Monastère -Chapitre II

lettrine-A près avoir vu les monastères dans lesquels vivaient en communauté les moines, je m’attache aujourd’hui aux petites structures qui ont proliféré sur notre territoire. La christianisation allant bon train, chaque village a bâti qui sa chapelle, qui son église et les curés comme les moines se sont multipliés (par génération spontanée, bien sûr, qu’alliez-vous imaginer ?) qu’il fallut bien loger. On construisit pour cela un peu partout de petits édifices qu’on appela, en latin ecclésiastique bien sûr, monasteriolum et parfois monasterellum ou encore monastellum. Le temps passant, ces mots ont parfois fini par désigner une simple dépendance d’un monastère, voire une simple chapelle ou une petite église. C’est de ces petits monastères-là, dont certains ont laissé leur nom au lieu où ils s’élevaient, que je vais parler aujourd’hui.

Je m’en tiendrai pour l’essentiel aux noms de communes et n’ai pas la prétention d’être exhaustif, essayant simplement de faire un tour d’horizon le plus large possible.

Monasteriollum

C’est de loin ce terme qui a été le plus productif donnant des toponymes sous des formes variées.

Montreuil : c’est le nom le plus courant, que l’on ne trouve qu’en pays d’oïl avec une prédominance pour le Centre-Ouest. On ne connait que quatre communes appelées simplement Montreuil (E.-et-L., P.-de-C., S.-St.-D. et Vendée) tandis qu’on a fait appel à un déterminant pour nommer les autres :  Montreuil-aux-Lions (Aisne, dont le nom a fait l’objet de ce billet), M.-sur-Barse (Aube), M.-en-Auge (Calv.), M.-l’Argillé (Eure, déjà Montreuil-l’Argillier en 1404, soit « le boueux », mais aussi Montre-Œil en 1582 ), M.-le-Gast (ancien français gast « pillage, ruine, dévastation »), M.-des-Landes, M.-sous-Pérouse et M.-sur-Ille (I.-et-V.), M.-en-Touraine (I.-et-L.), M.-Bellay, M.-Juigné, M-sur-Loir et M.-sur-Maine (M.-et-L.), M.-sur-Lauzon (Manche), M.-sur-Blaise et M.-sur-Thonnance (H.-M.), M.-Poulay (May.), M.-sur-Brêche et M.-sur-Thérain (Oise), M.-la-Cambe (ancien français cambe, « brasserie ») et M.-au-Houlme (Orne, houlme du norrois holmr, « îlot ou prairie humide »), M.-le-Chétif et M.-le-Henri (Sarthe), M.-en-Caux (S.-M.), M.-sur-Epte (V.-d’Oise), M.-Bonnin (Vienne). Enfin, Montreuil a servi de complément dans les noms de Vaux-M. (Ardennes), La Madelaine-sous-M. et Neuville-sous-M. (P.-de-C.), La Chapelle-M. et Chiré-en-M. (Vienne).

CPA-Montreuil-sous Bois

Montreuil (Seine-Saint-Denis)

À ceux-là peut s’ajouter le nom de Ménétreuil (S.-et-L.) dont le –e– central est resté accentué.

finales -en ol : une évolution en –ol du suffixe latin –olium est à l’origine des noms de Montpon-Ménestérol (Dord.),  Ménétréol-sur-Sauldre (Cher), Ménétréols-sous-Vatan (Indre), Ménétrol (P.-de-D.) ainsi que des variantes Ménétru-le-Vignoble (Jura) et Ménétrux-en-Joux (id.). Avec disparition du –e– atonique : Montrol-Senard (Vienne) et le diminutif Montrollet (Char.). Attesté Monsterecurt en 1170 et Mosterolcurt en 1185, le nom de Montrécourt (Nord) est bien issu de monasteriolum accompagnant le latin cortem, « ferme, domaine » : il s’agissait de la « ferme du monastère ».

Monistrol est une forme méridionale, beaucoup moins fréquente, qu’on ne trouve qu’en Haute-Loire à Monistrol-sur-Loire et Monistrol-d’Allier et dans la variante haut-garonnaise Monestrol. Sur le même modèle ont été formés les noms de Morterolles-sur-Semme (H.-Vienne, Mosteyrol au XIIIè siècle) et de Saint-Pardoux-Morterolles (Creuse,) qui ont été tardivement mis au féminin pluriel.

CPA-monistrol-sur-loire-

Montreux : forme présente essentiellement dans l’Est à Montreux (M.-et-M.), M.-Château (T.-de-B.), M.-Jeune et M.-Vieux (H.-Rhin). S’en rapprochent les noms de Montrieux-en-Sologne (L.-et-C.), Méounes-lès-Montrieux (Var), Montureux-et-Prantigny et Montureux-lès-Baulay (H.-Saône), Monthureux-sur-Saône et Monthureux-le-Sec (Vosges). Le nom de Ménétreux-le-Pitois (C.-d’Or) qui était Monasteriolum en 1148-70 et Monesterol en 1234 a subi l’attraction des finales en –eux.

Montereau : Montereau (Loiret) et Montereau-fault-Yonne (S.-et-M.) sont bien d’anciens monasteriolum passés à *mon(e)stereuil qui ont subi l’attraction des finales en –eau. C’est aussi le cas pour Mottereau (E.-et-L.), attesté Mosteriolum en vers 1250.

Monasterellum

Le diminutif monaster(ium) + ellum est à l’origine des noms de Menestreau (Nièvre, Monesterellum en 1174, Menestel en 1335 et Menetereault en 1689), de Menestreau-en-Vilette (Loiret), de Montereau-sur-le-Jard (S.-et-M.) et de Montireau (E.-et-L.). Les noms de Ménétréol-sous-Sancerre, attesté Monasterellum en 1139, et de Ménétréol-sur-Sauldre (Cher)  ont subi l’attraction des finales –ol. On trouve également des diminutifs (de diminutif : ce devaient être de vraiment tout petits monastères) avec Montrelet (Somme), Montarlot-lès-Rioz et Montarlot-lès-Champitte (H.-S.). Le nom de Montrelais (L.-Atl.), attesté Monasterium legum en 1123, sans doute une mauvaise latinisation, puis de Musterlensi en 1144, fait difficulté ; il pourrait s’agir d’une mauvaise graphie pour *Montrelet.

CPAmenetreol-sous-sancerre-lasseur-pranzayt

Le Lasseur de Ranzay, c’est l’aviateur, pas l’avion.

Monastellum

Lorsque la finale –erium  de monasterium a été sentie comme un suffixe, elle a pu être remplacée par le suffixe diminutif –ellum, donnant *monast-ellum puis *monest-ellum après affaiblissement du –a-,  forme que l’on retrouve dans les noms de Menetou-sur-Nahon (Indre), M.- Salon, M.-Râtel et M.-Couture (Cher) et Mennetou-sur-Cher (L.-et-C.). Après disparition complète du –e-, ce mot a évolué vers Monthou-sur-Bièvre et Monthou-sur-Cher (L.-et-C.). Le nom de Monéteau (Yonne) attesté Monestallum en 1290 a subi l’attraction des finales en –eau tandis que Monestier (Allier), attesté Monestou au XIIIè siècle a subi celle des noms en -ier comme Moustier (cf. le chapitre I).

index

Vous allez rire : je crois bien avoir été exhaustif ! Conséquence : je n’ai plus rien à vous proposer comme devinette … À moins que … mais oui ! Allez !, je vous propose de chercher un lieu-dit puis, quand vous l’aurez trouvé, une rue, tous deux portant un nom lié à un des mots étudiés dans le billet.

le lieu-dit :

♦ si son nom rappelle la présence d’un ancien prieuré et d’un ancien collège religieux, on y élève aujourd’hui surtout des animaux …

♦ le nom de la commune est issu de celui d’un homme latin suffixé en –anum.

♦ le nom du chef-lieu d’arrondissement est évocateur d’une vallée bien connue des piscivores.

♦ et un indice en dessin :

indice-a-27-02-2022

la rue :

♦ son nom rappelle l’emplacement d’une dépendance d’un monastère aujourd’hui disparu où les frères soignaient le mal des ardents.

♦ elle est décrite, plutôt négativement, dans un roman dont le héros est prénommé Jean et dont l’auteur, qui y est né, donne un autre nom à la commune.

♦ le nom de la commune en décrit le relief même si une autre étymologie, s’appuyant sur un passage d’une chanson de geste, en fait la ville des étrangers.

♦ et un indice :

indice b 27 02 2022

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Hémonstoir (répàladev)

podium seul  Eh bien ! Une fois de plus, personne n’a rejoint LGF sur le podium des « solutionneurs » de ma dernière devinette. Bravo à lui !

Il fallait trouver Hémonstoir, une commune de l’arrondissement de Saint-Brieuc, canton de Guerlande, dans les Côtes-d’Armor.

local-Hémonstoir-

Hémonstoir, aujourd’hui en pays gallo, était autrefois breton, ce qui explique son nom Henmonstoer attesté en 1428, du breton hen, « vieux », et d’un dérivé du latin monasterium, « monastère » : il s’agissait d’un « vieux monastère ». Cf. son histoire.

Guerlédan : le nom de cette nouvelle commune, chef-lieu de canton, qui réunit depuis 2017 Mûr-de-Bretagne et Saint-Guen, est issu du breton guer, « rivière, marais », et lédan, « large ». C’est le nom d’un lieu-dit où un ruisseau s’élargit.

CPA-Hemonstoir-

Hémonstoir, la Place – du temps où il y avait un café …

Les indices

indice a 20 02 2022  ■ ce tableau de Paul-Émile Sautai (1842-1901) représente un Vieux Moine, parfaitement en accord avec le toponyme à trouver.

indice b 20 02 2022  ■ cette statue représentant saint Arnoult orientait vers l’église qui lui est dédiée à Hémonstoir.

■ la rigole d’Hilvern, qui passe à Hémonstoir, est un canal de dérivation creusé entre 1828 et 1838 qui fut abandonné en 1923.  Hilvern est un toponyme issu des bretons hir, « longue », et gwern , « aulnaie » (celtique verno).

Mûr-de-Bretagne : porte un nom issu du latin murus, « mur », qui rappelle en général une fortification, un mur d’enceinte, le plus souvent d’origine romaine ou antérieure. L’accent circonflexe, non étymologique, apparait en 1861, époque où on se piquait, avec Mérimée, d’écriture pseudo-savante.

indice a 22 02 2022  ■ C’est Patrick Dewaere, à l’affiche du Juge Fayard dit Le Shérif, qui constituait l’indice : il est né 26 janvier 1947 à Saint-Brieuc

Les indices du mardi 22/02/2022

LGF, encore lui !, m’a déjà donné la réponse à ma dernière devinette. Bravos !

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom composé de deux mots sans trait d’union d’une commune de France métropolitaine lié au latin monasterium.

Le nouveau chef-lieu de canton porte un nom relatif à un cours d’eau qui va s’élargissant.

■ un tableau :

indice a 20 02 2022

■ une sculpture :

indice b 20 02 2022

Et les indices du mardi :

■ cette commune est longée par un très long cours d’eau artificiel, creusé à mains d’hommes, qui aura servi moins d’un siècle. Asséché, il est aujourd’hui reconverti en voie verte. Son nom indique qu’il était bordé d’aulnes.

■ selon son nom, l’ancien chef-lieu de canton était ceint de murs.

■ pour l’arrondissement :

indice a 22 02 2022

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Le monastère – Chapitre I

Une fois bien classés les moines, les monges et les mourgues, il ne nous reste plus qu’à bien les ranger. Aux premiers temps, ils se rangeaient, en solitaire, dans des ermitages ou des celles, puis, dès l’époque franque, on les mit, en communauté, dans des monastères. Ce sont ces derniers que je vais maintenant étudier. Ce mot, issu du latin monasterium, et son diminutif monasteriolum, ont subi de très nombreuses modifications aboutissant à autant de toponymes qui nécessiteront plusieurs billets pour être passés en revue, même si je m’en tiendrai pour l’essentiel aux noms de communes.

Aujourd’hui, je m’attache au seul monasterium, laissant le monasteriolum pour une seconde partie. Par différentes modifications phonétiques, ce mot a abouti à plusieurs formes différentes.

C’est dans l’Aveyron qu’on trouve la seule commune appelée Le Monastère, en référence à l’établissement des religieuses de l’ordre de Saint Benoît au IXè siècle.

Monastier – Monestier – Monêtier

On trouve les deux premières formes plus particulièrement en pays d’oc, et la seconde en pays d’oïl.

Le Monastier-sur-Gazeille (H.-L., monastère fondé au VIIè siècle) et Le Monastier-Pin-Moriès (Loz., monastère fondé en 1062 par l’évêque Aldebert Ier de Peyre).

♦ Sous la forme monestièr (avec fermeture du a sous l’influence du suivant ) : trois communes Monestier (Allier, Ardèche, Dord.) et une Le Monestier (P.-de-D.) auxquelles ont ajoute des noms avec déterminant comme Monestier-d’Ambel et M.-de-Clermont (Is.), M.-Merlines et M.-Port-Dieu (Corr.), Le M.-du-Percy (Is.) ainsi que Saint-Paul-lès-Monestier (Is.). Avec un inattendu -s du locatif ablatif pluriel en -is (purement analogique car le pluriel n’a, ici, aucune raison d’être), on a Monestiès-sur-Cérou (Tarn, Monesterio en 961).

♦ avec des graphies légèrement différentes : Le Monêtier-les-Bains (H.-A.), Monêtier-Allemont (id.) et Monnetier-Mornex (H.-Sav.).

♦ lorsque la première partie du nom, après disparition du e non accentué, a subi l’attraction de mons, « mont », se sont formés les noms de Monthiers (Aisne, de Monasterus en 1203), Montiéramey (Aube, monasterium Arremari en 1118, du nom d’homme germanique Adremar), Montierchaume (Indre, Monasterium Caulme en 1212, avec le bas-latin *calmis), Montier-en-Der (H.-M., avec Der nom d’une forêt du gaulois dervos, « chêne »), M.-en-l’Isle (Aube), Montiers (Oise), et M.-sur-Saulx (Meuse). Le nom de Montmotier (Vosges), noté Mahumoitoir vers 1145 puis Monmostier en 1395, semble être composé du nom de personne germanique Mado(n) accompagné de monasterium qui a pu donner des variantes en –oir, cf. plus bas. Forest-Montiers (Oise) se rattache à cette liste, Forest désignant la forêt de Crécy. Montret (S.-et-L.) est sans doute un « petit monastère » masqué par l’attraction de « mont ».

♦ Ce nom a alors pu être accompagné d’un déterminatif comme pour Monterblanc (Morb., noté Monsterblanc en 1455, se dit en breton Sterùen, « ruisseau blanc », qui semble être la réduction de Mounsterwen, « le monastère blanc »), Montipouret (Indre, de monasterio Poretti en 1384, avec le latin porus, « poireau » et le collectif etum, plutôt qu’un patronyme Pouret), Montivilliers (S.-Maritime, Monasterium villare en 1242), Monterrein (Morb., avec le nom de saint *Rin), Montertelot (Morb., avec le nom de son fondateur saint Thelo) et Monterfil (I.-et-V., avec le nom de saint Fili).

♦ En nom composé : Frémontier (Somme, Fraisnum monasterium en 1140, avec fraxinum, « frêne », Puellemontier (H.-M., avec le latin puella, « jeune fille »: il s’agissait d’une abbaye de filles au VIIè siècle) et Talmontiers (Oise, Talomosterium en 1152, avec le nom de personne germanique Tallo).

CPA Monestier de Clermont

Entrainement pour les J.O. d’hiver

Monetay

En zone franco-provençale, le nom a évolué vers Monétay-sur-Allier et Monétay-sur-Loire, tous deux dans l’Allier, et vers Monnetay et Menotey (Monestiers au XIVè siècle) dans le Jura.

Moustier – Moutier

Une forme plus contractée (avec perte du e central non accentué : monestier passant à monstier puis à mostier) a abouti aussi bien à l’ancien français mostier qu’à l’occitan mostièr.

♦ Moutier(s) : trois communes s’appellent Moutiers (E.-et-L., I.-et-V., M.-et-M.) et une seule Moûtiers (Sav). Les noms avec déterminant sont bien plus nombreux. On en compte trois au singulier, tous dans la Creuse : Moutier-d’Ahun, M.-Malcard, M.-Rozeille.  Sept sont au pluriel sans article : Moutiers-au-Perche (Orne), M.-en-Puisaye (Yonne), M.-les-Mauxfaits (Vendée), M.-Saint-Jean (C.-d’Or), M.-sous-Argenton (D.-S.), M.-sous-Chantemerle (D.-S.) et M.-sur-le-Lay (Vendée) et quatre avec article : Les Moutiers-en-Auge, Les M.-Hubert et Les M.-en-Cinglais (Calv.) ainsi que Les M.-en-Retz (L-A.), auxquels on doit rajouter Les Trois-Moutiers (Vienne). Notons le nom de Neufmoutiers-en Brie (S.-et-M.), ancien Novum Monasterium (1210) dont novum, « neuf, nouveau » a été compris comme le numéral et entrainé le pluriel.

En tant que déterminant, cette forme apparait au singulier dans les noms de Esves-le-Moutier (I.-et-L.), Jouy-le-M. (Val-d’Oise), Thin-le-Moutier (Ardennes), Vieil-M. (P.-de-C.), Villy-le-M. (C.-d’Or) et Saint-Pierre-le-Moûtier (Nièvre). On la retrouve au pluriel dans Fain-lès-Moutiers (C.-d’Or) et Juigné-des-Moutiers (L.-A.) ainsi que dans Marville-Moutiers-Brûlé (E.-et-L.).

CPA-les-moutiers-en-retz-

♦ diminutifs autres que monasteriolum : avec –et pour Le Moutaret (Is.) et avec la variante –ot de l’Est pour Le Moutherot (Doubs) et Moutrot (M.-et-M.).

♦ En nom composé, on peut citer : Vimoutiers (Orne, avec le nom de la rivière La Vie), Faremoutiers (S.-et-M., avec le nom de sainte Fare, fondatrice du couvent vers 615), Semoutier (H.-M., Summostier en 1101, avec le latin summum, « le plus haut ») et Moyenmoutier (Vosges, avec medianum, « situé entre »). Avec des noms de personne germanique : Bertrimoutier (Vosges, avec Bertericus), Eymoutiers (H.-Vienne, Agentum en 958 contraction de Ahentismonasterium attesté en 1344, avec Ainthis), Eymouthiers (Char., id.), Giremoutiers (S.-et-M., avec Giroldus), Marmoutier (B.-Rhin, Mauri Monasterium en 861-82, de Moricho ; la forme Majoris Monasterii de 1182 est une latinisation tardive non étymologique) et Noirmoutier (Vendée, in insola Herio Monasterio au VIIè siècle, monasterio in Herio, maris insula en 830, Nermoster au XIIIè siècle  ; in Herio a été compris n’Herio par attraction de l’oïl neir, « noir » ; nom de personne germanique Herio).

CPA Noirmoutier

♦ La forme moustier apparait quant à elle dans le nom de Moustier-en-Fagne (Nord).

♦ Notons des variantes comme  Mouterre-sur-Blourde (Vienne, Moustier en 1449) et Mouterre-Silly (id.). Un changement de suffixe qui s’explique mal a abouti au nom de Moutils (S.-et-M., Le Moutier en 1252 et Moutiz vers 1350).

♦ Une variante orthographique, avec th, sans autre justification que de « faire savant », est à l’origine des noms de Mouthier-Haute-Pierre (Doubs, Monasterium Altapetrinse en 934), Mouthiers-sur-Boëme (Char.) et Mouthier-en-Bresse (S.-et-L.).

♦ la forme occitane mostièr se retrouve dans les noms de Moustier (L.-et-G.), M.-Ventadour (Corr.), Peyzac-le-M. (Dord.), Saint-Sever-du-M. (Av.), Verneuil-Moustiers (H.-Vienne) et Moustiers-Sainte-Marie (A.-de-H.-P.) auxquels on peut rattacher  Moustey (Landes)

En région

♦ la forme normande moitier apparait dans Les Moitiers-d’Allonne et Les Moitiers-en-Bauptois tous deux dans la Manche. Rappelons également le nom de Hautmoitiers, aujourd’hui intégrée à Lestre, toujours dans la Manche.

♦ une forme germanique munster se retrouve dans les noms de Munster en Lorraine, dans ceux de Munster, Luttenbach-près-Munster et Mullbach-sur-Munster dans le Haut-Rhin, dans ceux de Ebersmunster ( Aprimonasterium en 1483 du nom de personne germanique Ebero compris comme eber, « sanglier » et latinisé en Aper) et de Reinhardsmunster (du comte Reinhard de Hanau-Lichtenberg qui a rebâti le village au XVIIè siècle) dans le Bas-Rhin et enfin dans ceux de Valmunster et Volmunster (du nom de personne germanique Wala) en Moselle.

♦ en Bretagne, c’est le dérivé Moustoir, rendu par le breton mouster, qui a été le plus productif. Pour ne citer que les noms de communes, on trouve Le Moustoir (C.-d’A.), Moustoir-Remungel (Morb.), Moustoir-Ac (Morb. , contraction d’un ancien Moustoir-Radenac) et Mousteru (C.-d’A., le « monastère rouge » en référence à la croix des Templiers).

PS : j’ai bien cherché partout mais j’en ai sans doute oublié. Si vous en connaissez d’autres, les « commentaires » sont ouverts !

shadock

Et c’est tant mieux, parce que je ne ferai pas ça tous les jours !

La devinette

Il vous faudra trouver le nom composé de deux mots sans trait d’union d’une commune de France métropolitaine lié au latin monasterium.

Le nouveau chef-lieu de canton porte un nom relatif à un cours d’eau qui va s’élargissant.

■ un tableau :

indice a 20 02 2022

■ une sculpture :

indice b 20 02 2022

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La Foye-Monjaut (répàladev)

Personne n’a rejoint TRA et LGF dans la résolution de ma dernière  devinette.

Il fallait trouver La Foye-Monjault, canton de Mauzé-sur-le-Mignon, arrondissement de Niort, département des Deux-Sèvres.

local la-Foye-Monjault

Un blog consacré à cette commune vaut le détour. Laissez-vous prendre par le menu de la colonne de droite !

La toponymie

La Foye-Monjault :

Le nom de la ville apparait pour la première fois en 1077 sous la forme Faia suivie de Faya en 1105. On reconnait dans ces noms l’oïl faïa, issu du latin fagea, « hêtraie ».

En 1223 apparait le nom Faia Monachialis avec un déterminant issu du latin monachus indiquant qu’il s’agit de la « hêtraie des moines », en l’occurrence  les bénédictins fondateurs du prieuré autour duquel se constitua le village.

Dans le courant du XIIIè siècle on trouve écrit Faia Monjaut in ballia de Chisiaco (« dans le baillage de Cizé ») où l’on voit que le latin monachal a évolué régulièrement en monjau (cf. le deuxième encadré dans ce billet), d’où La Faye-Monjau en 1313.

Dès le siècle suivant, ce déterminant ne sera plus exactement compris et sera écrit avec un t final non étymologique : La Faye-Monjaut en 1457. Parallèlement, la prononciation locale fera évoluer le premier élément vers Foy : on trouve ainsi écrit Foymonjauld en 1648, La Foy Mongiot en1720, La Foy Monjeau en 1739 et La Foye Mongeault chez Cassini.

La Foye Monjault Cassinil

Carte de Cassini – La Rochelle – feuillet 101 -1771

On trouvera encore la forme La Faye-Monjault en 1793 avant que le nom La Foye-Monjault ne soit officialisé en 1801.

Niort : le nom est attesté Niordo vico sur une monnaie mérovingienne, puis de Nyorto et de Niorco en 1204. On reconnait dans ces noms le gaulois novio-o-ritum, le « nouveau gué », en l’occurrence celui sur la Sèvre Niortaise, qui permettait le passage de la voie romaine de Saintes à Nantes.

Mauzé-sur-le-Mignon : villa Malsiacus en 1003, du nom d’homme germanique Maletus et suffixe –iacum. L’étymologie la plus souvent donnée pour le nom du Mignon fait appel à un terme celtique *mign-, « lieu marécageux » (cf. le gallois mignen, « marais, marécage » et mignenni, « boue, bourbier »).

CPA La Foye Monjault

Les indices

■ le vin : au chapitre XXXIV de ses Grandes et inestimables chroniques du grand et énorme Gargantua, Rabelais, mettant en scène l’écuyer Gymnaste du géant Gargantua, écrit :

 … Tripet le capitaine sus ce point accourut voir que c’estoit. Adonc Gymnaste lui offrit sa bouteille, disant : « Tenez, capitaine, beuvez-en hardiment ; j’en ay faict l’essay, c’est vin de La Faye Monjau. »

Les vins de La Foye Monjault étaient très appréciés et, de François Ier à Henri IV, furent « vins de bouche des rois ».

■ « Et je vous assure que je n’ai pas mieux — sauf à trop vous aider! » : un petit clin d’œil aux compagnies d’assurance qui sont installées à Niort.

indice a 13 02 2022 ■ l’arbre : cette photo du hêtre des Voyageurs était là pour orienter vers une hêtraie plutôt que vers Brocéliande ou Paimpont.

indice a 15 02 2022 ■ la plante : l’angélique officinale (Angelica archangelica) est à la base de l’angélique confite, une spécialité de la ville de Niort.

indice-d-15-02-2022  ■ le dessin : cette vue de Tombouctou illustrant son Journal d’un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l’Afrique centrale, publié en 1830,  est l’œuvre de René Caillié, « le premier occidental à être revenu de Tombouctou ». Il est né le 19 novembre 1799 à Mauzé-sur-le-Mignon.

Les indices du mardi 15 février 2022

TRA puis LGF, qu’ils en soient félicités, sont les seuls à m’avoir déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette dont je rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine en deux mots précédés d’un article, dont l’un est lié au latin monachus et l’autre au règne végétal.

On y faisait un vin apprécié, dit-on, d’un roi de France et même, écrivit-on, de l’écuyer d’un géant de fiction. De nos jours, ce vin de pays n’est plus aussi réputé.

Le chef-lieu de l’arrondissement où se trouve cette commune porte un nom qui rappelle qu’on y avait aménagé un nouveau passage.

Un indice ? Bon :

indice a 13 02 2022

 

Et je vous assure que je n’ai pas mieux — sauf à trop vous aider!

Et je rajoute les traditionnels indices du mardi :

■ pour l’arrondissement :

 indice a 15 02 2022

■ pour le bureau centralisateur du canton :

indice-d-15-02-2022

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Moine, morgue et monge

Dérivé de monos, « seul », le grec monakos, « solitaire », a été emprunté par le latin ecclésiastique où monachus a, sous la forme altérée *monicus, donné le français « moine » (monies, munies en ancien français) et l’occitan morgue/monge.

Précision d’importance : tous les noms qui suivent sont devenus, tels quels ou sous une forme proche, des patronymes : il est donc fort possible que certains des toponymes cités ne soient liés au moine que de manière indirecte.

Moine

Le moine est très présent en toponymie, qu’il apparaisse seul, avec des compléments ou comme complément. Dans la plupart des cas, le pluriel s’est imposé. On trouve ainsi des noms comme  la Ville aux Moines, la Pièce aux Moines, le Bois au Moine, l’Étang au Moine, la Vigne au Moine, la Croix au Moine, etc.  ainsi que des Fiefs aux Moines, des Moulins au(x) Moines(s), des Île aux Moines, etc. Notons pour le plaisir un Beau Moine (le Poiré-sur-Velluire, Vendée), la Verge-au-Moine (Saint-Aubin-le-Monial, Allier), un Bagne au Moine (Forges, Ch.-M.), un Faux Moine (Saint-Gildas-des-Bois, L.-A.), le Gobu Moine (Mohon, Mor.) et l’inévitable Froc aux Moines (la Neuville-Chant-d’Oisel, S.-M.).

Gobu-Moine

Quand le roi Érispoë de Bretagne fit don de la morbihannaise Île-aux-Moines à l’abbaye de Saint-Sauveur de Redon en 854, son nom était au singulier dans l’acte de donation qui indiquait Enes-Manac ad fabas, « l’île du moine produira des fèves ». Le pluriel ne prendra le dessus qu’au XVè siècle.

CPA île aux moines

Le Bois-d’Amour de l’Île-aux-Moines… euh, non, rien.

L’adjectif monial sert de déterminant à Paray-le-Monial (S.-et-L.), Pouilly-le-Monial (Rhône) et Saint-Aubin-le-Monial (Allier) et apparait dans quelques noms de lieux-dits comme au Poirier Monial de Bourbon-l’Archambault (Allier).

Le nom de la Moine, affluent droit de la Sèvre nantaise, qui était aussi appelée Mayne ou Mayenne, doit son nom au gaulois *medhuana, « la rivière du milieu », repris par le latin mediana. On retrouve son nom dans celui de la commune nouvelle Sèvremoine.

Moineville (M.-et-M.), attestée Moyennivilla en 875 et Moenenus villa en 896, devrait son nom au nom de personne germanique Maino suffixé -iaca (TGF*) plutôt qu’au latin mediana ou au nom de personne germanique Megino (DENLF*) — en tout cas, aucun moine dans ce nom.

Monge

Morgue-Monge  Le masculin monge, « moine », comme le féminin monja, « moniale, se retrouvent à de très nombreux exemplaires comme Monge (à Arue, Landes, etc.), Le Monge (à Eyzerac, Dord., etc.) et La Monge (à Betchat et Bonnac, Ariège, etc.) ou encore au pluriel comme pour Monges (à Uzech, Lot, etc.) ou Les Monges (à Nyons, Drôme, etc.). Par métonymie, monge a pu désigner aussi le lieu où vivaient des moines, d’où le sens de monastère de certains de ces lieux.

Ce terme apparait comme déterminant dans le nom de Lioux-les-Monges (Creuse, en référence aux bénédictines de Beaumont du Puy-de-Dôme dont Lioux dépendait) et de Saint-Hilaire-les-Monges (P.-de-D., en rappel de l’abbaye de Saint-Genès rattachée à Saint-Hilaire avant la Révolution).

De nombreux éléments du relief portent aussi un nom en lien avec le monge comme Les Monges (Manosque, Tuniers, Authon, A.-de-H.-P.), la Tête des Monges (Vaumeilh, id.), le Col des Monges (Larche, id.), la Crête des Monges (La Bégude-de-Mazenc, Drôme), les Rocs de Monges (Pinsac, Lot), et d’autres. Il est toutefois difficile, à la lecture du seul nom, de savoir s’il est dû à un ou des moines propriétaires ou bien s’il a été donné par analogie de forme.

Les diminutifs sont présents comme pour Monget (Arbus, P.-A., etc.), Mongette (Arancou, id., etc.), Les Mongettes (Narbonne, Aude, etc.),  Il semblerait que la commune Monget (Landes) doive son nom aux moines de l’abbaye de Pontaut dont elle était une dépendance.

Avec le sens de monastère ou de couvent, le nom féminin mongie est à l’origine du nom de La Mongie, la station de sports d’hiver bien connue de Bagnères-de-Bigorre (H.-P.) au col du Tourmalet. Mais on trouve d’autres lieux-dits La Mongie dont six en Vendée (Soullans, Apremont, Saint-Hilaire-de-Loulay, Les Essarts, La Pommeraie-sur-Sèvre, Vouvant), quatre en Gironde (Génissac, Vérac, Cazals, Pompéjac) et quelques autres. Avec un t non étymologique, par attraction de « mont », on a écrit Lamontgie (P.-de-D) pour ce qui était anciennement une Mongia, et pour des lieux dits La Montgie (Châteauneuf-les-Bains et Sauvessanges, P.-de-D., Saint-Pierre-du-Champ, H-L.). En Dordogne apparaissent Lamonzie-Saint-Martin et Lamonzie-Montastruc, ainsi que des lieux-dits la Monzie (Périgueux, Château-l’Évêque, etc.) et les Monzies (Peyriniac). Avec le préfixe –erie, on trouve Lamongerie en Corrèze, et les Mongeries à Roullet (Char.).

CPA Lamontgie

Mourgue

La forme féminine occitane mourgue désigne la nonne, la religieuse. Par paronymie avec l’occitan murga, « souris », du latin muricus, « souris », on a dit mourgue dans le Midi , familièrement et parfois avec mépris, pour désigner la religieuse, à cause de leur costume gris, de leur discrétion et de leur cornette qui rappelait les oreilles de la souris.

Nombreux sont les toponymes issus de ce terme, aussi bien au singulier comme La Mourgue (Montchamp, Cant., etc.) ou au pluriel comme Les Mourgues (Monteux, Vauc.). On trouve aussi des Mas de Mourgues (Lunel, Hér., etc.), des Bois de Mourgues (Blesde, H.-L.), etc. Les oronymes sont présents avec une Colline des Mourgues (Villeneuve-lès-Avignon, Gard), un Roc des Mourgues (Beaucaire, Gard), un Puech des Mourgues (Saint-Bauzille-de-Montmel, Hér. — qui pourrait être une « colline des musaraignes » selon l’archéologue J.-L. Fiches) et d’autres.

Rajoutons à cette liste la commune de Saint-Geniès-des-Mourgues (Hér.) qui doit son nom à un couvent de nonnes.

Le diminutif est représenté avec des noms comme le Mourguet (Champs, P.-de-D., etc.) et les Mourguettes (Portiragnes, Hér.).

CPA St Geniès des Mourgues

Manac’h

On rencontre en Bretagne quelques Manac’h de même étymologie (latin monachus) et de même sens , comme des Coat Manac’h (bois, à Saintrena, Fin.), Mézou Manac’h (champ, à Garlan, Fin.), Ty ar Manac’h (maison, à Brasparts, Fin), Beg ar Manac’h (pointe, à Landunvez, Fin.) et quelques autres.

Munch

L’alsacien munch, de l’allemand Mönch, « moine », a donné leur nom à Munchhausen (B.-Rhin) et à Munchhouse (H.-Rhin), avec le germanique haus, « maison ».

*Les abréviations en gras suivies d’un astérisque renvoient à la bibliographie du blog, accessible par le lien en haut de la colonne de droite.

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La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’une commune de France métropolitaine en deux mots précédés d’un article, dont l’un est lié au latin monachus et l’autre au règne végétal.

On y faisait un vin apprécié, dit-on, d’un roi de France et même, écrivit-on, de l’écuyer d’un géant de fiction. De nos jours, ce vin de pays n’est plus aussi réputé.

Le chef-lieu de l’arrondissement où se trouve cette commune porte un nom qui rappelle qu’on y avait aménagé un nouveau passage.

Un indice ? Bon :

indice a 13 02 2022

Et je vous assure que je n’ai pas mieux — sauf à trop vous aider!

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Le Pas de Pillouse à Romeyer (répàladev)

podium seul LGF, encore lui, a été le seul à me donner la réponse à ma dernière devinette. Félicitations !

Il fallait trouver le Pas-de-Pillouse à Romeyer, arrondissement de Die, dans la Drôme.

local-Romeyer-

On voit sur la carte suivante le Pas de Pillouse qui est un passage, sans doute utilisé lors de la transhumance, au nord de la crête dénudée appelée Pillouse.

Pillouse

Le cadastre napoléonien de Romeyer (section 2, les Combes et Pillouse), édité le 20 août 1823, montre l’endroit nommé Les Pillouses au pluriel :

Section C2, Combes (les) et Pillouse 20 08 1823.

Toponymie

■ le Pas de Pillouse :  comme le français « pelouse », le nom Pillouse est issu du provençal pelouso, féminin substantivé de l’adjectif pelous  correspondant à l’ancien français peleus, « garni de poils » (attesté en 1256), passé au sens de « terrain couvert de gazon » (attesté en 1582) par comparaison avec un pelage. Cet adjectif est lui-même issu du latin pilosus. Le Pas, du latin passus, désigne un « passage » et, en pays de montagne, est synonyme de col. En région de transhumance, il s’agit souvent d’un col utilisé par les bergers et leurs troupeaux pour passer d’une vallée à l’autre.

Romeyer : le nom est attesté Romeier (1178), Romearium (1218), prioratus de Romeario (XIVè siècle) et enfin Romeyer en 1891. On reconnait dans ces noms le dauphinois romeyère, « lieu couvert de ronces », formé sur l’occitan romega, du latin rumex, « ronce ». LGF m’a rappelé que Romeyer avait déjà été mentionnée à propos du col de Bachasson dans ce billet.

Die : ancienne colonie romaine du peuple des Voconces dont le nom est attesté dans une inscription latine du IIIè siècle, col(onia) Dea Aug(usta) Vocontiurum. Elle tient son nom latin Dea, « déesse », du culte rendu à la déesse dite deae Aug(ustae) Andartae. Le nom de la déesse étant celtique (ande, « grande », et  arta, « ourse »), il est plus que probable que la ville possédait auparavant un nom gaulois *Deua, dont Dea aurait été la traduction latine. Les curieux qui veulent en savoir plus sur les dieux augustes liront avec profit la thèse d’Alain Villaret

CPA-romeyer-

Les indices

indice-a-06-02-2022 ■ cette image représentant un « inventeur heureux au guidon de sa propre voiture à vapeur oldschool avec une hélice » était un clin d’œil à l’inventeur de l’Hélicocycle, Maurice Leylat, né à Die le 26 mars 1885.

■ il semblerait que le peuple gaulois des Voconces ait eu deux capitales, Vasio (Vaison-la-Romaine ) et Lucum (Luc-en-Diois ) avant que cette dernière ne soit supplantée  par Dea Vocontorium (Die) au milieu du IIè siècle. Selon l’étymologie la plus consensuelle, le nom des Voconces signifierait « les vingt tribus », tandis qu’une autre parle de « deux cents ».

■ « … et je ne peux pas être plus clair, sauf à faire pschitt ! » : fine allusion à la clairette de Die, vin effervescent AOC de la vallée de la Drôme.

indice a 09 02 2022 ■ la constellation de la Grande Ourse rappelait le nom de la déesse Andarta, du gaulois ande, « grande », et arta, « ourse ».

indice b 09 02 2022  ■ la constellation du Taureau rappelait que les Romains ont assimilé la déesse Andarta à Cybèle, à laquelle on sacrifiait des taureaux, comme en témoignent les autels tauroboliques découverts à Die.

■ à Trémorel, dans les Côtes-d’Armor, à près de 1000 km de Die, se trouve un lieu-dit Pillouse. Mais ce n’est pas le seul (merci à LGF !) :

Com ▾ Nom commune Département Lieu-dit
22371 Trémorel Côtes-d’Armor L ENCLOS DE PILLOUSE
22371 Trémorel Côtes-d’Armor LA CHENAIE DE PILLOUSE
22371 Trémorel Côtes-d’Armor LA PIECE DE PILLOUSE
22371 Trémorel Côtes-d’Armor LA PREE DE PILLOUSE
22371 Trémorel Côtes-d’Armor LE PRE DE PILLOUSE
22371 Trémorel Côtes-d’Armor LES SENTES DE PILLOUSES
39185 Cuisia Jura LA PILLOUSE
56102 Forges de Lanouée Morbihan LA PILLOUSE D AHAUT
56102 Forges de Lanouée Morbihan LE PRE DE PILLOUSE

Les indices du (lendemain du) mardi 08 février 2022

en retard  Eh oui ! En retard ! Désolé pour ceux qui attendaient les traditionnels indices du mardi, c’est à dire apparemment tout le monde puisque personne ne m’a encore donné la réponse à ma dernière devinette dont je rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu de France métropolitaine. Ce nom, précédé d’un article, s’écrit en trois mots dont le troisième est lié au latin pilosus.

Cet endroit est situé dans une commune dont le nom rappelle qu’il s’agissait d’un lieu couvert de ronces.

Le nom du chef-lieu du canton où est située cette commune rappelle qu’il était placé sous la protection d’une auguste divinité.

Un indice, pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice-a-06-02-2022

Quelques précisions :

■ le toponyme à trouver est constitué du nom d’un élément de relief lié par une préposition à un déterminant issu du latin pilosus. ( je constate aujourd’hui que certains sites internet ajoutent un article après la préposition ).

■ ce déterminant apparait seul, mais au pluriel, dans le cadastre napoléonien mais a disparu de la liste actuelle des hameaux de la commune, tandis qu’on le retrouve encore malgré tout sur des cartes actuelles, mais au singulier..

Et je rajoute ces indices :

■ le chef-lieu d’arrondissement a été la dernière capitale d’un peuple qui comptait une vingtaine de tribus.

■ le chef-lieu du canton est aussi le chef-lieu de l’arrondissement où se situe le lieu à trouver.

■ … et je ne peux pas être plus clair, sauf à faire pschitt !

■ je rajoute une photo du ciel pour la divinité :

indice a 09 02 2022

■ mais j’aurais pu choisir celle-là :

indice b 09 02 2022

■ dans une autre commune d’un autre département, à près de 1000km, se trouve un autre endroit portant ce même nom issu du latin pilosus.

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Pelat, pelouse et pleu

Pellat et Pelé

En pays d’oc, notamment dans les Alpes, des lieux pelés, sans arbres ni gazon ont été appelés Pellas ou Pellat, du participe passé de l’occitan pelar, « enlever les poils, peler », employé par métaphore, du latin pilare.

On trouve ainsi des lieux-dits Le Pellas à Brizon (H.-Sav.) et Les Pellas à Pierre-Châtel (Is.), à Prémanon (Jura) et à Saint-Julien (Var) auxquels on rajoute le col des Pellas, sous le Mont Aiguille, à Saint-Michel-les-Portes (Is.).

On trouve encore le Pellat à Préchac (Gir.), à Saint-Paul-sur-Ubaye (A.-de-H.-P.) et à Verfeil (T.-et-G.) ainsi qu’un Pré Pellat à Monteynard (Is.). Des oronymes sont formés sur le même modèle, comme le Crêt de Pellat à Étaux (H.-Sav.), la Montagne Pellat à Crévoux (H.-A.), la Serre Pellat à Briançon (H.-A.), le redondant Soum de Monpelat à Vieille-Aure (H.-P.), le Peu Pelat (puy) à Saint-Goussaud (Cr.) … En Savoie, le nom prend la forme Pellaz, comme à Mont-Savonnex et à Serraval (H.-Sav.) ou à Villard-sur-Doron et à La Baume (Sav.).

Il convient toutefois de bien faire la distinction avec les oronymes issus du pré-indo-européen et ligure *pel– comme le mont Péla de la Bollène-Vésubie (A.-M.) ou le mont Pelat à Allos (A.-de-H.-P.) pour lequel on a une remotivation en pelat, « pelé », du nom occitan alpin lo Pela.

CPA-lac-allos-mont-pelat

Notons le composé Pellassiauve à Neuvic (Corrèze) avec l’occitan siavo, « calme, paisible, tranquille » (latin suavis).

À ce pelat occitan répond bien sûr le pelé de langue d’oïl qu’on retrouve dans quelques Mont Pelé (à Soudé, Marne ; à Saint-Maur-des-Bois, Manche, etc.), des Champ Pelé (à Mazeray, Ch.-M. etx.), Bois Pelé (à Saint-Plaisir, Allier, etc.), Côte Pelée (à Tilly, H.-M., etc.) et d’autres, sans oublier la Montagne Pelée de Martinique.

Pelouse

L’occitan pelhòs, « pelé, loqueteux », s’applique au contraire à une surface couverte d’herbe courte qui peut servir de pâturage. C’est le sens du nom de la commune Pelouse (Loz.) et du déterminant de Villy-le-Pelloux (H.-Sav.). On trouve de nombreux lieux-dits (Le) Peloux dont une quarantaine rien que dans l’Ain, quatre en Dordogne et autant dans les Bouches-du-Rhône plus cinq ou six autres, auxquels on peut rajouter le Pelous à Saint-Vivien-du-Médoc (Gir.), à Lasseubetat et à Escot (P.-A.) ou encore à Gap (H.-A.). Écrits avec deux l, on rencontre une quinzaine de noms de lieux-dits (le) Pelloux ou Les Pelloux, presque tous dans les Alpes.

Pelusegagne

Le français « pelouse » est emprunté à l’occitan pelós, pelosa (du latin pilosus, « velu ») au sens de gazon. Introduit tardivement, ce mot semble avoir commencé par désigner au XIIIè siècle une friche, par association d’idée avec quelque chose d’hirsute. On trouve ainsi de très nombreux lieux-dits (la)Pelouse ou (les) Pelouses répartis sur tout le territoire dont certains avec complément comme Pelouse de Batmale et Pelouse de Serre Sèque à Ferrère (H.-P.) ou la Pelouse de Taillebourse à Bouvante (Drôme), etc.

CPA-Chatillon-le-Duc-La-Pelouse

Mais il ne faut pas oublier le sens moderne de « surface gazonnée » et plus généralement de « jardin public » à l’origine des noms de la Pelouse de la Muette à Paris, de la Pelouse de la Reine Blanche à Fontenay-sous-Bois, etc.

CPA-pelouse-de-la-reine-blanche-1911

… en 1911

Pleu

Toujours issu du latin pilosus, l’ancien français disait peleus, peleux pour « garni de poils, velu ». Cela s’est dit, au masculin pleu (pluriel pleux), pour désigner une terre en friche, un pacage, une terre inculte couverte d’« une herbe courte et drue » (Le patois briard, A. Diot, rééd. Slaktine Reprints, 1979). On retrouve ce nom dans des toponymes principalement d’Île-de-France : Le Pleu à Neuilly-en-Thelle (Oise), Les Pleux à Fontainebleau (S.-et-M., Les Pelleux en 1515), La Fontaine aux Pleux à Gurcy-le-Châtel (S.-et-M.), etc.

CPA Les Pleux

 À Grandpuits-Bailly-Carrois (Seine-et-Marne)

index

 

La devinette

Il vous faudra trouver le nom d’un lieu de France métropolitaine. Ce nom, précédé d’un article, s’écrit en trois mots dont le troisième est lié au latin pilosus.

Cet endroit est situé dans une commune dont le nom rappelle qu’il s’agissait d’un lieu couvert de ronces.

Le nom du chef-lieu du canton où est située cette commune rappelle qu’il était placé sous la protection d’une auguste divinité.

Un indice, pour le chef-lieu d’arrondissement :

indice-a-06-02-2022

(PS : la différence de police, indépendante de ma volonté, n’est pas un indice !)

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr