Ritum, le gué gaulois

Partisans comme tout le monde du moindre effort,  les Gaulois passaient, quand c’était possible, les rivières à gué, s’évitant ainsi la construction d’un pont.

Le mot gaulois pour le gué était ritum (oui, c’est bien ça : si c’est gué, ritum). Le rôle du gué était évidemment capital puisqu’il était un lieu de passage obligé, particulièrement apte à fixer une agglomération. Ritum  a ainsi été productif de nombreux toponymes, le plus souvent, comme pour -ialo, Comme pour tous les noms composés gaulois, ritum, lorsqu’il se trouve en seconde position, est rattaché au mot précédent par un -o- de liaison qui est alors le plus souvent accentué.

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Alix, dit Riton par ses amis

Anciens noms de villes

  • Javols1 (Lozère), sur le Tréboulin, affluent de la Truyère, portait au IVè siècle le nom d’Anderitum, avec la particule intensive gauloise ande, soit « le grand gué », ce qui n’est guère en rapport avec la topographie des lieux ; sans doute faut-il penser que l’épithète est due au grand nombre de voies de communications aboutissant à ce gué.
  • Limoges2 (H.-Vienne), sur la Vienne, avait été appelée Augustoritum au IVè siècle, un composé hybride en hommage à l’empereur Auguste.
  • Vannes3 (Morb.), à la jonction de la Marle et du Vincin, s’appelait Darioriton au IIè siècle chez Ptolémée, avec le gaulois dario, « agitation, tumulte », donnant au toponyme le sens de « gué tumultueux ».
  • Radepont4 (Eure, sur l’Ancelle) : noté Ritumagus au IVè siècle, avec le gaulois magos, « marché ».

Composé avec des mots gaulois

  • ambe, « ruisseau » : le nom d’ Ambert (P.-de-D., sur la Dore), déjà attesté sous cette forme romane en 1096, est composé avec le gaulois ambe, « ruisseau », comme celui d’Ambort (au confluent de la Rue et de la Tarentaine, Cne de Champs-sur-Tarentaine, Cantal).
  • bonna, « base, fondation » : Bonnard (Yonne) dont le nom Bonoritum (IVè siècle) est formé avec bonna,  indiquant un gué solide (TGF*). Une autre hypothèse préfère y voir le nom d’homme gaulois Bonos (DENLF*).
  • gaesum, « javelot de fer » : Gisors (Eure) dont le nom Gisortis attesté en 968 est composé du gaulois gaesum, « javelot de fer » et de ritum, « gué » ; les confluents en pointe ont souvent été désignés par de telles métaphores (cf. L’Aguillon dans le Lot-et-Garonne, Saint-Sulpice-la-Pointe dans le Tarn, etc.) et la confluence de l’Epte et de la Troesne a pu être désignée ainsi par les Gaulois (DNLF*). Une autre hypothèse fait appel au nom d’homme gaulois *Gisus (DENLF*) à rapprocher du nom de dieu Gisacus (TGF*).

Gisors-2-

  • cambo, « courbe (de rivière) » : Chambord (L.-et-C.) dont le nom Cambortus de 860 est formé avec le gaulois cambo, « courbe », signalant un gué sur une courbe du Cosson. De ce même cambo sont issus les noms de Chambord (Eure), Chambors (Oise), Chambourg-sur-Indre (I.-et-L, Cambortum en 816, dont la terminaison a subi l’attraction de -bourg, alors très courant) et vraisemblablement le diminutif Chamoret (H.-Vienne), sur une courbe de la Glayeule.
  • boduo, « corneille » : Bort-les-Orgues (Corrèze) dont le nom Boort, attesté en 944, est formé sur le gaulois boduo, « corneille », auquel on doit aussi les noms de Bort-l’Étang (P.-de-D., sur un affluent du Litroux) et de Bourth (Eure, sur l’Iton). Dans ces trois noms, le -d- intervocalique de *boduo-ritum est tombé.
  • Brennus : Bernot (Aisne, rive droite de l’Oise) dont les les anciens noms à notre disposition sont Bresnoth au Xè siècle et Brenost au XIè siècle puis Bresnort en 1156 et Brennort en 1157. Sans doute faut-il restituer la finale -ort aux noms des Xè et XIè siècle pour reconstituer le nom de *Brenn-ó-ritum, « le gué de Brennus », nom d’homme gaulois.
  • petor, « quatre » : Bédarrides (Vauc.) dont  le nom Betorrida de 816 est formé avec petor, « quatre », et rita, pluriel de ritum. La commune est effectivement à la confluence de l’Ouvèze, de la Mède, et de deux branches de la Sorgue et de l’Auzon. L’absence inhabituelle du -ó- de liaison accentué est à l’origine de l’accentuation sur le -i- donnant la terminaison en -rides.
  • nouio, « nouveau » : Niort (Deux-Sèvres), attesté Noiordo vico sur une monnaie mérovingienne est un composé du gaulois nouio, « nouveau » et ritum, « gué ». Le gué sur la Sèvres Niortaise permettait le passage de la voie romaine de Saintes à Nantes. Niort-de-Sault, dans l’Aude, attesté  Aniorto en 1040, et Niort-la-Fontaine, en Mayenne, attesté Medio Orto au IXè siècle, semblent avoir une autre origine encore obscure même si E. Nègre a émis l’hypothèse pour la commune Audoise d’un *ande-ó-ritum, avec la particule intensive -ande subissant la disparition du -d- pour former *an(d)e-ór(i)to devenu Aniorto puis Niort, après chute du A initial pris pour la préposition à. (TGF*).

Composé avec un mot latin

Les toponymes associant le gaulois ritum à un nom latin sont  rares puisque le latin vadum, « gué », a très vite remplacé le mot gaulois. On compte malgré tout quelques noms formés avec l’adjectif latin longus. C’est le cas de Longré (Char., Longorete au haut Moyen Âge), de Lonrai (Orne) et de Longroy (Seine-Mar.). Le Gué-de-Longroi (E.-et-L.), noté Vadum de Loonrai vers 1200, semble être une formation tautologique (« le gué du long gué » ) dont le deuxième élément a subi très tôt une attraction paronymique : on trouve déjà écrit Vadum Longi Regis vers 1300 (DENLF*). Une autre hypothèse fait appel au nom d’homme gaulois Lugaunus accompagné du même ritum qui serait accentué (TGF*). Dans le même ordre d’idée, Le Gué du Roi, à la Ferté-Saint-Aubin (Loiret) a tout d’un rito redoublé comme le hameau de Roiville à Cérelles (I.-et-L.) est une ancienne Rito-villa.

Composé avec un mot germanique

Rethel (Ardennes) : la première attestation du nom, au Xè siècle, sous la forme in villa Reiteste nomine, s’explique en le décomposant en deux éléments : le premier, Reit-, ( qui apparaitra en 1097 sous une forme latinisée Regiteste castello ayant subi l’attraction paronymique du latin regis, « du roi ») est le résultat roman du gaulois ritu-, le village antique ayant été bâti sur la rive droite de l’Aisne. Au cours du haut Moyen Âge, un appellatif a été adjoint au nom du lieu, en l’occurrence l’ancien haut allemand stat, « lieu, endroit », reconnaissable dans le deuxième élément du toponyme –stet (Registeste castrum vers 1120 ) devenu par métathèse -test (Retest est attesté vers 1172). Le groupe consonantique terminal n’étant plus prononcé, une nouvelle consonne d’appui est apparue, -l, attestée dès 1246 dans Rethel.

La variante rotu

Le gaulois ritum a pour origine l’idée de porter, par le radical indo-européen *pertu, qui a aussi donné le ford anglais et le Furt alsacien. Parallèlement, ce même radical a évolué vers une forme *portu  d’où proviennent le latin portus, « passage », l’ancien breton rodoed, « gué » (d’où les nombreux Roudou ou Roudourou en Bretagne, mais c’est un autre sujet) et aussi la variante gauloise rotu pour « gué » qui nous intéresse ici. De cette variante sont issus, entre autres, les noms de  :

  • Redon (I.-et-V.) : la ville est attestée in loco nuncupante Roton en 834 puis, par dissimilation, Redonis civitata en 843. Le nom s’explique par le gaulois rotu accompagné du suffixe, aussi gaulois, -one. La persistance du -d- inter-vocalique s’explique par le fait que la ville se situe dans la zone linguistique romano-bretonne.

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  • Ruelle-sur-Touvre (Char.) : attesté Rodelita au IXè siècle puis Roella en 1296, le nom est formé de la variante gauloise rotu- accompagnée du suffixe, aussi gaulois, -ela, la forme du IXè siècle étant vraisemblablement une mauvaise transcription.
  • Rueil-Malmaison (H.-de-S.), Rotoialinsem villam au VIè siècle, est formé de rotu, «gué», associé à ialo, « clairière, lieu ». Ce même composé a donné le déterminant de Val-de-Reuil (Eure).
  • Ruan (L.-et-C.), Ruan-sur-Egvone (Loiret) et Pont-de-Ruan (I.-et-V.) sont des anciens roto-magos, avec magos, « marché ». La paronymie avec le gaulois roto, « roue », qui serait employé ici par métaphore topographique, a permis d’émettre d’autres hypothèses étymologiques semble-t-il moins convaincantes. Et attention! le nom de Rouen (S.-M.) provient, lui, de rato-magos, avec le gaulois rato, « rempart ».

La Margeride

Cette région naturelle, formée d’un massif montagneux aux confins des départements de la Lozère, du Cantal et de la Haute-Loire, tient son nom d’un lieu-dit La Margeride, hameau et château médiéval détruit (Cne de Védrines-Saint-Loup, Cantal), siège d’une puissante seigneurie du diocèse de Clermont.

LA MARGERIDE
Carte de Cassini – Feuillet 54 – Saint-Flour (1575-76)

Le château est attesté Marjarida en 1148 et Margerida en 1463. Localisé en forêt, il se trouve à quelques kilomètres de la limite entre les civitates des Arverni et des Vellavii, et à la limite des pagi francs du Tallendais et du Brivadois. C’est pourquoi on peut voir dans son nom un ancien *Morgarita, du gaulois morga, « borne, limite » (de l’indo-européen *morg, de même sens, d’où le français « marche » et l’allemand et l’anglais Mark ), et ritu, « gué ». L’attraction paronymique du latin Margarita, « perle », a fait évoluer le toponyme vers sa forme actuelle. Cela a été d’autant plus aisé que dans certains ruisseaux du Massif Central, mais sans rapport avec des limites de peuples gaulois, ont été découvertes des moules perlières et que certains de ces ruisseaux ont été appelés Marguerite, notamment un affluent de l’Hérault (DNLF*). L’existence ancienne du prénom féminin Marguerite, notamment celui d’une sainte d’Antioche, a donné lieu a une étymologie populaire, en parallèle avec les noms de Margerides (Corr., Margaride vers 1315),  Margerie-Chantagret (Loire, Margeriam en 1250) et Marguerittes (Gard, Margarita en 979) dont on hésite à dire s’ils proviennent du nom de la sainte ( après disparition de Sainte-), d’une éventuelle châtelaine ainsi prénommée, des moules perlières ou même de la fleur (DENLF*, TGF* et TNO*).

 


1- Javols a pris au IVè siècle (civitas Gabalum vers 400) le nom du peuple dont il est la capitale, les Gabali, dont le dérivé Gaballitanum a donné son nom au Gévaudan.

2 – Limoges a  pris au IVè siècle (Lemovices vers 400) le nom des Lemovices dont elle était la capitale. Cf. le billet concernant l’orme pour en savoir plus.

3 – Vannes a pris au IVè siècle (Benetis vers 400) le nom des Venètes dont elle était la capitale.

4 – Radepont, attesté Radipons en 1034, est formé du nom de personne germanique Raddo accompagné du latin pontem, « pont » : mieux qu’un radeau (ahah), un pont a remplacé le gué.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune française, formé de ce « gué » gaulois accompagné d’un mot ressortissant au domaine mystique. L’évolution phonétique a fait que ni l’un ni l’autre ne sont plus reconnaissables aujourd’hui.

Comme il me semble que la réponse n’est pas si difficile à trouver, il  faudra vous contenter de cet indice — non pas tant pour vous aider à trouver la bonne solution, mais pour vous permettre de confirmer que vous l’avez bien trouvée :

indice b 28 06 20

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

*Les abréviations en majuscules suivies d’un astérisque renvoient à la Bibliographie du blog accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

68 commentaires sur “Ritum, le gué gaulois

  1. « Le gaulois ritum a pour origine l’idée de porter, par le radical indo-européen *pertu, qui a aussi donné le ford anglais et le Furt alsacien. »

    ———————
    En fait, le sens de « porter » est dérivé : le sens premier est « passage » (que l’on retrouve dans les toponymes en « port » et en « pert(h)uis »).

    Le radical I.-E. dont le sens premier est « porter » est *bhero (il faudrait un macron sur le o), qui a donné le latin « fero » ( d’où le français « -fère ») et l’anglais « (to) bear ».

    ——————-
    L’aire d’expansion de Furt dépasse l’Alsace : Frankfurt (deux Francfort en Allemagne, l’un sur le Main, l’autre sur l’Oder) et, vraisemblablement, Erfurd (Erford), capitale du Land de Thuringe

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  2. Passer à gué et ne pas perdre pied ou s’empêtrer dans ses vêtements.
    Surtout garder le rythme durant la traversée.

    ritum ‘n’ blouse

    _____
    et un Ō ō

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  3. Oxford, Bosphore = « passe aux bœufs ».

    Ohé les boeufs !
    On prend la photo du troupeau au milieu du gué …

    NE BOUSONS PLUS !

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  4. « The Boat Race est une célèbre course d’aviron qui se court tous les ans au printemps entre les universités de Cambridge et d’Oxford sur la Tamise à Londres au Royaume-Uni. […] La course d’aviron se court précisément sur quatre miles et 374 verges. »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Boat_Race

    ———————————–
    Cambridge (« le pont sur la Cam ») et Oxforg (« le gué aux boeufs ») : les deux villes, dont les équipes universitaires parcourent les quatre miles et 374 verges (c’est un peu minable à côté des « Onze mille verges » d’Apollinaire !) représentent les deux principaux moyens de traversée d’un cours d’eau.

    Il ne manque plus, en troisième larron, qu’un équivalent britannique de Berry-au Bac !

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  5. Brosseur, votre troupeau a-t-il été photographié au château de Tournoël ?

    [Ou à Rennes ?
    « En langue des signes française, la ville se signe comme un renne » (WP) ]

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  6. Si je comprends bien, il ne s’agit pas d’un pont-levis, mais d’une Pointe Lévis, avec une sorte de Couture entre les deux rives.

    On peut s’y regrouper, mais mieux vaut ne pas rompre la glace.

    En outre, on peut s’y rendre en voiture car il y a des jardins pour y laisser sa caisse- ceci dit sans char(re).

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  7. ►Brosseur

    je découvre, en lisant l’article (très intéressant!) pointé par votre dernier lien, cette phrase : « Dans le domaine maritime, l‘International Ice Patrol utilise le terme Bourguignons ou growlers pour désigner les blocs de glace de hauteur émergée < 1 m, de surface de flottaison < 20 m2, de longueur < 5 m, de masse < 120 tonnes, située entre les sarrasins ou brash ice de longueur < 2 m et les débris d'Iceberg ou bergy bit de masse située entre 120 t et 5 400 t. » dans laquelle il est question de « bourguignons » que je ne connaissais pas dans ce sens-là.

    Une rapide recherche m'amène à cette page qui me donne plusieurs variantes pour ces bourguignons mais ne me dit rien sur le pourquoi de cette appellation.
    Littré connait ce mot mais n’en donne pas l’étymologie.
    C’est le CNRTL qui me donne l’explication que je cherchais :« p. réf. à la disposition des plants de vigne assez écartés pour laisser passer la charrue et auxquels les glaçons font penser une fois que le bateau a passé. » c’est une explication qui en vaut une autre

    En revanche, je reste sur ma faim pour les « sarrasins » dont je vois mal le rapport avec des glaçons …

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  8. HYPOTHÈSES ET ÉLUCUBRATIONS …

    Aussi bien « bourguignonne » (bouteille à la forme caractéristique, utilisée pour le vin de Bourgogne) que « growler » (bouteille de bière de 1 à 2 litres) renvoient à la notion de « petit récipient (très) vaguement cylindrique, pouvant éventuellement flotter, et plus ou moins translucide (comme la glace) ».

    Serait-ce une basse de métaphore ?

    Quant aux Sarrasins, peuple censé être – au départ, du moins – nomade (et auteur de raids rapides et impétueux), il peuvent servir aussi de base de métaphore pour « brash » (= « impétueux ») …

    [Le « weaning brash » est la « diarrhée de sevrage », qu’on rencontre chez les porcelets, par exemple (???).]

    [Le « bourguignon » est aussi un fût, d’une contenance de 228 l (contre 225 l pour la barrique bordelaise.]

    [Et, tant qu’on y est, pourquoi ne pas imaginer une métaphore dont le signifiant serait les morceaux de viande émergeant de la sauce mijotée du bœuf bourguignon …]

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  9. Oxford = « passe aux bœufs ».
    O gué les bœufs !
    TRA, hier à 12h51
    ___________

    Les infâmes goddams nous auront décidément tout fait !… Non contents d’avoir mis au bûcher une bergère gentille, habitée par la foi et le meilleur patriotisme qui soit, ils eurent la vilenie de s’approprier les combines de mise en pâture de nos habiles bouvières d’antan, si charmantes dans le paysage.

    25 579- pied de bœuf, comm. Beaumont-Pied-de-Bœuf, Mayenne, sur la Vaige ; de Passu Bovi, 1147 (DR) ; = oïl pas de boeuf « gué où l’on peut faire passer des bœufs » pas attiré par pied.
    Ernest Nègre

    N.B : Outre le Beaumont-Pied-de-Bœuf de la Mayenne, il en existe un autre, dans la Sarthe.
    ____________

    Pour la simple déco’, une paysanne typique, chevrière de son état, menant son animal de compagnie en direction du Pïed de Bique, un gué alternatif :

    Pour Jacques C, qui sait tout des mœurs qui prévalent dans l’élevage et la polyculture réunis, un moment de pure émotion, avec diato à l’ouvrage :

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  10. En fait, si j’aime bien le vocable « Passe aux Bœufs », c’est parce que c’est le nom du passage qui, à marée basse, permet d’aller de Port-des-Barques à l’île Madame.

    Toutes les fois que je l’emprunte (au moins une fois par an), j’ai l’impression (m’appuyant sur une étymologie discutable) de franchir le Bosphore ! [Et je phantasme d’autant plus que, dans une édition antérieure, la carte IGN parlait – du fait d’une coquille – de « Port-des-Parques » : j’ai donc la sensation de passer dans l’île des morts, à Avallon (il y a un Aval(l)on non loin de là, dans la presqu’île d’Arvert), où la fée Morgue, sœur du roi-ours, m’attend …

    https://www.google.fr/maps/place/%C3%8Ele+Madame/@45.955355,-1.110371,15z/data=!4m5!3m4!1s0x48015cbfcfa0e303:0xb5f85261948fcadd!8m2!3d45.957505!4d-1.113847?authuser=0

    ——————
    Vérification faite, le « bourguignon » est en anglais un « growler » et en espagnol un « grunon » (avec un tilde sur le n) : donc un « grogneur ».

    Mais je ne sais pas à quoi le rattacher : « barguigner » a un sens bien différent, et je ne vois rien d’autre (à moins que « baragouiner » …).

    [L’explication donnée par le CNRTL me semble hautement fantaisiste.]

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  11. Bourguignon

    Mes recherches sur l’origine de l’emploi de ce mot pour désigner des morceaux de glace ont donné des résultats mitigés.

    Il semble que la première trace écrite soit due à Samuel Champlain en 1611 :

    Nous nous mîmes en devoir et passâmes par quantités de bourguignons, qui sont morceaux de glaces séparés des grands bancs par la violence des vents

    ( cf. ici )
    Malheureusement, il ne nous en explique pas l’origine !

    Trévoux mentionne ce terme à son tour dans son dictionnaire ( en 1752, avant Littré donc ) mais sans plus de détails:

    Terme de mer. Les mariniers appellent ainsi les glaces séparées que l’on rencontre en mer.

    Le CNES, qui observe les icebergs par satellite, croit pouvoir donner cette explication ( mais sans dire d’où elle sort !)

    On parle de « bourguignons » (terme qui vient du fait que ces iceberg ont une taille comparable aux barriques de vin de Bourgogne embarquées sur les bateaux de commerce ; growlers en anglais) pour des icebergs de la taille de quelques mètres,

    Est-ce qu’on faisait déjà commerce de vin de Bourgogne avec la nouvelle France du temps de Champlain ?
    Si j’en crois ce site, le vin de Bourgogne ne sera connu à la cour du roi de France que grâce à l’ordonnance de Fagon qui le recommandait à Louis XIV en 1693, tandis que le premier négociant-éleveur ne se fera connaitre qu’en 1720… Un peu tard pour que Champlain en transporte dans ses cales, non ?

    Ouf! Si quelqu’un a une autre idée…

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  12. Marie-Jo habite (souvent) au Québec – elle est originaire du Nouveau Brunswick.
    Et, oui, nous en avons beaucoup et nous pouvons en accueillir plusieurs autres; il y a toujours de la place.

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  13. bourguignon
    Domaine
    océanographie

    Auteur
    Organisation météorologique mondiale, 2011

    Définition
    Bloc de glace plus petit qu’un fragment d’iceberg, émergeant à moins d’un mètre au-dessus de la surface de la mer et s’étendant habituellement sur une superficie d’environ 20 m2.

    Note
    De couleur blanche, mais parfois transparent ou bleu-vert, le bourguignon est difficile à reconnaître lorsqu’il est entouré de glace de mer ou flotte dans une mer agitée.

    Terme
    bourguignon n. m.

    Anglais
    Haut de la page
    Auteur
    World Meteorological Organization, 2011

    Définition
    Piece of ice smaller than a bergy bit and floating less than 1 m above the sea surface, a growler generally appears white but sometimes transparent or blue-green in colour.

    Notes
    Extending less than 1 m above the sea surface and normally occupying an area of about 20 m², growlers are difficult to distinguish when surrounded by sea ice or in high sea state.

    Terme
    growler

    Espagnol
    Haut de la page
    Auteur
    Organización Meteorológica Mundial, 2011

    Définition
    Pieza de hielo más pequeña que un fragmento de tempanito y flotando menos de 1 m sobre la superficie del mar, un gruñón generalmente aparece blanco pero algunas veces transparente o de color azul verdoso.

    Notes
    Se extiende menos de 1 m sobre la superficie del mar y normalmente ocupando un área de alrededor de 20 m², los gruñones son difíciles de distinguir cuando están rodeados de hielo marino o en fuerte estado de mar.

    Terme
    gruñón

    ———————————–
    Reste le problème du terme espagnol.

    Celui-ci se traduit par « grognon » (c’est sans doute le terme français – dont il est la transposition phonétique – passé en espagnol).

    C’est aussi l’un des quatre sens de « growler » : 1. « grognon » .- 2. « bouteille (de bière) ».- 3. « Cargo » .- 4. « Voiture » (inconfortable, selon Jules Verne).

    Il serait intéressant de savoir :
    – dans quel sens le mot anglais est réellement employé ;
    – si le mot espagnol a été emprunté directement, pour le sens, à l’anglais ;
    – si, dans l’hypothèse où le mot espagnol a été emprunté au français, il a existé un « grognon » utilisé au sens de « bourguignon » ;
    – si le mot « bourguignon » a emprunté son sens à un des quatre sens du mot anglais ? (Ou s’il a un cinquième sens – et, si oui, lequel ?)

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  14. Ce qui amusant dans cette discussion (compte tenu de la profession de notre hôte), c’est qu’on utilise le terme « vêler » lorsqu’un iceberg se détache d’un glacier.

    [J’ai dû, étant gosse, aider ma mère, une nuit où mon père était absent, à vêler une vache : on attache les pattes du veau, qui dépassent, et on tire … Ce jour-là, ça s’est bien passé ; mais je me rappelle d’horribles massacres avec cet instrument de torture qu’on appelle la vêleuse ! Alors, un glacier qui vêle !!!…]

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  15. TRA

    Bourguignon, growler et gruñón désignent bien le même morceau de glace, nous sommes d’accord.
    Mais je ne vous suis pas complètement dans votre raisonnement concernant l’étymologie :

    Le terme français « bourguignon » est celui qu’employaient les marins français ( au moins depuis Champlain) indépendamment des Anglais.
    Ces derniers parlent de growler qui sera repris en le traduisant par les Espagnols.

    Etymonline m’apprend que growler ne se dit pour « pot à bière » que depuis 1885. J’ai lu ailleurs que c’était à cause du bruit ( growl ) que fait le gaz qui s’en échappe. Le morceau d’iceberg ne tire pas son nom de cette acception ( c’est-à-dire de sa possible ressemblance avec un « pot à bière » comme le bourguignon pouvait ressembler à un fût de bourgogne).

    Si j’en crois ce site espagnol, le gruñón doit son nom « au son qu’il produit ». Je suppose que, puisqu’il s’agit d’une reprise du nom anglais, le growler est appelé ainsi pour la même raison.

    Mais je ne vois pas le rapport avec le « bourguignon » qui n’a pas la réputation d’être grognon.

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  16. Dérivé de « Burgundiones », lequel vient par le germanique, d’une racine indo-européenne qui signifierait « haut de taille » 
    Le Robert Historique

    !!!!

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  17. Je me demandais juste si le « bourguignon » (qui, dans cette hypothèse, ne serait qu’un jeu de mot et n’aurait rien à voir avec la Bourgogne) n’aurait pas son origine dans une (vague) paronymie avec « grognon » (qui, alors, aurait plutôt le sens de « grogneur »).

    Bien sûr, il faudrait expliquer la présence de bour-, et, faute de documents, cette hypothèse reste une simple élucubration …

    Je renonce donc à aller plus outre, m’en tenant à ce que vous nous avez dévoilé. (Tout content, quand même, d’avoir enrichi mon vocabulaire circumpolaire !)

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  18. Pour compliquer l’affaire, voilà que Charcot nous donne « cygne » comme synonyme de « bourguignon » !

    « Les grands floes épais mis en liberté sont usés par la friction, rongés par les mouvements de la mer et par le dégel, ils constituent fréquemment des masses aux formes bizarres et élégantes d’une glace bleue-verdâtre très dure. Ils deviennent finalement des glaçons, les « cygnes » ou « bourguignons » des pêcheurs d’Islande qui les rencontrent à de grandes distances en mer libre. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928) Ì

    (En savoir plus sur https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition-bourguignon/)

    Pour sa ressemblance avec l’oiseau, l’appellation de « cygne » peut se comprendre. Mais le bourguignon?

    Et finalement, si c’était un « bout qui grogne » ?

    PS le Dictionnaire Historique de la Langue Française ( A. Rey) que j'ai enfin pensé à consulter parle d'une "acception spéciale et inexpliquée de « bloc de glace flottante.»" qu'il date de 1752 (sans doute Trévoux ) en oubliant Champlain !

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  19. Pour ce qui est des Burgondes … et du Pays des Glaces :

    « Elle raconte les exploits de Siegfried, prince détenteur du trésor des Nibelungen, pour aider le roi burgonde Gunther à conquérir la main de Brunehilde, puis son mariage avec Kriemhild, la sœur de Gunther.
    […]
    arrivé en Islande, au château de Brunhild à Isenstein, Siegfried se fait passer pour un vassal de Gunther. »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Chanson_des_Nibelungen

    [Mais de Brunehilde / Brunehaut, il a déjà été question ici naguère …]

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  20. Nous ne sommes pas les premiers
    Samuel[!] répond :
    12 novembre 2011 à 15:53
    Bourguignon vient de l’appellation donné par des marins qui en voyant ces petits fragments d’iceberg, pensaient à des tonneaux de vin de Bourgogne… » dans https://www.sblanc.com/les-icebergs/
    – Mis en doute par leveto 30 juin 2020 à 16 04 50 06506 –

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  21. Je rejoins leveto : la référence aux tonneaux de vin de Bourgogne est peu crédible, d’autant qu’il n’y a alors aucune raison de parler de la Bourgogne plutôt que d’autres régions viticoles, qui utilisaient évidemment aussi des tonneaux. Principe du rasoir d’Occam, il faudrait qu’il y ait une raison immédiate qui impose ces tonneaux-là plutôt que d’autres — et personne n’a pu en proposer.

    J’ai une autre explication, issue de mon esprit retors d’anthropologue, c’est-à-dire en essayant de me mettre dans la peau d’un Français du XVIe siècle, et de ce que pouvait représenter pour lui la Bourgogne.

    La Bourgogne au XVIe siècle, ce n’était pas le vin, ou une petite région française.

    La Bourgogne au XVIe siècle, c’était un ex-État émergeant, dont la moitié avait récemment été annexée par le roi de France. C’était une entité politique ayant profondément marqué l’histoire de l’Europe aux XIVe et XVe siècles, et ayant failli donner naissance à un nouvel État puissant, pivot entre le royaume de France et le Saint-Empire Romain Germanique.

    Quand un Français du XVIe siècle pensait « Bourgogne », c’est bien sûr à cela qu’il pensait. À une histoire politique et étatique complexe, à des hommes d’État ayant défié les géants français et germanique, à un territoire morcelé qui avait failli transformer l’histoire de l’Europe.

    Et tous les Européens de l’époque visualisaient la Bourgogne par sa particularité : un territoire morcelé. Des blocs territoriaux, presque reliés entre eux à l’apogée de ce proto-État sous Charles le Téméraire, mais fondamentalement disjoints pendant les deux siècles d’émergence. Deux gros blocs (l’un au Sud constitué du duché et du comté de Bourgogne ; l’autre au Nord constitué des Flandres, du Brabant et du Hainaut), et des blocs intermédiaires de plus en plus nombreux (Luxembourg, Lorraine…). C’est ce morcellement, cette disjonction, qui poussait les Ducs successifs à rogner des territoires intermédiaires, à chercher des alliances puis des annexions.

    Voici une visualisation sommaire qui résume sans doute assez bien l’image symbolique que les Français de l’époque pouvaient avoir de la Bourgogne (les deux blocs en jaune) :

    https://lh3.googleusercontent.com/proxy/-3xFMb5CLkvCcvx6m24q9Z113MhRTfXrXjdWBZ3Z28_XAH3D6aum2XplKQoXaH61H-mUi9BNpi9UV0o8GrQ-0m9NrMUnLfHWbwacF24Bov4

    Voici trois images montrant mieux l’accroissement progressif de la Bourgogne entre 1350 et 1500 :

    Allez, tiens, une autre visualisation :

    https://hls-dhs-dss.ch/download/Articles/007281/2005-02-16/med007281-00003/00003_fr.svg?rev=1.2&width=450

    Après l’annexion de la partie Sud de la Bourgogne par la France, cet agglomérat de duchés et comtés s’est désagrégé. Comme une banquise le fait en été.

    Vraiment, cette double dimension (Bourgogne = agrégat de blocs territoriaux distincts ; désagrégation après l’annexion partielle) était en 1500 ou 1600 forcément aussi ancrée dans l’imaginaire que la formule « chute du mur de Berlin » peut l’être pour nous (et nous comprenons implicitement de quoi il s’agit si quelqu’un nous parle de la « chute du mur » en référence à la chute du communisme).

    Je ne vois pas pourquoi aller chercher plus loin alors que cette image allait forcément de soi pour un marin du XVIe siècle. Tellement de soi qu’il ne serait venu à l’idée de personne qu’il puisse y avoir besoin de l’expliquer. Comment auraient-ils pu se douter que la Bourgogne nous ferait penser à autre chose quelques siècles plus tard, au point de nous faire partir dans des théories anachroniques ?

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  22. Illustration éloquente J. C.
    Attelons nous maintenant à la relier au monde la marine d’où l’expression nous provient [y a été préservée].

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  23. Jacques C

    c’est une piste intéressante que vous ouvrez là.
    Reste à savoir, comme le suggère Brosseur si cette référence à la Bourgogne morcelée (et aux Bourguignons en tant que morceaux ) était alors si fréquente (et comprise ) que les marins aient pu s’en saisir et s’en servir dans leur langage quotidien puis l’utiliser pour des morceaux de banquise. Pourquoi pas ?

    Mais, pour ce soir, rideau! ( j’ai un billet à publier, moi!)

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  24. Ben, je ne vois pas vraiment pourquoi les marins seraient différents des autres Européens de la fin du moyen-âge…

    Je ne suis pas Allemand, ni issu d’un pays de l’ex-bloc de l’Est, mais si vous me parlez de la « chute du mur », je pense immédiatement à l’effondrement de l’Union soviétique.

    Vous n’êtes pas agronomes, mais si je vous parle d’une « république bananière », vous savez qu’il n’est pas question de bananes mais de dictature sud-américaine. Dans 4 siècles, il est fort possible que cette expression intrigue nos descendant·e·s, qui y verront un truc abscons.

    En fait, tout est dans le fait que là où Bourgogne désigne aux XXe et XXIe siècles une région française parmi d’autres, connue pour son vin, Bourgogne désignait aux XIVe, XVe et XVIe siècles l’une des principales forces géopolitiques de l’Europe. Et ça change tout.

    Tout le monde (marins y compris) connaissaient l’Angleterre, la France, la Bourgogne, le Saint-Empire Romain Germanique. Ça n’était pas une région, connue des géographes et lettrés. C’était l’une des pièces maîtresses de la géopolitique européenne, l’une des principales puissances européennes, connue de tout le monde (et particulièrement en France puisqu’elle empiétait sur d’anciens territoires français, et redevenus territoires français à l’époque de Champlain, donc forcément au cœur des discussions et des préoccupations françaises pendant deux siècles).

    Tout le monde ne connaît pas le Baden-Württemberg mais tout le monde, marins provençaux inclus, connaît l’Allemagne. Tout le monde ne connaît pas le Jiangsu, mais tout le monde, marins basques inclus, connaît Hong-Kong ou le Tibet. Tout le monde, en 1550 ou 1600, ne connaissait pas le Berry ou le Poitou, mais tout le monde, terre-neuvas inclus, connaissait la Bourgogne. Il faut vraiment commuter, basculer mentalement. Pas une région, mais un pays majeur. Pas des productions de terroir, mais une histoire politique intense (et, les libelles, chansons et satires en témoignent, la politique était un sujet de discussion universel).

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  25. Oui…
    … l’expression existe (persiste) seulement dans la marine ?
    Connaît-on d’autres « enclaves » où on en a eu l’usage ?

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  26. L’hypothèse de Jacques C est séduisante.
    Aux exemples qu’il donne, je rajouterai la « balkanisation », termesusceptible d’être employé de nos jours même par quelqu’un qui n’aurait qu’une idée vague de l’histoire et de la géographie des Balkans. Par ailleurs, on doit se souvenir encore au XVIème siècle de l’affrontement du siècle précédent entre Armagnacs et Bourguignon. Et l’état bourguignon a une ouverture vers les mers froides.

    Je vais toutefois proposer une autre piste.
    Si un iceberg est une « montagne de glace », un bourguignon n’est-il pas, en comparaison, un « monticule de glace’.

    Or, dans les langues indo-européennes, on a souvent dans les racines une alternance E/O (ce dernier pouvant se réaliser par le son noté en français par le digramme OU) : en Allemand, on a, par exemple Berg (= « montagne ») et Burg (« château-fort « ), tous deux issus de l’I.-E. *bhrghus [il faudrait un point souscrit sous le r et un accent aigu sur le u].

    Nous pouvons donc supposer que le BOURG de bourgogne est le même élément que le BERG de iceberg, et que c’est la même métaphore (les Scandinaves, experts en glaçons, qui parlent des langues germaniques, raffolent des métaphores – comme en témoignent les kenningar), suivi d’un suffixe diminutif, et que le terme, incompris des marins français, soit devenu, dans leur bouche « bourgogne ».

    Cette hypothèse n’est d’ailleurs pas incompatible avec celle de Jacques C, qui jouerait alors dans la dernière partie du processus.

    Il faudrait, bien sûr, quelqu’un de compétent dans la linguistique des langues germaniques pour en vérifier la possibilité.

    [Il est d’usage ici d’illustrer musicalement ses interventions. Je n’ai trouvé que les Growlers, groupe californien, ce qui m’a permis de découvrir le « garage rock ». Je sens que cette nouvelle démonstration de mon inculture musicale va me valoir de la part de d’aucuns un monceau (un « bourgogne »?) de sarcasmes.]

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  27. Une autre piste ?

    Un petit tour sur ce Répertoire s’est révélé fort intéressant.

    Je recopie ici l’intégralité du premier paragraphe consacré au « bourguignon » en graissant les passages qui me semblent les plus importants pour ma démonstration :

    bourguignon, n. m.

    Var. [bourguignon, bourdignon, bourdillon, bordillon]

    Déf. 1/4. Pièce de glaces flottantes.

    Cit. « bourguignon. Nom que les marins qui naviguent dans les mers du Nord, surtout les terre-neuviens, donnent aux glaces détachées, ainsi qu’aux plus gros glaçons isolés […] » source BESCHERELLE, Louis-Nicolas (1851). Dictionnaire national, ou Dictionnaire universel de la langue française, Paris, Garnier, vol. 1, p. 460.

    Rem. S’emploie surtout au pluriel. || Le sens historique du mot est le suivant : amas faisant obstacle au déplacement des bateaux en mer ou des voitures sur terre. || Dans le sens donné ici, le mot bourguignon relève de la glaciologie et de la navigation. || Un bourguignon est généralement un « modeste morceau d’iceberg situé en bordure de la banquise.

    Si nous considérons que le mot employé initialement par les marins est celui de « bordillon », nous pouvons imaginer que :
    1 — « bordillon » est un diminutif de « borde », comme croisillon ( croisellon en 1357) est une petite croix, moinillon un petit moine, etc. ;
    2 — « borde » est donné (Godefroy) pour « bordure, bord » et, par métonymie, « borde » et « bordel » sont donnés pour « cabane, petite ferme » — située en bordure des remparts parisiens pour le « bordel » notamment.

    Des marins auraient alors pu inventer un néologisme en nommant « bordillons » les petits morceaux de glace qu’ils croisaient « en bordure de la banquise », par analogie avec les petits bordels qui jouxtaient les grandes villes.

    Mal compris des autres marins, le mot « bordillon » ou « bourdillon » aurait été transformé (par attraction paronymique, pour faire « savant ») en « bourguignon », un mot alors parfaitement connu et compris de tous comme l’a bien montré Jacques C.

    Il ne me reste plus qu’à trouver d’éventuelles attestations écrites de ce « bourdillon » — qui doivent bien exister puisque le site auquel je fais référence mentionne ces variantes.

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  28. Rectificatif : « soit devenu, dans leur bouche « bourgUIGNON ».

    [Moi, qui ne suis jamais distrait, comment ai-je pu laisser passer ça !]

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  29. Le CNRTL nous propose pour « bourdillon » :

     » Région. (Canada). ,,Motte de terre gelée ou de neige durcie«  (Canada 1930) »

    https://www.cnrtl.fr/definition/bourdillon

    ——–
    Et aussi :

    « TECHNOL. Bois de chêne refendu servant à faire des futaies, des douves de tonneaux. Synon. merrain. »

    [À rapprocher de l’interprétation faite par certains de « bourgogne » par « tonneaux » ?]

    Le Bescherelle donne aussi cette définition :

    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50453p/f470.image.r=.langFR

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  30. (suite)
    TRA, j’avais bien vu passer toutes ces références et m’apprêtais à écrire à ce sujet

    Bourdillon est attesté au Québec dans le sens de « petit morceau de terre gelée ».

    Biourdillon pourrait être un diminutif de « bourde » au sens de « poutre » d’où « étai de navire » mais le rapport avec un morceau de glace ne me saute pas aux yeux…

    Brosseur , si même vos éminents linguistes nous font défaut …

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  31. Je n’ai aucune compétence en cette affaire mais il me semble que quelqu’un de plus intéressé que moi devrait s’aventurer du côté non pas des SWANS (de Charcot) mais de celui des BERGY BITS… là où le terme « BERGY » n’a probablement rien à voir avec l’idée de berge, de bord(illon) d’iceberg mais, possiblement, avec la Bourgogne :

    https://www.houseofnames.com/bergy-family-crest

    Pour la déco, de très jolis « bergy bits » adrift :

    https://media.gettyimages.com/photos/iceberg-and-bergy-bits-picture-id598866646

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