des-Bardes, Gir.), le Petit Treuil (Saint-Coulant-le-Grand, Ch.-M.), les Petits Treuils (Saint-Ouen, Ch.-M.) etc. C’est parfois le treuil qui sert de complément comme pour des Bois du Treuil (La Faye, Char. etc.), Fief du Treuil (Beaugeay, Ch.-M. etc.), Moulin du Treuil (Vitrac, Dord. etc.), Villa du Treuil (Saint-Symphorien, D.-S.), Fontaine du Treuil (Valence, Dr. etc.), Ruisseau du Treuil (Cabanac, Gir.etc.) etc. Le même Treuil a pu devenir patronyme, soit pour nommer celui qui habitait près du pressoir soit celui qui en était chargé, et a pu être réutilisé comme toponyme même en l’absence de pressoir, d’où également des noms comme Dutreuil (Aurec-sur-Loire, H.-L. …).

  Plus rare, la forme féminine, attestée elle-aussi au sens de « pressoir » mais aussi comme patronyme, se rencontre à une trentaine d’exemplaires du type La Treuille (Cuzac, Lot etc.) et Les Treuilles (Jonzac, Ch.-M. etc.) auxquels on ajoutera l’Allée de Madame Treuille à Oyré (Vienne), la Treuillère (Beaupréau, M.-et-L. etc.) et les Treuillères (Clussais-la-Pommeraie, D.-S.), ces deux derniers étant la propriété d’un nommé Treuiller, dont le nom apparait seul à Treuiller (Vérac, Gir.).

Plus rares encore, on rencontre des diminutifs comme Treuillet (Calmont, H.-G.) ou les Treuillets (Rilly-sur-Vienne, I.-et-L.) ou du comme Treuillaut (Villiers-les-Ormes, Indre), l’Étang de Treuillault (Sainte-Fauste, id.) ou encore Treuillot (Val-Fouzon, id.), Treuillons (Chermignac, Ch.-M.). Un pluriel inhabituel se rencontre avec Les Treux (Flagey-Echézeaux, Saffres, etc. C.-d’Or).

Beaucoup plus rare encore, la forme treuilh, dans laquelle le –lh final est la graphie occitane pour les –ll– mouillés, se rencontre dans quelques Treuilh en Dordogne, Gironde et dans les Landes et dans le diminutif Treuilhol à Anglès (Tarn).

Et nous voici donc rendus en pays de langue d’oc où, s’il n’y avait pas plus de vignes qu’en pays d’oïl, il y avait en tout cas plus d’olives et de noix, d’où le nombre important de toponymes faisant référence à un pressoir ou à un baquet servant à fouler le raisin ou à récolter le jus ou l’huile. 

Les formes les plus répandues semblent être trouilh et son diminutif trouillet, qui comme en pays d’oïl, sont aussi des noms de familles. On rencontre ainsi plus de vingt lieux-dits Trouilh (Landes, P.-A., Gers) et autant de Trouillet (mêmes départements plus Isère, Ain, Savoie, Tarn Aveyron, Dordogne et Ardèche). Un dérivé augmentatif apparait dans le nom Trouillas d’une commune des Pyrénées-Orientales et de plusieurs lieux-dits du Gard, du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, de Lozère, des Alpes-de-Haute-Provence et d’Ardèche. On notera la malencontreuse francisation en Les Trouillasses (Malarce-sur-la-Thines, Ardc.) d’un ancien mas de Trolhas (1464).

Les dérivés en –er ou –ier évoquent le fabricant de pressoirs ou l’activité saisonnière des pressureurs, en fait des chefs de cave ou des maîtres de moulins à huile, et se retrouvent comme noms de familles et noms de lieux : Trouiller (Montélier, Dr. …), Maison Trouiller (Loriol-sur-drôme, Dr.), Les Trouillères (L’Isle-Jourdain, Gers …), La Trouillière (Gupy, Nièvre) etc. Une difficulté peut survenir dans l’interprétation de certains des toponymes dérivés de trouih/trouille avec leurs homonymes désignant un marécage ou un bourbier notamment en Gascogne.

Les verbes d’ancien français troillier , « broyer » et troiller, « presser les raisins », sont à l’origine de trouiller, « lâcher des pets », d’où le qualificatif de « trouillard » donné au peureux, au pétochard. Les toponymes Trouillard (Ajou, Eure …), Trouillarderie (Saint-Michel-Chef-Chef, L.-A. …) ou Trouillardière (Saint-Viaud, id. …) qui en sont issus n’ont plus rien à voir avec le treuil que  leur étymologie.

Vieux pressoir bourguignon – Musée de Beaune (Côte-d’Or)

La forme truel est elle aussi présente à une vingtaine d’exemplaires dont la commune Le Truel en Aveyron et des lieux-dits (Le) Truel principalement en Aveyron et dans le Tarn. On rencontre également la graphie Le Trueil (Embrun, A.-M. ; Lunac, Av. ; Miscon, Dr.), Lou Trueil (Sainte-Eulalie, Loz.) et le féminin Prat de la Trueille (Monts-de-Randon, Loz.).

La variante triòl est fréquemment représentée sous la forme Le Triol dans la plaine héraultaise (Viols-le-Fort, Marsillargues, Tourbes et Vieussan), dans le Tarn (Cadalen, Cambon etc.) ou encore dans la Loire (Luriecq …). On trouve également Les Triols (Montaulieu, Dr. …), Lous Triols (Les Plans, Hér.) ou encore Lous Triolas (Barjac, Loz.). Les diminutifs triolet ou triollet, qui ont pu devenir noms de familles, se retrouvent également dans des noms de lieux-dits  (Le) Triolet (Visan, Vauc. ; Sète, Hér. etc) ou Le Triollet (Saint-Pierre-les-Bois, Cher). On rpeut rattacher à cette série les noms Le Trolliet (Sainte-Julie, Ain), le Mollard Troillet (Mongibert, Sav.) et le diminutif Les Troillettes (SaintMartin-de-Bavel, Ain)

Enfin, on rattache à ce même treuil diverses formes à l’origine de noms de lieux moins communs. Dans les parlers alpins, apparait le terme trua d’où des noms de lieux-dits Truaz (Arthaz-Pont-Notre-Dame, H.-Sav.) et Le Tru (Queige, Sav.). Le nom de Trieux (Lhuis, Ain) qui était Truiel et De Trolio en 1272, semble bien être lui aussi une variante de treuil, mais il n’en va pas de même pour d’autres Trieux qui peuvent être issus du moyen néerlandais driesch, « jachère », dans les régions du nord, ou d’origine pré-celtique en Bretagne.

Dans l’Aude, on trouve au moins six Truilhas (Sallèles-d’Aude etc.) desquels on rapprochera Le Truillat à Varilhe en Ariège.

On ajoutera à cette déjà longue liste des noms comme Trouilly (Saint-Clément-sur-Valsonne, Rh.), Trouillac (Tourliac, L.-et-G.), Trouillaud (Ansac-sur-Vienne, Char. etc.), Trouillaux (Boisné-La Tude, Id. etc.) qui pourraient être des dérivés (patronymiques ?) de troil, « pressoir » ou de trouille, « peur ». 

Et j’en termine avec le lieu-dit La Croix-Trouilloux (Aveize, Rh.), dont le nom Troulieu attesté au XVIIIè siècle peut faire penser lui aussi à un dérivé de troil, « pressoir ».

PS : le « pressoir », quoi que ce soit qu’il ait eu à presser, a porté d’autres noms, selon les régions et les parlers locaux. Peut être feront-ils l’objet d’u autre billet. Mais ne soyons pas pressés (ahah).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont la première partie du nom est liée aux mots du jour. La seconde partie est un patronyme, sans doute celui du premier propriétaire.

La commune qui l’abrite doit son nom à celui d’un homme gallo-romain ou roman ou peut-être à un relief particulier qu’on y trouve. Ce nom a été complété par un hagionyme.

La grande ville la plus proche doit le sien à la rivière qui la traverse, laquelle était clairement divinisée.

Un indice, pour le lieu à trouver lui-même :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Au Drouilh à Bascous (Gers) : la répàladev

Un Intrus, TRS et LGF forment le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Félicitations à tous les trois !

Il fallait trouver le lieu-dit Au Drouilh à Bascous, du canton de Fezensac dans l’arrondissement de Condom dans le  Gers.

Bascous 

Au Drouilh, écrit ici Le Drouil

Toponymie

Au Drouilh : c’est sous ce nom que le lieu-dit est référencé dans le fichier FANTOIR, en même temps qu’une Route du Drouilh. La carte IGN actuelle mentionne Le Drouil, tandis qu’on trouve écrit Drouil sur celle de 1950 comme sur la carte d’état-major. Cassini (feuille 73, Agen, 1784) écrivait le Drouil. Quoiqu’il en soit, on reconnait facilement dans ce nom un dérivé du celtique derullia, « chêne ».

Bascous :  il y a une douzaine d’années, dans un article consacré aux « autres migrants », j’écrivais :

Les Vascons ont envahi l’Aquitaine à partir du VIè siècle. Leur nom latin, Vascones, accompagné du suffixe -ia , a donné son nom à la Gascogne : Vasconiae saltus au IVè siècle, Wasconia en 602, Vasconia en 845 et Gasconia en 1204, évolution normale du w de la langue  germanique des Francs  en g  de la  langue romane et accentuation sur la deuxième syllabe. La déportation de prisonniers de guerre dans le Nord par Pépin le Bref  a fourni  Gascogne, village détruit près de Broussy-le-Grand (Marne), Gâcogne ( Nièvre), Vacognes-Neuilly (Calv.) et Vaucogne (Aube). Le même nom de peuple, accentué sur la première syllabe, a donné son nom au Pays Basque ainsi qu’à Bascons ( Landes) et à Bascous ( Gers).

Vic-Fezensac :

Vic : du latin vicus, « village ».

Fezensac : ce nom est à l’origine celui d’un comté carolingien, attesté comitatus Fedentiacus en 843, in agro Fidenciaco en 869, comitatus Ffezenciaci au XIIè siècle, la conté de Faiençac en 1259 et comiti Fezenciaci en 1279, du nom d’homme gallo-romain Fidancius et suffixe –acum. Le nom Fidancius est  une variante de Fidentius, formé sur le participe fidens, « qui se fie, qui a confiance ; assuré, confiant ».

Condom : il y a quatre ans, déjà dans une répàladev,  j’écrivais :

Condom était Condomum en 615, nom dans lequel on peut reconnaitre avec Nègre (TGF*) un dérivé du gaulois *condat-o-magos, le « marché du confluent » (entre la Baïse et la Gèle)  ou préférer avec Dauzat & Rostaing (DENLF*) un *Cond-o-magos, le « marché de Condus ».

Comme chacun sait, « condom » désigne aussi un préservatif, d’où la remarque « ah ! non, rien ne doit filtrer ! » à propos d’un éventuel indice concernant la ville (ahah).

Les indices

 ■ Les Trois mousquetaire et d’Artagnan devaient faire penser à la Gascogne et à Condom où on peut voir une statue les représentant.

 ■ Superdupont : pour le béret basque, bien sûr, mais aussi pour le dessinateur Jean Solé né le 2 août 1948 à Vic-Fezensac.

■ « et toujours pas d’indice pour le chef-lieu d’arrondissement, Dieu m’en préserve ! »  : pour Condom encore …

Les indices du mardi 30 septembre 2025

Un Intrus et TRS m’ont déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

L’énoncé en était le suivant :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour [drouille]

La commune qui l’abrite doit son nom à la région d’origine de ceux qui s’y sont installés.

Le canton tire son nom de celui d’un ancien comté, lequel doit le sien à un homme de confiance gallo-romain. Le même nom sert de complément à celui du bureau centralisateur, qui n’était qu’un simple village.

Le chef-lieu d’arrondissement … ah! non, rien ne doit filtrer !

Un indice ?

Les indices du mardi

■ pour la région (mais vous la connaissez sans doute déjà) et le bureau centralisateur du canton :

■ et toujours pas d’indice pour le chef-lieu d’arrondissement, Dieu m’en préserve !

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Drouille

Après avoir vu dans l’article précédent le nom occitan drulhe de l’alisier blanc, je m’intéresse aujourd’hui comme promis à sa variante drouille. De même étymologie (gaulois dervo, « chêne » et suffixe diminutif –ullia), ce terme a également désigné l’alisier blanc mais a aussi désigné, probablement dès l’origine, une plantation de chênes pédonculés. On parle encore de drouille dans la Creuse et l’Indre pour désigner une chênaie ancienne et de druille ou drouil en Charente pour désigner le chêne noir.

Une complication supplémentaire apparait quand on constate qu’un homonyme drouille, issu d’un gaulois *drullia, peut avoir dans les parlers régionaux et en vieux français toute une série de sens ayant en commun le peu de valeur, aussi bien marchande que morale, l’idée de déchet, de rebut : soldat vagabond (d’où le drille), femme de mauvaise vie, chiffon, guenille, mauvaise marchandise, copeau, débris, rognures, rétribution insignifiante … Dans les parlers du Nord, le néerlandais drollen, « diarrhée », est à l’origine lui aussi d’un terme drouille de même sens mais désignant aussi la boue liquide. Tous ces sens, notamment celui de « boue » et d’autres utilisés comme patronymes, peuvent expliquer certains des toponymes dérivés de drouille ; seule l’histoire locale pourrait permettre de les dénicher.

Drouille

Comme je l’ai dit plus haut, on rencontre ce terme et ses dérivés dans la Creuse, l’Indre et, plus généralement dans le Centre-Ouest, où il a généralement le sens de chênaie.

On rencontre ainsi de nombreux lieux-dits (La ou Les) Drouille(s) en Nouvelle-Aquitaine (Creuse, Dordogne, Haute-Vienne …), Centre-Val-de-Loire (Indre, Loir-et-Cher, Loiret …), Pays de la Loire (L.-A., Sarthe …) etc. On mentionnera un Bois de la Drouille à Clairavaux (Cr.) et à Charensat (P.-de-D.) et une Forêt de Drouille à Dontreix (Cr.), qui sont des redondances. Si le nom du Château de Drouille, à Saint-Éloi (Cr.), ne fait pas de difficulté puisqu’il est situé au lieu-dit Drouille, que dire du lieu-dit Chez la Drouille, à Issoudun-Létrieix (Cr.) : qui était cette Drouille et quel métier faisait-elle ?

 La Drouille Blanche (de Drulha Alba en 1474) et La Drouille Noire, deux anciens prieurés de religieuses situés en bordure du Bois de la Drouille à Bonnac-la-Côte (H.-Vienne), doivent leur nom à l’habit blanc des religieuses de Grandmont et noir des bénédictines (TGF*).

Ailleurs, on l’a vu, outre le sens de chênaie, drouille a pu avoir le sens spécialisé d’alisier, notamment en pays de langue d’oc, comme aux lieux-dits Drouille de Sembas (L.-et-G.), Vieussan (Hér.), Peyrilles (lot) etc. ou Les Drouilles de Challes-les-Eaux (Sav.) etc.

Quant à la Drouille, à Bournonville (P.-de-C.), située dans les Marais d’Opale, traversée par la Liane dans laquelle se jette le ruisseau de Lamy et quelques rus de moindre importance, elle doit vraisemblablement son nom à la boue plutôt qu’au chêne.

La forme occitane drouilla, « chêne rouvre »,  se retrouve dans les noms de Drouilla (Puynormand, Gir. ; Toujouse, Gers etc.), de Drouillas (Vigeville, Cr. ; Bujaleuf, H.-V. etc.), de Drouillat (Peyrelevade, Corr. etc.) et de Drouillac (Saint-André-de-Double, Dord., signalé comme taillis de chênes dans le Dictionnaire topographique).

Les dérivés suffixés sont également fort nombreux. On trouve ainsi une soixantaine de lieux-dits (Le ou Les) Drouillet(s), à valeur collective plutôt que diminutive, principalement en Nouvelle-Aquitaine et Pays de la Loire, mais également en Occitanie (p. ex. dans le Gers à Montréal), en Bourgogne-Franche-Comté (p. ex.  à Perreux, Yonne), etc. On notera le féminin Drouillette au Donzeil et à Lépinas, dans la Creuse, et Les Drouillettes à Cubjac-Auvézère-Val d’Ans, en Dordogne. Et on ajoutera Les Drouillèdes à Peyremale (Gard), un dérivé collectif (occitan –eda sur le latin –eta). Plus rare, la forme drouiller se rencontre au Puy Drouiller à Marc-la-Tour (Corr.) et le féminin dans une quinzaine de Drouillère des Pays-de-la-Loire, mais aussi jusqu’en Bretagne et dans les Hauts-de-France où il a dû désigner la propriété d’un individu nommé Drouille ou Drouiller. On rattachera à ces noms ceux de plusieurs lieux-dits Drouillais du pays nantais (Savenay, Soudan etc. en Loire-Atlantique) et du Drouillay (Sucé-sur-Erdre, du même département) qui ont pu avoir le sens de chênaie ou de petit chêne.

Le Pégorier (GTD*) mentionne le drouillard, nom du chêne rouvre dans le Bas-Maine et l’Anjou. On compte près d’une centaine de lieux-dits (Le ou Les) Drouillards, en Charente, Charente-Maritime, Maine-et-Loire, etc. ainsi qu’en Gironde et Ille-et-Vilaine.  Le nom est passé patronyme, comme en attestent la dizaine de Chez Drouillard relevés en Charente et Charente-Maritime, la Drouillardière de Saint-Julien-de-Concelles (L.-A.) et la Drouillarderie  de Saint-Bris-des-Bois (Ch.-M.).

La commune de Drouilly (Marne) qui était Druliacum vers 987-96, Drulleium au XIè siècle et Druilli vers 1240, semble devoir elle aussi son nom au gaulois *dervo-illia, accompagné du suffixe -acum passé ici normalement à -i (TGF*) mais on peut aussi penser à un nom nom d’homme gaulois *Drulio, équivalent de notre Duchêne, accompagné du même suffixe (NLCEA*). Les lieux-dits Drouilly (Les Marches, Sav. ;  Lescherolles, S.-et-M. etc.) sont de même étymologie.

La commune de Dreuil-lès-Amiens (Somme), qui était Droilum en 1120  doit son nom à l’équivalent picard de l’oïl drouil, drouille, « chêne noir à l’écorce rugueuse, à la végétation tardive (TT*, TGF*, NLCEA*). Une origine selon le nom d’homme gaulois *Durios accompagné de ialo, « clairière », a aussi été proposée (DENLF*, NLP*)

La commune de Droux (H.-Vienne) qui était Droi vers 1175 et de Drolio en 1275 devrait son nom à l’occitan droulh, drouil, « chêne noir », du gaulois *derullia (TGF*, NLCEA*).

Druille

Moins fréquent que le précédent, ce terme se retrouve néanmoins une cinquantaine de noms comme (Le ou Les) Druille(s), là aussi principalement en Nouvelle Aquitaine, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire etc.

Les dérivés suffixés sont notamment représentés par celui que les bédéphiles connaissent bien, Druillet, un collectif au sens de bois de chênes présent à près de trente exemplaires au singulier et à sept au pluriel, dans les Pays de la Loire, en Auvergne Rhône Alpes, en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine.

Les lieux-dits Le Druiller, dont le nom a valeur collective, se rencontrent en Ille-et-Vilaine (Argentré-du-Plessis) et dans la Sarthe (Écomoy) tandis que le féminin Les Grandes et Les Petites Druillères se retrouvent en Loire-Atlantique (Saint-Mars-de-Coutais). On rencontre également des lieux-dits Druillais en Loire-Atlantique (Sucé-sur-Erdre, Pannecé) et Druyai en Maine-et-Loire (Loiré, Segré-en-Anjou-Bleu, etc.)

Sans doute de même étymologique que le drouillard vu plus haut, on rencontre une quinzaine de Le ou Les Druillard(s), tous en Pays de la Loire, sauf un en Bretagne à Rannée (I.-et-V.).

La commune Druillat (Ain) qui était Durlies vers 1250, de Durlia vers 1314 et de Drulia vers 1350, est sans doute de même étymologie, avec ici le suffixe collectif –eta, pour « ensemble de chênes », et attraction des finales en –at. (TGF*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine lié au mot du jour.

La commune qui l’abrite doit son nom à la région d’origine de ceux qui s’y sont installés.

Le canton tire son nom de celui d’un ancien comté, lequel doit le sien à un homme de confiance gallo-romain. Le même nom sert de complément à celui du bureau centralisateur, qui n’était qu’un simple village.

Le chef-lieu d’arrondissement … ah! non, rien ne doit filtrer !

Un indice ?

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

La Dreliéirède à Vialas (Lozère) : la répàladev

LGF et Un intrus ont trouvé la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le Valat de la Dreliéirède à Vialas, dans le canton de Saint-Étienne -du-Valdonnez de l’arrondissement de Florac-Trois-Rivières en Lozère.

Vialas, c’est ici :

Et le Valat de la Drelièirède, ici :

 

Les toponymes

Valat de la Dreliéirède :

Valat : tout est dit sur ce toponyme dans cet article. Le mot désigne ici un torrent de montagne et son ravin.

Drelièirède : ce nom est composé du nom patois de l’alisier, drelier, vu dans le billet, accompagné du suffixe collectif –ède (latin –etum/-eta), celui de la pinède par exemple. Il apparait déjà sous cette forme dans le cadastre napoléonien de 1813 qui mentionne le ruisseau de la Dreliéirède.

On notera que ce nom est écrit de manière erronée Drelieiride dans le fichier FANTOIR, avec un suffixe absurde.

Vialas :  l’ancien occitan vialar, lui-même de villare dérivé du latin villa, désignait un domaine dépendant d’une villa. Par diphtongaison du i en ia devant l géminé, l’occitan est passé de villare à vialar. Après chute du r final non prononcé sont apparus des toponymes du type Viala, ici mis au pluriel pour signifier la présence de plusieurs domaines.

Saint-Étienne-du-Valdonnez : ce chef-lieu du canton qui porte son nom avait fait l’objet d’un paragraphe dans ce billet, dans celui-ci et dans cet autre. J’écrivais :

Saint-Étienne : Sanctus Stephanus de Valdones en 1352, du nom du premier martyr.
Valdonnez : cette région naturelle, formée de la vallée du Bramont est enserrée entre les Causses et les Cévennes. Elle est attestée in vicaria Valdunensi en 1031-60 dans le cartulaire de Gellone. Il s’agissait d’une circonscription du haut Moyen Âge dont le nom est formé sur celui de son ancien chef-lieu, Valdunum, muni du suffixe d’appartenance latin –enseValdunum est identifié avec Balduc, oppidum situé sur la hauteur dite Truc de Balduc, sur la commune de Saint-Baudile ; son nom est issu du latin vallis, « vallée, vallon », et du gaulois dunum, « mont, citadelle, enceinte fortifiée ». Le nom devient en occitan Valdunes en 1229 puis Valdones en 1258 et sera francisé au milieu du XVIIIè siècle en Valdonnès et Valdonnez.

Florac-Trois-Rivières : le 16 avril 2022, déjà lors d’une répàladev, j’écrivais :

Le nom de Florac est probablement issu du nom d’homme gallo-romain Florus accompagné du suffixe –acum. J’écris « probablement » car on sait maintenant que le suffixe –acum n’accompagnait pas obligatoirement un nom d’homme : il pouvait accompagner ici flos, floris, « fleur », pour désigner un endroit particulièrement fleuri. Plus qu’un « endroit fleuri », il pouvait s’agir d’un endroit récemment défriché sur lequel pouvaient enfin pousser des fleurs.

Le nom Trois-Rivières a été rajouté en 2016 lors de l’absorption de sa voisine La Salle-Prunet. Les trois rivières en question sont le Tarn, le Tarnon et la Mimente.

Les indices

Mistral gagnant  : « Renaud (né en 1952), chanteur, passe à Vialas de nombreux étés en famille dès les années 1960, d’abord dans le petit hameau de Polimiès situé sur la commune. Puis il y revient régulièrement (notamment chez Chantoiseau). Dans son autobiographie, il explique que les bonbons évoqués dans Mistral gagnant sont ceux qu’il chapardait chez Madame Fabrègue, l’épicière, où il se rendait à vélo pour acheter son Spirou. » (wiki)

 ■ cette pointe de javelot en bronze devait faire penser aux Gabales, les Gaulois qui peuplaient la région. « En langage gaulois, le terme gabal désignait une fourche. On retrouve ce terme en breton avec gaol (qui vient de gabl) et en vieil irlandais gabul. Par extension, le terme gabal a semble-t-il donné le terme français javelot. Le nom de Gabales signifierait ainsi : « les hommes aux javelots » » (wiki). 

  ■ cette image du film Antoinette dans les Cévennes devait faire penser aux Cévennes et, plus particulièrement, au chemin de Stevenson qui passe par Florac.

The Flower Pot Men, littéralement les « Hommes Pots de Fleurs » : fine allusion à Florac dont on ne sait pas bien s’il s’agissait du domaine d’un Monsieur Fleur ou d’un domaine fleuri…

Les indices du mardi 23 septembre 2025

LGF est arrivé très très près de la solution de ma dernière devinette. Je ne doute pas qu’en poursuivant un peu ses efforts, il finisse par tomber dessus.

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine issu d’une forme collective du mot du jour [drulhe etc.]. Il est utilisé comme complément d’un nom du langage régional désignant une forme de relief.

Le nom de la commune où il est situé désignait un ensemble de hameaux.

Le bureau centralisateur du canton comme le chef-lieu de l’arrondissement ont été cités à plusieurs reprises et leurs noms expliqués sur ce blog. Le premier est un hagionyme accompagné du nom du pays ; le second est issu d’un nom latin suffixé.

Le BC du canton comme le chef-lieu d’arrondissement ayant déjà été la source de plusieurs indices pour d’autres devinettes, il m’est difficile de me renouveler sans trop vous faciliter la tâche.

Alors, un indice pour la commune  : Mistral gagnant, de et par Renaud (vidéo)

Et un indice plus général :

Précisions et indices du mardi

■ Le toponyme à trouver est mal écrit dans le fichier FANTOIR, ce qui rend invisible son sens d’ensemble d’alisiers. La carte IGN a gardé la bonne graphie du nom où il sert à nommer un cours d’eau.

■ On aura compris que le deuxième indice ci-dessus concerne les Gaulois qui vivaient là.

■ Et, si ça ne suffisait pas, voici une photo :

■ le nom du pays qui complète celui du bureau centralisateur du canton est dérivé d’un mot gaulois désignant une citadelle fortifiée située en hauteur.

■ un nouvel indice, pour le chef-lieu d’arrondissement :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Drulhe

  L’alisier blanc, Aria edulis, arbre de la famille du sorbier habitué aux conditions difficiles comme le froid et la sècheresse, est bien connu dans les montagnes méridionales. On le rencontre en toponymie par un terme qui, en occitan moderne, ne s’applique plus qu’à son fruit, l’alise : la drulha, la druèlha, la drolha, la drelha.

Ce mot est d’origine celtique, du gaulois dervo, « chêne » (cf. le breton derv– et le gallois derw–), accompagné d’un suffixe diminutif –ullia. Ce nom dervullia  puis derullia a été dévié dans la désignation de l’alisier sous la forme drulhièr. Cependant, le sens originel de plantation de chêne pédonculé est resté vivant, notamment dans certaines régions du Centre Ouest : drouille désigne une chênaie ancienne dans la Creuse et l’Indre et drouil désigne le chêne noir en Charente-Maritime.

Comme son titre l’indique, l’article d’aujourd’hui sera consacré au nom occitan drulhe de l’alisier blanc et à ses variantes. La forme drouille sera étudiée dans un prochain billet. 

Drulhe

Outre la commune aveyronnaise nommée Drulhe (villa de Druilla en 1195 et Drulha en 1383), on compte plus de vingt lieux-dits nommés Drulhe ou Drulhes, en Aveyron, Cantal, Tarn et Tarn-et-Garonne, auxquels on ajoutera le diminutif Drulhette (Sémalens, Tarn) et le Mas Drulhet (Cénevières, Lot) qui montre que le nom est devenu patronyme.

À Sousceyrac-en-Quercy (Lot) se trouve le Puech d’Endrulhe, dont le nom a subi l’agglutination de la préposition en (puech : dérivé du latin podium).

Le fichier FANTOIR ajoute un lieu-dit Vaudrulhes sur le territoire de la commune de Saint-Martin-de-Valgalgues (Gard) que le site de la mairie ne connait pas (on y trouve néanmoins un hameau de Drulhes) et qu’on trouve appelé simplement Drulhes sur la carte IGN et déjà sous ce même nom sur la carte de Cassini (f. 91, Nîmes, 1779). 

Druilhe

Cette variante n’apparait qu’à une dizaine d’exemplaires dans les mêmes départements que ci-dessus, y compris deux Moulins de la Druilhe (à Ally et Brageac, Cantal), plus deux collectifs Druilhet (Najac, Av. et Aureville, H.-G.). Attention ! Les noms en druille, très fréquents dans les Pays-de-la-Loire et alentours, désignent plus sûrement le chêne et le bois de chênes, et non l’alisier : pour druillet, il faudra donc attendre un prochain billet.

Druelle 

On connait une commune aveyronnaise nommée Druelle-Balsac, qui était Drulha en 1341, et plusieurs lieux-dits (Aux) Druelles en Bourgogne-Franche-Comté.

Drelier

Directement issu de l’occitan drulhière, « arbre portant des drulhes, alisier », le terme drelier, encore vivant dans le parler auvergnat, se retrouve dans les noms des lieux-dits (Le) Drelier en Aveyron, Cantal, Lozère et Haute-Loire.

Dreuilhe

Outre la commune ariégeoise nommée Dreuilhe, c’est en Ariège, Haute-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne qu’on rencontre une dizaine de lieux-dis Dreuilhe et dans les Landes qu’on trouve le collectif Dreuilhet (à Mimbaste). On leur ajoutera le nom La Dreilhe d’une forêt à Palairac dans l’Aude, qui était la Drulhe au XVIIIè siècle.

Dreuille

Cette variante se retrouve à une quarantaine d’exemplaires en Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, au singulier comme au pluriel, ainsi qu’au collectif Dreuillet (L’Aiguillon, Ariège ; Goyrans, H.-G.). Elle est également présente dans d’autres régions (Grand-Est, Bretagne, Pays-de-la-Loire, etc.) où elle a dû conserver le sens de bois de chênes. Comme les autres, ce nom a été utilisé comme patronyme, comme le montre l’illustration suivante :

Le château de Dreuille, à Cressanges (Allier), propriété de la famille du même nom,

d’abord écrit Dreuilhe.

La devinette

Il vous faudra trouver un toponyme de France métropolitaine issu d’une forme collective du mot du jour. Il est utilisé comme complément d’un nom du langage régional désignant une forme de relief.

Le nom de la commune où il est situé désignait un ensemble de hameaux.

Le bureau centralisateur du canton comme le chef-lieu de l’arrondissement ont été cités à plusieurs reprises et leurs noms expliqués sur ce blog. Le premier est un hagionyme accompagné du nom du pays ; le second est issu d’un nom latin suffixé.

Le BC du canton comme le chef-lieu d’arrondissement ayant déjà été la source de plusieurs indices pour d’autres devinettes, il m’est difficile de me renouveler sans trop vous faciliter la tâche.

Alors, un indice pour la commune  :

Et un indice plus général :

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Verchery à Soucieu-en-Jarrest (Rhône) : la répàladev.

Un Intrus, LGF et TRS ont résolu ma dernière devinette. Bravo à tous les trois !

Il fallait trouver le lieu-dit Verchery à Soucieu-en-Jarrest, dans le canton de Mornant de l’arrondissement de  Lyon, dans le Rhône.

Soucieu-en-Jarrest, c’est là :

Et Verchery, ici :

Les toponymes

Verchery : ce nom apparait déjà tel quel sur la carte de Cassini (feuille 87, Lyon, 1761). Il s’agit d’un dérivé de verchère, « terre cultivée attenant à la ferme, à la maison ». Par passage du lieu à l’habitant, ce nom est devenu patronyme.

Soucieu-en-Jarrest : l’orthographe Jarrest est mise pour Jarez, nom sous lequel ce pays est mieux connu.

Soucieu : ce nom apparait pour la première fois en 984 où on trouve mention de l’Ecclesia de Sociaco. On a vu dans ce toponyme le nom d’homme latin Socius (DENLF*) ou Celsius (TGF*) accompagné du suffixe –acum. Une autre hypothèse est celle d’un dérivé de l’ancien français souci (du latin subcidium), « rivière souterraine ou conduite d’eau », qui pourrait faire référence à l’aqueduc du Gier dont les ruines sont visibles dans la commune (NLLR*).

pays de Jarez : « ce pays est formé pour l’essentiel par la vallée du Gier qui sépare le Forez du Vivarais. Jarez est attesté in Garensi dans un acte de donation daté de 868, du nom de la rivière Jarem suivi du suffixe d’appartenance latin –ense. La rivière elle-même est attestée Jarem fluvium dans la Vie de saint Ferréol rédigée avant 475 ; son nom vient de la variante *garra du pré-indo-européen *carra, « pierre ». La désinence –is de la troisième déclinaison latine donnera la forme franco-provençale Jareis en 1213. La forme française Jarez apparaît en 1651 ». C’est ce que j’écrivais dans un article du mois dernier.

Mornant : (cf. la rubrique « toponymie » de la page wiki. que j’ai écrite).

Une étymologie par le participe présent du verbe francoprovençal mòréné « barrer au moyen de murs de pierres », d’origine préceltique, a été proposée par E. Nègre (TGF*), qui fait de Mornant l’équivalent de « (mur) barrant ».

Une autre hypothèse, basée sur les formes anciennes Mornancus en 900 puis Mornantus, est celle d’un nom formé sur le latin maurus, « sombre », et nanto, « vallée où coule une rivière », d’origine gauloise (DENLF*, NLRR*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices

■ « La commune ne présente rien de suffisamment remarquable pour en faire un indice, mais, pas de souci !, j’en ai deux pour le bureau centralisateur du canton » : ceux qui ont remarqué ce « pas de souci ! », fine allusion au nom de Soucieu-en-Jarrest, ont droit à … un bon point.

■ les murs de pierres séparant des champs : pour une des étymologies possibles de Mornant.

 ■ Le Fifre, de Manet, devait faire penser aux fifres présents sur le blason de Mornant qui rappellent que ses habitants s’illustrèrent le 6 avril 1362 à la Bataille de Brignais en combattant au son des fifres

Le dessin du blason est issu du site l’Armorial des villes et villages de France, avec l’aimable autorisation de son auteur, Daniel Juric.

■ ces ruines sont celles de l’aqueduc du Gier qui devaient orienter les recherches vers le pays de  Jarez.

 ■ je pensais vous montrer des soucis dans une jarre (ben oui, Soucieu-en-Jarrest …) mais, ayant cherché des images de marigolds, que je pensais être le nom des soucis en anglais, je vous ai montré, sans m’en douter, des œillets d’Inde (ou « soucis français »). Merci à LGF qui m’a expliqué tout ça : « Oui, le souci est bien traduit par Marigold, sauf que la plante en photo est une tagète dont la fleur ne ressemble pas vraiment : le Botanica (gros dictionnaire de plantes) et Plantnet (identification de plantes) renvoient à l’œillet d’Inde, qui s’appelle French Marigold dans la langue d’outre-Manche. La recherche avec le souci français renvoie au calendula. En fait, Marigold est porté par pas mal de fleurs, en raison de leur couleur jaune-orangé, voir la liste sur le wiki anglais

Les indices du mardi 16 septembre 2025

Personne n’a encore trouvé la réponse à ma dernière devinette.

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour [verchère].

Deux pistes ont été proposées pour expliquer la première partie du nom de la commune qui l’abrite : la première fait appel à un nom d’ homme latin ; la deuxième fait appel à un aménagement de cours d’eau. Ce nom est complété par celui du pays, lequel est issu du nom de la rivière qui le parcourt.

De la même façon, deux pistes ont été proposées pour expliquer le nom du bureau centralisateur du canton : la première fait appel à l’aspect de la vallée où il est situé ; la deuxième fait appel à une construction humaine.

La commune ne présente rien de suffisamment remarquable pour en faire un indice, mais, pas de souci !, j’en ai deux pour le bureau centralisateur du canton :

■ et d’un :

■ et de deux :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Les indices 

■ un premier indice, pour la commune et le pays :

■ et un autre, pour la commune :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Verchère

Au Moyen Âge, une verchère ou verchière était un fonds de terre assigné en dot à une femme. Il s’agissait le plus souvent d’une parcelle de bonne terre attenante à la ferme, à la maison d’habitation, et le plus souvent enclose. Le terme a ensuite évolué par l’idée de « bonne terre » au sens de « terre cultivée », « terrain enclos près de la ferme ». Il se rapproche sémantiquement de l’ouche, « terre fertile de petite dimension, située à proximité d’une maison ou d’un village, et close de haies », sauf qu’il y a dans verchère, au moins à l’origine, une connotation juridique absente pour l’ouche. En occitan  on parle de verquièra et en nord-occitan de verchièra.

Extrait du dictionnaire de Godefroy

Historiquement, ces mots sont issus du latin médiéval vercaria dont la première attestation date de 814 dans le Polyptique de Wadalde de l’abbaye Saint-Victor-de-Marseille. L’étymologie est obscure, il s’agit peut-être d’une création gallo-romaine du vocabulaire juridique. Certains auteurs proposent une origine selon le gaulois vergo– ou verco-, « œuvre, travail ».

Les toponymes qui en sont issus sont essentiellement répartis en Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté pour les formes avec –ch– et en Occitanie et Paca pour les formes avec –q-.

Les toponymes Verchère(s), précédés ou non d’un article (la ou les) ou d’une préposition (à la, aux, sous, sur) sont de très loin les plus nombreux, plus d’un millier. On ne citera que La Verchère, un ancien quartier de Bourg-en-Bresse (Ain, Vercheria en 1417) et Les Verchères à Yssingeaux (H.-L., Vercherias vers 1100). Souvent, ces noms sont accompagnés d’épithètes (Grande, Petite, Derrière, Dessus …) ou de compléments : La Verchère-au-Comte (Saint-Symphorien-des-Bois, S.-et-L.), La Verchère-aux-Prêtres (Amanzé, id.), La Verchère du Prélat (Saint-Romain-du-Gourdon), La Verchère-au-Chat (Chevagny-sur-Guye , id.), La Verchère aux Femmes (Oyé, id.) etc.

 

À la vôtre !

On rencontre des diminutifs comme La Vercherette (Laiz, Ain ; La Vineuse-sur-Frégande, S.-et-L. etc.), Vercherole (Polliat, Ain), Vercheroule (Saint-Julien-de-Jonzy, S.-et-L.), Vercheron (Châtenay, Matour… S.-et-L. etc.), La Vercheronne (Chassigny-sous-Dun, S.-et-L.) etc.

On aura remarqué l’abondance d’exemples en Saône-et-Loire. Et pour cause ! Ce département compte à lui seul 917 lieux-dits Verchère ou Verchères !

Beaucoup plus rare, le nom Verchière n’apparait qu’à deux exemplaires, à Villar-d’Arêne (H.-A.) et à Saint-Vincent-de-Barrès (Ardc.), tout comme La Vercheyre, à Marcols-les-Eaux  et Saint-Mélany (Ardc). Pourtant plus proche de l’étymologie selon vercaria, on ne connait qu’un seul Les Vercaires à Saint-Sigismond (H.-Sav.). L’agglutination de l’article est, elle, à l’origine de trois Laverchère (Sonthonnax-la-Montagne, Ain ; Neulise et Pommiers-en-Forez, Loire).

En pays de langue d’oc, ce terme est beaucoup moins répandu. On notera malgré tout la commune Verquières des Bouches-du-Rhône, attestée de Vercheriis en 1155, le lieu-dit Verquière (Sablet, Vauc.), La Verquière (Concoules et L’Estréchure, Gard ; Saint-Germain-de-Calberte, Loz.) et Les Verquières (Ventabren, B.du-R.).

Rappelons enfin que Verchères est également le nom d’une ville du Québec dont la paroisse originelle fut nommée Saint-François-Xavier-de-Verchères en 1724, en l’honneur de son premier seigneur, né à Vignieu (Isère) en 1632, père de Madeleine de Verchères qui y résista en 1692 à une attaque des Iroquois. Le bureau de poste prendra en 1827 le simple nom de Verchères, avant que ne  soit créée la municipalité du même nom en 1845.

Le hameau de Verchère aujourd’hui disparu, au sud de Saint-Chef, à l’ouest de Vignieu., en Isère. (Cassini, feuille 118, Belley – 1762)

Selon Pierre Gastal (NLEF*) et Henri Sutter (site),  il a pu y avoir corruption du mot par un B- initial, ce qui expliquerait les noms de Berchères-les-Pierres, Berchères-Saint-Germain et Berchères-sur-Vesgre, trois communes d’Eure-et-Loir, de La Berchère (Boncourt-le-Bois et Nuits-Saint-Georges, C.-d’Or ; Montredon-de-Corbières, Aude),  Les Berchères (Saint-Just-de-Claix, Is. ; Pontault-Combault, S-et-M) etc. On se rappelle que Godefroy (cf. ci-dessus) donne effectivement berchière comme variante de verchière.

Cependant, pour Berchères-les-Pierres (Bercherie vers 1272), B.-Saint-Germain (in Bercariis vers 1120 et Bercheriae en 1208) et B.-sur-Vesgre (Bercheriae en 1164), comme pour Les Berchères à Pontaut-Combault (Bercheres vers 1050 et Bercherias  en 1079), E. Nègre (*TGF), Dauzat & Rostaing (*DENLF) et S. Gendron (ONLF*) privilégient l’hypothèse d’un oïl *berchière, « bergerie », issu du bas latin berbicaria.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour.

Deux pistes ont été proposées pour expliquer la première partie du nom de la commune qui l’abrite : la première fait appel à un nom d’ homme latin ; la deuxième fait appel à un aménagement de cours d’eau. Ce nom est complété par celui du pays, lequel est issu du nom de la rivière qui le parcourt.

De la même façon, deux pistes ont été proposées pour expliquer le nom du bureau centralisateur du canton : la première fait appel à l’aspect de la vallée où il est situé ; la deuxième fait appel à une construction humaine.

La commune ne présente rien de suffisamment remarquable pour en faire un indice, mais, pas de souci !, j’en ai deux pour le bureau centralisateur du canton :

■ et d’un :

■ et de deux :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr