Connaissez-vous bien Don Diègue ?

C’est en 1475, à Almagro (Castille, Espagne) que naquit Diego, bâtard de Juan de Montenegro, plus tard connu comme Diego de Almagro. En 1514, il se rendit sur le Nouveau Monde où, dix ans plus tard, il s’associa avec  Francisco Pizzaro pour partir à la conquête de l’empire inca, qui deviendra ce qu’on appelle aujourd’hui le Pérou. La suite de ses aventures, que je vous laisse découvrir en   détail en suivant ce lien, l’amenèrent au Chili avant qu’un violent conflit avec les Incas ne l’oblige à revenir à Cuzco pour aider Pizzaro. De traîtrise en parole donnée puis reprise, cela se passa fort mal entre les deux hommes et Diego de Almagro fut finalement exécuté sur ordre de Pizzaro le 8 juillet 1538. Son fils, né d’une amérindienne du Panama en 1522 et appelé lui aussi Diego de Almagro, fut empêché de recevoir son héritage par Pizzaro mais, aidé par d’anciens partisans de son père, il parvint à le vaincre et à le faire assassiner. Cependant, le roi ayant nommé entre temps un nouveau gouverneur du Pérou, Diego de Almagro fils fut arrêté et exécuté à son tour en 1542.

Pourquoi vous parlé-je de tout ça ? Parce qu’au Chili, dans la province de Chañaral de la région d’Atacama, une ville, d’abord connue sous le nom de Pueblo Hundido, porte depuis 1977 le nom de Diego d’Almagro, en hommage au conquistador. Toujours au Chili, mais dans la région antarctique, une île de l’archipel de Hanovre, d’abord appelée île Cambridge, a pris elle aussi le nom de Diego de Almagro. Les militaires chiliens alors au pouvoir étaient pris, comme souvent, d’une fièvre néo-toponymiste.

Ailleurs dans le monde, d’autres Diego ont laissé leurs traces toponymiques.

Qu’on se souvienne de la malgache Diego-Suarez (répàladev du 14 janvier 2017), qui doit son nom à Diego Dias, premier européen à apercevoir les côtes malgaches en 1500 et à Fernando Suarez, premier européen à pénétrer dans la baie en 1506.

Un atoll de l’archipel des Chagos dans le nord de l’océan Indien (revenu à l’Île Maurice en novembre 2024) porte le nom de Diego-Garcia, nom donné par Diego García de Moguer lui-même (1484-1544), un Espagnol au service des Portugais qui, en 1544, a mené une expédition  et a redécouvert l’archipel des Chagos.

Diego-Garcia : et bien sûr les Américains y ont chié une base aérienne

Mais ce n’est pas tout : des Diego, en veux-tu ? en voilà !

Diego Ibarra est une municipalité du Venezuela qui doit son nom au général Diego Ibarra (1798-1852, wiki esp.), héros de la guerre d’Indépendance.

Diego Lamas est une localité uruguayenne qui doit son nom au général Diego Eugenio Lamas (1810-1868, wiki esp.).

Diego Martin est une ville de Trinité-et-Tobago, baptisée en hommage à un explorateur espagnol appelé don Diego Martin.

La ville espagnole Diego del Carpio  (Castille-et-León) est née en 1976 de la fusion de Diego Alvaro avec Carpio Medianero.

Enfin, en revenant en Antarctique, on trouve, côté chilien, l‘île Diego, les Îles Diego Ramirez et côté argentin, le Cap San Diego, qui rendent hommage à l’explorateur Diego Ramirez de Arellano.

Portant comme prénom une variante de Diego,  le navigateur portugais Diogo Rodriguès (1500-1557, wiki), explorateur de l’océan Indien, a laissé son nom à l‘île Rodrigues qu’il a découverte en 1524 (de Diego à Rodrigue, rien de plus logique …).

En France, Diègue apparait dans le nom de l’Anse à Diègue à La Trinité (Martinique) et dans celui du Parc Diègue à Meslin (Morbihan).

Tout cela est bien beau, me direz-vous, mais d’où sort donc ce prénom Diego ?

Diego est l’aboutissement en espagnol, comme Diègue l’est en français, du nom latin Didacus, en français Didace, prénom aujourd’hui tombé en désuétude. La chute habituelle du d intervocalique a fait passer Didacus à *Diacus puis l’affaiblissement du c en g a abouti à Diègue ou Diègo. Plusieurs hommes d’église on porté ce nom comme le bienheureux Didace ou Diego d’Azevedo, mort en 1207 et Didace de Ségovie aussi appelé Diego d’Alcalà, mort en 1463 et canonisé en 1568.  Vous voyez où je veux en venir ?

Saint-Didace est le nom d’une ville du Québec (Canada), baptisée en 1863 d’après saint Didace de Ségovie. Et c’est aussi, mais peu de gens le savent, le nom d’un lieu-dit de Valognes, dans la Manche (France).

Les toponymes utilisant le nom espagnol sont plus nombreux, en commençant par les villes de San Diego en Californie (USA), siège du comté de même nom, nommée le 12 novembre 1602 par le cartographe Sebastian Vizcaíno en hommage à saint Diego de Alcalà dont c’était le jour consacré (c’est évidemment par erreur qu’on traduit parfois Diego par Jacques ou James et qu’on assimile San Diego à Santiago – comme le fait l’Oxford Dictionnary of World Place Names, cf. ma bibliographie) et de San Diego au Texas (USA), siège du comté de Duval, et en poursuivant avec San Diego en Colombie (département de César), San Diego au Vénézuela (dans l’état de Carabobo, fondée sous le nom de San Diego de Alcalà, et dans l’état de Falcón) et San Diego de Cabrutica toujours au Venezuela (dans l’état de Anzoátegui). Un volcan du Salvador a reçu, lui aussi, le nom de San Diego.

La devinette

Je vous propose de partir à la recherche d’un toponyme de France métropolitaine qui porte le nom, issu du latin Didacus, d’un de ses anciens propriétaires ou exploitants.

Je précise d’emblée que ce toponyme, qui est pourtant bien présent sur la carte IGN actuelle, sur la carte d’état-major et sur le cadastre napoléonien, ne figure pas dans le fichier FANTOIR.

Il est situé sur une commune qui a été citée sur ce blog, avec trois homonymes, à propos de l’homme qui leur a donné son nom, d’origine latine.

Le canton porte le nom de son chef-lieu associé au nom du pays, soit une association d’un terme lié au défrichement et d’un terme lié au couvert végétal. Ces deux noms ont été vus et expliqués sur ce blog.

Le chef-lieu d’arrondissement a été lui aussi vu ce blog, notamment pour son blason.

Je vous propose cet indice deux-en-un, pour la commune et pour le chef-lieu d’arrondissement :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Trumauquié à Viols-en-Laval (Hérault) : la répàladev

 

 Un Intrus est le seul à avoir trouvé la solution à ma dernière devinette. Bravo !

 

Il fallait trouver Trumauquié ou Trumauquies, un lieu-dit de Viols-en-Laval du canton et arrondissement de Lodève, dans l’Hérault.

Viols-en-Laval, ici :

Trumauquié, là, en haut à gauche :

Toponymie

Trumauquié : le nom de ce lieu-dit est écrit Trumauquiès sur la carte IGN et dans le Dictionnaire topographique de l’Hérault (TDH*). Le cadastre napoléonien de 1829 (Section A1 du Château de Cambous, parcelles 1-30) utilise la graphie Trumauquié reprise par le fichier FANTOIR. Franck R. Hamelin (TDH*) explique ce nom comme un composé de truc et du nom de famille Mauquier. Ce patronyme est sans doute une variante graphique de l’occitan mau quiet, « indisposé, souffrant », surnom attribué à quelqu’un de souffreteux, de santé fragile.

Viols-en-Laval : cette commune a été citée récemment à propos des Suques mais c’est dans un article consacré aux voies de communication que j’en expliquais l’étymologie :

les noms de Viols-le-Fort et de Viols-en-Laval (Hér.), contrairement à ce qui est souvent écrit (DENLF* et d’autres), ne représentent pas l’occitan viòl : les formes anciennes de Volio, de Bolio, attestées depuis le début du XIIè siècle jusqu’au XVIè siècle, époque où le nom est tombé dans l’attraction de viòl, orientent vers un nom de personne gaulois *Voculus, masculin de Vocula, employé sans suffixe, devenant *Vuòlh puis Viol, comme oculum devient uòlh puis iòl, « œil » (TGF*).

Pour plus de détails, on lira sur wikipedia la rubrique toponymie de Viols-en-Laval, écrite par votre serviteur.

Le déterminant de Viols-en-Laval est une allusion au Val de Montferrand, une communauté de paroisses et de villages regroupés dès le XIIIè siècle sous l’autorité de l’évêque de Maguelone et du Châtelain de Montferrand.

Lodève :  le 23 novembre 2024, à l’occasion d’une répàladev concernant Rieussen, je rappelais déjà que le nom de Lodève avait été expliqué à l’occasion d’une autre répàladev concernant Vendémian où j’écrivais :

Lodève : le nom est attesté Loteva au IIè siècle, Luteva vers 678, sedis Lodove en 884, Lotevam vers 1056 et Lodeva vers 1160, du gaulois luteva, composé de *luta, « boue » et suffixe –eva. Un désaccord s’est fait entre toponymistes sur le sens exact à attribuer à l’étymon *lut : celui de « boue » correspond au sens antique du latin lutum ; celui de « marais » au sens médiéval de l’ancien irlandais loth, contemporain du gaélique loth. La formation du nom de Lodève étant gauloise, il est évident qu’il convient ici de préférer le sens antique de « boue » plutôt que celui de « marais ». Lodève avait été citée sur ce blog à propos de la boue dans cet article et le Lodévois dans celui-ci.

Lodévois : le nom de ce pays, on l’a vu en suivant le dernier lien, était expliqué ainsi :

pays autour de Lodève, ancienne capitale de la civitas des Lutevani (Pline, Ier siècle). Le toponyme est attesté Loteva au IVè siècle, issu d’un radical gaulois lut, « boue » (le même que pour Lutèce) muni du suffixe gaulois –eva.

Indices

■ la chanson de Gaston Ouvrard, J‘ai la rate qui s’dilate, devait permettre de confirmer le nom de famille Mauquiet ou Mauquier ou Mauquié (mais – et j’aurais sans doute dû vérifier avant – ce nom, pourtant présent dans le Trésor du Félibrige n’est semble-t-il nulle part expliqué sur la toile).

■ le titre du film Kes se traduit par « faucon ». L’étymologie la plus probable du nom des Volques, dont les Lutevani, fondateurs de Lodève, n’étaient qu’une tribu, est celle du thème indo-européen *gʷhel– / *ǵhuel– ‘(re)courber’, d’où *ghuol-k– / *ghuəl-k– à l’origine du nom du « faucon » ( X. Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Une approche linguistique du vieux celtique continental, éditions Errance,  2003). Le celtique volcos désigne donc le faucon, comme le latin falco (wiki).

■ la chanson It’s april again, comme (presque) toute la musique du film Moulin rouge de John Huston a été composée par Georges Auric (1899-1983), né à Lodève.

 ■ le gaulois *cambo, « coude, courbure », a donné son nom aux méandres des rivières mais aussi aux terres fertiles qu’on y cultivait et le terme a même fini par désigner de simples champs fertiles à l’écart de tout cours d’eau, sous la forme *cambon ou *chambon parfois traduit par champ bon. Le château de Cambous de Viols-en-Laval, attesté mansus de Cambos de Volio en 1258, doit son nom au gaulois cambo.  Ce nom a servi à baptiser le village préhistorique de Cambous.

 ■ il fallait reconnaître de l’argilite, une argile rouge que l’on trouve en abondance autour de Lodève et qui est probablement à l’origine du nom de la ville, du gaulois *luta, « boue ». [photo]

Les indices du mardi 18 février 2025

Personne ne m’a encore donné la réponse à ma dernière devinette.

J’en rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à la racine *tr-ukk étudiée dans le billet. Elle est ici accompagnée d’un nom de famille.

Le nom de la commune qui l’abrite est issu de celui d’un homme gaulois, pour une fois non suffixé. Lors de la séparation d’avec sa désormais voisine, elle en a gardé leur nom commun en lui ajoutant un complément topographique.

Le chef-lieu de canton a été cité et son nom expliqué à de nombreuses reprises sur ce blog – au point que rajouter quoi que ce soit à son propos serait vous rendre la tâche trop facile.

Donc, voici des indices – en vidéos :

– pour le nom de famille : Gaston Ouvrard chante J’ai la rate qui s’dilate ;

— pour les Gaulois de la région:  la bande annonce du film Kes de Ken Loach ;

– pour le chef-lieu d’arrondissement : Zsa Zsa Gabor fait semblant de chanter It’s april again, extrait de Moulin Rouge, un film de John Huston.

Les indices du mardi

■ ne vous intéressez pas trop au nom de famille, qui ne semble pas être très présent sur la toile. Cet indice pourra peut-être vous servir à valider votre hypothèse.

■ outre le lieu-dit à chercher, la commune abrite un château éponyme d’un site préhistorique. Pour vous aider à trouver ce nom, d’origine antique, je vous propose ceci :

■ et je rajoute ceci, pour le chef-lieu de canton :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Quelques trucs en plus

Après les sucs et les tucs, je clos aujourd’hui cette série avec les trucs, toponymes issus de la base pré-indo-européenne *tr-ukk. Comme pour les précédents, le sens de truc est celui de « sommet, butte, tertre » mais son aire de répartition est plus grande puisqu’elle s’étend des Pyrénées à la Savoie.

Le Pégorier (GTD*) en donne plusieurs variantes : truc (« sommet », en occitan et franco-provençal) ; tru et truc (« grosse pierre, rocher ; butte », dans les Alpes-Maritimes et l’Ubaye) ; trucaioun (« petite butte, tertre », dans les Cévennes) ; trucal (« butte, monticule, hauteur aride et isolée », dans tout le Languedoc) ; trucas (« grosse butte, gros tertre », dans tout le Languedoc) ; truque (« éminence de terrain, hauteur, coteau, tertre », en Gascogne). Comme on le verra, il en existe quelques autres, comme truco, « hauteur, éminence de terrain » et son diminutif trucoulet ou  truquet, « petite butte, tertre, monticule, sommet » donnés dans le Trésor du Félibrige (TdF*).

Mon truc en plumes

(Aucun animal n’a été maltraité pendant la séance photo)

Truc

La forme masculine truc est, de loin, la plus représentée en toponymie, aussi bien pour nommer des reliefs que des lieux-dits, habités ou non.

En oronymie, truc peut apparaître simplement comme pour Le Truc (1401 m, Mézillac, Ardc. ; 664 m, La Forteresse, Is. ; 1026 m, Les Bessons, Loz. etc.) ou Lou Truc (1017 m, Antrenas, Loz. etc.). Le plus souvent, cependant, truc est accompagné d’un déterminant. Avec un adjectif, on connait le Grand Truc (2209 m, Saint-Colomban-des-Villards, Sav.), le Truc Plumat (1052 m, Saint-André-Capcèze, Loz. – occitan plumat, « plumé », soit dénudé, sans végétation), Truc Nègre (1511 m, Saint-Sauveur-sur-Tinée, A.-M.), Truc Pelat (116 m, Murviel-lès-Montpellier, Hér. – occitan pelat, « pelé ») etc.  Les noms composés avec un complément sont les plus nombreux comme le Truc de Randon (1402 m, Monts-de-Randon, Loz.), le Truc de l’Homme (1274 m, Les Bessons, Loz. – à comprendre « de l’orme »), le tautologique Truc de Montaigu (747 m, Val-d’Aigoual, Gard), le Truc d’Aygue Frège (1183 m, La Bastide Puylaurent, Loz. – occitan aygue frège, « eau froide »), Le Truc del Coucout (1286 m, Prinsuéjols-Malbouzon, Loz. – tautologie, Coucout étant issu de l’oronyme pré-indo-européen *cuk) et bien d’autres.

Le Truc del Coucut, de formation volcanique, à Prinséjuols-Malbouzon en Lozère

Quelquefois, c’est le terme truc qui sert de complément comme pour la Tête du Truc (une haute falaise du Glandasse culminant à 1681m, Châtillon-en-Diois, Dr.) et les redondants Puech Truc (1027 m, Pomayrols, Av. – avec puech, du latin podium), Serre Truc (1000m, Villeperdrix, Dr.), Mont Truc (1811 m, Saint-Gervais-les-Bains, H.-Sav.),  la Dune du Truc du Lion (une dune boisée entre l’océan et le lac de Lacanau, Gir.) ou encore le Garde-Feu du Truc Blanc (Carcans, Gir. – un garde-feu est une bande de forêt déboisée préventivement pour lutter contre le feu) et bien d’autres.

Les noms de lieux-dits, habités ou non, sont également présents sous la forme Al Truc (Saint-Paul-d’Espis et Montaigu-de-Quercy, T.-et-G. ;  Saint-Sulpice, Tarn) mais surtout sous la forme (Le, Lou ou Les) Truc (s), quelquefois accompagnée d’un complément comme pour le Truc du Volcan (Saint-Laurent-de-Muret, Loz.) ou le Truc del Pilou (La Sauzière-Saint-Jean, Tarn – occitan pilou, « petit pilier » ou « petit oratoire creusé dans un pilier » mais aussi « côte escarpée et peu élevée ») etc.

Une variante orthographique apparait avec le hameau Le Trucq de la commune de La Courtine (Creuse) qui s’est appelée La Courtine-le-Trucq de 1965 à 1981 et une autre avec le Truq des Vignes à Mas-de-Londres (Hér.).

La forme occitane truco n’a été conservée que très rarement : on connait Truco (Urgons, Landes), les Chênes de Truco (Mant, id.) et la Trucquo (Chastel-Nouvel, Ardc).

Je n’ai compté que deux hydronymes : le Ruisseau du Mas de Truc (Borne, Ardc.) et le Ruisseau du Truc (Bourg-Saint-Maurice, Sav.)

Truque et truche

La forme féminine (occitan truca, francisé en truque) est représentée dans quelques oronymes comme la Truque (un escarpement rocheux de 250 m dominant Pégairolles-de-Buèges, Hér. ; un sommet de 893 m, Les Plantiers, Gard ; etc.),  la Truque de Bourdille (311 m, Villesèque, Lot – occitan bourdilié, « fermier, métayer, campagnard » devenu nom de famille), la Truque des Blaquisses (1001 m, Saint-Martial, Gard — occitan blaquisse, « lieu planté de chênes blancs »), Les Truques d’Aubrac (1440 m, Condom-d’Aubrac, Av.)  etc. Et on n’oublie pas le nom qu’il fallait oser : le Truc de la Truque, une dune à la Teste-de-Buch (au sud d’Arcachon, Gir.) que la carte d’état-major (fin XIXè siècle), ne reculant devant rien, appelle la Truque de la Truque (chef, oui, chef !).

Plusieurs lieux-dits, habités ou non, portent ce nom comme (La) Truque (Bondigoux, H.-G. ; Trespoux-Rassiels, Lot etc.) Truque-Mounil (Montpezat, L.-et-G. – occitan mounil, « nombril » et, dans le langage populaire, « mont de Vénus ») et les Truques (Villeveyrac, Saint-Aunès et Saint-Geniès-des-Mourgues, Hér. ; Forcalquier, A.-de-H.-P.).

Notons une variante orthographique dans le nom de La Trucque, un lieu-dit non habité de Saint-Jean-des-Tripiers (Loz.), à 963 m d’altitude.

 Dans la zone de palatalisation du c en ch (et du g en j, cf. la carte ci-dessus) ont été formés des noms en truche, comme pour la Truche (932 m, Saint-Étienne-de-Boulogne, Ardc. ; 1828 m, La Chapelle-d’Abondance, H.-Sav.), la Serre de la Truche (995 m, Ajoux, Ardc.), Pas de Truche (1053 m, Die, Dr.) etc. On trouve également quelques lieux-dits La Truche (Violay, Loire ; Rochecolombe, Ardc.).

Sans doute peut-on rattacher à cette série le lieu-dit le Truch (Saint-Loubès, Gir.) qui est noté Le Truche sur la carte d’état-major (1820-66) et le Treuche sur la carte de Cassini (feuille 104, Bordeaux, 1789-1815) ainsi que le Truch (Gaillan-en-Médoc, id.).

Les dérivés

La forme diminutive en –et n’est représentée qu’à deux exemplaires comme oronyme avec le Truquet (1163 m à Landos, H.-L et à peine 181 m à Ambres, Tarn). Les dieux-dits, habités ou non, sont représentés par le Truquet (Cumier, Dr. ; Lacroix-Barrez, Av. etc), les Truquets (Caussade, T.-et-G. ; Montarnaud, Hér. etc.), et les Truquettes (Olazac, Dord. ; Saint-Georges, T.-et-G.). 

Dans les zones de c– passé à –ch, on trouve quelques oronymes (le) Truchet (1380 m à Champfronnier, 1188 m à Lelex et 538 m à Matafelon-Granges, dans l’Ain ; 466 m à Montagne, Is. etc.) et la Truchette (868 m, Ajoux, Ardc.). Les lieux-dits sont aussi présents sous les mêmes formes (le) Truchet (Pélussin, Loire ; Belmont, Is. etc.), les Truchets (Puy-Sanières, H.-A. etc.) et Truchette (La Londe-les-Maures, Var).

D’autres diminutifs se rencontrent comme le Trucal (Saint-Martial, Cant. ; La Grand-Combe, Gard), Lou Trucal (Saint-Étienne-Vallée-Française, Loz.), les Trucals (Ribaute-les-Tavernes, Gard), le Truchat (Toulaud, Ardc ; Riotord, H.-L. etc. ), le Truchon Pougalion (1293 m, Les Salces, Loz. – Pougalion, nom de famille d’origine obscure), Les Truchons (Chapareilhan, Is. etc.) ou encore Al Trucol (Lugan, Tarn) et le Trucol (Les Assions, Ardc. – un hameau aujourd’hui ruiné mais mentionné sur la carte de Cassini, feuille 90, Viviers,1779).

L’augmentatif en –as se rencontre avec le Truchas (1014 m, Soulages, Cantal – oui, oui, ce Soulages-là !) et Truchas (Malzieu-Forain, Loz.), des noms qui se trouvent diminués avec le Grand et le Petit Truchasson (Soumensac, L.-et-G.) ou encore au Truchassoux et au Puy de Truchassoux (651 m, Vallières, Cr. – écrit Truchasson sur la carte de Cassini). Notons que le hameau héraultais Truscas (Avène) est donné comme un augmentatif de truc par P. Gastal (NLEF*) mais comme obscur par F. Hamelin (TDH*).

Le dérivé occitan trucalh est à l’origine du nom du Trucail (Gagnière, Gard) et des Trucails (Audenge, Gir.)

Addendum

On a vu plus haut quelques noms redondants auxquels on peut rajouter le nom en un seul mot de Montruc (Champagnac, Cant.).

Dans son paragraphe concernant ces toponymes, Henri Sutter (Noms de lieux de Suisse romande et de Savoie) donne une liste importante de noms parmi lesquels je retiens Le Treu (1835 m, Saint-Nicolas-la-Chapelle, Sav.) et les noms issus d’une métathèse comme La Turche (Les Gets, H.-Sav.), les Turches et le Turchet (Samoëns, id.). Les autres noms comme torche, troutse, etc. s’ils semblent pour la plupart recevables, sont des dérivés trop lointains et de sens trop différents pour avoir leur place dans ce billet.

À La Courtine (Cr.), le lieu-dit Truguet et le Puy du Truguet ( 823 m) représentent une forme diminutive du Trucq vu dans le premier paragraphe.

Comme souvent lorsqu’on est en présence de noms de lieux monosyllabiques, des difficultés peuvent apparaitre dans leur interprétation, car les homonymies ou paronymies sont nombreuses.

C’est le cas par exemple des noms en trouc qui peuvent avoir plusieurs étymologies. Si le sens de truc, « sommet, butte, monticule » ne fait guère de doute pour les oronymes tels que le Trouc Blanc, une dune boisée à Bias (Landes), le Puech de la Trouche (1186 m, Peyre-en-Aubrac, Loz.) ou le Troucet de Courts (2551 m, Oô, H.-G. – un diminutif), d’autres peuvent être issus de l’occitan traouc, « trou », comme la Roque Trouque (Railleu, P.-O.), le Pioch Trouchat (Florensac, Hér. – occitan pioch, « puy »  et trouchat, « percé ») ou encore Roc Troucat (Sauliac-sur-Célé, Lot).

La même difficulté peut se rencontrer avec les noms en truche. Si on a vu plus haut de tels toponymes dont le sens de « sommet, butte … » ne fait pas de doute, pour certains d’entre eux, notamment en pays d’oïl,  c’est le sens de truche, « touffe, touffe d’herbes, d’arbrisseaux » qu’il faudra privilégier, comme pour la Truche (Ban-de-Laveline, Vosges etc.) et pour les collectifs La Truchère (une commune de S.-et-L.) ou la Grande et la Petite Truchère (La Pouère, M.-et-L.).

Enfin, je ne serais pas complet sans signaler qu’à tous ces noms de lieux se rattachent des noms de familles tels que Truc, Dutruc, Dutru (avec perte du c final de la prononciation et de la graphie), Dutrut (avec c passé à t, comme dans Dubost pour Delbosc p. ex.), Truquet, Truchet, Truchat ou encore Truchetat. Il conviendra donc de vérifier, pour certains des toponymes cités plus haut, qu’on ne soit pas en présence d’un nom de famille. Le doute n’est en tout cas pas permis pour des noms comme le Château Truquet (Saint-Émilion, Gir.), le Mas Truquet (Prades-Salars, Av.), la Maison Truchet (Oyler-Saint-Oblas et Roche, Is.), le Mas de Truchet (Arles, B.-du-R.) etc.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à la racine *tr-ukk étudiée dans le billet. Elle est ici accompagnée d’un nom de famille.

Le nom de la commune qui l’abrite est issu de celui d’un homme gaulois, pour une fois non suffixé. Lors de la séparation d’avec sa désormais voisine, elle en a gardé leur nom commun en lui ajoutant un complément topographique.

Le chef-lieu de canton a été cité et son nom expliqué à de nombreuses reprises sur ce blog – au point que rajouter quoi que ce soit à son propos serait vous rendre la tâche trop facile.

Donc, voici des indices – en vidéos :

■ pour un un sens probable du nom de famille :

■ pour les Gaulois de la région :

■ pour le chef-lieu d’arrondissement :

 

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Toucoulude à Sost (Hautes-Pyrénées) : la répàladev

Devinez qui ! Oui : Un Intrus et LGF sont les seuls à m’avoir donné la solution à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le Bois de Toucoulude à Sost, dans le canton de la Vallée de la Barousse (chef-lieu Lannemezan), de l’arrondissement de Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées.

Sost, c’est ici :

et le Bois de Toucoulude, là, tout en bas :

La toponymie

■ le Bois de Toucoulude : ce nom est écrit Bois de Tucoulude sur le cadastre napoléonien de 1833 et Bois de Toucoulude sur la carte d’état-major (fin XIXè siècle).  On y reconnait le diminutif tucoul du tuc étudié dans le billet. il est ici accompagné d’un suffixe inhabituel qui n’a pas été identifié.

Sost : ce nom est attesté a Sost en 1235-1236, de Sosto en 1387, Sost  en 1771, sur la carte de Cassini (feuille 75, Tarbes) et enfin  Saust en 1790. Ni Dauzat & Rostaing (DENLF*), ni E. Nègre (TGF*), ni M. Morvan (NLPBG*) n’abordent ce nom dans leurs ouvrages. R. Aymard (Dictionnaire des noms de lieux des Hautes Pyrénées, éd. de l’auteur, 1996) émet l’hypothèse du gascon soust, « jasse », en oubliant que le latin substare aboutit à sost avec o fermé puis à ou – d’où des noms   comme Soustelle (Gard) ou Sousto (B-du-R.) – contrairement au suffixe aquitain os avec o ouvert qui entraine la prononciation Sòst du nom de la ville. C’est ce qui est reproché à l’auteur dans cet article. Le nom de Sost est sans aucun doute lié à un terme aquitain dont nous ne connaissons pas le sens. La langue aquitaine (ou aquitanien), parlée par les Aquitains et les Vascons, est considérée comme une forme ancienne du basque et pour avoir servi de substrat au gascon.

Vallée de la Barousse : la Barousse est le nom de la région naturelle formée par la vallée traversée dans sa longueur par l’Ourse, affluent rive gauche de la Garonne. J’ai complété la rubrique toponymique de la page wiki en écrivant ce paragraphe :

Une autre étymologie a été proposée, basée sur les formes anciennes du nom de la vallée : vallis Varossa en 1029 et terram de Ursina Valle vers 1100. La formation de ce nom, largement antérieure, repose sur le latin vallis, « vallon, vallée » et sur le nom ancien de la rivière, *Ossa. Cette rivière sera appelée rivus Ursa en 1450 et la vallée elle-même Vallis Ursae en 1214 et vallée d’Ourse en 1688. Par comparaison avec les nombreux noms pyrénéens (y compris basques) du même type Osse, Ousse, Ourse, on comprend que la forme originelle est *Oss-, devenue Ors- / Urs par attraction paronymique du latin ursus, « ours ». Cette forme originelle *oss- est issue de l’indo-européen *ous, « bouche, embouchure, bord». Le nom de la rivière Ourse, unique à l’est du département des Hautes-Pyrénées par rapport aux rivières Ousse sises plus à l’ouest, est du même type hydronymique *ossa qui est devenu Ourse par attraction paronymique. La graphie Barousse est attestée en 1475 (DENF*).

On remarquera que le nom du canton, dit « de la Vallée de la Barousse », constitue une tautologie de plus qui aurait pu être facilement évitée. J’avais signalé ce toponyme dans un vieux billet.

Lannemezan : attesté de lanna mesano en1288,  ce nom se traduit aisément par le gascon lane, « lande », suivi de l’adjectif majanna, medanna, mezanna, « médiane », soit la « lande du milieu », comme je l’écrivais déjà à propose de terres incultes utiles. Il s’agissait d’une lande marquant la frontière entre la Bigorre et la Comminges. (cf. la rubrique toponymie de la page wiki, que j’ai rectifiée après y avoir lu une étymologie selon une « demi-lune »).

Bagnères de Bigorre : dans un récent billet consacré au Lac des Isclots, j’écrivais :

Bagnères : attesté de Baneriis en 1280, du latin balnearia qui désignait des « installations de bain », comme je l’écrivais dans un billet consacré … aux bains. J’ajoutais ces précisions :

Le nom de Bagnères-de-Bigorre n’est, lui, attesté que depuis le XIIè siècle, tandis qu’un autel votif de l’époque romaine impériale appelait ses habitants vicani aquensium, « habitants des eaux » et qu’on trouve encore écrit à la même époque Aquae Convenarum, « eaux des Convènes ».

Bigorre : le nom de ce pays avait été expliqué dans un billet consacré à « nos ancêtres les pré-Gaulois », ici les Begerii :

Les Begerri ( ou Bigerriones chez Pline, Ier s.) ont donné leur nom à la Bigorre, que l’on retrouve dans celui de Bagnères de Bigorre (H.-Pyr.) qui se nommait Begorra vers 400. Avec le suffixe  –itanus a été formé Begorritanus que nous reconnaissons aujourd’hui dans le nom du pays Bigourdan. La ville de Bazordan, *begorritanum castellum, est sans doute de même origine, avec un z introduit pour réduire l’hiatus formé par la chute du g. Nous ne connaissons pas l’étymologie de ce nom pré-celtique mais on peut le rapprocher de l’adjectif basque moderne bigurri « qui va de travers, oblique, détourné, perverti ». Si ce rapprochement est exact, alors on sera surpris de savoir que le nom de Vascones donné dans l’Antiquité aux Basques de la péninsule Ibérique est issu de l’adjectif vascus « qui va de travers, oblique, divergent ». Bigerriones a, de plus, le même suffixe : les deux noms semblent donc être bien proches. Mais quelle particularité s’agissait-il de décrire ? Parlait-on déjà de la différence ( de langage ?) entre ces peuples et les autres ?

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices

■ cette image créée par IA montrait un hibou [ou à peu près : l’IA dont je me suis servi ne semble pas avoir un QI suffisamment aiguisé pour faire la différence entre une chouette et un hibou], du lait et du fromage. Ceux qui ont suivi le premier lien consacré à Sost y auront découvert que ses habitants étaient porteurs de quatre sobriquets : « Eths uhons « les hiboux » (Enquête C.G. 1986). Rosapelly (vers 1910) connaît trois autres sobriquets : Eths majoraux « propriétaires de cortaus [gascon cortau : enclos à bétail, lieu de rassemblement des troupeau] sur la montagne » ; eths leitassèrs « les laitiers, qui vendent le lait à Mauléon » ; eths hormatjaires « les fabricants de fromages » ».

■ la carte de la Terre du Milieu, connue de tous les lecteurs de Tolkien,  devait faire penser à la « lande du milieu », Lannemezan.

 ■ ce buste de Madame de Pompadour a été sculpté par Pigalle dans du marbre de Sost à la demande de la marquise elle-même qui souhaitait en faire la promotion, comme l’explique le Met auquel j’ai emprunté la photo sans rien payer (j’attends de pied ferme la facture que Trump & Musk Assoc. ne manqueront pas de m’envoyer !).

 ■ on aura reconnu une chambre photographique fabriquée par l’entreprise Soulé, laquelle était installée à Bagnères-de-Bigorre et ne faisait pas que du matériel ferroviaire.

Les indices du mercredi 12 février 2025

Personne n’a résolu ma dernière devinette

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’un couvert forestier de France métropolitaine dont le nom est lié à la base *t-ukk étudiée dans le billet.

Le nom de la commune qui l’abrite, d’« étymologie obscure » selon l’expression la plus souvent utilisée par ceux qui s’y sont intéressés, est probablement issu d’une langue fort ancienne aujourd’hui oubliée mais supposée être à l’origine de deux langues encore parlées aujourd’hui.

Le canton porte un nom qui fait référence à la rivière qui y coule, laquelle a vu le sien modifié par attraction de celui d’un animal.

Les chefs-lieux de canton et d’arrondissement ont été cités plusieurs fois et leurs noms expliqués sur ce blog.

Un dessin valant mieux qu’un long discours, voici, pour les habitants de la commune, celui-ci :

et, pour le chef-lieu du canton, celui-là :

Les indices du mercredi

■ le premier indice ci-dessus concerne trois des quatre sobriquets attribués aux habitants de la commune.

■ un nouvel indice pour la commune :

■ et un autre pour le chef-lieu d’arrondissement  :

Réponse attendue chez leveto@sfr

Un peu de tuc

  

Lors de mon précédent billet concernant le suc, j’écrivais que ce terme « est issu d’une évolution  d’époque pré-celtique de la racine pré-indo-européenne *t-ukk en *ts-ukk. ». Cette même racine *t-ukk est directement à l’origine de toponymes en tuc et a également donné une variante *tr-ukk à l’origine de toponymes en truc.  Les premiers éléments t-, tr– et ts– de ces racines sont des formes réduites des bases oronymiques pré-indo-européennes *tar– et *tor. Ils sont accompagnés de la base pré-indo-européenne *ukk– attachée à l’idée de hauteur (cf. Uzès, Gard, Ucetia en 506) ayant ici la pleine valeur de son sens ou bien réduite à l’état de suffixe.

Je consacre le billet d’aujourd’hui aux toponymes issus de tuc, gardant les trucs pour le prochain.

A. Nouvel (Les Noms de lieux témoins de notre histoire, éd. Terra d’Oc, 1981) considère la racine t-ukk comme ouralo-altaïque : elle aurait été introduite par une population venue des montagnes de la Sibérie occidentale, progressant vers l’ouest en passant par l’Oural, le grand plateau russe et pénétrant en Europe par les régions montagneuses des Carpates et des Alpes. À l’appui de son hypothèse, l’auteur cite le roumain tucluiu, « sommet pointu ».

Chez nous, l’oronyme tuc est très présent dans les Pyrénées et le domaine gascon, où il désigne un sommet, un mamelon, une éminence. Il n’est qu’à ouvrir le « Pégorier » (GTD*) pour constater que ce terme a fourni de nombreux dérivés, essentiellement dans le Sud-Ouest :  tu et tuche (mamelon, sommet, coteau, éminence en Gascogne et Bordelais – mais peu représentés en toponymie) ; tuc et tuco (hauteur en Gascogne) et la variante tucoo du Béarn ; tuc, tuca (tertre, coteau dans les Hautes-Pyrénées) ; tucoèro, tucouèro (ligne de hauteurs, de dunes en  Gascogne) ; tucoulet, tuquel (petit tertre, butte autour de Toulouse) ; tuque (hauteur, butte, mamelon en Béarn) ; tuquet (sommet d’une colline en Dordogne) et le diminutif tucou. Comme on le verra, quelques toponymes issus de cette racine apparaissent également dans d’autres régions.

Tuc

C’est la forme simple masculine qui est la plus répandue. Elle a d’abord servi à nommer un grand nombre de sommets : on en compte près de quatre cents en Ariège, Haute-Garonne, dans les Landes (où tuc désigne une ancienne dune boisée), les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées et quelques autres dans l’Aude, la  Dordogne et le Lot-et-Garonne. Pour éviter les confusions, Tuc a été le plus souvent accompagné d’épithète ou de complément. On connait par exemple le Tuc Blanc (2444 m, Gavarnie-Gèdre, H.-P.), le Tuc Usclat (1347 m, Boulx, H.-G., – occitan usclat, « incendié, flambé, roussi, grillé » du latin ustulatus, participe passé de ustulare, « brûler »), le Tuc de l’Homme Mort (1033 m, Urau, H.-G. – en fait, « de l’orme mort »), le Tuc de la Pale (1767 m, Seintein, Ariège – pala, forme féminine de pal, « pieu, poteau », souvent planté  pour marquer la limite d’un territoire), le Tuc de Peyre Picade (1625 m, Fos, H.-G. – « pierre piquée », là aussi pour marquer une limite), le Tuc de la Peyre Mensongère (1711 m, Ustou, Ariège – « pierre messagère »  d’où on émettait jadis des signaux à base de feu),  et encore bien d’autres. Tuc a parfois servi de complément comme pour le Cap du Tuc (424 m, Montgaillard-de-Salies, H.-G. – occitan cap, « tête, sommet »), la Crête du Tuc (Saint-Béat-Lez, id.). Ajoutons le pléonastique Tuc du Coucou (1890 m, Bonac-Irazien, Ariège – photo ci-dessus), coucou étant formé sur la base oronymique pré-indo-européenne *kuk (celle de Montcucq).

Le nom a parfois servi à nommer des lieux-dits : on trouve ainsi plusieurs Tuc Blanc (Mées et Aiguillon, L.-et-G. etc.), plusieurs Tuc Rouge (Fumel et Montflanquin, L.-et-G.), un Tuc du Télégraphe (Messanges, Landes – où une borne datée de 1843 atteste de son utilisation par l’armée) et bien d’autres.

Le pluriel est moins bien représenté mais on trouve néanmoins les Tucs des Mounges (Cauterets, H.-P. – mounge, variante de monge, « moine »), le Cap des Tucs (1568 m, Sentein, Ariège) et plusieurs Les Tucs, principalement dans les Landes. Un dérivé collectif (suffixe latin –ata) se rencontre avec la Tucade (Castanet-le-Haut, Hér.).

La variante orthographique tucq est beaucoup plus rare, néanmoins présente dans les Landes avec le Tucq (Pey et Pouillon) et dans les Pyrénées Atlantiques avec le Bois des Tucqs (Bétracq).

Tuco

 L’occitan tucò, « sommet » est à l’origine de plus d’une centaines de toponymes, en grande majorité dans le Gers mais aussi en Haute-Garonne, Gironde, Lot-et-Garonne, Hautes-Pyrénées et dans les Landes.  On trouve ainsi le Tuco d’Alans (Gavarnie-Gèdre, H.-P., aussi appelé Pain de Sucre), la Pène de Tuco (Campan, H.-P. – pène, ici avec le sens de « crête de montagne »), le Tuco de Panassac (Panassac, Gers – une motte castrale), le Tuco de la Motte (Tournay, H.-P. – dont on ne sait pas s’il s’agit d’un antique tumulus ou d’une motte castrale), le Tuco d’Esteil (430 m, Monléon-Magnoac, H.-P.) et bien d’autres. On ajoutera le Tucoo (314 m, Peyrelongue-Abos, P.-A.) qui a conservé sa graphie béarnaise, le Tuquo (Nérac, L.-et-G. ; Mingot, H.-P. etc.) et les Tuquos (Madiran, H.-P.).

Forcément, quand on parle de Tuco …

Le même tucò, muni de suffixe à valeur diminutive, est à l’origine de plus d’une centaine de toponymes. On peut citer par exemple de nombreux Tucol (H.-G, T.-et-G., Ariège etc) et le curieux Tuc de Tucol (1579 m, Héran, H.-G.) qui associe le tuc et son diminutif, le Tucou (950 m, Bagnères-de-Bigorre, H.-P. etc.) et le Tucoul (Barguelonne-en-Quercy, Lot). Le diminutif le plus représenté est tucoulet qui apparait dans plus de quarante noms comme le Tucoulet (311 m, Osmets, H.-P., etc.), le Pic de Tucoulet (1553 m, Saint-Béat-Lez, H.-G.) et les Tucoulets (629 m, Labastide, H.-P., etc.). Avec le suffixe augmentatif –às, apparaissent des noms comme Tucoulas (434 m, Lassales, H.-P. etc.) ou Tucoulat (491 m, Galan, H.-P.).

On notera également le Toucou, le ruisseau et le Causse de Toucou à Octon (Hér.) et la Montagne des Toucouets à Sers (H.-P.).

Tuque et tusse

la forme féminine tuca, francisée en tuque, est présente dans le Sud-Ouest , aussi bien dans les Pyrénées que dans toute la Gascogne. Outre les noms simples (La) Tuque  qui désignent  des lieux-dits (54 dans le Lot-et-Garonne, 8 en Dordogne, 3 dans le Gers, 3 en Gironde, 1 seul en H.-G. et dans les Landes) et une butte (166 m, Frégimont, L.-et-G.) , on citera la Tuque de Bat Houradade (2624 m, Sazos, H.-P. – gascon bat, « vallée » et houradade, « forée, percée »), la Tuque Esparbère (2291 m, Gavarnie-Gèdre, H.-P. – gascon esparbeiro, « épervier »), la Tuque de Malpas (190 m, Porte-du-Quercy, Lot – « mauvais passage »), la Tuque du Maréchal (Tonneins, L.-et-G. – où le maréchal n’était que ferrant) et de nombreux autres. Avec un épithète agglutiné apparaissent les noms du Pic, de la Borne, de la Brèche et du refuge de Tuquerouye (2819 m, Gavarnie-Gèdre, H.-P. – occitan tuca roia, « tuque rouge »). Le terme apparait également au pluriel : Las Tuques (Cuq, Masquières, Saint-Aubin … L.-et-G. etc.) et Les Tuques (Larzac, Dord ;  Montoussé, H.-P. etc.) ou encore le Soum des Tuques de Roque (2232 m, Villelongue, H.-P. – soum, « sommet »), les Tuques Arrouyes (2387 m, Cauterets, id. – gascon arrouy, « rouge ») etc.

Curieusement le mot tuc connait une seconde forme féminine tusse (cf. le gascon tusse, « crâne »), qui suppose une forme primitive *tuccia. Elle est présente en Haute-Garonne : Tusse de Maupas (« du mauvais passage »), Tusse de Pinata (« de la pinède ») et Tusse de Prat Long (« du long pré ») à Castillon-de-Larboust et la Tusse de Montarqué (2889 m à Oô. – « du bouc sauvage » ?).

Tuquet

On a vu plus haut quelques formes diminutives de tuco mais le diminutif le plus abondant est tuquet. On le retrouve bien entendu sous la forme simple  (le ou les) Tuquet(s) mais aussi accompagné de complément comme au Tuquet de la Garde (518 m, Pageas, H.-Vienne), au Tuquet de Gayrosse (84 m, Carresse-Cassaber, P.-A.), au Tuquet Blanc (91 m, Monbahus, L.-et-G.) etc. Il sert de complément pour le Cap du Tuquet (1844 m, Cazaux-Fréchet-Anéran-Camors, H.-P. ; 1793 m, Germ, id.), le Col del Tuquet (719 m, Saint-Benoit, Aude),  la Borde du Tuquet (Sainte-Colomme, P.-A.) etc. Le féminin Tuquette(s) se rencontre moins souvent et ne concerne que des lieux-dits principalement en Lot-et-Garonne, auxquels on peut rajouter Las Tuquètes (Castelnau-Montratier-Sainte-Alauzie, Lot), tentative maladroite de respecter l’occitan las tuquetas.

Saint-Pastour (Lot-et-Garonne) : un exemple de « tuquet » au sens de « monticule, tertre ».

Une autre forme diminutive, tuquel, désignant le plus souvent une simple motte, se rencontre dans le Tarn-et-Garonne, comme le Tuquel, le Tuquel de Cazillac, le Tuquel de l’Aygo et le redondant Pech del Tuquel, tous à Cazes-Montdenard et aussi dans l’Aude au Tuquel (331 m, Mézevrille). Encore plus rares sont les Tuquelet (Soustons, Landes ; Belaye, Lot ; Cazes-Montdenard, T.-et-G.) et Tuquelets (Lit-et-Mixe, Landes).

Les autres

C’est dans les Landes qu’on rencontre le rare diminutif Tuquéou (Soustons et Saint-Paul-les-Dax).

On trouve encore la forme tucal, à l’origine de toponymes comme (le) Tucal (Laugnac, L.-et-G. ; Bérat, H.-G. etc.), (le ou les) Tucau(x) dont le Tucau de Castera (882 m)Boulx, H.-G.) et le Tucau de Gassan (231 m, Abos, P.-A.) etc. Une forme qui essaye de retranscrire la pronciation méridionale apparait dans Tucaou (Saint-Pierre-de-Bat, Gir. ; Rieux, Saiguède …, H.-G.). Ce toponyme est à l’origine du nom de famille Tucaud, passé toponyme à Tucaud (Cauvignac, Gir. ; Saint-Crice, T.-et-G. etc.) et à la Tucauderie (Mouzillon, L.-A. – avec le suffixe –erie marquant la propriété).

Le dérivé collectif, au sens de « ligne de hauteurs, crête de montagne », se retrouve dans les noms du Pla de Toucouère (Cadéac, H.-P.), du ruisseau de la Toucouère (Caubous, H.-G.) et de Toucouare (Troubat, H.-P.).

L’article agglutiné est à l’origine des noms de nombreux lieux-dits Latuque et Latuquette, principalement dans le Lot-et-Garonne.

Enfin, quelques uns de ces termes sont à l’origine de noms de familles qui ont pu à leur tour servir à nommer des fermes ou des hameaux. C’est le cas de Tuc, Dutuc et de Dutu (avec perte du c final de la prononciation et de la graphie) qu’on retrouve par exemple aux lieux-dits Dutu (Thermes-Magnoac, H.-P.) et Duthu (Montoussé, H.-P. ; Bézuès-Bajon, Gers – avec h parasite après le t).

Addenda

Le breton tuch-enn, « tertre, éminence, colline … » est vraisemblablement issu de cette même base *t-ukk . On le rencontre par exemple au Tuchenn-Gador (ou Menez Kador, « mont du trône », 385 m, à Botmeur, dans les Monts d’Arée) et au Tuchenn Sant-Mikael (Saint-Rivoal, Fin.).

Le nom de la Touques (fluvius Tolca en 1014), fleuve côtier éponyme d’une commune du Calvados et qui sert de complément à Bonneville-sur-Touques, est issu d’une racine-indo-européenne *tol-, « se liquéfier, couler, disparaître », accompagnée du suffixe –ica. (DNLF*)

Le Touquet-Paris-Plage (P.-de-C.) doit vraisemblablement son nom à la variante picarde *touque de l’oïl tousche, « bouquet de bois » et suffixe diminutif –et (TGF*). L’occitan tousco, « touffe d’arbres ou d’arbustes, cépée, fourré, hallier » est à l’origine de noms comme La Tousque (Solliès-Pont, Var ; Le Cannet, A.-Mar. ; Vézins-de-Lévezou, Av. etc.), Tousquet (Mailholas et Latrape, H.-G.), Latusque (Lasseube, P.-A.) et sert de complément à Saint-Roman-de-Tousque (Moissac-Vallée-Française, Loz.). L’oïl tousche et l’occitan tousco sont d’origine pré-celtique.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un couvert forestier de France métropolitaine dont le nom est lié à la base *t-ukk étudiée dans le billet.

Le nom de la commune qui l’abrite, d’« étymologie obscure » selon l’expression la plus souvent utilisée par ceux qui s’y sont intéressés, est probablement issu d’une langue fort ancienne aujourd’hui oubliée mais supposée être à l’origine de deux langues encore parlées aujourd’hui.

Le canton porte un nom qui fait référence à la rivière qui y coule, laquelle a vu le sien modifié par attraction de celui d’un animal.

Les chefs-lieux de canton et d’arrondissement ont été cités plusieurs fois et leurs noms expliqués sur ce blog.

Un dessin valant mieux qu’un long discours, voici, pour les habitants de la commune, celui-ci :

et, pour le chef-lieu du canton, celui-là :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Montsuc à Soulages (Cantal) : la répàladev

LGF a rejoint Un Intrus en trouvant à son tour la solution de ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Montsuc à Soulages, dans le canton de Neuvéglise-sur-Truyère de l’Arrondissement de Saint-Flour (Cantal).

Soulages, ici :

Montsuc et le Bois de Montsuc, là :

La toponymie

Montsuc : ce nom se comprend aisément. Une fois le sens du terme suc oublié, on jugea bon de préciser qu’il s’agissait d’un mont, lui donnant ainsi un nom tautologique, à comparer aux Montsuchet et Monsuqet vus dans le billet.  Encore plus redondant, le fichier FANTOIR signale le Puy de Montsuc à Blot-l’Église (P.-de-D.).

Soulages : je reproduis ici ce que j’ai écrit sur le site wikipedia :

Nous disposons des formes anciennes suivantes du nom de Soulages : Solatges au XIVè siècle, Sollatges en 1401, Soulatges en 1610, Soulaiges en 1625, Soulaige en 1671, Sollages en 1730, Solages en 1784 et enfin Soulages sur la carte de Cassini en 1779 (Émile Amé, Dictionnaire topographique du Cantal, 1897). Ce nom provient du pluriel de l’occitan solatge, « dépôt, sédiment, vase » pour désigner des champs en plaine alluviale (TGF*). L’occitan utilise le terme solatge pour désigner des sédiments plus ou moins tourbeux ; en Gévaudan le terme désigne des « tourbières ». Le sens général est celui de « couverture du sol par une terre sédimentaire », c’est-à-dire « terre limoneuse déposée au cours des crues de rivières », d’où le sens plus général de pré ou champ fertile au sol léger et facile à travailler (DNFLMF ; TNO).

Je précisais également :

Le Trésor du Félibrige définit soulage, soulatge par « résidu, sédiment d’un liquide, vase d’une eau bourbeuse ». Le Dicodòc définit solatge par « dépôt, sédiment, vase ». Le dictionnaire catalan-français dictionnari.cat  définit le même solatge par « dépôt ».

qui mettait en doute l’étymologie proposée selon le sens de « lieu exposé au soleil ». L’occitan ne connait que le terme soulan, « pente exposée au Midi », particulièrement employé dans le Gers selon F. Mistral.

Neuvéglise-sur-Truyère : ce nom, qui se comprend facilement, avait été mentionné sur ce blog, notamment à propos de La Couvertoirade et de l’église en général.

Saint-Flour : lors d’une répàladev concernant La Voireuze, j’écrivais :

Saint-Flour : S. Florus en 1004, du nom de Flour, premier évêque de Lodève. Selon la tradition, il quitta cette ville, guidé miraculeusement vers la haute Auvergne par une nuée le jour et une lueur la nuit. Arrivé au Mons Indiciacum, il trouva un quadrilatère dessiné sur le sol par les anges, lui indiquant l’emplacement de l’église à construire. Il se fixa en ces lieux d’où il évangélisa la haute Auvergne avant d’y mourir en 389. Son tombeau devint lieu de pèlerinages pendant plusieurs siècles et ainsi Indiciacum devint-il Saint-Flour. L’étymologie populaire fait d’Indiciacum « qui indique » (lat indicium, « révélation, signe »), pris comme une preuve des prodiges qui guidèrent le saint jusqu’au bout de son périple et de la marque laissée par les anges sur le sol. Assurément, l’étymologie populaire parait être pour beaucoup dans l’élaboration de ces miracles. En fait, Indiciacum est un nom de domaine gallo-romain formé sur le nom d’homme latin Indicius et suffixe –acum.

La bulle papale de 996 qui mentionne le nom d’Indiciacus confirme les biens de l’abbaye de Cluny dont une cella où repose le corps de saint Flour. Au XIIè siècle, un clerc fait de ce saint, dont on ne sait absolument rien, un compagnon de saint Pierre ; en 1329, Bernard Gui en fait le premier évêque de Lodève …

Les indices

■ ce rocher fendu en deux (Itto-seki, signifiant « la pierre coupée d’un seul coup d’épée », à Yagyū, au Japon) devait faire penser à la légende de saint Flour qui, lorsqu’il posa sa main sur un rocher qui lui barrait la route de l’ascension du mont Indiciacum, vit celui-ci se fendre en deux pour lui ouvrir le passage. [merci à jsp, lectrice attentive, pour la correction : le patelin japonais est Yagyū, pas Yagu https://fr.wikipedia.org/wiki/Clan_Yagy%C5%AB 柳生 le premier kangi est celui du saule].

■ cette empreinte de main sur un rocher complétait l’indice précédent à propos de la légende de la main de saint Flour.

■ ce vitrail de l’abbatiale de Conques (Aveyron) est l’œuvre de Pierre Soulages (1919-2022).

Les indices du mardi 04 février 2025

Un Intrus est le seul à m’avoir déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

En voici l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine lié au mot du jour [suc] et qui sert également à nommer un bois.

La toute petite commune qui l’abrite doit son nom à des alluvions fertiles.

Le chef-lieu du canton a été cité sur ce blog, notamment à propos d’un bâtiment religieux qui, accompagné d’un adjectif, lui a donné la première partie de son nom. Précédée d’une préposition, la deuxième partie dudit nom est celui d’un cours d’eau.

Après avoir porté un nom issu du propriétaire gallo-romain de la villa originelle, le chef-lieu d’arrondissement a pris le nom de celui qui, selon la légende, aurait bâti à l’endroit indiqué une chapelle autour de laquelle la ville prospéra.

Les indices

■ pour compléter le précédent, qui concerne le chef-lieu d’arrondissement :

■ et un indice pour la commune :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Un peu de suc ?

L’oronyme occitan suc, suca désigne le sommet, la cime de la hauteur, généralement une montagne isolée, aux pentes raides, au sommet arrondi et généralement dénudé. Il est issu d’une évolution    d’époque pré-celtique de la racine pré-indo-européenne *t-ukk en *ts-ukk. Ce nom est particulièrement fréquent en Vivarais et en Velay où il s’applique essentiellement à un sommet basaltique, mais on le trouve sous différentes formes dans tout le domaine méridional et il n’est pas inconnu du domaine d’oïl. Généralement simple oronyme, il a pu aussi servir à désigner un lieu-dit, habité ou non.

Ci-dessus le Suc d’Achon, 1148 m à Yssingeaux (H.-L.) par Marie-Lan Nguyen — Travail personnel, CC BY 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=61597951

Suc

Le masculin Suc est, de loin, la forme la plus représentée, notamment en Ardèche (plus de 150 – il existe dans ce département la Traversée des Sucs, une course cycliste de 230 km et 4 118 m de dénivelé), en Haute-Loire (près de 260), Cantal (environ 130) et Puy-de-Dôme (environ 70). Je n’en cite que quelques exemples : le Suc à Roiffieux (Ardc.), le Suc à Brissac(Hér.), le Suc à Rignac (Av.), le Suc à Espalem (H.-L.) etc. et je n’oublie pas Suc-et-Sentenac, une ancienne commune ariégeoise aujourd’hui dans Val-de-Sos.

On trouve quelques noms de hauteurs où suc est accompagné d’épithètes : le Suc Brûlé à Aydat (P.-de-D.), le Suc Pelé à Manzat (id.), le Suc Vert (Chambon-du-Lac, id.), le Suc Malheureux à Tarnac (Corrèze – ah ! Tarnac , Tarnac, Tarnac !), le Suc Rouge à Peyruse (Cant.), le Suc Vert à Chambon-sur-Lac (P.-de-D.), le Suc Pointu à Saint-Julien-Vocance (Ardc.) etc.

Mais le plus souvent, affin de pallier la multiplication des homonymes Le Suc, la solution passe par l’ajout d’un complément : Suc de Bauzon, Suc du Pal, Suc de la Cham et Suc de la Gravenne à Montpezat-sous-Bauzon (Ardc.) ; le Suc d’Achon, le Suc d’Amavis, Suc d’Antreuil, Suc de Bellecombe, Suc de Bessac, Suc de Champblanc, Suc de l’Église, Suc de Montaigu, Suc de Piou, Suc de Saussac, Suc des Ollières et Suc du Fau à Yssingeaux (H.-L.) ; Suc del Mouly à Tayrac (Av.) ; Suc de Calen à Saint-Nazaire-de-Ladarez (Hér.) et une quantité d’autres.

Parmi les noms pittoresques ou qui prêtent à sourire, citons le Bé Suc de Trézieux (Aude, pour « beau »), les Croix du Suc (Saint-Préjet-Armandon, H.-L. ; Saint-Symphorien-de-Mahun, Ardc.), le Suc Gendarme (Saint-Étienne-au-Clos, Corr.), le Suc du Pendu (Frugières-le-Pin, H.-L.), le Suc de Mort (Agnat, H.-L.) et, bien sûr, le Suc de Baise à Bansat (P.-de-D.) à deux pas du Puy de la Poule (euh …non, rien).

Comme je l’ai signalé plus haut, ce nom est aussi présent en domaine d’oïl : dans l’Ain avec le Suc (Replonges, Saint-Étienne-sur-Chalaronne et Saint-André-sur-Vieux-Jonc) et le Petit Suc (La Chapelle-du-Châtelard) ; dans l’Eure avec le Suc à Cahaignes ; dans les Deux-Sèvres avec le Suc à La Forêt-sur-Sèvre.

Enfin, on note que le terme suc a pu être orthographié différemment. On trouve par exemple écrit suq, comme pour le Suq (Saint-Cernin, Lot ; Sarran, Corr.), le Pié du Suq (Olargues, Hér.), Al Suq (Sérénac, Tarn) etc. On trouve également la forme sucq comme au Sucq des Filles (Charbonnières-les-Varrennes, P.-de-D. – euh …non, rien).

Le Suc de Sara (1521 m) à Borée en Ardèche

Suque et Suche

La forme féminine suca, sucha, avec le même sens que suc, a donné de nombreux noms en Suque ou Suche.

On rencontre ainsi La Suque, dominant (325 m) Sainte-Croix-de-Quintillargues, le Puech de la Suque à Saint-Nazaire-de-Ladarez, la Montagne de la Suque à Notre-Dame-de-Londres, Les Suques à Viols-en-Laval, tous dans l’Hérault ; la Suque à Carnas (Gard) ; la Suque à Calus et à Saint-Cirq-la-Popie, dans le Lot etc.

C’est dans la zone de palatalisation du c en ch devant a, apparaissent les noms de La Suche à Saint-Jeure-d’Andaure et Saint-Michel-de-Chabrillanous, de la Serre de la Suche à Nozières, de la Suche de Fontbonne à Saint-Prix, toutes en Ardèche. On trouve également des noms identiques en zone plus septentrionale (Côte-d’Or, Saône-et-Loire, Vosges …) pour lesquels la différence d’avec la souche est difficile à faire.

Suquet et Suchet

Les diminutifs apparaissent dans les noms de plusieurs centaines de hameaux ou de sommets. On peut citer par exemple Le Suquet (871 m, à Rosis, Hér.), le Puech du Suquet (1269 m, à Laguoile, Av.), le Suquet Haut (Lisle-sur-Tarn, Tarn), Suquet Redon (Pérols-sur-Vézère, Cant. –redon, « rond») le Suquet de Claude (Chambon-sur-Lac, P.-de-D.), Le Suquet (quartier haut de Cannes, A.-M.), les Suquets (Aydat, Gelles, Montcel …, P.-de-D.) etc. Ajoutons le redondant Monsuquet à Sainte-Cécile-du-Cayroux (Tarn). L’orthographe avec –cq– est représentée dans des noms comme Le Sucquet (Dontreix, Cr. ; Manhac, Av. etc.) ou Les Sucquets (Montcel, P.-de-D. etc.)

Issus de la forme féminine sucha, on rencontre le Suchet (Boulazac, Dord. ; Montcel, P.-de-D ; Joannas, Ardc. etc.), le Grand Suchet (Saint-Hilaire-la-Croix, P.-de-D.), les Suchets (Charbonnières-les-Vieilles, id.) etc. On trouve là aussi un redondant Montsuchet à Chabreloche (P.-de-D.).

Cannes (Alpes-Maritimes) : le port, surplombé par Le Suquet et sa tour de guet

Les autres

Muni de différents suffixes, suc est à l’origine de quelques autres toponymes.

On note des doubles diminutifs :

  • en –aret : le Sucharet de Saint-Éloy-les-Mines (P.-de-D.) ;
  • en –arèl, –arèla : Le Sucarel (Costes-Gozon, Tayrac, Ledergues, Av. ; Tornac, Gard ; Octon, Hér. etc.), Le Suquarel (Montirat, Tarn), Sucarelle (Garrigues, Gard), Suquarelle (Galargues, id.), La Sucharelle (Teilhet, P.-de-D.)

L’augmentatif en –às, donnant le sucàs, le grand sommet, est représenté par Le Suchas (Champclause,  Saint-Julien-Chapteuil et Freycenet-la-Tour, H.-L.), le Suchas du Peu ( Monistrol-d’Allier, id.), le curieux diminutif Suchasson (Sagnes-et-Goudoulet, Ardc.)  et le féminin Suchasse (Saint-Léger-Vauban, Yonne). Dérivées du même augmentatif, les formes en –at apparaissent dans les noms du Suchat (Jullianges, Saint-Jeures … H.-L. ; Saint-Péray, Ardc. etc.), du Suchat de la Garnasse (Esplantas, H.-L. – garnasso, « fourré, broussailles, taillis, en Forez ») etc.

Le dérivé occitan sucal a donné Sucal (Vieussan, Hér. ; Montaillou, Ariège ; Montroc, Tarn, etc.), Suchal (Bel-Air-Val d’Ance et Grandrieu, Loz. etc.) et, avec vocalisation du l final en u, Le Sucau (Espartignac, Loz. etc.), Le Sucaud (Gout-Rossignol, Dord. etc.), Succaud (Lieutadès, Cant. etc.), Suchaud (Saint-Hilaire-le-Château, Cr. etc.).

La variante sucalh de sucal est à l’origine de noms comme Le Sucaillou (Saint-Victor-et-Melvieu, Av. – du diminutif sucailhon) et Le Suchalias (Astet, Ardc. – de l’augmentatif sucalhàs donnant suchalhàs), aux sources de l’Ardèche.

Enfin, le suffixe –ièra / –èira, indiquant la caractéristique d’un lieu, a fourni une centaine de toponymes comme La Suchère (Barnas, Ardc. , Lapte, H.-L., La Renaude, P.-de-D etc.) ou Sucheyre (Salettes, H.-L. etc.), Sucheyres (Lachamp-Raphaël, Ardc. etc.), Sucheyras (Mayres, Ardc. – avec augmentatif –às) ou encore le Sommet de Sucheyre (Laboule, Ardc., 1274 m).

On notera pour finir qu’à tous ces noms de lieux se rattachent des patronymes comme Suc, Suchet, Suquet, Suchel, Suchère et Sucheyre.

PS : cet article a été écrit à la suite d’une question posée par Un Intrus qui devrait y trouver de quoi satisfaire sa curiosité et que je remercie au passage pour m’aider dans ma recherche de nouveaux sujets.

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu-dit de France métropolitaine lié au mot du jour et qui sert également à nommer un bois.

La toute petite commune qui l’abrite doit son nom à des alluvions fertiles.

Le chef-lieu du canton a été cité sur ce blog, notamment à propos d’un bâtiment religieux qui, accompagné d’un adjectif, lui a donné la première partie de son nom. Précédée d’une préposition, la deuxième partie dudit nom est celui d’un cours d’eau.

Après avoir porté un nom issu du propriétaire gallo-romain de la villa originelle, le chef-lieu d’arrondissement a pris le nom de celui qui, selon la légende, aurait bâti à l’endroit indiqué une chapelle autour de laquelle la ville prospéra.

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr