la devinette du mardi 08 juillet 2025

Comme promis, voici la devinette associée au billet consacré à Cocherel/Coquerel.

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié à un de ces noms, accompagné d’un complément courant dans la région.

Il est situé dans une commune dont le nom montre qu’il s’agissait d une habitation plutôt agréable.

Le chef-lieu bureau centralisateur du canton doit la première partie de son nom, issu d’une langue étrangère, à une église près d’une ferme. La seconde partie de son nom est celui de seigneurs, issu, lui, d’un hydronyme.

Un indice et … top départ ! :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Coquerel et Cocherel

Un de mes lecteurs, qui signe échogradient73, m’interrogeait récemment sur les toponymes du type Coquerel et Cocherel. Après quelques recherches et lectures ici et là, le sujet m’a semblé suffisamment complexe et intéressant pour en faire un billet. Mais comment l’aborder ? J’ai commencé par recenser tous les toponymes concernés. J’en ai ensuite cherché les formes anciennes disponibles. Enfin, j’ai relevé les principales étymologies qui ont été proposées – en y ajoutant mes remarques personnelles.

Attention ! Ça va être (très) long ! (mais fallait pas me provoquer !)

Recensement

le fichier FANTOIR

On trouve dans ce fichier le nom des communes Cocherel (S.-et-M.), Hardencourt-Cocherel (Eure), Houlbec-Cocherel (Eure) et Cocquerel (Somme). En ce qui concerne les lieux-dits, on compte 99 Coquerel, 15 Coquerel et 3 Coquerelles ; 31 Cocherel et 11 Cocherelle ; 9 Cocquerel et 2 Cocquerelle. Soit un total de 171 toponymes entrant dans le cadre de cet article [je n’ai pas pris en compte les odonymes !].

Depuis une loi du 21 février 2022, toutes les communes – y compris celles de moins de 2000 habitants qui n’étaient pas concernées jusque là – devaient « délibérer sur les noms des voies publiques et privées ouvertes à la circulation, ainsi que des lieux-dits », avec le 1er juin 2024 comme date butoir. En conséquence, le fichier FANTOIR s’est accru d’un nombre considérable d’odonymes et de micro-toponymes sans qu’on sache le plus souvent l’origine exacte de ces noms de baptême : s’agit-il d’un nom traditionnel local ? d’un nom purement descriptif ? du nom d’un riverain ou d’un propriétaire ? d’un nom inventé pour l’occasion?

le Dictionnaire des toponymes de France de l’IGN

Outre les quatre communes déjà citées, on trouve dans ce dictionnaire édité par le CDIP (qui recense tous les noms mentionnés sur les cartes IGN, y compris donc les oronymes et les hydronymes, plus les noms révolutionnaires, soit un million et demi de noms !) 27 Coquerel ; 8 Coquerelle et 1 Coquerelles ; 8 Cocherel et 3 Cocherelle ; 3 Cocquerel. Soit un total de 50 toponymes à peine, à comparer aux 171 du fichier FANTOIR.

Ces toponymes sont répartis dans les départements suivants ; Aisne, Calvados, Côtes-d’Armor, Drôme, Eure, Eure-et-Loir, Ille-et-Vilaine, Manche, Meuse, Morbihan, Oise, Orne, Pas-de-Calais, Seine-Maritime et Seine-et-Marne. Ouf.

Formes anciennes

Le premier travail du toponymiste est la recherche des formes les plus anciennes du nom, qui permettent dans la plupart des cas d’en découvrir l’étymologie et donc le sens initial. Il dispose pour cela de plusieurs moyens : les textes anciens (qui ne sont pas toujours disponibles), les dictionnaires topographiques départementaux (mais tous les départements n’en disposent pas), les cartes anciennes (Cassini, état-major, cadastre napoléonien etc.) et les ouvrages spécialisés (cf. ma bibliographie).

Dictionnaires topographiques départementaux

La liste est un peu longue, mais elle nous apprend déjà beaucoup de choses.

Aisne (Auguste Matton, 1871)

♦ Cocherel, bois, cne de Mont-Saint-Martin – Nemus de Chocherel, 1150 ; Nemus Cocheriaus, 1235 ; Cocherel, 1289.

♦ Coquerel, bois, cne d’Annois, de Neuville en Beine et de Flavy le Martel ; défriché en grande partie.

♦ Coquerel, f. cne de saint-Aubin- Coquerel (carte de Cassini).

Calvados (Célestin Hippeau (1883)

♦ Coquerel (le) h. cne de la Houblonnière

♦ Coquerel (le) h. cne de Victot – Cokerel, 1198 ; Masure à la Quoquerelle 1848

Drôme (Justin Brun-Durand, 1891)

♦ Coquerelle (La) coll. cne de Teyssières

Eure (Ernest Poret de Blosseville,1877)

♦ Cocherel : principal hameau de la cne de Houlbec-Cocherel, con de Vernon . Champ de bataille célèbre de 1384. – Cockerellus, 1011 ; Coquerle, Quoquerele, XIIIè s ; Cokerel, 1207 ; Quocherel, vers 1250 ; Coicherel, 1364 ; Cocheret 1631 ; Caucherel (d’Hozier) ; Quoquerel (IP)

♦ Coquerel h. de Crosville-la-Vieille

♦ Coquerel, h. de la Goulafrière

♦ Coquerel, h. de Lieurey

♦ Coquerel h. de Saint-Aubin-d’Écrosville – Cocquerel 1257

♦ La Salle-Coquerel , réunie en 1845 à Crosville-la-Vieille- Cocqueretum (1er p d’Evreux) –Aula Coquereti (2e p d’Evreux)– Coquerel 1225 – Coquerelles 1765

Eure-et-Loir (Lucien Merlet, 1877)

♦ Cocherel h. cne de Boissy-le-Sec – Molendinum de Cocherel 1130

♦ Cocherelle h. cne de Montreuil – Cocherel (Cassini)

Marne (Auguste Longnon, 1891)

♦ Cocheret : cne de Comblizy – La ferme ou ceux de Cocherel, 1560

♦ Coquerel, fief, près Châtillon – Le fief de Quoquerel, le fief Coquerel 1402

♦ Moulin de Cocherel (Le) : ancien moulin à eau à Vertus – in molendino de Cochenello et in molendino de Cocheriello en 1179.

Mayenne (Léon Maître, 1878)

♦ Coquerelle-du-Domaine (La), lande – cne d’Épineu-le-Séguin ; auj. défrichée.

Morbihan (Louis Rosenzweig, 1870)

♦ Coquerel éc. cne de Camors

Pas-de-Calais (Auguste de Loisne, 1907)

♦ Cocquerel, fief, cne de Réty, tenu du roi à cause du château d’Aire

♦ Coquerel h. cne de Brunembert – Cocherel 1142 ; Cokerel 1174 ; Kokerel 1184 ; Quoquerel 1276 ; Cocquerel 1553 ; Coquerelle 1554

♦ La Haye-Coquerel, fief cne d’Ablain-Saint-Nazaire, tenu du château de Lens

Seine-et-Marne (Henri Stein, revu par Jean Hubert, 1954)

♦ Cocherel cne, anc. fief, con de Lizy sur Ourcq – Chocherels v. 1140 ; Chocherel v. 1140 ; Cocherel, 1151 ; Coscherel, 1151 ; Corcheurel, v. 1172 ; Concherellum, 1253 ; Coucherel, 1264 ; Corcheruel, 1275 ; Choicerel, 1325 ; Cocherellum, 1364 ; le fief de Conchereul, v. 1540 ; Coucherel, 1621

♦ Cocherel anc. fief, cne de Maison-Rouge .

♦ Fief Gilles Cocherel (Le) anc. fief, cne de Voinsles – Le Fief Gille Cocherelle, 1672 – Le Fief de Gilles Cocherel assis au terroir de Villeneuve le Hurée 1779

Et voilà, c’est tout. Les dictionnaires topographiques des autres départements qui en disposent (Ain, Hautes-Alpes, Ardèche, Aube, Aude, Cher, Côte-d’Or, Dordogne, Gard, Hérault, Haute-Loire, haute-Marne, Meurthe, Meuse, Moselle, Nièvre, Basses-Pyrénées, Haut-Rhin, Sarthe, Vienne, Vosges et Yonne) ne mentionnent aucun toponyme de ce type.

Cette liste attire plusieurs remarques :

  • tous ces noms se trouvent en pays de langue d’oïl exceptée une colline nommée La Coquerelle à Teyssières, dans la Drôme.
  • aucun de ces toponymes n’est associé à un moulin (sauf deux, cf. plus bas) : ce sont majoritairement des hameaux auxquels s’ajoutent des fiefs, des écarts, des écarts, des bois, une lande et une colline, à l’époque où ont été rédigés les dictionnaires. Cela ne veut bien sûr pas dire qu’il n’y ait pas eu de moulin à une époque ou une autre.
  • les seuls d’entre tous ces toponymes que l’on peut rattacher avec certitude à un moulin sont Cocherel (Boissy-le-Sec, E.-et-L.) qui était Molendinum de Cocherel en 1130 et Le Moulin de Cocherel (Vertus, Marne).
  • Le Fief-Gilles-Cocherel (aujourd’hui disparu, Voinsles, S.-et-M.), attesté Le Fief Gille Cocherelle en 1672, montre que ce nom était aussi un patronyme, au moins depuis le XVIIè siècle. 

Les cartes anciennes

Rassurez-vous ! Je ne vous citerai pas toutes les occurrences de ces toponymes sur les cartes de Cassini (j’en ai trouvé plus d’une vingtaine) ou d’état-major (plus de trente).  Néanmoins, cela m’a permis d’identifier ces toponymes dans deux autres départements que ceux déjà vus : la Manche (Coquerel à Montpinchon, écrit Cocquerel sur la carte de Cassini et Coquerel à Saint-Ebremont-de-Bonfossé, écrit Bas et Haut Cocquerel) et la Somme (le château de Coquerel à Bailleul, mentionné Cocquerel sous Bailleul sur la carte de Cassini). On notera que nous sommes toujours en pays d’oïl. Cela m’a aussi permis de trouver quelques formes anciennes (du XVIIIè siècle). 

En regardant de près la carte de Cassini, on note qu’aucun des toponymes Coquerel/Cocherel n’est précédé de l’abréviation Min pour « moulin » comme c’est souvent le cas, ni du dessin habituel représentant un moulin :

Ils sont en revanche souvent accompagnés du dessin représentant un hameau sans église 

Cela ne veut bien sûr pas dire que ces noms n’ont jamais désigné un moulin, mais l’absence systématique d’une telle mention au XVIIIè siècle laisse planer un doute.

Hypothèses étymologiques

En premier lieu, rappelons que tous ces toponymes sont situés en pays de langue d’oïl (sauf un dans la Drôme, nous y reviendrons).

Ensuite, assurons-nous que cocherel et coquerel sont bien deux variantes du même mot. Ça semble bien être  le cas : les zones de répartition de ces deux toponymes correspondent aux zones linguistiques séparées par la ligne Joret – au nord, le c se prononce [k] d’où la graphie –qu– tandis qu’au sud le c se prononce [ʃ], d’où la graphie –ch-.

Consultons enfin les dictionnaires, en commençant par le Dictionnaire de l’ancien français de Godefroy, dans lequel on trouve le substantif masculin cocherel ou kocherel, « marchand de coqs ; poulailler », dont la première attestation est signalée dans le glossaire de Neckam (De nominibus utensilium, 1177-1190).  Ce terme n’apparait plus dans les dictionnaires ultérieurs. On trouve le terme cocherelle désignant un champignon dans le Littré et le terme coquerelle utilisé en botanique et en héraldique dans les dictionnaires actuels, mais ce sont des termes féminins d’apparition récente (XVIè siècle) et donc sans rapport avec nos toponymes pour la plupart beaucoup plus anciens. 

■ Une première explication de ces noms selon le thème prélatin *kukk, « hauteur », tombe d’elle même quand on constate que tous les Cocherel ou Coquerel ne sont pas situés en hauteur. Cette étymologie est mentionnée dans un ouvrage collectif qui rapporte des travaux d’anciens toponymistes  (Albert Carnoy 1878-1961 et Jules Herbillon 1896-1987). P. Bailly (Toponymie en Seine-et-Marne, 1989, ici), constatant que « Cocherel est le plus haut point des environs près du Tricochet où il y a effectivement trois coc, « collines » et, à peu de distances, les pentes du Cochelin (colline) », reprend cette étymologie selon *kukk.

☻ en 1958,  Guy Souillet  (Bécherel, Cocherel et Choisel, pdf ) écrit : « À mon avis, le sens de Cocherel se dissimule ailleurs. Le prototype * coccarellus suppose le bas-latin cocca, relié à concha, « coquille », par extension « coupe ». Au moyen- âge, une conque ou conche était une cuve, une auge ; une localité de la Loire, Saint-Laurent-la-Conche (ecclesia Sancti Laurenti de Laconca, variante Laconcha, 984) doit son nom à une antique cuve de pierre qui trônait sur la place de l’église. En Saintonge, au XVIè s., les conches sont les bassins des marais salants. En toponymie, conche ou conque, désignant généralement un « creux » du relief littoral, une anse, une baie, transparaît dans Concarneau (Finistère), le Conquet (Finistère), la Couchée dans la baie de Saint -Malo (Ille-et-Vilaine). Le doublet coche, « entaille », avait aussi le sens de « cavité », comme l’atteste au XVIè s. Ambroise Paré : « la coche ou cavité du bout de l’os de la cuisse est cave comme une gouttière ». Cocherel a dû s’appliquer d’abord aux coches, aux auges de la roue du moulin. Synonyme de bécherel, il appartient comme lui au langage technique de la meunerie ». Cette étymologie – plutôt laborieuse et pour le moins fragile – n’a été reprise que par R. Brunet (TT*).

■ Dauzat&Rostaing (DENLF*) écrivent en 1963 : « Cocherel (S.-et-M.), sur un plateau, est un nom de personne signifiant « le marchand de coqs » et a pu également désigner un élevage de volailles, comme Coquerel, Somme (Cokerellum, 1050) ; ham. Eure (deux) ; Le Coquerel, ham. Manche, qui est la forme normando-picarde ». À l’appui de cette hypothèse, Pierre Miquel (Petite histoire des noms de lieux, villages et villes de France (A. Michel, 1993) écrit : « Un pays prend rarement le nom de poulailler, mais il peut se montrer fier de ses coqs : c’est le cas de La Cochère dans l’Orne, où l’on élève probablement des coqs de combat, de Cocheren en Moselle, de Cocherel en Seine-et-Marne et dans l’Eure. Il existe au Moyen Âge des marchands de coqs, propriétaires de milliers de volatiles ».

■ Marianne Mulon, autrice en 1964 d’un article intitulé Le premier nom de Cocherel, in Les Cahiers Vernonais n°4, 1964 (hélas non disponible en ligne dans son intégralité) est citée par deux auteurs. Le premier, Stéphane Gendron (ANL*) écrit qu’elle « avait constaté que les noms de ce type s’appliquent généralement à des moulins à eau ou à vent ». Dans un extrait (p. 87) de son article, on lit en effet : « Cocherel : en 1011, date à laquelle il apparait, il ne peut s’agir que d’un moulin à eau, car les premiers moulins à vent ne sont pas antérieurs au XIIè siècle ». Le second, Robert Favreau, nous apprend (Revue d’érudition de l’École des Chartes, 1966 page 569) que « Mme M. Mulon établit que le mot de Cocherel  signifie probablement « lieu où on travaillait le chanvre » ».

■ Michel de Decker (Histoires de Vernon-sur-Seine, 1983 – édition numérique ) – qui n’oublie pas de mentionner l’hypothèse de l’élevage de coqs – reprend à son tour l’hypothèse du travail du chanvre, « cf. les termes écocher ou écoucher qui désignent la manipulation à laquelle est soumise, après le rouissage, la paille de lin et du chanvre pour en détacher les fibres textiles ».

■ En 1991, Ernest Nègre (TGF*) s’est intéressé à Cocherel (à Boissy-le-Sec, E.-et-L., Molendinum de Cocherel v. 1130), à Cocherel ( Milly-la-Forêt, Ess. , Molendinum de Cocherel en 1191), Cocherel (S.-et-M., Chocherels et Chocherel v. 1140, Cocherel, 1150) et a expliqué ces noms par l’« oïl cocherel équivalent du picard kokerel, coquereau, « jeune coq, coq », pour désigner un moulin, dont le tic-tac rapide est comparé aux kok-kok rapides du coq qui appelle les poules ». Les noms de Coquerel (Somme, Cokerellum, 1050, Chokerel, 1156), Coquerel (Brunembert, P.-de-C., Cocherel, 1142) et Le Coquerel (Milly, Manche) sont expliqués par le picard (et son équivalent normand) kokerel, « jeune coq », pour désigner un moulin.

Dès 1955, Fernand Lechanteur  (Principaux types toponymiques de la Normandie, in Annales de la Normandie) écrivait déjà : « Cocherel, Coquerel, (d’abord marchand de coqs puis revendeur et de toute façon bavard) font allusion au babil des moulins à eau et sont répandus dans notre toponymie sans être, on s’en doute, exclusivement normands ».

En 1963, la Société de linguistique picarde publiait La toponymie du département de l’Oise, dans laquelle était reprise l’étymologie selon « le picard coquerel  » marchand de coqs , revendeur » ; allusion au bruit » (ici).

■ On a vu que Coquerel ou Cocherel sont devenus des patronymes. C’est sans aucun doute le cas pour le Fief Gilles Cocherel (Voinsles, S.-et-M.), pour Cocheret (Comblizy, Marne) qui était  La ferme ou ceux de Cocherel en1560, pour La Coquerelle (Teyssières, Dr. – portant déjà le même nom sur le cadastre napoléonien de 1838) qui était la propriété d’un nommé Coquerel, etc.

Mise à jour du 08/07/25 : À l’appui de l’utilisation de Coquerel ou Cocherel comme patronyme, il convient de signaler la dizaine de lieux-dits Coqueréaumont de Seine-Maritime dont le nom est formé du latin montem, « mont », précédé du nom du propriétaire Coquerel. C’est ce que montrent par exemple les formes anciennes apud Cocherel montem en 1154 pour le lieu-dit de Notre-Dame-de-Bondeville et apud Cokerelmont au XIè siècle pour le lieu-dit de Londinières.

■ J’ajoute pour ma part la possibilité d’un surnom donné au propriétaire de l’endroit ou au meunier, à savoir un diminutif de coq évoquant le jeune coq (du village), qui présente un port altier ou un certain orgueil fondé ou non sur une position sociale élevée – cf. les noms comme Galinet, Galet, Galon … auxquels on donne le même sens.

Conclusion : 

Plusieurs hypothèses ont été formulées pour expliquer les noms Cocherel et Coquerel. On y a vu un thème prélatin *kukk, « hauteur » ; un élevage de coqs ; le rappel du bruit du moulin à eau ressemblant au kok-kok du coq ; un lieu où on travaillait le chanvre. En fait, aucune de ces explications n’est pleinement satisfaisante. C’est d’ailleurs ce qu’écrit Marianne Mulon en 1997 (NLIF*) qui ajoute : « Que n’y a-t-on pas vu ? » (en oubliant son article de 1964 ?).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

C’est bon ? Vous êtes encore là ?

Oui ? 

Eh bien ! Désolé, mais pas moi !

Après tout ce boulot, ma devinette n’est pas prête ! D’ailleurs que voulez-vous que je vous fasse deviner après avoir été quasiment exhaustif sur le sujet ?

Rendez-vous mardi soir, donc ! D’ici là, ça devrait être au point …

Narcier à Issanlas (Ardèche) : la répàladev

LGF a rejoint Un Intrus en trouvant à son tour la solution à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver le lieu-dit Narcier à Issanlas dans le canton de Haute-Ardèche (chef-lieu bureau centralisateur Thueyts) de l’arrondissement de Largentière, en Ardèche.

Issanlas, c’est ici :

Et Narcier, là, en haut à droite :

La toponymie 

Narcier : on reconnait facilement dans ce nom un dérivé collectif en –ier de narse ou narce.

L’Inventaire des zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF) connait la Tourbière de Narcier sous le n°régional 07060005

Issanlas : attesté Iciliacum en 950, Yssalas en 1283, Grangia del Issalas en 1283, Ysolatio en 1516 et Dissanlas au XVIIè siècle (DTA*).

Dauzat & Rostaing (DENLF*) émettent l’hypothèse d’un dérivé de la racine gauloise uxo– « élevé ». E. Nègre (TGF*) émet l’hypothèse du pluriel de l’occitan masculin eissalat, « aux ailes déployées » peut-être pour décrire la forme du village. Il y aurait eu attraction des finales en –as ; –alas ne passe à –anlas qu’au XVIIè siècle. Enfin, le site du département explique : « l’origine de son nom viendrait du patois « Issars » [sic] signifiant « brûle mottes », ce que faisaient jadis les paysans dans leurs cheminées », ce qui ne convient pas aux formes anciennes (issart, comme eissart, vient du latin exsartum).

Haute-Ardèche : « Deux inscriptions latines du Ier siècle, trouvées à Nîmes et Saint-Gilles (Gard), mentionnent les nautoniers (nautae) de l’ Atr(ica) selon la restitution proposée par les épigraphistes. Le cours de la rivière ainsi désigné est, bien entendu, l’inférieur, le seul navigable. Dans le nom Atrica, on reconnait le gaulois *atro, « noir », muni du suffixe –ica. Cependant, la forme Ardecha qui apparait en 964 implique qu’il y a eu un changement de suffixe par le ligure –isca. La forme fluvem Henticam qui apparait plusieurs fois en 950 – qui permet à E. Nègre (TGF*) d’envisager une étymologie fautive selon un hydronyme pré-celtique *en – est sans doute à lire *Herticam, forme qui appuie l’interprétation Atr(ica) au lieu d’Atr(isca) dans les inscriptions latines. (DNLF*). » C’est ce que j’écrivais dans la répàladev consacrée à Thuyets.

Thueyts « Le nom de la commune ardéchoise Thueyts, attesté Athogiis, Astorgis et Attogis en 1089, Atogiis en 1275 et Thueitz en 1576, semble être formé sur le locatif pluriel attegiis, « aux cabanes ». Il a pu y avoir attraction de l’occitan tueis, « if ». On retrouve le même nom comme lieu-dit à Péreyres et à Mayres, toujours en Ardèche ». C’est ce que j’écrivais dans la répàladev consacrée à ...Thuyets.

Largentière : « d’abord Segualières (XIè siècle), « terre à seigle », puis Argentarie (1275) et Argentaria (1299) en référence au plomb argentifère qu’on extrayait de ses mines que se disputèrent, du Xè au XVè siècle, les comtes de Toulouse et les évêques de Viviers ». C’est ce que j’écrivais dans la répàladev consacrée à Gachalou

Les indices

■ la singularité du service postal : « Cette commune [Issanlas] a la particularité d’être divisée en deux par le relief, les deux parties de la commune ne communiquant par aucune route ni même aucun chemin carrossable. Pour cette raison, en dépit de sa faible population, la commune dispose de deux codes postaux différents, selon qu’elle est desservie par le bureau distributeur de Saint-Cirgues-en-Montagne au nord-est ou celui de Lespéron au sud-ouest », nous explique wikipedia.

 ■ on voit sur cette image des piles de pièces d’argent (Largentière) et une échelle (Issanlas, du gaulois iccio, « élevé ») qui est en fait une échelle double accompagnée d’une couronne (Échelle du roi et Échelle de la reine, cf. l’anecdote toponymique expliquant le nom de Thueyts).

 ■ le Little King sur une échelle : encore l’Échelle du roi de Thueyts, bien sûr !

  ■ un légionnaire disant à César « Tu y es ! », allusion à la seconde anecdote toponymique de Thueyts.

Les indices du mardi 01juillet 2025

Un Intrus n’a pas eu besoin de plus d’indices pour me donner la solution de ma dernière devinette. Félicitations !

L’énoncé

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour[narse ou narce], ce qui vous donne une idée de la région où il se situe.

Celle-ci ayant déjà servi de cadre à de nombreuses devinettes, il m’est difficile de vous en dire plus sur le canton ou l’arrondissement sans vous mener trop facilement à la réponse …

Tout au plus puis-je vous dire que ce lieu-dit est situé dans une commune qui se singularise par son service postal.

Pour finir, je me suis amusé à demander à une IA de me faire cette image multi-indices :

Les indices cadeaux du mardi

■ la commune doit vraisemblablement son nom à une racine gauloise signifiant « haut, élevé ».

■ deux anecdotes légendaires inventées pour l’occasion expliquent le nom du chef-lieu de canton. L’une d’elles peut être illustrée ainsi :

Et l’autre, ainsi :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Narse ou narce

Dans le Trésor du Félibrige de F. Mistral, l’occitan narso est défini comme « fondrière, tourbière, terrain boueux, en Auvergne ». Ce mot a donné le français narse que le Glossaire d’A. Pégorier définit comme « marécage, fondrière, lieu tourbeux pénétré d’eau dont le sol est mouvant – Auvergne » et dont il donne la variante narce. On verra que les toponymes qui en sont issus sont concentrés en Auvergne, Vivarais et Gévaudan.

Attesté dès le XIVè siècle dans le Forez, narsa est d’origine incertaine mais la majorité des spécialistes l’estiment préceltique, d’un dérivé *nartia formé sur la racine hydronymique pré-indo-européenne *nar représentée par l’ancien grec naros, « liquide » et le grec moderne nero, « eau » (Les noms de lieux témoins de notre histoire, A. Nouvel, éd. Terra d’Oc, 1981).

Narse

Le terme narse a d’abord été utilisé en Auvergne pour désigner une tourbière formée dans un cratère d’explosion (aussi appelé maar). Le principe en est le suivant : se rapprochant de la surface, le magma réchauffe une poche ou un cours d’eau souterrain ; la vapeur, sous pression, s’échappe en faisant exploser la couche rocheuse supérieure, comme un couvercle de casserole d’eau bouillante ; le cratère ainsi formé se remplit d’eau et devient tourbière. Au fil du temps, le terme a fini par désigner un simple terrain boueux ou un marécage, indépendamment de son origine géologique.

On recense une soixantaine de toponymes du type (La ou les) Narse(s) dans le Puy-de-Dôme, la Lozère, le Cantal, l’Allier et, plus rarement, dans l’Ain et la Haute-Loire. Le nom est quelquefois accompagné d’un déterminant, comme pour la Narse de Beaunit (Charbonnières-les-Varennes, P.-de-D.), bel exemple de maar. On citera également les Narses Mortes (Saint-Étienne-du-Valdonnez, Loz. – plus de détails ici), la Narse d’En Bas et la Narse d’En Haut (Châteldon, P.-de-D.), la Narse de Pierre (Bel-Air-Val-d’Ance et Saint-Symphorien, Loz.) etc.

La narse de Nouvialle (Cantal)

On ne trouve que deux diminutifs La Narsette, l’un à Chanaleilles (H.-L.) et l’autre à Luc (Loz.).

L’occitan originel se retrouve dans le nom de La Narso  à Badaroux, Bel-Air-Val-d’Ance, Grandrieu, Luc et Saint-Symphorien et dans celui de Las Narsos à Saint-Bonnet-Laval, tous en Lozère. Dans le même département se trouvent également la Narso de la Fouon (Bel-Air-Val-d’Ance et Saint-Symphorien – fouon, variante locale de font, « source ») et la Narso del Saltre (Pelouse – Saltre, nom de famille rouergat pour l’occitan Sartre, « tailleur »).

Enfin, on trouve un dérivé augmentatif avec Le Narsas à Pranles (Ardc.), anciennement écrit Le Narças.

Narce

Bien que non étymologique, c’est la graphie narce qui est la plus représentée en toponymie. Le plus connu de ces toponymes est Lanarce, commune d’Ardèche (La Narso en 1464), dans la vallée de l’Espezonnette caractérisée par ses bas-fonds humides ou marécageux, connue pour avoir abrité l’« auberge sanglante de Peyrebeilhe ».

On trouve plus de cent trente lieux-dits (La ou Les) Narce(s) principalement en Ardèche, Lozère, Loire et Haute-Loire, Puy-de-Dôme et Allier. Le nom est parfois complété par un déterminant comme pour la Narce de l’Hospitalet ou Espitalet à Chanalelles (H.-L. – l’hospitalet était une petite maison de refuge pour les malades, les voyageurs et les déshérités), la Narce de la Pressadou à La Panouse (Loz. – pressadou : « pressée », surnom de femme ?), la Narce Sougnado à Arzenc-de-Randon (Loz. – sougnado : « soignée »), les Narces de Chabanis au Béage (Ardc. – Chabanis, patronyme), Narces Coquard à Saint-Priest-la-Prune (Loire – Coquard, patronyme) etc. On mentionnera également les Narces de Chaudeyrolles (H.-L. cf. ici – Chaudeyrolles, du latin caldariola, « petite chaudière », nom en relation avec des sources chaudes).

On rencontre un dérivé augmentatif avec l’ancien Narças à Pranles (Ardc.), aujourd’hui écrit Narsas, et un collectif avec Le Narceyras (Le Brugeron, P.-de-D.) et Les Narceyres (Boudes, id.).

Le diminutif est représenté par des noms comme La Narcette (Lanarce et Buzet, Ardc. ;  Brenoux, Javols … Loz. etc.), Les Narcettes (Chanaleilles, H.-L. etc.), La Narcetto (Grandrieu, Loz. etc) et aussi par La Narcelle (Bel-Air-Val-d’Ance et Saint-Symphorien, Loz .).

Narcy et Nicey

G. Taverdet (NLBo*), écrit que « les narses (fréquentes en Auvergne) sont inconnues dans la région [en Bourgogne, ndlr] ; on les retrouve cependant dans Narcy (Nièvre) ; d’une racine prélatine *nartia, « marécage ». Et Nicey (C.-d’Or) nous semble bien une variante phonétique locale de Narcy, plutôt qu’un nom d’homme d’origine grecque ». On admirera le grand écart paradoxal qui fait que des inconnues dans la région s’y retrouvent quand même et la contorsion auditive qui voit dans Nicey une « variante phonétique » de Narcy. Cela n’empêche ni R. Brunet (TT*) ni P. Gastal (NLEF*) de reprendre ces deux étymologies.

Narcy (Nièvre) était Narciacus au XIè siècle. S’il est vrai que le suffixe gaulois –aco a pu accompagner des noms de chose, il n’en est pas moins vrai qu’il a le plus souvent accompagné des noms de personne. Dauzat & Rostaing (DENLF*) penchaient pour un nom d’homme gaulois *Nartius ou Narissius, tandis qu’Ernet Nègre (TGF*) opte pour le gaulois Nertius. La même étymologie est donnée pour Narcy en Haute-Marne (Narci en 1216). X. Delamarre (NLCEA*), qui relève que le nom d’un potier gaulois Naritus est attesté, fait bien des deux Narcy d’anciens naritiacon, soit « domaine de Naritios ».

Nicey (C.-d’Or) était Nicetum en 1018 et Niciacum en 1098-1107, que Dauzat & Rostaing (DENLF*) font venir du nom d’homme germanique Nico tandis qu’Ernest Nègre (TGF*) préfère y voir le nom d’homme roman Nicias, et le suffixe –acum. La même étymologie est donnée pour Nicey-sur-Aire dans la Meuse (Niceium en 1204). De leur côté, Michèle Benoît et Claude Michel (Noms de lieux du département de la Meuse, Éditions régionalismes, 2021) adoptent pourtant une étymologie selon un « gaulois *narsa, lieu humide ». L’astérisque qui précède ce *narsa est le bienvenu, ce terme n’étant pas attesté en gaulois. Nicey ne fait d’ailleurs pas partie des noms d’origine celtique cités par X. Delamarre (NLCEA*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour, ce qui vous donne une idée de la région où il se situe.

Celle-ci ayant déjà servi de cadre à de nombreuses devinettes, il m’est difficile de vous en dire plus sur le canton ou l’arrondissement, souvent mentionnés dans ce blog, sans vous mener trop facilement à la réponse …

Tout au plus puis-je vous dire que ce lieu-dit est situé dans une commune qui se singularise par son service postal.

Pour finir, je me suis amusé à demander à une IA de me faire cette image multi-indices :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Bancut à Bars (Dordogne) : la répàladev

Personne n’a rejoint Un Intrus et LGF sur le podium des découvreurs de la réponse à ma dernière devinette. Bravo à eux deux tout seuls, donc !

Il fallait trouver le lieu-dit Bancut à Bars, dans le canton du Haut Périgord noir, chef-lieu Thénon, dans l’arrondissement de Sarlat-la-Canéda, en Dordogne.

Bars, ici :

Bancut, là :

La toponymie

Bancut :  Le nom est attesté Senhoria del Bancutz en 1265 puis  in maynamento del Bancut, parochie de Bars en 1466 (page 150 de ce document pdf). On trouve plus tard écrit le Bancu sur la carte de Cassini (feuille 34, Tulle , 1783),  Bancut sur la carte d’état-major (1822-66) et encore Bancut sur le cadastre napoléonien de 1841. F. Mistral mentionne Lou Bancut. Comme pour les lieux-dits Bancus à Lamillarié (Tarn) et le Bancuq à Maminiac (Lot), vus dans le billet, il s’agit d’un dérivé du latin bancus, « banc », à valeur toponymique.

Bars : attesté de Bars en 1120, Bartz au XIIIè siècle et Barcium en 1491. Dauzat & Rostaing (DENLF*) ont émis les hypothèses de l’ancien provençal bart, « terre argileuse » ou du gaulois *bar(r), « hauteur » – mais X. Delamarre (NLCEA*) ne mentionne pas ce nom comme d’origine celtique. E. Nègre (TGF*), comparant ce nom avec celui de Saint-Vaast (à Couffouleux dans le Tarn) qui était Sancti Eaparchii au XIIè siècle et Bars à la fin du XIVè siècle (avant de subir l’attraction du nom de saint Vedastus), émet l’hypothèse du nom de personne roman Eparchius, qui a aussi donné son nom à Saint-Bars, un hameau de Lectoure (Gers).

Thénon : attesté Teno en 1197, du nom d’homme latin * Tenus d’après Tenatius ou *Attenus,  accompagné du suffixe –onem.

■ le Haut Périgord noir : le nom du Périgord a été expliqué sur ce blog lors d’une répàladev le 09 novembre 2024 :

Périgord : pays historique du haut Moyen Âge, formé de l’ancien diocèse de Périgueux, son nom est attesté Petrogoricum en 575-94 chez Grégoire de Tours, une formation du Moyen Âge sur le nom ancien de la ville, Petrocori, muni du suffixe latin –icu. La forme en ancien occitan Peiregors est attestée vers 1185 et la forme en ancien français Perigors en 1302.

Périgueux : cette ville a porté deux noms dans l’Antiquité. Le premier est attesté sous différentes formes : Tutella Aug(usta) et Tutela Au(gusta) Vesunnia au Ier siècle, Tutela Vesunna sans date. On y reconnait le nom de la déesse latine Tutela, chargée de la conservation et du salut du lieu (dont l’archéologie n’a retrouvé aucune trace) accompagné du nom de la déesse topique Vesunna, divinité d’une source (son nom est composé de l’indo-européen *ves, « s’écouler, couler » suivi du suffixe –unna). Au IVè siècle, comme il était d’usage, la ville a pris le nom du peuple dont elle était le chef-lieu de civitas, en l’occurrence celui des Petrocorii mentionné par César au milieu du Ier siècle av. J.-C.. Vers 360, la ville est appelée civitas Petrocorium, cité des Pétrocores.  Au VIIIè siècle, Petrecors est la forme à partir de laquelle l’évolution phonétique va donner Périgueux, par passage de Petr– à  Pedr– puis à Peir–  et enfin Per-, accompagné de l’affaiblissement du c intervocalique en g. On trouve plus tard la forme Pereguers (1433) qui est à lire peregüe : cette prononciation est en effet mise en évidence par la graphie Periguhes (1466) qui oblige à bien prononcer le u.  Le üe évoluant en œ en limousin et ü en gascon (Peyreguus est attesté en 1428), et en tenant compte de l’amuïssement du rs final, c’est bien la prononciation limousine originelle qui est à l’origine de Périgueux. Le -x final est un habillage pseudo-savant sur le modèle de nombreux appellatifs pluriels existant alors (gueux, cheveux …).

Quant aux Pétrocores, si vous avez suivi le lien précédent, vous savez déjà que leur nom signifie « les quatre armées » (gaulois petru-, « quatre », et corios, « armée »).

Le nom de Haut Périgord noir désigne la partie septentrionale du Périgord noir qui doit son nom à son couvert forestier très sombre et pas à la truffe. Il est aussi appelé Sarladais.

La Barade, au nord du Périgord noir, est le nom d’une forêt barrada, c’est-à-dire « fermée, réservée au seigneur », qui n’a rien à voir avec celui de la commune de Bars.

Sarlat-la-Canéda : la rubrique « toponymie » de la page  wikipedia, dont je suis l’auteur, explique :

Le nom de la commune de Sarlat est attesté Sarlatum en 817, in vico Sarlatensis en 886 et villa Sarlatae en 1130 (clic)

Une première hypothèse faisait de ce nom un dérivé du pré-latin serra, « montagne allongée » accompagné du suffixe –ul-atum. (DENLF*).

Une seconde hypothèse était basée sur le bas-latin serrum, « mont, colline », accompagné de latum, « large » (TGF*) ou sur le féminin serra lata (TO*).

Enfin, plus récemment, une troisième hypothèse s’appuie sur le cours de la Cuze et voit dans le nom de Sarlat, la racine indo-européenne ser, « couler, se mouvoir rapidement et violemment » suivie du suffixe indo-européen la et accompagnée du suffixe locatif gaulois –ate (DNLF*)

En 1965, après avoir absorbé la commune voisine, La Canéda, le nom de la commune est devenu officiellement Sarlat-la-Canéda.

Le nom de La Canéda, attesté La Canada au XIVe siècle[clic], est issu de l’ancien occitan cana « roseau », muni du suffixe collectif –eda (du latin –eta). Il s’agissait d’un lieu planté de roseaux (comme une pinède est un bois de pins) (DNLF*).

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

Les indices

■ cette photo de la rue Saint-Michel, à Rennes, dite « rue de la soif » (un bar tous les 7 mètres !), montre des Bars

■ cet harmonium renvoyait au Musée de l’harmonium sis dans l’église de Bars.

■ ce panneau de roseaux devait faire penser à La Canéda.

■ « Par ce que c’estoit luy, par ce que c’estoit moy » : allusion à Montaigne et surtout à La Boétie, né à Sarlat en 1530.

Les indices du mardi 24 juin 2025

Un Intrus et LGF n’ont pas mis longtemps avant de me donner la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à eux !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour.[banc]

Il est situé dans une commune qui doit le sien soit à la qualité de sa terre soit à celui d’un homme latin.

Le chef-lieu du canton doit lui aussi son nom à celui d’un homme latin.

Le canton porte le nom du pays accompagné de deux adjectifs censés en décrire une zone particulière. Ledit pays a vu son nom, issu de celui d’une tribu gauloise bien armée, expliqué sur ce blog.

Le chef-lieu d’arrondissement porte un nom dont l’étymologie a donné lieu à trois hypothèses principales : les deux plus anciennes font appel à une racine oronymique tandis que la troisième fait appel à une racine hydronymique rappelant un cours d’eau aujourd’hui maîtrisé mais qui fut jadis responsable de crues dévastatrices et d’inondations. Ce chef-lieu a absorbé une commune voisine dont le nom, celui d’un ensemble de végétaux, lui a été ajouté tel quel.

Un indice, pour la commune elle-même (mais, bon, vous me connaissez …):

Les indices du mardi

■ pour la commune :

■ pour le chef-lieu d’arrondissement :

■ et encore pour le chef-lieu d’arrondissement :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Banc – deuxième partie

Comme promis dans mon précédent billet consacré aux toponymes formés sur la racine germanique *bank, je m’intéresse aujourd’hui « à d’autres variantes (banque), d’autres dérivés (bancal, bancarel …) et aux patronymes issus de cette même racine bank* qui ont pu servir à désigner de nouveaux toponymes ».

Banque et ses dérivés.

Le premier sens du terme banque (attesté en 1376) est celui de « sorte de comptoir, table », par analogie de forme avec le banc, « siège allongé », désignant d’abord l’étal du marchand, notamment du boucher, puis le comptoir. Au siècle suivant, le mot a désigné, par métonymie, le lieu où l’on fait commerce, l’établissement bancaire » (sens  attesté en 1458). Au siècle suivant encore, est apparu en Normandie le sens de « levée de terre servant de clôture, généralement plantée d’arbres ou de haies ; talus peu élevé le long des routes ou des rivières ».

Certains toponymes du type (la) Banque peuvent avoir désigné à l’origine un établissement de commerce comme à Saint-Quentin-la-Poterie (Gard) ou à Queyrières (H.-Loire). Cependant, la majorité d’entre eux, qui sont situés en Normandie, désignent des levées de terre, comme la Banque à Genêts à La Glacerie (Manche) ou les Banques de Tostes à Tostes (Eure) et un très grand nombre de La ou Les Banques.

En domaine occitan, banque a pu désigner un « banc de sable », correspondant au banche vu dans l’article précédent. C’est le cas pour la Banque à Marseillan (Hér.)

On trouve, en Ariège, les oronymes la Pointe de la Banque (2105 m, à Seix) et le Pas de la Banque de Lauret (2459 m, à Couflens) qui sont plus sûrement issus du pré-indo-européen *ban, « hauteur », croisé avec banc, banque.

Reprenant le nom latin, on trouve un lieu-dit Bancus à Lamillarié (Tarn) inscrit sous le même nom dans le cadastre napoléonien de 1818 et son équivalent le Bancuq à Marminiac (Lot) inscrit sous le même nom sur le cadastre napoléonien de 1836. Ces deux noms pourraient être  des patronymes.

Le diminutif banquet a été utilisé, notamment dans le Sud-Ouest, avec le sens de « petite bande de terre cultivée, plate-bande » d’où le sens étendu de « culture en terrasse » ou de « champ en étagères ». On trouve ainsi de nombreux lieux-dits  (le ou les ) Banquet(s) dans le Tarn, l’Aveyron, l’Aude, la Dordogne etc. et aussi en Lozère, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le Gard, le Vaucluse etc. Dans la zone nord-occitane, où le c est prononcé ch, on trouve les toponymes  (le ou les) Banchet(s), en Ardèche, Drôme, Loire, Haute-Loire etc. Le féminin la Banquette se retrouve par exemple  à La Roche-de-Glun (Dr.) et au Col des Banquettes (736 m, Sainte-Agnès, A.-M.).

La Baraque du Banquier (Campagnac, Av.) fait sans aucun doute allusion à un individu faisant profession de banquier ou portant le patronyme Banquier. Il en est probablement de même pour le Champ del Banquier (Marvejols, Loz.) et le Prat del Banquier (Meyrueis, id.).

En revanche les toponymes formés sur le féminin banquières renvoient plus vraisemblablement à un ensemble de bancs, « bandes de terre, plates-bandes », qu’à une dame particulièrement fortunée.  C’est ainsi que le Domaine de la Banquière (Mauguio, Hér.) doit son nom au lieu-dit limitrophe la Banquière (Montpellier, id.), lequel pourrait venir d’un croisement entre banc (de sable ou de vase, le lieu-dit se trouvant sur du sable jaune) et blanquière (terre marneuse), et que les Banquières (Méjannes-le-Clap, Gard) désignent un versant cultivé en terrasse dans la vallée de la Cèze.

Bancarel et d’autres dérivés

Dans un article d’octobre 2022, j’écrivais : « Le nom de lieu Bancarel représente, on l’a dit, un sens particulier de « banc », proprement « banquette de terre, à flanc de versant, soutenue par une murette de pierres sèches ». Aujourd’hui, dans les lieux dont le nom évoque cette culture « en terrasse », il ne reste souvent plus grand-chose de cette murette. Seul le nom demeure pour témoigner de son ancienne présence. »

Le nom étant d’origine occitane, les toponymes qui en sont issus se retrouvent exclusivement en pays de langue d’oc, au singulier Le Bancarel (Campuac, Conques … Av. ; Fontrieu, Tarn etc), au pluriel Les Bancarels (Frayssinet-le-Gélat, Lot) ou au féminin La Bancarelle (Saint-Symphorien-de-Thénières, Av.).

En région nord-occitane (là où le c se prononce ch, oui) on trouve une petite dizaine de lieux-dits Le Bancharel (Le Vernet-Chaméane, P.-de-D. ; Ségonzac, Corr. etc.).

Une autre variante apparait avec Bancourel (Saint-Cirq-la-Popie et Saint-Chels, Lot, etc.) et Le Bancourel (Aubin, Pont-de-Salars et Sainte-Croix, Av. ; Campagnac-lès-Quercy, Dord.).

D’autres dérivés, plus rares, peuvent se reconnaître dans les noms du ruisseau des Bancourets (à Andrabe, Hér.), des lieux-dits Bancounel (Mirabel, T.-et-G.), Bancoulet (Tarn), La Croix de Banconel (Pezuls, Dord.) ou encore Le Banconnau (Mauzac, id.) – ces derniers noms pouvant être des patronymes.

Les trois lieux-dits landais Bancons (Fargues, Montsoué et Saint-Loubouer) doivent leur nom à un porteur du patronyme Bancons désignant un fabricant ou un marchand de bancs. Il en est vraisemblablement de même pour Les Bancons (Arandon-Passins, Is.).

Le cas Bancal

Le terme d’ancien provençal bancal, « pièce d’étoffe servant à recouvrir un banc », attesté dès 1240 est passé en français, avec le même sens, vers 1426. Ce n’est que bien plus tard, au XVIIIè siècle, qu’un nouvel adjectif bancal a été utilisé pour désigner « (une personne) qui a les jambes tordues ».  Les patronymes Bancal, Bancau et Bancaud, attestés bien avant le XVIIIè siècle, étaient donc le plus souvent un surnom de fabricant ou de marchand de ce type d’étoffe. Ce sens est d’ailleurs toujours vivant en espagnol qui désigne par bancalero le tisseur de bancales.

Cependant, d’autres sens, fort divers, sont connus pour bancal : linge recouvrant les pains qu’on porte au four ; banc de pierre ; coffre-siège ; sabre courbe ; au sens toponymique : replat de versant ; au sens figuré : butor. Parmi tous ces sens, on ignore lesquels étaient connus et réellement employés au Moyen Âge et on ne connait peut-être pas tous les sens médiévaux. Dans ces conditions, il est difficile d’affirmer que  le sens de « marchand d’étoffe » est le seul possible, mais c’est le seul auquel il faut se résoudre à ajouter du crédit.

On ne sera pas étonné de trouver des lieux-dits  Le ou Les Bancal(s) exclusivement en Occitanie (Tarn, Ariège, Lozère, Gard) auxquels on ajoutera des noms de domaines La Bancalie (Burlats, etc. Tarn) et La Bancalerie (Cassuéjouls, Av.).  En Nouvelle-Aquitaine apparaissent Bancaud (Vic-sur-Breuil, H.-V.) Le Bancaud (Saint-Priest-Ligoure, id.), Claud Bancaud et Le Maine Bancaud (Moulin-Neuf, Dord.) et Croix Bancaud (Jumilhac-le-Grand (id.) tandis qu’en Provence-Alpes-Côte-d’Azur apparait le pluriel Les Bancauds (Flassan, Vauc.). La forme sans le –d final (par ailleurs non étymologique mais utilisé par attraction du suffixe –aud) ne semble apparaitre que dans le seul En Bancau de Saint-Caprais (Gers – avec en particule nobiliaire et pas préposition).

Les faux amis

La commune de Bancourt (P.-de-C.), attestée Baincort en 1115 et Baiencurt en 1123 doit son nom à un homme germanique nommé Bajo(n) accompagné du latin cortem, « domaine rural ».

Le basque banca, « forge de fer, fonderie » est à l’origine du nom de la commune de Banca (P.-A.).

La devinette

Il vous faudra trouver un lieu-dit de France métropolitaine dont le nom est lié au mot du jour.

Il est situé dans une commune qui doit le sien soit à la qualité de sa terre soit à celui d’un homme latin.

Le chef-lieu du canton doit lui aussi son nom à celui d’un homme latin.

Le canton porte le nom du pays accompagné de deux adjectifs censés en décrire une zone particulière. Ledit pays a vu son nom, issu de celui d’une tribu gauloise bien armée, expliqué sur ce blog.

Le chef-lieu d’arrondissement porte un nom dont l’étymologie a donné lieu à trois hypothèses principales : les deux plus anciennes font appel à une racine oronymique tandis que la troisième fait appel à une racine hydronymique rappelant un cours d’eau aujourd’hui maîtrisé mais qui fut jadis responsable de crues dévastatrices et d’inondations. Ce chef-lieu a absorbé une commune voisine dont le nom, celui d’un ensemble de végétaux, lui a été ajouté tel quel.

Un indice, pour la commune elle-même (mais, bon, vous me connaissez …):

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le Bancas à Ceillac (Hautes-Alpes) : la répàladev.

Il est temps de donner la réponse à ma dernière devinette !

Il fallait trouver Le Bancas et  La Cabane du Bancas un lieu-dit de Ceillac du canton de Guillestre dans l’arrondissement de Briançon des Hautes-Alpes.

Ceillac, ici :

Le Bancas, là, en bas à gauche :

Le Bancas : cette crête rocheuse doit son nom à banc accompagné du suffixe augmentatif occitan –as.  Elle a donné son nom à La Cabane du Bancas.

Ceillac : « attesté Celiacum en 1110, du nom d’homme latin Cælius et suffixe acum », comme je l’écrivais dans une réponse au lecteur le 24 novembre 2022. J’avais mentionné cette commune à propos du cours d’eau nommé l’Adoux, dans un article consacré à douy et douch, et à propos d’un lieu-dit nommé les Enveyres  dans un article consacré à l’ubac.

Guillestre : « C’est sans doute le Guil qui a donné son nom à Guillestre. La rivière est appelée Guillus et rivus Guillius en 1461. On peut l’expliquer par le bas-latin aquilius (latin aquilus), « brun foncé, noir », (avec chute de la première voyelle, d’où (A)guilh), qui aurait désigné la couleur des eaux. Guillestre semble composé de Guill– et du suffixe estris (celui de camp-estris) et a dû désigner la région du Guil, puis le village. » C’est ce que j’écrivais déjà le 20 mars 2022 puis le 13 septembre 2023 en réponse au même lecteur.

Briançon : attesté Brigantione dès 17 av. J.-C. puis Brigantium en 47 ap. J.-C. , du gaulois briga « hauteur » puis « forteresse », accompagné du double suffixe gaulois ant-ione. C’est ce que j’écrivais le 12 juillet 2020 dans un article consacré au gaulois briga.

■ l’indice :

Ce tableau, intitulé Le Mont Caelius vu du Mont Palatin, est l’œuvre (1823) de Charles Lock Eastlake et devait faire penser à Ceillac.

Banc – première partie

Merci à échogradient73

qui m’a inspiré le sujet de cet article.

Lors de mes recherches avant d’écrire cet article à propos de « banc », je me suis aperçu que de nombreux toponymes concernés m’étaient plus ou moins familiers. Et pour cause ! J’avais déjà écrit deux articles à ce sujet : le premier concernait le dérivé bancarel et le deuxième, le banc lui-même. Qu’à cela ne tienne, j’ai poursuivi mon travail dans le but d’approfondir le sujet. Seul hic : pour être complet, j’allais devoir écrire plus d’un billet et trouver de nouvelles devinettes !

L’ancien français et occitan banc est réputé venir du germanique *bank-, mot masculin et féminin désignant un siège allongé, par l’intermédiaire du latin populaire bancus, ce dernier étant indirectement attesté au Moyen Âge par son dérivé bancalis, « coussin où l’on s’assied » (Vè – VIè siècle) puis « long siège » (1025) et enfin, par analogie, « étal de marchand» (fin du XIè siècle). À cet ancien français banc répondent l’ancien haut allemand banch (allemand Bank), le vieil anglais benc (anglais bench), l’ancien frison benk, l’ancien norrois benkr (islandais bekkr) ainsi que l’écossais bink, l’irlandais beinse, l’italien et espagnol banco, le gallois mainc et le breton menk.

En toponymie, le terme « banc » a d’abord désigné, par analogie, une bande de terre plane et allongée dans un relief irrégulier, un espace en gradin dans une pente, ce qui explique la prépondérance des toponymes qui en sont issus en pays de montagne. Cette prépondérance a fait émettre par certains linguistes l’hypothèse d’un très ancien oronyme *ban (variante du pré-indo-européen *bal) qui aurait donné par exemple son nom au Ban Rouge, un sommet de 1983 m à Praz-sur-Arly (H.-Sav.), au Mont du Ban un sommet de 1053 m à Lemps (Dr.), à la Montagne de Banne qui culmine à 1358 m au Poët-en-Percip (Dr.) ou encore aux Bans, un lieu-dit en montagne à Mizoën (Isère). Cette racine *ban aurait pu être plus tard croisée ou confondue avec le « banc ».

Par la suite, « banc » et ses dérivés ont pu prendre, selon les régions, des sens différents qu’on découvrira au fur et à mesure.

Banc (de roche) et banc (de sable)

Avec le sens de replat rocheux, de barre rocheuse plate, à pic, ayant la forme d’un banc ou de bande herbeuse située en corniche on trouve par exemple le Banc de l’Ours (Saint-Gervais, Is.), le Banc de l’Ubac, le Banc des Chevrettes, le Banc de la Conche, le Banc de la Croze, le Banc de la Roche, le Banc du Marchand, le Banc du Pinet et le Banc de la Louve (La Chapelle-en-Valgaudémar, H.-A.), le Banc de Gicanas (Saint-Étienne de Tinée, A.-M.), le Banc des Faux (Saint-Agnès, Is. – « des hêtres ») le Banc d’Arac (Le Port, Ariège), les Bancs (Seix, Ariège), la Tête des Bancs (2504 m, La Chapelle-en-Valgaudémar, H.-A.) et bien d’autres. E. Nègre (TGF*) cite le lieu-dit Banc, à Bertholène (Av.) qui était Bancum en 1383 et qu’il traduit par « assise de rochers ».

Le Banc du Peyron à Saint-Jacques-en-Valgodemard (H.-A.)

Avec le sens plus commun de bande de terre étroite, le terme « banc » a servi à désigner des lieux-dits, habités ou non, en montagne comme en plaine. C’est le cas pour Le Banc (lieu-dit à Lajarasse, B.-du-R. etc.),  Banc (lieu-dit à Pélussin, Loire etc.), Les Bancs (hameau de Méounes-les-Montrieux, Var etc.).  Le même mot a servi de complément comme pour le Bois du Banc (Arandas, Ain), la Croix des Bancs (Sablières, Ardc.), la Fontaine des Bancs (La Bosse, Sarthe), les Ruisseaux du Banc (La Valette, Is. ; Saint-Solin-d’Arves, Sav. etc), le Ravin du Banc (Saint-Martin-lès-Seyne, A.-de-H.-P.), la Jambe de Banc à Mialet (Dord.), le Pied du Banc à Vidauban (Var) et à Maillé (Vienne), Le Got du Banc à Brigueil (Char) etc.  « Banc » sert  de déterminant dans le nom de Saint-Joseph-des-Bancs (commune d’Ardèche implantée au col des Bancs, 667 m).

La rue du Banc-Vert à Dunkerque est due au comte Jean de Flandre (1250-1291) qui avait fait ériger une digue pour protéger la ville contre l’invasion marine. Les arbustes et les herbes profitèrent de ce banc de terre qui leur était offert et ce banc vert donna son nom à la rue et au quartier. (source).

Il faut bien entendu distinguer ces bancs-là des hauts-fonds marins qui émergent parfois à marée basse et qu’on a également nommés « banc » et qui ont parfois servi à nommer des lieux-dits. On citera le Banc des Pourceaux et le Banc de Harbour face à Dinard (I.-et-V.), le Banc Chelin devant Saint-Cast-le-Guildo (C.-d’A.), le Banc de Trompe-Sot à Saint-Trojan-les-Bains (Ch.-M.), le Banc de Bilho à Saint-Brévin-les-Pins (L.-A.), le Banc d’Amfard au Havre (S.-Mar.), le Banc du Bûcheron à Loix (Ch.-M.) etc.  sans oublier le Banc de la Mort aux Sables-d’Olonne (Vendée) ni le Banc d’Arguin du bassin d’Arcachon (Gir.) qui avait fait naguère l’objet d’une devinette. La forme féminine banche, qui désigne plus précisément un banc d’argile durcie ou de roche tendre, se retrouve elle aussi dans des toponymes comme la Banche de Clocher (Ars-en-Ré, Ch.-M.), la Banche de Chaucre (Chaucre, id.), la Banche des Touilles (la Brée-les-Bains, id.) etc. et le nom a pu passer à des lieux-dits comme la Banche (Binic, C.-d’A. ; Cherrueix, I.et-V. ; Grues, Vendée etc) ainsi qu’à des cours d’eau comme la Banche (Cherrueix, I.-et-V.), le Canal de la Banche (Saint-Broladre, id.) etc. sans oublier notre amie la Vieille Banche (Mont-Dol, id.).

Deux dérivés ont aussi laissé leur trace en toponymie. L’occitan bancada, « banc de rochers » a donné son nom à la Bancade des Spijeoles, une crête rocheuse culminant à 2543 m à Oô (H.-G. – Spijeoles est la francisation du gascon es pitcholes, « les petites rigoles »). L’occitan bancau, « gradin d’un terrain en pente », se retrouve au lieu-dit En Bancau de Saint-Caprais (Gers).

La variante féminine nord-occitane bancha (avec c prononcé et écrit ch) a laissé son nom à La Draye de Bancha (La Chapelle-en-Valgaudémar (H.-A.), à La Banche à Ventavon (H.-A.), Pont-du-Château (P.-de-D.) et Trézioux (id.) et aux Banches de Néronde-sur-Dore, Neuville et Trézioux (P.de-D.) et d’Uzinens (H.-Sav.), noms qu’il faudra bien distinguer des banches vues plus haut. Comme on le verra, dans les régions nord-occitanes, c’est le diminutif banchet qui a eu le plus de succès.

Les diminutifs

Le diminutif occitan bancèu, bancel, « bande de terre ; petit gradin de terre cultivée », est à l’origine de nombreux (le ou les) Bancel(s) notamment dans la Drôme, le Gard, l’Ardèche, la Lozère et la Haute-Loire. On trouve également le Bancel, un ruisseau de la commune d’Anneyron (Dr.).

Le diminutif bancillon a donné quelques toponymes (Le) Bancillon dans la Loire, la Haute-Loire, le Rhône, le Puy-de-Dôme et en Lozère.

Comme je l’écrivais plus haut, la forme diminutive nord-occitane est bien représentée avec des oronymes comme le Banchet (Mottier, Is.), le Haut Banchet (Mens, id.), plusieurs Col du Banchet (Ayn, Sav. ; Bourg-Argental, Loire ; La Frette, Is. etc.), la Serre Banchet (Beaumon-en-Diois, Dr.) etc. mais aussi avec des lieux-dits (le ou les) Banchet(s) dans la même région. E. Nègre (TGF*) cite Les Banchets (Névache, H.-A.), « pente formée de petits gradins irréguliers et rapprochés ».

Le prochain billet sera consacré à d’autres variantes (banque), d’autres dérivés (bancal, bancarel …) et aux patronymes issus de cette même racine bank* qui ont pu servir à désigner de nouveaux toponymes.

Mais il vous faudra patienter puisque, comme tous les ans, je vais prendre mes distances pendant les deux premières semaines du mois de juin.

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

La devinette

Il vous faudra trouver un relief de France métropolitaine dont le nom est lié à un des mots étudiés dans le billet.

Le nom de ce relief sert également de déterminant à celui d’un lieu-dit dont le premier élément désigne une habitation.

L’ensemble est situé dans une commune dont le nom est issu de celui d’un homme latin accompagné d’un suffixe bien connu. Cette commune a été mentionnée sur ce blog d’abord à propos d’un genre d’hydronyme puis à propos d’un genre d’oronyme et son étymologie expliquée en réponse à un lecteur.

Le chef-lieu du canton doit son nom à celui de la rivière qui le borde accompagné d’un suffixe inhabituel. Cette étymologie a été expliquée, à deux reprises, en réponse à un lecteur.

Le chef-lieu d’arrondissement doit son nom à un appellatif gaulois.

■ Un indice pour la commune :

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

(je vous promets de lire vos réponses mais ne suis pas sûr de pouvoir vous donner d’autres indices. Bonne chance !)