Abidjan (répàladev)

podium seul  LGF est le seul à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à lui tout seul, donc.

Il fallait trouver Abidjan, ville fondée en 1903, capitale de la Côte-d’Ivoire jusqu’en 1983.

abidjan cote d'ivoire

Le site originel est un promontoire lagunaire d’une trentaine de mètres de haut (Le Plateau) occupé par quelques villages indigènes. Il est issu d’un repérage et d’un choix stratégiques précis réalisés en 1897. Le premier plan de lotissement date de 1903, au moment de la fondation, et concerne cette étroite presqu’île.

On découvre dans le Grand dictionnaire encyclopédique de la Côte-d’Ivoire (Raymond Borremans, Les Nouvelles Éditions Africaines, 1987) la légende à l’origine du nom de la ville rapportée par la tradition orale du peuple Ébrié.

Quand les premiers colons français sont arrivés là, ils auraient rencontré un groupe de femmes à qui ils auraient demandé d’où elles venaient. Elles auraient alors répondu, dans leur langue : « T’chan m’bi djan », c’est-à-dire : « On vient de récolter (djan) des feuilles (m’bi) ». L’incompréhension mutuelle fit que cette locution, quelque peu corrompue d’abord en Abijean, devint le nom de l’endroit, puis celui de la ville sous la forme Abidjan.

D’autres versions de cette même légende sont rapportées sur la page wiki consacrée à la ville, mettant en scène un vieil homme. On peut rajouter celle-ci, piochée dans l’eBizguides 2019 consacré à la Côte-d’Ivoire :

topo Abidjan

L’explication retenue aujourd’hui, plus vraisemblable, mentionne un ancien village ébrié appelé A-Bidjan, du nom d’une fraction des Tchamans (« les élus », dans leur propre langue), plus connus sous le sobriquet d’Ébriés (« les guerriers méchants ») donné par leurs voisins Abourés. Là aussi, un malentendu a fait que les Français venus prospecter crurent que ABidjan était le nom de l’endroit où ils se trouvaient tandis qu’il s’agissait de l’endroit d’où venait l’homme qu’ils interrogeaient, c’est-à-dire « le pays (préfixe locatif A) des Bidjans ».

Enfin, un rapport avec les Abidjis est cité par certains toponymistes (L. Deroy et M. Mulon, Dictionnaire de noms de Lieux, Le Robert, 1992) sans plus d’explication. Y aurait-il confusion avec les Bidjans ?

NB : Je parlais de Louis-Gustave Binger, l’éponyme de Bingerville, capitale de la Côte-d’Ivoire avant Abidjan, dans ce billet et je parlais du nom de la Côte-d’Ivoire dans celui-ci, ce qui ne nous rajeunit pas.

fleuron1

Les indices

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

■ ces trois petites sculptures d’éléphants en ivoire, mentionnées comme un « indice pour le pays », devaient faire penser à la Côte-d’Ivoire, bien sûr — et pas à la Thaïlande !

indice a 14 02 2023 ■ cette photo d’un taxi-brousse baptisé « S’en fout la mort « , à la portière duquel les cinéphiles auront reconnu Robert Dalban, est extraite du film  Le gentleman de Cocody avec Jean Marais que j’ai ôté de la photo sinon ça aurait été trop facile !

indice 14 02 2023

Cocody est un quartier bien connu d’Abidjan.

indice b 14 02 2023 ■ cette sculpture en bronze d’une femme africaine portant un fagot sur la tête devait faire penser à la légende toponymique ou, au moins, à l’Afrique. J’ai hésité à vous proposer cette photo, mais je l’ai estimée trop « parlante » :

indice c 14 02 2023

Les indices du mardi 14/02/2023

Personne ne m’a encore donné la bonne réponse à ma dernière devinette, dont je rappelle l’énoncé :

 

Il vous faudra trouver une ville non française dont le nom vient d’un malentendu que la tradition orale explique de plusieurs façons, toutes reposant sur le même scénario :

Curieux de connaître le nom de cet endroit, le premier Européen à y parvenir interrogea un indigène qui avait les bras lourdement chargés. Croyant qu’on lui demandait de justifier sa présence, ce dernier expliqua dans sa langue qu’il venait de récolter les produits végétaux qui lui étaient nécessaires. Les mots prononcés, corrompus par la langue des Européens, devinrent le nom de la ville.

On raconte aussi que, plutôt qu’un seul indigène, il s’agissait d’un groupe de femmes.

Un indice, pour le pays :

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

fleuron1

Et je rajoute deux indices :

 

■ celui-ci :

indice a 14 02 2023

■ et celui-là :

indice b 14 02 2023

 

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Pointe-Courte

Ce petit billet n’est qu’un prétexte à vous montrer une photo prise hier dimanche, à Sète (oui, j’étais encore à Sète ce dimanche), et dont je suis assez fier, la trouvant plutôt réussie :

POINTE COURTE -Recadré

Le ciel bleu lumineux, les reflets sur l’étang aux eaux d’un calme absolu (c’était l’heure de la sieste …), la verticalité des mâts répondant aux rayures bleu et blanc de la façade …

Elle a été prise à l’extrémité du tout petit quartier dit de la Pointe-Courte, entrant dans l’étang de Thau :

Pointe Courte IGN

NB pour les accros à la toponymie, je rappelle mon billet consacré à Sète

De quelques autres malentendus

Après avoir vu dans un précédent billet des toponymes issus d’une mauvaise compréhension entre explorateurs et indigènes, je vous en propose aujourd’hui deux nouveaux exemples (et une devinette, oui).

Banjul (Gambie)

La capitale de la Gambie porte un nom indigène issu d’un malentendu. Quand les Portugais, premiers Européens à explorer cette partie de l’Afrique au XVè siècle, demandèrent aux indigènes comment s’appelait leur contrée, ceux-ci ne comprirent pas la question (tiens ? ils ne parlaient donc pas le portugais ?) et crurent qu’on leur demandait ce qu’ils faisaient là. Ils répondirent donc, dans leur langue mandingue : « bangjulo », c’est à dire « des nattes de cordes », puisque c’était ce qu’ils étaient en train de faire. Les Portugais (qui ne parlaient pas le mandinka, on s’en doute) écrivirent, sur leurs documents et cartes, le nom Banjul qui devint dès lors le nom de la ville.

Banjul-gambie

La ville moderne a été fondée par les colons anglais en 1816, menés par le capitaine Alexander Grant, dans le but de mettre fin au commerce illégal d’esclaves, et baptisée Bathurst en hommage au comte Henry Bathurst, troisième du nom (1762-1834), alors secrétaire d’État à la guerre et aux colonies. Après l’indépendance de la Gambie en 1965, la ville a pris officiellement son nom de Banjul en 1979, même s’il était localement utilisé depuis déjà très longtemps.

Nome (Alaska, USA)

Cette ville portuaire d’Alaska, a surgi en 1898 quand des prospecteurs norvégiens et suédois ont découvert de l’or non loin de là. On lui donna alors le nom d’Anvil City, d’après le nom de la rivière Anvil Creek. Plus tard, quand la fièvre de l’or se fut calmée (cf. l’histoire de la ville, où il est question de Wyatt Earp, John Wayne et Marlene Dietrich), la ville prit le nom de Nome pour lequel plusieurs étymologies ont été avancées :

♦ ce nom aurait été donné par un de ses fondateurs, le norvégien Jafet Lindeberg. On explique cette hypothèse par le fait que Nome est un toponyme connu en Norvège (cf.  Nome du comté de Telemark), mais il ne s’agit probablement que d’une coïncidence, puisqu’aucun lien n’a été trouvé entre J. Lindeberg et un Nome scandinave qui pourrait confirmer un tel baptême.

♦ la ville aurait été nommée d’après le cap Nome, lequel tient son nom d’une erreur d’interprétation. En 1849, un navigateur anglais, traversant le détroit de Béring, aurait noté sur sa carte, face à ce cap : « ?Name », voulant signifier qu’il croisait un cap dont il ne connaissait pas le nom. Le géographe chargé de dresser la carte officielle crut lire dans cette interrogation « C. Nome » qu’il comprit « Cape Nome » et transcrivit sur sa carte. Cette explication semble confirmée par une lettre de l’Amirauté britannique dénichée et citée par George R. Steward (Names on the Globe. Oxford University Press,1975).

♦ une dernière explication est donnée par Harry de Windt (From Paris to New York by Land, 1904). Il écrit :

Cape Nome doit son nom à un mot indigène « No-Me » qui signifie en anglais « je ne sais pas ». Jadis, quand les baleiniers jetaient l’ancre ici pour commercer, la seule réponse qu’ils obtenaient de la part des indigènes aux questions qu’ils posaient était « No-Me », signifiant par là qu’ils ne comprenaient pas. On fit de ces mots inlassablement répétés le nom de l’endroit.

(traduction de moi-même)

Nome

 

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette

Il vous faudra trouver une ville non française dont le nom vient d’un malentendu que la tradition orale explique de plusieurs façons, toutes reposant sur le même scénario :

Curieux de connaître le nom de cet endroit, le premier Européen à y parvenir interrogea un indigène qui avait les bras lourdement chargés. Croyant qu’on lui demandait de justifier sa présence, ce dernier expliqua dans sa langue qu’il venait de récolter les produits végétaux qui lui étaient nécessaires. Les mots prononcés, corrompus par la langue des Européens, devinrent le nom de la ville.

On raconte aussi que, plutôt qu’un seul indigène, il s’agissait d’un groupe de femmes.

Un indice, pour le pays :

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

 

Fort-Chimo, aujourd’hui Kuujjuaq (Canada), la répàladev.

Personne n’a trouvé la solution de ma dernière devinette !

Il fallait trouver Fort-Chimo, ancien nom de Kuujjuaq, un village du nord du Nunavik, au bord de la rivière Koksoak, dans la région administrative du Nord-du-Québec, au Québec, Canada.

carte-canada-

Plus précisément :

carte-Nunavik

Quoi de mieux que l’officielle Commission de toponymie du Québec pour tout savoir sur les noms de ce village et de la rivière ?

Ce sont les missionnaires moraves Benjamin Kohlmeister et George Kmoch qui, en septembre 1811, ont été les premiers Européens à s’aventurer sur la rivière Koksoak (…) ils repèrent un site répondant à leurs aspirations. Ils lui attribuent, en tchèque, le nom Pilgerruh, qu’on pourrait rendre en français par « le repos du pèlerin ». (…) La Compagnie de la Baie d’Hudson, voyant dans ce projet une menace à son commerce, organise, en 1819-1820, une expédition susceptible de mener à l’établissement d’un poste de traite. James Clouston se rend jusqu’à la Koksoak par l’intérieur des terres mais n’atteint pas le site visité par les Moraves. Une nouvelle expédition organisée en 1828 amène William Hendry sur les lieux mêmes et il retient un site localisé non loin de celui des Moraves. Ce seront les explorateurs Erland Erlandson et Nicol Finlayson qui finalement, en août 1830, établiront les bases du nouveau poste qui sera cependant implanté sur la rive est de la Koksoak. C’est sous le nom Fort Chimo qu’ils désignent le poste au moment de sa construction, en août 1830. (…) Pour d’aucuns le mot chimo serait un terme de salutation en inuktitut et serait utilisé par les Inuits lorsqu’ils entrent en contact avec des étrangers. Il signifierait « êtes-vous amis? » Pour d’autres, le nom Chimo viendrait du mot saimu (saimo dans l’ancienne orthographe inuktitut non normalisée) et aurait pour sens « salut ! », « bonjour ! », « au revoir ! » L’expression était à ce point répandue à l’époque que les commis de la Compagnie de la Baie d’Hudson l’utilisaient pour identifier les Inuits eux-mêmes. (…) Le nom Fort-Chimo fut officiellement remplacé par celui de Kuujjuaq en 1979, lorsque le village fut constitué en municipalité de village nordique (…). Kuujjuaq est la forme contemporaine de Koksoak qui signifie « la grande rivière ». L’ancien poste est souvent désigné sous le nom Vieux-Chimo par les fonctionnaires locaux.

On lira avec profit, et j’espère avec intérêt, l’intégralité de l’article en suivant ce lien.

Kuujjuaq_1909

Fort-Chimo en 1909

cdl e

Les indices :

indice a 04 02 2023  ■ le saule réticulé est un des arbres caractéristiques de la toundra arctique du Canada. L’illustration est issue de ce site.

indice b 06 03 2023  ■ cette poignée de mains entre deux Schtroumpfs (je n’allais quand même pas vous montrer un Inuit et un Canadien ! ) traduisait en image l’un des sens donnés à Chimo.

indice-b-08-02-2023  ■ la fourrure de martre d’Amérique constituait, avec celle du renard arctique et le cuir du caribou, la base du commerce entre les Inuits de Fort-Chimo et la Compagnie de la Baie d’Hudson. Cf. wiki english. L’illustration a été piochée sur ce site.

indice c 08 02 2023  ■ le feutre de castor d’Amérique, plus étanche et imperméable que les autres matériaux utilisés alors, était très prisé en Europe pour la chapellerie. Le castor était abondamment chassé, notamment au Canada, et sa fourrure faisait l’objet d’un commerce profitable. Cf. cette page d’où est extraite l’illustration.

Piqûre de rappel insulaire

Le Dictionnaire étymologique des îles françaises, dont je suis l’auteur, sera en librairie à partir du 19 février 2023 au prix de 19 € 50.

Il reste encore une dizaine de jours pour l’acquérir au prix de 12 € seulement en souscrivant à l’offre chez l’éditeur en suivant ce lien :

https://www.adverbum.fr/editions-desiris/claude-gantet/dictionnaire-etymologique-des-iles-francaises_5dq5v2q6mktm.html

Dictionnaire étymologque des îles françaises

Faites circuler !

Merci !

Les indices du mercredi 08/02/2023

Personne ne m’a encore donné la réponse à ma dernière devinette, dont je rappelle l’énoncé :

Il vous faudra trouver une localité non française.

L’ancien nom de cette localité est l’adaptation par ceux qui venaient y commercer d’une expression que les indigènes disaient dans la langue locale en signe de bienvenue.

Son nom moderne désigne, toujours dans la langue locale, le cours d’eau qui la borde.

Une base aérienne américaine avait été installée là pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui a largement contribué au développement de la localité.

■ un indice :

indice a 04 02 2023

■ et un autre :

indice b 06 03 2023

Et je vous propose ces indices supplémentaires :

■ les premiers Européens à rencontrer les indigènes et à s’établir à cet endroit étaient tchèques. Ils lui donnèrent un nom lié à l’usage qu’ils en faisaient. Ils n’y restèrent finalement pas longtemps et ce sont les suivants qui lui ont donné le nom qui fait l’objet de la devinette.

■ un dessin :

indice-b-08-02-2023

■ un troisième indice, plus pour la région dans son ensemble que pour la localité elle-même :

indice c 08 02 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

De quelques malentendus

Le voici, le voilà, le billet du week-end … avec un peu de retard, pour cause de week-end prolongé.

Sète 1

Mais bon, quand on se réveille face à ça …

Le billet

Il y a à peine moins d’un lustre, je commençais un billet consacré aux étymologies populaire par ces quelques lignes :

Commençons ce billet par une anecdote racontée par  Albert Dauzat dans  Les Noms de Lieux — Origine et évolution, un ouvrage publié chez Delagrave en 1926 ( dont je n’ai, hélas!,  sur mes étagères que la réédition de 1947 …).

Voici l’anecdote :

Quelques exemples rapportés par Rochas [ Rochas (A. de ) Les noms de lieux-dits de l’arrondissement de Vienne, Paris-Tours ; 1880 ]  sont tellement extravagants qu’on croirait à des galéjades si l’on n’avait pas les précisions. Un officier avait demandé à un paysan provençal : « Quel est ce col ? », « Quelle est cette ferme ? ». Le brave homme avait répondu en patois, dans le premier cas : Lou sabé pas ( «  je ne le sais pas » ) et dans le second : Es la miéu ( « c’est la mienne » ). L’enquêteur prit ces phrases pour les noms demandés et inscrivit gravement sur la carte : col Loussabépas ; ferme Eslamiéu.

D’autres malentendus du même ordre sont à l’origine de toponymes moins anecdotiques. En voici quelques exemples :

Dakar (Sénégal) :

ce nom est issu du terme wolof dakhar, qui désigne le tamarinier. On raconte plaisamment que quand les premiers navigateurs européens abordèrent près de la pointe sud de la presqu’île du Cap Vert (c’étaient sans doute des Portugais au XVè siècle), ils demandèrent à des piroguiers indigènes le nom de l’endroit, mais ceux-ci crurent qu’on leur demandait le nom des grands arbres de la côte et ils répondirent n’dakar. Les autres étymologies proposées comme le wolof deuk raw, « terre de refuge », nom qui aurait été donné par les indigènes fuyant l’oppression coloniale, sont des réfections a posteriori sans base solide.  (voir ce billet).

Papeete (Tahiti, Polynésie Française) :

lors de la découverte de Tahiti en 1767, sa plus grosse agglomération indigène n’était qu’un petit village côtier qu’il fallut bien nommer. Lorsque les découvreurs demandèrent son nom en pointant leur doigt dans sa direction, les indigènes crurent qu’ils montraient des femmes qui venaient du ruisseau voisin chargées d’eau douce dans des récipients en tressage serré. Ils répondirent en tahitien pape ete :« c’est de l’eau ( pape ) dans des corbeilles (ete )» ou « ce sont des corbeilles d’eau » (ce qui nous permet incidemment de savoir que la corvée d’eau était réservée aux femmes …). Papeete était née, et plus personne ne sait aujourd’hui le nom que ses habitants donnaient  à leur village. (voir ce billet)

Alabama (États-Unis d’Amérique) :

Alabama aurait d’abord été le nom d’une localité indienne fortifiée découverte par l’explorateur espagnol Hernando de Soto en 1540. La forme actuelle serait une hispanisation d’Alibamo (ou Alibamon chez les anciens colons français) qui signifierait en langage indigène (choctaw) « Ici nous habitons ». C’est du moins l’explication officielle adoptée en 1868, le sceau de l’État portant l’inscription « Here we rest ». Mais une autre hypothèse plus vraisemblable traduit alabama comme issu de alba (herbes) amo (couper) : défrichement ou cueillette. (voir ce billet).

Après ce rappel de toponymes déjà vus, en voici quelques autres inédits sur ce blog :

Texas (États-Unis d’Amérique) :

ce plus grand des États-Unis d’Amérique après l’Alaska fut progressivement colonisé par les Espagnols aux XVIè et XVIIè siècles. Il fut d’abord une province de la Nouvelle-Espagne, puis du Mexique. C’est à cette époque que remonte le nom que les Espagnols écrivaient Texas ou Tejas, avec x et j notant une même fricative (cf. Mexico et Méjico). La prononciation avec x valant ks s’est imposée ultérieurement et s’est naturellement maintenue quand le Texas est devenu un état de l’Union en 1845. L’origine du nom Texas n’est pas connue avec certitude mais il semble que les Espagnols ( on raconte qu’il s’agit du frère franciscain Damian en 1690) aient pris pour un nom de pays le mot par lesquels les Indiens se présentaient et qui signifiait simplement « amis ». La quasi homophonie entre l’indien tejas et l’espagnol terras est sans doute pour beaucoup dans cette confusion.

carte-USA

Pérou (espagnol Perú) :

ce pays d’Amérique du Sud recouvre une partie de l’ancien royaume des Incas, mais celui-ci ne s’appelait pas ainsi en quechua. L’origine exacte du nom du Pérou n’est pas connue avec certitude, malgré de nombreuses hypothèses. C’est le navigateur et explorateur espagnol Vasco Nuñez de Balboa qui, ayant franchi en 1513 l’isthme de Panama, entendit le premier parler du riche royaume des Incas, mais on ne sait en quels termes. Dès 1515 les Espagnols organisèrent des expéditions vers le sud, cherchant à rencontrer et à remonter des vallées à partir de la côte du Pacifique. C’est ans doute lors d’une de ces explorations que les conquistadors, s’informant auprès des indigènes, entendirent le mot piru ou peru, « fleuve, rivière », qu’ils prirent pour le nom du pays qu’ils cherchaient. Cette explication est confirmée par le témoignage de Garsilasco de la Vega, fils d’un capitaine espagnol et d’une princesse inca, qui écrit en 1609 (Comentarios reales de los Incas) que son pays a été appelé d’un nom quechua pelu signifiant « rivière ». Le guarani actuel dit piru ou biru pour « eau, rivière ». Quoi qu’il en soit, les Espagnols continuèrent à employer ce nom comme celui du pays. Ce fut tout à fait officiel quand fut créée, en 1543, la vice-royauté du Pérou, qui d’abord s’étendit à presque toute l’Amérique du Sud avant d’être amputée et réduite au Pérou actuel. L’étymologie du nom du Pérou donnée par wikipedia, qui fait appel au nom d’un cacique local, n’est pas documentée.

Gran Chaco (région d’Amérique du Sud) :

cette région d’Amérique du Sud s’étend en partie sur les territoires de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil et du Paraguay, entre les rivières Paraguay et Paraná à l’est, et l’Altiplano andin à l’ouest. Son nom est emprunté au quechua chacu qui désigne une manière de chasser pratiquée anciennement par les indigènes et qui consistait à encercler le gibier pour le forcer. Quand les conquérants espagnols du XVIè siècle entendirent ce mot, ils crurent qu’il signifiait « domaine de chasse » et l’appliquèrent à la région — comme si on avait appelé Vénerie les forêts soloniotes. Contrairement à ce que dit wikipedia, chaco ne veut pas dire « territoire de chasse ». Le nom de la région est précédé de l’adjectif espagnol gran, « grand », permettant ainsi de la distinguer de la province argentine du Chaco qui n’en est qu’une partie.

gran_chaco_jpg

Yucatán (presqu’île et État du Mexique) :

On sait que cette région fut découverte en 1517 par le conquistador Hernandez de Cordoba, mais on ne sait pas avec certitude d’où fut tiré son nom espagnol Yucatán. À défaut d’une étymologie contrôlable, on retient souvent une explication anecdotique. Un indigène à qui les Espagnols demandaient le nom du pays aurait répondu dans sa langue quelque chose signifiant « je ne comprends pas » que les Espagnols auraient noté Yucatán. C’est ce qu’écrit en 1541 le franciscain Toribio de Benavente dans son Histoire des indiens de la Nouvelle Espagne. Il est permis de douter de cette étymologie. Une autre explication voit dans ce nom un composé de deux mots locaux yuka, « tuer », et yetá, « beaucoup », rappelant l’extermination du peuple maya par les maladies et les conquistadors. Une troisième explication fait appel au yucca  dont les Mayas consommaient les fruits ou bien au yuca, nom tupi-guarani du manioc que les Mayas avaient peut-être adopté. D’autres explications ont été données, mais moins crédibles.

point-d-interrogation-sur-le-clavier-nb10411

La devinette

Il vous faudra trouver une localité non française.

L’ancien nom de cette localité est l’adaptation par ceux qui venaient y commercer d’une expression que les indigènes disaient dans la langue locale en signe de bienvenue.

Son nom moderne désigne, toujours dans la langue locale, le cours d’eau qui la borde.

Une base aérienne américaine avait été installée là pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui a largement contribué au développement de la localité.

■ un indice :

indice a 04 02 2023

■ et un autre :

indice b 06 03 2023

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr

Katmandou (répàladev)

Ayant décidé de passer le reste du week-end sur les bords de l’étang de Thau, je publie cette répàladev plus tôt que d’habitude : que les éventuels joueurs retardataires ne m’en veuillent pas !

Xyla et LGF sont les seuls à m’avoir donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Bravo à tous les deux !

Il fallait trouver Katmandou, capitale du Népal, centre de pèlerinage bouddhiste.

local katmandou

Les origines de la ville remontent obscurément au VIIè siècle. Jusqu’au XVIè siècle, son nom fut Kantipur : issu du sanscrit Kāntipuram ou Kāntipurī, il signifiait « la ville (puram, purī) de la Beauté ou de la Lumière (kānti) » ; ce dernier terme pouvait aussi être un des noms de la déesse de la Fortune, plus connue comme Laksmī.

En 1598 fut construit dans la ville un bâtiment  qui devint vite célèbre parce qu’il était destiné à abriter les moines bouddhistes mendiants qui passaient par là. On appelait cet édifice en népalais Kātmāndu, ce qui correspond au sanscrit Kāsthamandapa, c’est-à-dire « le pavillon (mandapa) de bois (kāstha) » : il était en effet entièrement de bois, sans clou de fer, et une légende prétend même qu’il s’agissait du bois d’un seul arbre.

Au XVIIè siècle, lors de l’unification du royaume du Népal, la ville fut appelée Kātmāndu, transcrit en anglais Kathmandu, et en est devenue la capitale en 1768.

Un séisme de forte magnitude a touché Katmandou en 2015. Les travaux de reconstruction ont permis la découverte, sous le Kāsthamandapa, de différents matériaux (terre, charbon et sable) qui ont été datés du VIIè siècle, date probable de la construction d’un premier bâtiment et de la fondation de la ville.

cdl d

Les indices

■ La route de Katmandou était parcourue par les hippies dans les années 60-70, d’où le nom de hippie trail que lui donnent les Anglais. André Cayatte en fit un film en 1969, Les Chemins de Katmandou, dont René Barjavel fit un roman. De nombreux artistes s’inspirèrent de cette ville pour composer des chansons.

■ la chanson de Laurent Voulzy, intitulée Le Pouvoir des fleurs, devait rappeler le flower power des hippies qui fréquentèrent longtemps les rues de Katmandou, notamment la Freak Street.

indice a 31 01 2023

■ cette épée légendaire, appelée Chandrahrasa, est celle de Manjusri, patron protecteur du Népal. Quand ce dernier vint au Tibet pour rendre hommage au Bouddha, il fendit d’un coup d’épée les collines qui cernaient la vallée de la future Katmandou afin que puissent s’écouler les eaux du lac aux Serpents, ceux-ci s’enfuyant définitivement. Cette épée est représentée sur le drapeau de la ville.

Novi Sad: hippie van is symbol of music festival Exit held in Novi Sad, Serbia

■ le combi VW, véhicule mythique des hippies …

Les indices du mardi 31/01/2023

LGF (j’allais écrire : « comme d’habitude ») m’a déjà donné la bonne réponse à ma dernière devinette. Félicitations!

Rappel de l’énoncé :

Il vous faudra trouver une localité (située hors de France, faut-il le préciser ?) qui doit son nom actuel à un édifice reconstruit au XVIè siècle qui accueillait les voyageurs et notamment les moines mendiants. Ce nom associe un terme désignant le type de bâtiment avec un terme désignant l’unique matériau utilisé pour sa construction.

Des fouilles récentes, permises grâce à un évènement dramatique, ont montré que l’édifice originel datait du VIIè siècle.

Avant le XVIè siècle, cette localité portait un nom la qualifiant de « belle » ou « lumineuse ».

Des indices ? Je pourrais vous faire écouter des chansons, vous faire lire des titres d’ouvrages ou de films, tant cette localité a inspiré d’artistes pour diverses raisons … mais je ne le ferai pas, ce serait vous mettre trop facilement sur la route !

Ou alors, ça :  clic !

Quelques indices supplémentaires :

■ une arme :

indice a 31 01 2023

■ et un véhicule :

Novi Sad: hippie van is symbol of music festival Exit held in Novi Sad, Serbia

Réponse attendue chez leveto@sfr.fr